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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le requin bleu - population Altantique et Pacifique au Canada – Mise à jour

Taille et tendances des populations

Il n’y a aucune région du monde où l’abondance et les tendances des requins bleus sont bien comprises. On ne peut que déduire les tendances de l’abondance à partir des données sur le taux de prise et les renseignements biologiques limités obtenus à partir des prises. À l’échelle internationale, les comptes rendus publiés sur les tendances de l’abondance des requins bleus sont rares. À cause du comportement très migratoire de l’espèce, sa situation dans les eaux canadiennes dépend probablement des tendances des populations à l’échelle des bassins océaniques.


Sources d’information

Atlantique

Aucun relevé n’est conçu spécifiquement pour estimer l’abondance des requins bleus. Les données sur l’abondance, les tendances et la biologie au Canada sont dérivées des données sur les prises commerciales vérifiées par les Programmes des observateurs internationaux (PIO) des Maritimes et de Terre-Neuve (de 1978 à 2003) et de données issues de la pêche sportive (tournois de pêche). Étant donné que les requins bleus observés dans les eaux canadiennes font partie d’une population atlantique beaucoup plus importante, les évaluations internationales du NMFS de la CICTA ont également de l’importance pour la détermination de la situation du requin bleu au Canada.

Pacifique

Si les renseignements anecdotiques provenant des pêcheurs et d’autres marins indiquent que les requins bleus sont communs au large de la Colombie-Britannique, il n’existe aucun indicateur de l’abondance de l’espèce. Il n’y a eu qu’une seule étude dirigée sur les requins bleus dans les eaux canadiennes du Pacifique. Nous avons recherché des relevés dans les bases de données sur les prises, notamment des pêches aux lignes et à la traîne, ainsi que dans tous les relevés canadiens sur les poissons de fond depuis 1979. Nous avons également examiné les relevés internationaux réalisés dans les eaux canadiennes, dont le relevé de la CIFP et le relevé triennal des poissons démersaux du NMFS des États-Unis, à la recherche de relevés de requins bleus en eaux canadiennes. Enfin, nous avons étudié les évaluations et les relevés internationaux réalisés dans des eaux adjacentes aux eaux canadiennes.

Abondance et tendances de la population de l’Atlantique

Abondance de la population de l’Atlantique

Il n’existe aucune estimation fiable du nombre de requins bleus matures dans les eaux canadiennes. On y observe rarement des femelles matures, ce qu’on attribue à une ségrégation naturelle selon l’âge et le sexe. Il n’existe aucune méthode défendable d’estimation de l’abondance absolue dans les eaux canadiennes.

Tendances de la population de l’Atlantique – Eaux internationales

La présence des pêches internationales en haute mer, combinée à la grande mobilité du requin bleu, rend difficile l’acquisition de données fiables pour la détermination de tendances. Plus particulièrement, la sous-déclaration, la déclaration erronée et la non-déclaration des prises accessoires de requins par plusieurs flottes internationales compromettent la capacité de mener des évaluations précises des stocks (CICTA, 2005). De plus, le manque de données biologiques, notamment les fréquences d’âge et de longueur, les rapports entre les mâles et les femelles, la périodicité de l’accouplement et les estimations de la mortalité naturelle, limite encore plus la possibilité d’effectuer des évaluations précises. Cependant, nul ne semble contredire le fait que l’effort total de pêche des espèces pélagiques de l’Atlantique Nord a à peu près décuplé au cours des cinquante dernières années (figure 11). Comme les pêches capturent inévitablement des requins bleus comme prises accessoires, il est très probable que la mortalité totale par pêche des requins bleus dans l’Atlantique Nord s’est accrue d’autant.

Les indices d’abondance à grande échelle des requins bleus reposent principalement sur les taux de prise (captures par unité d’effort, ou CPUE) déclaré par un sous-échantillon des pêches internationales. Deux évaluations internationales des requins bleus sont présentées : la première provient de la CICTA, et la seconde, d’une analyse publiée par des chercheurs de la Dalhousie University, à Halifax (Baum et al., 2003). Ces deux évaluations utilisent des composantes des mêmes ensembles de données.

