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Programme de rétablissement de la Mouette blanche (Pagophila eburnea) au Canada [Proposition] – 2013

3. Information sur l'espèce

3.1 Description de l'espèce

La Mouette blanche est un laridé de taille moyenne dont le poids (environ 600 g) et l’envergure (environ 94 cm) sont supérieurs d’environ 10 % à ceux de la Mouette tridactyle (Rissa tridactyla), plus commune. On peut facilement reconnaître la Mouette blanche quel que soit son âge, mais à l'âge adulte, son plumage est d'un blanc pur particulièrement saisissant; ses pattes sont noires et son bec est vert olive (figure 1). Le plumage des juvéniles est blanc moucheté de noir. Les nids, une dépression du sol ou une coupe de mousse, comptent entre un et trois œufs; les nids peuvent se trouver sur des îles isolées, des plateaux de galets calcaires sans relief notable ou des falaises abruptes de « nunataks » (sommets de montagnes qui émergent des glaciers ou de la calotte glaciaire – pour ainsi dire une île située à l’intérieur des terres et entourée de glace de glaciers) (Haney et MacDonald; 1995). Le mâle et la femelle couvent le nid pendant 24 à 26 jours; les œufs éclosent habituellement à la fin de juillet et les jeunes prennent leur envol entre 30 et 35 jours après l'éclosion. On peut trouver des descriptions plus détaillées de l'espèce dans les ouvrages de Haney et MacDonald (1995) et du COSEPAC (2006).

Figure 1 –Mouette blanche adulte © M. Mallory

La figure 1 est une image d’une Mouette blanche adulte photographiée par M. Mallory.

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3.2 Population et répartition

L’aire de répartition de la Mouette blanche se situe dans la région circumpolaire (figure 2). Les principaux sites de reproduction sont situés sur les îles du nord de la Russie (Severnaïa Zemlia, archipel François-Joseph), de la Norvège (Svalbard), de l'est du Groenland et de l'Arctique canadien. La population à l'échelle mondiale a été récemment estimée à 8 000 à 11 500 couples reproducteurs (Gilchrist et coll., 2008), et des déclins ont été observés à Svalbard, dans certaines colonies de la Russie ainsi qu’au Canada. Environ 840 Mouettes blanches ont été recensées au Canada, soit environ 400 couples reproducteurs (Robertson et coll., 2007). On pense que les aires d'hivernage de l'espèce au Canada se trouvent sur la banquise ou dans les eaux marines entre le Groenland et Terre-Neuve-et-Labrador (figure 2). La proportion de la population mondiale qui hiverne au Canada est plus importante que celle qui s'y reproduit (de 50 % à 75 %, environ, mais jusqu'à 100 % certaines années), mais la population hivernante varie chaque année en fonction de la répartition de la glace de mer.

Figure 2 : Colonies de reproduction connues (points noirs) de Mouettes blanches dans l'Arctique circumpolaire. Les zones pointillées indiquent les aires d'hivernage. L’encadré (autour des îles) indique la position approximative de la carte présentée à la figure 3.

La figure 2 est une carte des colonies de reproduction connues de la Mouette blanche dans l’Arctique circumpolaire. Deux aires d’hivernage entre le Groenland et Terre-Neuve-et-Labrador, et entre le Groenland et la Russie, sont également illustrées.

Figure 3 : Emplacements connus des colonies de nidification de l'espèce au Canada. Les sites existants sont ceux qui, depuis 2002, ont été occupés au moins une fois, tandis que les anciens sites de nidification sont ceux pour lesquels la dernière occupation connue par les Mouettes blanches a eu lieu avant 2002.

La figure 3 est une carte des emplacements connus des colonies nicheuses de la Mouette blanche au Canada arctique. Les colonies où des mouettes ont été observées depuis 2002 ainsi que d’anciennes colonies nicheuses sont également illustrées.

Au Canada, on sait que la Mouette blanche n'a de sites de nidification qu'en cinq endroits du Nunavut : l'île d'Ellesmere, l'île Devon, l'île Cornwallis, l'île Seymour et la presqu'île Brodeur dans le nord de l'île de Baffin (figure 3). En 2009, presque tous les sites existants se trouvaient dans la partie centre-est de l'île d'Ellesmere (M. Mallory, données inédites). Chaque année entre 2002 et 2006, puis de nouveau en 2009, des relevés de tous les sites de reproduction connus ont été réalisés par hélicoptère (Gilchrist et Mallory, 2005; Robertson et coll., 2007; Mallory, données inédites). Bien que de nouveaux sites de reproduction aient été découverts après 2002 (Robertson et coll., 2007), sur les 64 sites de reproduction connus au Nunavut, 25 (c'est-à-dire 39 %) n'ont pas été occupés depuis 2002.

En 2006, la population connue au Canada comptait environ 842 individus (Robertson et coll., 2007), soit approximativement 400 couples reproducteurs. Dans les années 1980, on trouvait des colonies de Mouettes blanches dans tous les secteurs indiqués dans la figure 3, mais en 2010, le nombre de colonies et le nombre d'oiseaux des colonies existantes avaient diminué (figure 4; COSEPAC 2006; Robertson et coll., 2007); la population des colonies connues dans les années 1980 aurait fait l’objet d’un déclin de plus de 80 %. Selon l'estimation de 2009, qui tenait compte des nouvelles colonies repérées le long de la partie centre-est de l'île d'Ellesmere en 2006 (confirmé en 2009), la population (environ 800 individus) était inférieure de 67 % à celle des années 1980 (environ 2 400 individus; Thomas et MacDonald, 1987).

