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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le requin bleu - population Altantique et Pacifique au Canada – Mise à jour

Pêche (prises accessoires)

Atlantique

Mortalité par capture du requin bleu dans les eaux de l’Atlantique

En se fondant sur la combinaison des débarquements déclarés, des prises accessoires observées, desprises accessoires non observées estimées et de la mortalité par capture à l’hameçon estimée, Campana et al. (2004) ont évalué la mortalité par capture du requin bleu dans les eaux canadiennes à 1 000 t par an en moyenne depuis 1986.

Les débarquements déclarés comprennent les données sur les débarquements des pêches sportive et commerciale (y compris les navires étrangers), mais, comme la plupart des requins bleus capturés sont des prises accessoires qu’on jette, les débarquements déclarés ne donnent pas une bonne idée des quantités réellement capturées et de la mortalité. Les prises accessoires observées correspondent à la quantité de requins bleus capturés (débarqués ou rejetés) d’après les rapports du Programme international des observateurs (PIO), qui assure une couverture des observateurs à 100 p. 100 sur les navires étrangers et à environ 5 p. 100 sur les navires canadiens. Pour tenir compte des pêches canadiennes non observées, on a extrapolé le taux de requins bleus observés dans les pêches étrangères en le portant sur le nombre de navires canadiens afin d’estimer le nombre minimal de prises accessoires non observées. La proportion de requins bleus qui compose les prises accessoires non observées varie selon la saison et le type de pêche; c’est pourquoi on a attribué une proportion unique de prises accessoires pour chaque saison et chaque type de pêche. De plus, on a pris en compte la sous-déclaration connue des requins bleus dans le cadre du programme des observateurs en n’utilisant que les ensembles de données comprenant au moins un requin bleu, ce qui donne une proportion maximale de prises accessoires non observées. La moyenne des proportions minimale et maximale a servi à calculer le nombre total de prises accessoires non observées.

Pratiquement toutes les prises de requins bleus sont des prises accessoires; par conséquent, il est essentiel de calculer le taux de survie après le relâchement pour comprendre la mortalité par capture à l’hameçon. On a estimé la mortalité par capture à l’hameçon sur la base d’une petite étude (n = 105) où chaque individu récupéré était classé comme étant sain (38 p. 100), blessé (44 p. 100) ou mort (18 p. 100) (Campana et al., 2004). On a supposé arbitrairement que la moitié des individus blessés n’avaient pas survécu; la mortalité totale par capture à l’hameçon a donc été estimée à 40 p. 100. Il faut noter qu’on n’a pas tenu compte de la mortalité des prises « échappées » (les individus pris à l’hameçon qui se sont décrochés avant d’être hissés à bord). La figure 10 présente la mortalité totale dans les eaux canadiennes qui se situe en moyenne à environ 1 000 t/an (de 1986 à 2003). La mortalité annuelle par capture est demeurée relativement stable de 1996 à 2003, à moins de 700 t/an en moyenne. Le déclin de la mortalité par capture depuis 1996 résulte d’une baisse des pêches étrangères ainsi que d’une baisse des prises canadiennes d’espadons (Campana et al., 2004).


Figure 10 : Prise totale, selon la source, chez les requins bleus capturés dans les eaux canadiennes de l’Atlantique

Figure 10 : Prise totale, selon la source, chez les requins bleus capturés dans les eaux canadiennes de l’Atlantique

D’après Campana et al., 2004.


Campana et al. (2004) ont étendu l’analyse décrite ci-dessus pour estimer la mortalité par capture dans l’ensemble de l’Atlantique Nord. Sur la base de données internationales datant de 2000, ils ont prudemment estimé qu’on a capturé plus de 100 000 t de requins bleus, pour une mortalité par capture d’environ 37 000 t cette année-là.