Évaluation du requin bleu par la CICTA

En 2004, le sous-comité des prises accessoires de la CICTA a entrepris une étude des renseignements disponibles concernant le requin bleu à la grandeur de l’Atlantique (nord et sud) afin d’en tirer une évaluation globale (CICTA, 2005). La nature incomplète des signalements de prises de requins a nécessité une estimation des prises de requins bleus et de la mortalité à partir de rapports des débarquements de requins sur les débarquements de thons provenant des flottes qui déclarent les débarquements des deux espèces à la CICTA. On a reconstruit un historique des prises de requins bleus selon le type d’engin à partir de ces rapports. Les évaluations décrites ci-dessous utilisent cette reconstruction. Les autres incertitudes comprennent l’incertitude concernant la fréquence de la reproduction (qui touche le taux intrinsèque d’augmentation) et l’incertitude concernant la capacité de charge initiale de l’espèce. En raison des incertitudes liées à l’entrée de données, les résultats des évaluations ont été considérés comme étant préliminaires et extrêmement incertains par la CICTA. De plus, ils ont servi principalement à donner une base indicative aux modèles d’évaluation qui utilisent les données sur les efforts de prises et l’information biologique. Les modèles élaborés pour l’Atlantique Nord reposent sur ce qu’on considère comme les meilleures données disponibles : 1) les journaux de bord des palangriers japonais; 2) les journaux de bord des palangriers étasuniens (figure 14). On a exploré trois modèles : un modèle bayesien de la production excédentaire, un modèle structuré selon l’âge et un modèle « sans prises ».


Figure 14 : Indice des CPUE de requins bleus dans l’Atlantique Nord par les flottes japonaise (JLL) et étasunienne (USLL) de palangriers de 1971 à 2003

Figure 14 : Indice des CPUE de requins bleus dans l’Atlantique Nord par les flottes japonaise (JLL) et étasunienne (USLL) de palangriers de 1971 à 2003.

L’indice s’obtient en identifiant les années communes à tous les indices, en calculant la moyenne de chaque série de ces années communes et en exprimant toutes les valeurs de chaque série comme une proportion de la moyenne calculée pour cette série. Figure tirée de la CICTA (2005).

 


Figure 15 : Ajustement du modèle de la structure des âges pour le requin bleu de l’Atlantique Nord pour chacune des exécutions considérées, à partir des données japonaises (en haut) et étasuniennes (en bas) sur les CPUE

Figure 15 : Ajustement du modèle de la structure des âges pour le requin bleu de l’Atlantique Nord pour chacune des exécutions considérées, à partir des données japonaises (en haut) et étasuniennes (en bas) sur les CPUE.

Figure tirée de la CICTA (2005).


Le modèle bayesien de la production excédentaire comprend 10 exécutions, dont les trois qui ont convergé reflétaient une biomasse actuelle moyenne d’environ 85 p. 100 de la biomasse non pêchée.

Le modèle structuré selon l’âge a été exécuté à partir de la série complète des CPUE d’après les journaux de bord des palangriers étasuniens et de la série des CPUE de la flotte japonaise de palangriers excluant les trois premières valeurs (de 1971 à 1973). Le modèle a été exécuté avec deux pondérations différentes des séries de CPUE : une pondération égale (exécution 1) et une pondération en fonction des prises (exécution 2). Le modèle a également été exécuté sur la base d’un cycle de reproduction bisannuel ou annuel (exécution 3). Les fonctions de densité applicables à l’appauvrissement de la population pour les trois exécutions ont indiqué un épuisement d’environ 50 p. 100, mais suggèrent aussi que le rapport entre la taille actuelle des stocks et celle des stocks vierges est proche de 1 (épuisement nul).

Le modèle sans prises consistait en trois scénarios utilisant l’indice moyen des CPUE (figure 14). L’évaluation initiale a produit des résultats non plausibles, qu’on a corrigés dans un document ultérieur de la CICTA (Brooks, 2005). Les résultats de la réévaluation sont les mêmes qui ont été obtenus lors de la réunion d’évaluation, à savoir que le requin bleu ne semble pas être victime de surpêche.