Figure 4. Tendances démographiques des Mouettes blanches, fondées sur les dénombrements effectués dans les différents sites de nidification insulaires de l'Arctique canadien et le nombre maximal d'individus observés avant 1990. De 2002 à 2010, les dénombrements comprennent de nouvelles colonies repérées dans les mêmes aires de nidification que les colonies observées au cours de relevés réalisés avant 1990. Les carrés blancs représentent les nouvelles colonies du centre-est de l'île d'Ellesmere repérées en 2004 au nord de la région où les relevés étaient auparavant effectués.

La figure 4 est un graphique indiquant les tendances par rapport au nombre de Mouettes blanches dénombrées dans différentes aires de nidification sur des îles dans l’Arctique canadien, établies à partir des dénombrements maximaux avant 1990. Les dénombrements entre 2002 et 2010 comprennent de nouvelles colonies qui se trouvent dans les mêmes aires de nidification générales que celles relevées au cours d’enquêtes menées avant 1990.

La taille de la colonie la plus importante qui soit connue sur l'île Seymour a connu une diminution marquée de 2,7 % par année (Robertson et coll. 2007). La plupart des colonies qui se trouvent sur la presqu'île Brodeur (île de Baffin) ont disparu, comme la plupart des colonies de l'est de l'île Devon; toutes les colonies du sud-est de l'île d'Ellesmere (au sud de l'inlet Makinson) ont connu un déclin ou disparu. L'unique région qui abrite des colonies de Mouettes blanches apparemment prospères est celle des nunataks, ces pointements rocheux englacés de la partie centre-est de l'île d'Ellesmere. Dans l'ensemble, le « centre de gravité » de l’aire de reproduction de la Mouette blanche au Canada semble s'être déplacé vers le nord.

Connaissances écologiques locales

Les connaissances écologiques locales (ou connaissances traditionnelles autochtones ou Inuit Qaujimajatuqangit) du Nunavut révèlent que l'espèce ne se concentre plus à proximité des collectivités, comme elle le faisait autrefois (Mallory et coll., 2003). En effet, des entretiens avec des chasseurs et des aînés d'Arctic Bay, de Resolute Bay et, de façon plus informelle, de Grise Fiord laissent tous entendre que, même si l’espèce est en général plutôt rare, les habitants locaux observent tout de même moins d'oiseaux à l'heure actuelle que par le passé. Ce sont les préoccupations exprimées par un agent de protection de la faune d'Arctic Bay et des chasseurs de Resolute Bay qui ont attiré l'attention du gouvernement sur le déclin de la Mouette blanche. À Terre-Neuve-et-Labrador, les connaissances écologiques locales indiquent que la majeure partie des observations sont faites entre les mois de septembre et de mai, que les oiseaux sont généralement seuls ou en petits groupes (selon les conditions de vent et l’état des glaces) et que les populations sont, au mieux, stables mais qu’elles pourraient être en déclin (Ryan et coll., 2006).

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3.3 Besoins de la Mouette blanche

Au Canada, les besoins en matière d'habitat de la Mouette blanche sont simples mais spécialisés. Plus précisément, elle a besoin de sites de reproduction à l'abri des prédateurs terrestres (en particulier des renards arctiques - Alopex lagopus -), se trouvant toutefois à proximité (environ 50 km) des eaux libres pour pouvoir s'alimenter (plus près que les 100 à 200 km indiqués dans COSEPAC, 2006, selon des données plus récentes; M. Mallory, données inédites). La deuxième exigence limite probablement la répartition de son aire de reproduction puisque, au moment où les oiseaux reviennent dans l’Extrême-Arctique pour se reproduire, la superficie des eaux libres de glace, exception faite de certaines polynies (secteurs d'eaux libres entourées de glace de mer) et de chenaux côtiers périodiques, est relativement faible (COSEPAC, 2006). Par conséquent, il est fréquent de trouver les sites de reproduction sur des îles éloignées, dans des sites isolés du désert polaire ou sur les falaises des nunataks (COSEPAC, 2006) à proximité des polynies ou d'une interface récurrente entre la glace de mer et les eaux libres. Le caractère isolé de ces emplacements pourrait avoir un effet protecteur important contre les éventuels effets nuisibles associés aux perturbations, anthropiques ou autres, pendant la période de reproduction de l’espèce.

Les Mouettes blanches sont des détritivores et des prédateurs qui se nourrissent d'espèces se trouvant à des niveaux élevés au sein du réseau trophique marin. Elles recherchent du poisson et du zooplancton le long de la lisière des glaces; elles se tiennent sur la glace de plusieurs années pour scruter leurs aires d'alimentation; elles suivent les ours blancs pour se nourrir des carcasses de mammifères marins; et, sur la banquise, dans les aires de mise bas des phoques, elles se nourrissent de placentas (Haney et MacDonald, 1995). La glace de mer est extrêmement importante pour la Mouette blanche, car elle lui sert de plateforme sur laquelle s’alimenter et se poser.

Les besoins de l'espèce en hiver, au Canada, restent généralement inconnus, en partie parce qu'aucun suivi n’est effectué dans les sites d'hivernage de l’espèce au pays (toutefois, voir plus bas). La Mouette blanche hiverne sur la banquise, à proximité des polynies ou parfois le long du littoral (COSEPAC, 2006). Orr et Parsons (1982) ont découvert de nombreuses Mouettes blanches dans la baie de Baffin ainsi que dans le détroit de Davis, et de récentes données recueillies par télémesure satellitaire laissent supposer que cette région est une importante aire d'hivernage aussi bien pour les oiseaux du Canada que pour ceux du Groenland et de la Norvège (H. Strøm, comm. pers.). Des scientifiques pensent que la Mouette blanche fouille la banquise à la recherche de débris organiques, en particulier à proximité des échoueries et des aires de mise bas de phoques, pour accumuler suffisamment de réserves pour migrer de nouveau vers le nord pour se reproduire.