Une autre technique totalement indépendante de celle que nous venons de décrire a également servi à calculer la mortalité dans l’Atlantique Nord. À partir des taux d’exploitation obtenus par des études de marquage et des taux de mortalité causée par la pêche découlant de l’analyse des courbes de prises, on a estimé la mortalité globale par capture dans l’Atlantique à 26 000 t/an (Campana et al., 2004).

Étant donné la nature ubiquiste et migratoire de cette espèce, il est clair que la mortalité causée par la pêche dans les eaux canadiennes ne constitue qu’une faible fraction de la mortalité totale. De plus, comme on peut le déduire de l’âge et de la maturité des individus pris au Canada, il est très improbable que les pêches canadiennes aient un impact disproportionné sur une composante essentielle des populations telles que les femelles matures.

Taux d’exploitation obtenus par le marquage – Atlantique

Les études de marquage (décrites plus haut dans la section « Dispersion et migration ») servent à estimer les taux d’exploitation dans les eaux canadiennes (Campana et al., 2004). Dans l’étude canadienne (de 1961 à 1980), le taux d’exploitation annuel a toujours été inférieur à 1 p. 100. De même, l’étude de marquage du NMFS donne un taux d’exploitation annuel moyen dans les eaux canadiennes de 0,78 p. 100 pour les années 1992 à 2002. La plupart (93 p. 100) des marques canadiennes ont été apposées avant 1972. Pour obtenir une comparaison brute entre les deux périodes de marquage (de 1961 à 1972 et de 1992 à 2002), Campana et al. (2004) ont comparé les rapports totaux de retour des poissons marqués et constaté que les taux d’exploitation avaient augmenté, passant d’une moyenne de 0,009 à 0,089 (environ 10 fois plus), d’après l’hypothèse de taux semblables de déclaration. Cette augmentation de l’exploitation apparente est d’une ampleur semblable à l’effort de pêche à la palangre dans l’Atlantique Nord multiplié par environ 10 (figure 11; CICTA, 2005).


Figure 11 : Tendance de l’effort de pêche de la flotte de palangriers dans le nord et le sud de l’Atlantique (1956-1997)

Figure 11 : Tendance de l’effort de pêche de la flotte de palangriers dans le nord et le sud de l’Atlantique (1956-1997)

Figure tirée de la CICTA (2005). Nord et Sud renvoient aux hémisphères.


Campana et al. (2004) ont également comparé la proportion d’individus marqués recapturés au Canada à celle des individus repêchés ailleurs dans l’Atlantique. D’après cette comparaison, environ le tiers de la mortalité totale par pêche s’est produit au Canada, mais il s’agit probablement d’une surestimation qui s’explique par une meilleure qualité des signalements d’individus marqués dans les eaux canadiennes que dans les eaux internationales.

Globalement, il semble que le taux d’exploitation annuel en eaux canadiennes soit probablement inférieur à 1 p. 100 par an.


Pacifique

Données sur les pêches canadiennes – Pacifique

Depuis 1996, la couverture par les observateurs est de 100 p. 100 dans la pêche au chalut « Option A » des poissons de fond, qui comprend la majorité des débarquements de poissons de fond sur la côte de la Colombie-Britannique. Au total, de 1996 à 2004, 5 737 kg de requins bleus ont été capturés par la flotte de chalutiers, ce qui correspond à une moyenne de 637 kg/an. Ces prises sont concentrées le long de la côte ouest de l’île de Vancouver et au large de la pointe sud des îles de la Reine-Charlotte (figure 12A). Le taux de mortalité réel (c’est-à-dire le taux de survie après rejet) des requins pris au chalut est inconnu.


Figure 12 : Répartition des prises de requins bleus de 1996 à 2004 par les pêches commerciales de poisson de fond : A) au chalut; B) aux lignes

Figure 12 : Répartition des prises de requins bleus de 1996 à 2004 par les pêches commerciales de poisson de fond : A) au chalut; B) aux lignes

Source : Bases de données PacHarvHL et PacHarvTrawl du MPO.