La CICTA (2005) et un examen réalisé subséquemment par des pairs (Simpfendorfer, 2005) ont conclu que les évaluations montraient que la population de requis bleus de l’Atlantique Nord est supérieure à la biomasse au rendement constant maximum (RCM), mais ont indiqué que les résultats doivent être considés « préliminaires et extrêmement incertains ». Une des hypothèses critiques relative à toutes ces évaluations décrites ci-dessus est la capacité de charge initiale du requin bleu : si la valeur estimée est correcte, alors la biomasse actuelle est nettement supérieure au niveau du RCM; par contre, si elle a été sous-estimée, alors la biomasse actuelle pourrait être inférieure au niveau du RCM. Dans l’ensemble, le document de la CICTA donne un résumé très utile des données, mais il ne propose pas de conclusion solide, ni dans un sens ni dans l’autre, quant à la situation du requin bleu dans l’Atlantique Nord.

L’indice de l’abondance pour la période de 1971 à 2003, fondé sur les captures par unité d’effort dans les flotilles de pêche à la palangre des États-Unis et du Japon utilisées par la CICTA (figure 14), peut être utilisé pour explorer les tendances de l’abondance. Cet indice ne montre aucun changement à long terme depuis 1971, même s’il y a eu une augmentation vers le milieu des années 1980, suivie d’une diminution.

Évaluation du requin bleu par la Dalhousie University

Les analyses effectuées par Baum (2002) et Baum et al. (2003) se servent des mêmes données des journaux de bord des palangriers étasuniens, mais elles ne portent que sur les taux de prise au cours de la période de 1986 à 2001 alors que l’identication des espèces était considérée relativement fiable. Les auteurs ont examiné les données de 9 régions d’évaluation couvrant l’ouest de l’Atlantique, depuis l’Amérique du Sud jusqu’aux bancs de Terre-Neuve, au Canada (figure 16). L’ensemble de données analysées comporte 214 234 mouillages de 1986 à 2000, avec une moyenne de 550 hameçons par mouillage. Au total, on trouve 1 044 788 relevés de requins bleus dans cette base de données.


Figure 16 : Carte du nord-ouest de l’Atlantique illustrant la distribution de l’effort de pêche pélagique à la palangre des États-Unis de 1986 à 2000

Figure 16 : Carte du nord-ouest de l’Atlantique illustrant la distribution de l’effort de pêche pélagique à la palangre des États-Unis de 1986 à 2000.

Selon le nombre de mouillages (de 0 à 800+), dans les neuf zones évaluées : 1, Caraïbes; 2, golfe du Mexique; 3, côte est de la Floride; 4, baie de l’Atlantique Sud; 5, golfe médio-atlantique; 6, nord-est littoral; 7, lointaine du nord-est distant; 8, Sargasses/centre de l’Atlantique Nord; 9, régions thonières du nord et du sud. Les zones ont été modifiées par rapport à la classification du National Marine Fisheries Service des États-Unis des pêches à la palangre. Laligne littorale isobathe de 1 000 m (pointillé) est présentée à titre de référence. Tiré de Baum et al.(2003). Remarque : Il est difficile de distinguer l’hexagone 100 de l’hexagone 700 dans l’échelle de gris présentée. À l’exception de quelques hexagones situés à proximité de zones à forte densité (gris foncé), la majorité des hexagones sont de faible densité (0-100).


Pour les eaux internationales adjacentes au plateau néo-écossais (zone 6) et aux bancs de Terre-Neuve (zone 7), on a respectivement estimé un déclin des CPUE de 63,8 p. 100 et de 9,6 p. 100 de 1986 à 2000 (figure 17; Baum, 2002). La tendance générale des CPUE de requins bleus dans tout le nord-ouest de l’Atlantique d’après Baum et al. (2003) a révélé un déclin graduel et constant de 60 p. 100 (IC de 95 p. 100 : de 58 à 63 p. 100) au cours de la période de 1986 à 2000 équivalent  à un taux de déclin de 6,4 p. 100 par an (figure 18).


