Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le silène de Spalding (Silene spaldingii) au Canada

Biologie

Généralités

Le Silene spaldingii est une herbacée vivace à caudex simple ou ramifié qui se forme au-dessus d’une racine pivotante longue et mince. La pointe des pousses est enterrée dans le sol durant la période de dormance de la plante (typique des « géophytes »). Les rhizomes ou tout autre moyen de multiplication végétative sont absents.

Reproduction

Le Silene spaldingii est une vivace. Pendant la première année (si les graines germent au printemps), seules les rosettes se forment; les tiges aériennes apparaissent les années suivantes. Lorsque les graines germent à l’automne précédent, les nouvelles plantules ne produisent parfois que des tiges végétatives pendant le premier été; elles produisent cependant des tiges florifères au cours des années suivantes. Les individus existants produisent une nouvelle végétation à la mi-mai et deviennent sénescentsau début de septembre (Lesica, 1999).

Le Silene spaldingii est protérandre; ses anthères viennent à maturation et son pollen est déhiscent avant que les styles s’étendent et que les stigmates deviennent réceptives. La plupart des plantes fleurissent pour la première fois lorsqu’elles ont deux ans ou plus. Les fleurs sont portées sur une inflorescence ramifiée terminale; au Montana, elles fleurissent en juillet et produisent des graines en août (Lesica, 1999). Les fleurs persistent deux à plusieurs jours; deux fleurs ou plus sont parfois en floraison sur le même individu. Cette disposition favorise la pollinisation croisée, tout en permettant l’endogamie (Lesica, 1993; Lichthardt et Gray, 2002). Les graines se dispersent en tombant d’un orifice situé sur le dessus de l’ovaire mûr lorsque la plante est secouée. Elles germent en aussi peu que quatre semaines de traitement à froid; la germination peut donc vraisemblablement avoir lieu à l’automne comme au printemps (Lesica, 1993).

La recherche de Lesica (1993) indique que le Silene spaldingii dépend des insectes pour la pollinisation. Au lieu d’étude de Lesica, au Montana (à Tobacco Plains), seul le Bombus nevadensis semble être un pollinisateur important.

Survie

Le Silene spaldingii est une vivace modérément longévive; au moins 72 p.100 des individus survivent pendant au minimum cinq ans, selon une étude menée à Dancing Prairie Preserve. La survie des individus la première année est élevée, ce qui indique que la mortalité survient généralement pendant les premiers stades de plantules. Lors de cette étude, on a également remarqué que le recrutement du S. spaldingii était sporadique, bien que le taux de croissance de la population soit demeuré stable au cours des sept années de l’étude. Comme la plante est longévive, les populations sont en mesure de persister pendant de nombreuses années sans recrutement (Lesica, 1997).

Les températures maximale et minimale pour la survie des individus de S. spaldingii sont inconnues; cependant, la température maximale enregistrée en été dans la région (près d’Eureka, au Montana) au cours des 30 dernières années est d’environ 29 °C, et la température minimale en hiver est de – 9,4 °C (Eureka Ranger Station Normals, 2005). On considère les fluctuations climatiques, notamment la sécheresse, comme une menace pour les populations de S. spaldingii (USDI-FWS 2001; Lorain, 1991).

La perte de l’habitat attribuable au pâturage intense, à l’agriculture, à la pulvérisation de produits chimiques et à l’invasion d’espèces introduites est le principal facteur affectant la survie et le recrutement du S. spaldingii aux États-Unis (Lorain, 1991; Lesica, 1999). En outre, il a été montré que les incendies augmentaient le recrutement chez le S. spaldingii. La réduction de la litière, l’accroissement des nutriments et l’élévation de la température du sol causés par les incendies favorisent la germination ou l’établissement des semis (Lesica, 1999). La prédation ne semble pas être un facteur important affectant la survie du S. spaldingii, bien que l’on ait observé une prédation par des insectes en Oregon (bruches) et au Montana (chenilles) (Lorain, 1991).