Les flottes de bateaux de pêche aux lignes (flétan, morue charbonnière, aiguillats, morue-lingue et sébaste) n’ont pas le droit de pêcher ou de conserver les requins bleus; par conséquent, tous les rapports de prises viennent soit du journal de bord des pêcheurs, soit, depuis quelques années, du programme des observateurs. Le programme des observateurs a débuté en 2001, avec une couverture maximale de 15 p. 100 dans l’industrie de la pêche aux lignes. La déclaration volontaire des espèces constituant des prises accessoires dans les journaux de bord est d’une utilité limitée pour évaluer les prises réelles. Par contre, la mise en œuvre du programme des observateurs, malgré une couverture limitée, donne un moyen d’estimer les prises réelles. De 2001 à 2003, on a constaté une forte hausse des signalements de requins bleus (figure 13). Avant 2001, les prises annuelles de requins bleus rapportées variaient de 0 à 0,84 t. De 2001 à 2003, les prises rapportées variaient de 3,8 à 7,7 t, ce qui, selon une estimation conservatrice, correspond à 5 à 10 fois plus que lors des années antérieures au programme des observateurs. Étant donné que les voyages sous observation correspondent à seulement 10 à 15 p. 100 environ de l’effort de pêche total, le nombre de prises annuelles est probablement au moins 5 fois plus important que les chiffres actuellement déclarés, soit de 20 à 40 t/an environ. Nous n’avons aucune base pour estimer la mortalité. La base de données sur les prises dans le cadre de la pêche à la morue charbonnière ne comprend que 2 mentions du requin bleu depuis 1996, ce qui indique qu’on rencontre probablement peu de requins bleus dans ce secteur de pêche (base de données PacHarSable du MPO).


Figure 13 : Prises de requins bleus déclarées par la flotte britanno-colombienne de pêche aux lignes de 1997 à 2004

Figure 13 : Prises de requins bleus déclarées par la flotte britanno-colombienne de pêche aux lignes de 1997 à 2004.

On notera que l’augmentation après 2000 est due à la mise en œuvre d’un programme partiel d’observateurs couvrant environ de 10 à 15 p. 100 des voyages, tandis que, avant 2001, les données étaient volontairement consignées dans le journal de bord. Source : Base de données PacHarvHL du MPO.

La flotte de bateaux de pêche à la traîne (saumons) signale elle aussi un petit nombre de prises de requins bleus. Depuis 2001, certains segments de cette flotte sont actifs toute l’année, mais les rencontres de requins bleus, d’après les journaux de bord, ne se produisent que de juillet au début d’octobre. De 2001 à 2004, on a rapporté au total 42 requins bleus capturés et relâchés dans le cadre de la pêche au saumon à la traîne. De plus, il est probable que les pêcheurs sportifs de saumons et de poissons de fond prennent parfois des requins bleus, mais on ignore la quantité de ces prises.

L’estimation de la mortalité causée par la pêche dans les eaux canadiennes est négligeable comparativement à celle des prises dans l’ensemble du Pacifique Nord. Bonfil (1994) a estimé les prises annuelles de requins bleus dans le Pacifique Nord à environ 2 millions d’individus, soit 39 000 tonnes métriques. Les données relatives à l’aire de répartition et à la migration des requins bleus soutiennent la notion voulant que les requins capturés au Canada fassent partie d’une population hémisphérique beaucoup plus importante dans le Pacifique Nord. Les eaux canadiennes du Pacifique font partie de l’aire de répartition normale de l’espèce, mais l’incidence actuelle des pêches nationales sur la population semble négligeable, correspondant peut-être à 0,1 p. 100 de la mortalité de la population (en supposant un taux de mortalité de 100 p. 100 des prises rejetées). De plus, certaines données incomplètes laissent supposer que les individus qui fréquentent les eaux canadiennes du Pacifique sont pour la plupart des individus immatures.