Figure 17 : Taux de prise de requins bleus dans trois régions d’évaluation de l’Atlantique Nord-Ouest, exprimé sous forme de moyenne (cercles) et de médiane (ligne)

Figure 17 : Taux de prise de requins bleus dans trois régions d’évaluation de l’Atlantique Nord-Ouest, exprimé sous forme de moyenne (cercles) et de médiane (ligne).

Figures tirées de Baum (2002). Remarque : Ces zones sont les mêmes que celles de la figure 16.

 


Figure 18 : A) Abondance relative de requins bleus dans tout l’ouest de l’Atlantique, tel qu’indiqué par une analyse des journaux de bord des palangriers étasuniens (déclin de 60 p. 100) de 1986 à 2000; B) Taux de variation annuel estimatif pour chaque région et total

Figure 18 : A) Abondance relative de requins bleus dans tout l’ouest de l’Atlantique, tel qu’indiqué par une analyse des journaux de bord des palangriers étasuniens (déclin de 60 p. 100) de 1986 à 2000; B) Taux de variation annuel estimatif pour chaque région et total.

Remarque : Les zones en B) sont présentées à la figure 16. Source : Baum et al.(2003).


Les constats de Baum et al. (2003) sont étayés par les conclusions semblables de Brooks et al. (2005), qui ont analysé les taux normalisés de prise de requins bleus à partir des données des livres de bord des pêcheurs pélagiques étasuniens (de 1986 à 2003) dans tout l’Atlantique Nord. Brookset al. (2005) ont constaté que le déclin relatif global des taux de prise a chuté entre 1989 et 2003, la valeur relative passant d’environ 0,9 à 0,3. De même, Simpfendorfer et al. (2002), à partir de données sur les prises et l’effort provenant d’un relevé indépendant à la palangre dans l’ouest de l’Atlantique Nord, ont observé un déclin des requins bleus mâles de l’ordre de 80 p. 100 entre le milieu des années 1980 et le début des années 1990, sans arriver toutefois à démontrer un changement significatif dans les taux de prise de femelles.

Par ailleurs, Burgess et al. (2005) ont contesté certains aspects de l’analyse de Baum et al. (2003) et soutenu que la tendance observée chez les requins bleus devrait être considérée comme préliminaire parce qu’elle ne bénéficie pas des pleins avantages des données de sources internationales multiples et d’une évaluation complète des stocks.


Tendances de la population de l’Atlantique – Eaux canadiennes

Les tendances de la population observées dans les eaux canadiennes ont été décrites par Campana et al. (2004) sur la base des taux de prise par la pêche commerciale et les tournois de pêche sportive ainsi que sur la base d’inférences obtenues à partir de données biologiques. Campana et al.(2004) se sont servis d‘un modèle linéaire général (MLG) pour analyser les taux normalisés de prise commerciale des navires canadiens et japonais, en ayant pour facteurs l’année, la région, la saison, l’espèce cible et le type de navire (bateau de pêche certifié). Cette analyse se limite aux saisons d’automne et d’hiver et aux régions de Terre-Neuve et du plateau néo-écossais, pour la période après 1994. Les tendances du MLG pour la pêche à l’espadon et au thon ventru étaient semblables et ont été analysées ensemble, tandis que la tendance pour la pêche au thon rouge a nécessité une analyse distincte. Le MLG du taux de prise de requins bleus fondé sur les données sur la pêche au thon ventru et à l’espadon indique que tous les facteurs, sauf la saison et l’espèce cible, sont significatifs. Le taux marginal de prise basé sur les facteurs significatifs a indiqué que les taux de prise ont nettement diminué depuis 1995 (figure 19). Ce déclin est estimé à 53 p. 100 (6,6 p. 100/an) de 1995 à 2003, l’année ayant une importance très significative dans le modèle (< 0,001) (figure 19). Le MLG fondé sur la pêche au thon rouge est significatif à l’égard de tous les facteurs. Cependant, les termes correspondant à l’interaction significative ont nécessité un tracé graphique des tendances marginales séparé par région (figure 20). La tendance fondée sur la pêche dans le plateau néo-écossais indique un déclin significatif pour les trois premières années de la série chronologique, mais une stabilité relative depuis quelques années. La tendance fondée sur la pêche à Terre-Neuve laisse supposer une légère hausse depuis 1995, bien qu’il n’y ait guère eu d’écarts significatifs d’une année à l’autre.


