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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le requin bleu - population Altantique et Pacifique au Canada – Mise à jour

Habitat

Besoins en matière d’habitat

Le requin bleu est considéré comme une espèce épipélagique, ce qui signifie qu’il est associé à la couche superficielle de l’océan. Certaines indications laissent supposer l’existence de variations latitudinales dans la profondeur privilégiée, mais on observe généralement les individus entre la surface et 350 m (Nakano et Seki, 2002). Les requins bleus préfèrent les habitats au large des côtes, mais on en observe à l’occasion en zone littorale. On sait que les requins bleus fréquentent des eaux dont la température se situe entre 5,6 et 28 °C. La température privilégiée, qu’on a estimée sur la base des taux de prise, varie considérablement selon la région et l’étude (Nakano et Seki, 2002). Strasburg (1958) a rapporté que 99 p. 100 des requins bleus capturés dans le Pacifique se trouvaient dans une plage de températures de 5,6 à 18,9 °C. Il existe des signes d’une tendance latitudinale dans la profondeur privilégiée. Dans les latitudes tropicales (de 20° S à 20° N), l’espèce semble avoir une préférence pour les eaux plus profondes (de 80 à 220 m), et il ne semble pas y avoir de fluctuations saisonnières de l’abondance (Nakano et Seki, 2002). Dans les latitudes septentrionales, les requins bleus fréquentent des eaux moins profondes, et il semble y avoir des fluctuations saisonnières de l’abondance, les individus se déplaçant vers des latitudes plus élevées en été (Nakano et Seki, 2002). La température de l’eau est probablement le principal facteur déterminant de la profondeur privilégiée et de la répartition latitudinale de l’espèce.

Les préférences en matière d’habitat selon le sexe et la taille ont été décrites à partir de relevés scientifiques effectués dans le Pacifique Nord (Nakano et Nagasawa, 1996). On a capturé des femelles à des températures variant de 8 à 21 °C, tandis que les mâles capturés se trouvaient à des températures entre 12 et 21 °C. Les grandes femelles (> 90 cm) tendent à fréquenter des eaux plus froides que les mâles de taille semblable (femelles, de 8 à 21 °C; mâles, de 14 à 21 °C). Nakano (1994) a proposé un modèle général basé sur les préférences en matière de température et appuyé par la suite par McKinnell et Seki (1998) qui décrit la ségrégation selon le sexe et la taille dans le Pacifique Nord. La bande située entre les 35e et 45e degrés de latitude nordest considérée comme la zone de parturition, alors qu’une bande légèrement plus large constitue la zone de croissance (de 68 à 134 cm de longueur totale [LT]). Les femelles subadultes (de 134 à 199 cm de LT) se trouvent généralement au nord de la zone de parturition, tandis que les mâles subadultes occupent les eaux au sud de cette zone. Le modèle de Nakano prédit que la plupart des requins bleus qui fréquentent les eaux canadiennes du Pacifique sont des femelles subadultes. La seule étude effectuée sur le littoral canadien du Pacifique tend à confirmer cette hypothèse, 93 p. 100 (n = 134) des individus observés étant des femelles immatures (IEC Collaborative Marine Research and Development Limited, 1992).

On a également observé une ségrégation selon le sexe et la taille dans le nord‑ouest de l’Atlantique (Pratt, 1979; Campana et al., 2004; Beerkircher, 2005). Toutes les études révèlent l’absence de femelles adultes au large des côtes du nord‑est des États-Unis et du Canada. Campana et al. (2004) ont examiné les données sur la fréquence des longueurs tirées d’observations estivales réalisées dans le secteur des pêches commerciale et sportive (figure 8). Ces données laissent supposer que les mâles adultes forment une petite partie des prises commerciales (considérées plus représentatives), mais qu’ils forment une portion importante des prises effectuées dans les tournois de pêche sportive à cause du ciblage des grands individus. On a observé des requins bleus immatures des deux sexes en proportions égales (Campana et al., 2004; Beerkircher, 2005). Sur la base d’analyses des données d’observations pélagiques réalisées à la palangre aux États-Unis de 1992 à 2003, Beerkircher (2005) a constaté que la longueur moyenne à la fourche diminuait à mesure que la latitude augmentait et que, en règle générale, les longueurs moyennes les plus élevées s’observaient dans les secteurs au sud du 35e degré de latitude nord. La longueur moyenne à la fourche mesurée dans la région lointaine du nord-est de la CICTA (y compris les eaux qui entourent Terre-Neuve) est respectivement de 139 cm (n = 11 174) et de 133 cm (n = 11 172) pour les mâles et les femelles. Les eaux septentrionales pourraient être d’importantes zones de croissance, si l’on se fie à la forte proportion de petits individus (Beerkircher, 2005). De l’autre côté de l’Atlantique, dans la Manche, Vas (1990) signale qu’un seul des 73 requins capturés était un mâle, ce qui recoupe les observations de Stevens (1976), qui rapporte que les mâles ne constituaient que 6 p. 100 des prises.


Figure 8 : Distribution des fréquences de longueur des requins bleus examinés aux tournois de pêche et des requins bleus mesurés par les observateurs dans les prises commerciales sur le plateau néo-écossais de 1993 à 2003, au cours des mêmes mois et des mêmes années

Figure 8 : Distribution des fréquences de longueur des requins bleus examinés aux tournois de pêche et des requins bleus mesurés par les observateurs dans les prises commerciales sur le plateau néo-écossais de 1993 à 2003, au cours des mêmes mois et des mêmes années.

La ligne verticale pointillée représente la taille à 50 p. 100 de la maturité.Source : Campana et al., 2004.


Tendances en matière d’habitat

Aucune recherche n’a été réalisée sur les tendances de la disponibilité de l’habitat pour le requin bleu au Canada. D’après des données anecdotiques, il semble que les phénomènes de réchauffement de l’eau (p. ex. El Niño) dans les eaux canadiennes du Pacifique entraînent un accroissement de l’abondance des requins bleus, mais cette hypothèse n’a pas été confirmée. On a constaté que les taux de prise commerciales de requins bleus dans le Pacifique Nord diminuent considérablement lorsque la température à la surface de la mer est inférieure à 16 °C ainsi qu’au nord du 40e degré de latitude nord (Bigelow et al., 1999).


Protection et propriété

On n’a pas envisagé de protéger l’habitat du requin bleu au Canada. Pour le moment, on ne considère pas que la perte d’habitat du requin bleu (les milieux épipélagiques du monde entier) soit un problème de conservation préoccupant. On notera qu’aux fins du présent rapport les interactions des pêches ne sont pas considérées comme une menace pour l’habitat.