Physiologie

Le Silene spaldingii entre en dormance prolongée en été; il arrive qu’il ne produise pas de végétation aérienne pendant la moitié de leur saison de croissance (Lesica et Steele, 1994; Lesica, 1997). Dans la population de Tobacco Plains, au Montana, Lesica (1997) a observé que 41 p.100 des individus de S. spaldingii étaient chaque année en dormance prolongée entre 1989 et 1994, ce qui signifie essentiellement que, dans une population donnée de S. spaldingii, il est possible qu’entre 40 p.100 et 50 p.100 de la population seulement aient des pousses aériennes visibles au cours d’une saison donnée. On ne connaît pas les causes de la dormance chez le S. spaldingii, mais on peut formuler la théorie qu’il s’agit d’une réaction physiologique à des perturbations environnementales telles que la sécheresse ou les inondations (Lesica, 1999).

Déplacement et dispersion

En raison de leur proximité immédiate (environ 1,3 km), il pourrait y avoir une certaine dispersion génétique entre la population canadienne de Silene spaldingii et celle du Montana, du moins sur des périodes prolongées. Cependant, cela n’a pas été confirmé. Les populations de la Colombie-Britannique et du Montana sont séparées par une distance de 190 km des autres populations de S. spaldingii de l’Idaho et de l’État de Washington (USDI-FWS, 2001). Si l’on considère les moyennes localisées de dispersion des graines des capsules, la propagation des herbes envahissantes qui réduisent la qualité de l’habitat ainsi que les conditions relativement sèches qui ont sévi dans la région au cours des dernières années, il est peu probable qu’il y ait dispersion des graines et implantation de semis à partir des sous-populations avoisinantes des États-Unis. Au mieux, l’effet de sauvetage aurait une probabilité très faible.

Alimentation et relations interspécifiques

Les plantes non indigènes sont en compétition avec le Silene spaldingii pour l’eau, les nutriments et la lumière (USDI-FWS, 2001). De plus, les espèces florifères non indigènes telles que l’Hypericum perforatum peuvent être en compétition avec le S. spaldingii pour les pollinisateurs (Lichthardt et Gray, 2002).

Selon la recherche de Lesica (1993), le S. spaldingii dépend de la pollinisation entomophile, probablement par l’une des espèces de Bombus. Sans pollinisateur approprié, l’endogamie forcée causerait un déclin qui, à son tour, pourrait mener à la disparition des populations de S. spaldingii après seulement quelques générations (Lesica, 1993).

Malgré les preuves de prédation ou de parasitisme sur le S. spaldingii, on ignore si de tels phénomènes ont des conséquences sensibles directes sur la plante en Colombie-Britannique. Le broutage des inflorescences de S. spaldingii par le bétail ou les herbivores indigènes est considéré comme une menace sérieuse pour les populations américaines. Dans l’est de l’État de Washington, la présence de rongeurs affecte la persistance de l’espèce. La prédation des graines par les insectes réduit également le succès de reproduction de l’espèce (USDI-FWS, 2001).

Comportement et adaptabilité

Les besoins spécifiques du Silene spaldingii en matière d’habitat donnent à penser que l’espèce est mal adaptée à l’invasion des forêts (découlant de la suppression des incendies), mais qu’elle est adaptée aux perturbations modérées. Actuellement, l’invasion par la forêt ne constitue pas une menace au site de la Colombie-Britannique. L’espèce a du mal à concurrencer la végétation non indigène. Bien que l’on trouve le S. spaldingii dans les prairies perturbées, comme c’est le cas de la population de Colombie-Britannique, l’espèce a disparu de nombreuses localités dégradées aux États-Unis. L’espèce tolère les perturbations périodiques modérées, telles que les incendies ou le pâturage moyen, et peut même en tirer avantage, mais non le pâturage intense ou les dommages causés par le piétinement, qui favorisent la croissance d’espèces non indigènes (Lesica, 1999).