Figure 19 : Taux normalisé de prise commerciale (transformation lognormale du nombre de kg/hameçon, IC ±95 p. 100) de requins bleus dans les pêches canadiennes et japonaises de grands poissons pélagiques ciblant le thon ventru et l’espadon

Figure 19 : Taux normalisé de prise commerciale (transformation lognormale du nombre de kg/hameçon, IC ±95 p. 100) de requins bleus dans les pêches canadiennes et japonaises de grands poissons pélagiques ciblant le thon ventru et l’espadon.

Tiré de Campana et al. (2004).

 


Figure 20 : Taux normalisé de prise commerciale (transformation lognormale du nombre de kg/hameçon, IC ±95 p. 100) de requins bleus dans les pêches canadiennes et japonaises de grands poissons pélagiques ciblant le thon rouge : A) sur la plateau néo-écossais, B) au large de Terre-Neuve

Figure 20 : Taux normalisé de prise commerciale (transformation lognormale du nombre de kg/hameçon, IC ±95 p. 100) de requins bleus dans les pêches canadiennes et japonaises de grands poissons pélagiques ciblant le thon rouge : A) sur la plateau néo-écossais, B) au large de Terre-Neuve.

Source : Campanaet al. (2004).


Les taux de prise provenant des tournois de pêche sportive ont aussi servi d’indice de l’abondance des requins bleus (Campanaet al., 2004). L’estimation est compliquée par la présence de plusieurs pêcheurs par embarcation, par le rejet des requins de petite taille et par la difficulté d’attribuer chaque prise à un des pêcheurs à bord du bateau. Une approximation plus grossière du succès de pêche (pourcentage des pêcheurs ayant capturé au moins un requin) à chaque tournoi laisse supposer que les taux de prise d’un tournoi à l’autre (d’une région à l’autre) la même année sont souvent synchrones et qu’ils ont légèrement baissé entre 1998 et 2003.

L’analyse de la température à la surface de l’eau (SST) en relation avec le taux de prise sportive indique une relation avec la température, car l’année où le taux de prise a été le plus élevé (1999) a également été la plus chaude, alors que l’année où le taux de prise a été le plus bas (2001) était parmi les plus froides. Les observations anecdotiques faites par les pêcheurs vont aussi dans le sens d’une correspondance entre la chaleur de l’eau et un taux élevé de prises de requins bleus. D’après les registres tenus par un exploitant de services nolisés, les prises de requins bleus ont eu lieu à des températures de 10 à 20 °C; toutefois, la plupart ont eu lieu à une température de 14 à 18 °C (Campana et al., 2004). Ces données n’ont pas fait l’objet d’une analyse statistique plus rigoureuse.

Campana et al. (2004) ont préparé un taux normalisé de prise pour la pêche sportive à l’aide d’une variable dépendante binomiale (fructueuse/infructueuse) et de l’emplacement du tournoi en tant que facteur fixe dans un MLG. Le modèle n’était pas statistiquement significatif. Un dernier MLG était fondé sur le succès global de pêche aux cinq tournois de pêche au requin organisés annuellement depuis 1998. Comme les taux individuels de prise n’étaient pas disponibles, on a eu recours à un indice fondé sur le pourcentage de pêcheurs de chaque tournoi ayant réussi à capturer un requin. Ce modèle était loin d’être idéal, car, comme les tournois représentaient des facteurs fixes, on n’a pas pu évaluer les termes correspondant à l’interaction année × tournoi. Avec ces lacunes, le modèle a indiqué un déclin significatif de 27 p. 100 depuis 1999 (figure 21). Si on met ce modèle à la même échelle que le modèle normalisé du thon ventru et de l’espadon (figure 19), la tendance au fil des ans est similaire dans les deux modèles. Ces résultats laissent supposer que les tournois et la pêche commerciale au large des côtes sont des échantillons de la même population et que le taux de prise de 1999 à 2003 était nettement plus bas qu’au cours de la période de 1995 à 1998.


Figure 21 : Taux normalisé de prise (requins/pêcheur, IC ±95 p. 100) de requins bleus aux tournois de pêche sportive au requin

Figure 21 : Taux normalisé de prise (requins/pêcheur, IC ±95 p. 100) de requins bleus aux tournois de pêche sportive au requin.

Tiré de Campana et al. (2004).


Les données biologiques sur l’évolution à long terme de la longueur moyenne peuvent servir d’indicateurs de l’intensité de l’exploitation. Depuis 1986, on a constaté un important déclin de la longueur moyenne des prises commerciales de requins bleus dans les pêches canadiennes et japonaises (figure 22). Cette analyse portait uniquement sur les saisons d’automne et d’hiver, et ce, pour réduire le plus possible les écarts saisonniers. La différence entre les pêches canadiennes et japonaises est probablement attribuable à la profondeur à laquelle les pêcheurs de chaque pays pratiquent la pêche (Campanaet al., 2002). Aucune tendance apparente ne se dégage des activités de pêche sportive, sans doute parce que ce type de pêche cible les individus les plus gros.


Figure 22 : Tendance de la taille moyenne à la fourche (IC ±95 p. 100) des requins bleus capturés en automne et en hiver dans les pêches japonaises (carrés ouverts – série supérieure) et canadiennes (cercles fermés – série inférieure) de poissons pélagiques à la palangre

Figure 22 : Tendance de la taille moyenne à la fourche (IC ±95 p. 100) des requins bleus capturés en automne et en hiver dans les pêches japonaises et canadiennes de poissons pélagiques à la palangre.

D’après les données du Programme international des observateurs. Tiré de Campana et al. (2004).


Résumé des tendances dans l’Atlantique

Dans l’ensemble, il semble y avoir un déclin de l’abondance des requins bleus dans le nord-ouest de l’Atlantique d’après plusieurs indices (voir le résumé au tableau 1). Tous les indices examinés ont des lacunes. La population canadienne des requins bleus de l’Atlantique fait partie d’une population qui occupe la totalité de l’Atlantique Nord. Il faut réaliser des études qui couvrent de vastes régions géographiques pour comprendre la situation globale de cette population. Les résultats d’études régionales peuvent subir l’influence des conditions environnementales locales et de la partition démographique de la population de l’hémisphère. Pour ce qui est de la couverture géographique, les évaluations des populations effectuées par la CICTA couvrent toute l’aire de répartition de la population dans l’Atlantique Nord. Cependant, les données de ces évaluations sont considérées très incertaines, et les résultats ne sont pas concluants. La série du CPUE de la CICTA est fondée sur l’identification incertaine de l’espèce lors des premières années. L’analyse menée par Baum et al. (2003) ne couvre que le nord-ouest de l’Atlantique et une seule flotte, ce qui représente probablement le meilleur ensemble de données à grande échelle disponibles, bien que la qualité des données ait été remise en question du fait qu’elles sont dérivées de journaux de bord de pêcheurs. Les indices présentés par Campanaet al. (2004) sont ceux qui couvrent une plus petite superficie, mais ils concernent des eaux canadiennes ou près de celles-ci et les données utilisées sont les plus fiables (données d’observateurs). Les indices de l’abondance présentés par Campana et al. (2004) et par Baum et al. (2003) étaient cohérents les uns avec les autres, bien qu’ils ne couvrent que le nord-ouest de l’Atlantique. Globalement, les indices de Baum et al. (2003) et de Campana et al. (2004) sont les plus représentatifs de la situation de l’espèce dans les eaux canadiennes.

Tableau 1 : Indices des tendances des populations de requins bleus dans les eaux du Canada et du nord-ouest de l’Atlantique
ÉtudeAnnéesZone d’étudeTendance globaleRemarques
CICTA, 20051971-2003
(32 ans)
Atlantique Nord-OuestAucune tendance globale de 1971 à 2003 (augmentation, puis diminution)

Déclin allant jusqu’à 60 % de 1987 à 2003
Données sur les CPUE provenant des journaux de bord des pêcheurs aux lignes étasuniens et japonais. Les chiffres des premières années sont incertains à cause de problèmes d’identification (figure 14).
Baum et al., 20031986-2000Atlantique Nord-OuestDéclin de 60 %CPUE, d’après les données de journaux de bord de pêcheurs étasuniens (figures 17 et 18B)
Baum et al., 20031986-2000
(14 ans)
Zone 6, adjacente au plateau néo-écossaisDéclin de 64 %(Figure 18A)
Baum et al., 20031986-2000Zone 7, adjacente aux bancs de Terre-NeuveAucune tendance globale (augmentation, puis diminution – déclin de 9,6 % du début à la fin)(Figures 17 et 18B)
Campana et al. (2004)1995-2003
(8 ans)
Terre-Neuve et plateau néo-écossaisDéclin de 53 %Taux de prise commerciale (figure 19)
Campana et al. (2004)1998-2003
(5 ans)
Eaux canadiennesDéclin de 27 %Taux de prise sportive
(figure 21)


Abondance et tendances de l’espèce de la population au Pacifique

Rares sont les recherches réalisées sur les requins bleus dans les eaux canadiennes du Pacifique. Il existe deux études réalisées au Canada; la première porte sur l’évaluation des prises accessoires de requins bleus dans une pêcherie canadienne expérimentale à l’encornet volant aux filets dérivants en haute mer (de 1985 à 1987) (McKinnell et Seki, 1998); l’autre consiste en un seul voyage de recherche de quatre jours réalisé par une entreprise privée en 1991 (IEC Collaborative Marine Research and Development Limited, 1992). Aucune de ces études ne donne de renseignements sur les tendances ou l’abondance, mais elles ont permis d’obtenir certaines données biologiques. Toutes les autres données sur les requins bleus dans les eaux canadiennes du Pacifique proviennent de bases de données sur les prises et d’observations enregistrées au cours de divers relevés scientifiques. Le faible taux de rencontre observé dans les opérations de pêche et les relevés scientifiques ne donne pas de données suffisantes pour permettre l’analyse des tendances de la population.


Tendances de la population du Pacifique – Eaux internationales

Les pêches pélagiques internationales capturent fréquemment des requins bleus dans tout le Pacifique Nord, mais peu ont tenté d’évaluer les tendances des requins bleus. Les évaluations réalisées dans le Pacifique Nord sont limitées par la sous-déclaration des prises et/ou par le regroupement de tous les requins en une seule catégorie. Nakano (1996), qui a analysé les données normalisées sur les captures de requins par unité d’effort (dont environ 70 p. 100 sont considérées comme des captures de requins bleus) provenant des journaux de bord de navires commerciaux japonais (de 1971 à 1993), a conclu qu’il y avait un déclin de 20 p. 100 des CPUE dans le Pacifique Nord. L’évaluation la plus exhaustive du requin bleu dans le Pacifique Nord a été réalisée par Klieber et al. (2001), qui ont rapporté que le RMS des requins bleus dans le Pacifique était de 1,8 à 4 fois plus élevé que les estimations actuelles de la mortalité causée par la pêche dans le Pacifique Nord et qui ont conclu que la population de requins bleus ne semble pas en danger de s’effondrer.


Tendances de la population du Pacifique – Eaux canadiennes

Bon nombre de relevés scientifiques permanents sont effectués dans les eaux canadiennes. Ces relevés n’étant par conçus pour l’échantillonnage des espèces pélagiques, ils ne produisent que des données limitées. Depuis 1993, la CIFP consigne les prises d’espèces autres que le flétan dans ses relevés annuels le long de la côte ouest de l’Amérique du Nord. Les données sur les requins bleus sont disponibles pour la période de 1998 à 2004; auparavant, tous les requi ns étaient regroupés dans une seule catégorie. La CIFP a modifié son protocole de relevé en 2003 et, par conséquent, les comparaisons interannuelles portant sur les espèces rarement capturées exigent une certaine interprétation. De 1998 à 2004, on a enregistré au total 170 requins bleus dans la portion canadienne de la zone d’étude de la CIFP. Des 171 stations de relevé situées dans les eaux canadiennes, 68 ont relevé au moins un requin bleu depuis 1998 (figure 7). Ces relevés indiquent clairement que la plupart des rencontres se font dans la portion méridionale du détroit d’Hécate. Depuis 1998, le taux de prise de requins bleus varie entre 0,06 et 0,93 requin/1 000 hameçons (figure 23). Les taux de prise dans le relevé de 2004 sont les plus hauts jamais observés, ce qui coïncide d’ailleurs avec des signalements anecdotiques par des voyagistes et autres exploitants d’embarcations d’une augmentation du nombre de rencontres avec des requins bleus, peut-être en réaction à un phénomène El Niño.


Figure 23 : Taux de prise de requins bleus dans les relevés de l’ensemble de la Commission internationale du flétan du Pacifique (CIFP) dans la zone 2B (Canada) de 1998 à 2004

Figure 23 : Taux de prise de requins bleus dans les relevés de l’ensemble de la Commission internationale du flétan du Pacifique (CIFP) dans la zone 2B (Canada) de 1998 à 2004.

Les chiffres au-dessus des barres représentent le nombre de requins bleus capturés. Source des données : Base de données des relevés de l’ensemble de la CIFP.


Dans le cadre du relevé triennal au chalut du NMFS, on effectue des traits de chalut au large du sud-ouest de l’île de Vancouver sur une base triennale depuis 1981. On n’y relève aucune prise de requin bleu dans les eaux canadiennes et seulement quatre occurrences au total dans les eaux étasuniennes (base de données consultée par les rédacteurs).

Nous avons examiné les bases de données de divers relevés de poissons de fond et de crevettes réalisés par le ministère des Pêches et des Océans (MPO) depuis 1979 pour y trouver des relevés de requins bleus. Au total, nous avons trouvé 12 relevés portant sur 14 requins bleus au total (annexe 3).

La pêche canadienne expérimentale à l’encornet volant aux filets dérivants en haute mer s’est déroulée de 1979 à 1987, mais les données sur les requins bleus n’ont été recueillies que sur trois ans (de 1985 à 1987), et les données biologiques, uniquement en 1987 (McKinnell et Seki, 1998). Il est à noter que la majeure partie de cette activité de pêche s’est déroulée dans l’est du Pacifique Nord, à l’extérieur de la zone économique exclusive (ZEE) du Canada. Un des principaux constats de cette étude est que le nombre de CPUE était près de dix fois plus élevé que celui observé dans la pêche japonaise aux filets dérivants dans le centre du Pacifique Nord (McKinnell et Seki, 1998), ce qui laisse supposer que les requins bleus sont relativement abondants dans les eaux de haute mer situées près du Canada.

En résumé, les données disponibles ne suffisent pas à estimer l’abondance ou les tendances de l’espèce dans les eaux canadiennes du Pacifique. La flotte de bateaux de pêche aux lignes semble être la principale cause de mortalité des requins bleus sur la côte pacifique du Canada, même si la mortalité par prise est faible (voir la section « Pêches » ci-dessus). La répartition des prises et les relevés de la CIFP indiquent que les requins bleus semblent fréquenter tout le plateau continental, avec une concentration plus forte à proximité du rebord (figures 6 et 7). Lors d’un voyage de recherche mené en 1991, on a capturé 134 requins en 4 jours, ce qui laisse supposer qu’on peut capturer des requins bleus assez facilement dans les eaux canadiennes si on les cible (IEC Collaborative Marine Research and Development Limited, 1992).


Effet d’une immigration de source externe

Les eaux canadiennes représentent une petite portion de l’habitat du requin bleu dans le Pacifique comme dans l’Atlantique; l’espèce ne se reproduit pas dans les eaux canadiennes, et plusieurs éléments probants indiquent qu’elle est très migratrice. Par conséquent, la situation de la population de requins bleus et le potentiel d’une immigration de source externe dans les eaux canadiennes dépendent complètement de la situation des populations hémisphériques. Si la population augmente à l’échelle des bassins océaniques, l’abondance relative de l’espèce dans les eaux canadiennes devrait suivre la même tendance.