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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le grand corégone au Canada - Mise à jour

Résumé

Grand corégone
Coregonus clupeaformis
(population du lac Simcoe)

Information sur l’espèce

Le grand corégone est un poisson de forme allongée dont le corps est à son plus haut devant la nageoire dorsale. La bouche est infère, distinctement surplombée par le museau. Chez les populations des Grands Lacs, la coloration générale est argentée, et les nageoires sont généralement pâles ou légèrement pigmentées. Chez les populations plus septentrionales, les nageoires sont souvent plus foncées et les extrémités sont généralement noires. Les écailles sont grandes et cycloïdes, et on en compte entre 70 et 97 sur la ligne latérale. Les mâles reproducteurs présentent des tubercules nuptiaux sur au moins trois rangées d'écailles au-dessus de la ligne latérale et sur six rangées au-dessous. Les données génétiques, morphologiques et méristiques donnent à croire que cette population diffère des populations voisines. Cela dit, ces données ne sont pas concluantes et ne permettent pas de considérer cette population comme une unité désignable.

Répartition

Le grand corégone est largement répandu partout au Canada et dans le nord des États-Unis. La population du lac Simcoe (44º 25’ N, 79º 20’ O), en Ontario, est distincte. Elle est séparée des autres populations de corégones du bassin des Grands Lacs depuis environ 7 000 à 10 000 ans.

Habitat

Dans le lac Simcoe, les grands corégones sont associés au fond et largement distribués, notamment dans le bassin principal, la baie Cook et la baie Kempenfelt, à l'hiver et au printemps. Au printemps, lorsque la température de l'eau augmente, les grands corégones descendent à des profondeurs de 20 m à 40 m, là où l'eau est plus froide. Les grands corégones commencent à se déplacer vers les frayères en octobre et y demeurent jusqu'au début du mois de décembre. Les grands corégones pondent leurs œufs sur des hauts-fonds (1 m à 3 m de profondeur) constitués de rochers, de pierres et de gravier.

Biologie

La population de grands corégones du lac Simcoe a connu un grave déclin dans les années 1970, principalement en raison de l’échec du recrutement. On a commencé en 1982 à ensemencer le lac chaque année, et les poissons issus de cet ensemencement représentent aujourd'hui la majeure partie de la population du lac Simcoe. Toutefois, trente ans après le début des problèmes de recrutement, les grands corégones sauvages sont toujours présents dans le lac.

Pendant leur premier été, les grands corégones se nourrissent principalement de plancton, puis d'organismes benthiques. Les grands corégones adultes sont benthivores et se nourrissent principalement de larves d'insectes, de mollusques et d'amphipodes.

Taille et tendances des populations

De manière générale, les prises de grands corégones dans le lac Simcoe étaient très élevées dans les années 1960, puis elles ont décliné abruptement dans les années 1970. Depuis, les prises sont relativement peu nombreuses par rapport aux années 1960, mais ont quelque peu augmenté grâce à l'ensemencement du lac avec des poissons d'élevage. Les grands corégones sauvages continuent de contribuer à la pêche sportive et d'être capturés dans les trappes en filet sur les hauts-fonds où ils frayent à l'automne. Toutefois, les prises de poissons sauvages sont en baisse depuis 1986 à la pêche hivernale et depuis 1992, dans le programme de pêche indicatrice à la trappe de l'automne.

À l'heure actuelle, la population de grands corégones du lac Simcoe se compose surtout de poissons d'élevage et, dans une moindre mesure, de poissons sauvages. Les prises de poissons sauvages sont extrêmement faibles par rapport aux années 1960. Les données indiquent que la population actuelle de grands corégones sauvages se compose principalement de vieux individus qui sont le résultat des excellents taux de recrutement enregistrés dans les années 1960. Même s'il est possible que se produise encore un recrutement naturel à la maturité, un tel phénomène semble être limité et n'avoir que peu d'incidence sur la taille et la structure par âge de la population.

Facteurs limitatifs et menaces

Le déclin du grand corégone, du touladi (Salvelinus namaycush) et du cisco (C. artedi) pourrait être attribuable aux conséquences de l’accumulation de nutriments et de l'eutrophisation accélérée sur la fraye et les habitats hypolimniques du lac Simcoe. Plus récemment, on a observé également un déclin de la population de lotte (Lota lota).

L'introduction d'espèces exotiques aurait également joué un rôle dans le déclin de la population de grands corégones du lac Simcoe et pourrait freiner son rétablissement. La présence de l'éperlan arc-en-ciel (Osmerus mordax) a été documentée pour la première fois dans le lac Simcoe en 1961, et ce poisson y était déjà bien établi au début des années 1970. L'expansion de l'éperlan à la fin des années 1960 coïncide étroitement avec les problèmes de recrutement des grands corégones. La moule zébrée (Dreissena polymorpha) et le cladocère épineux (Bythotrephes sp.) ont été respectivement observés pour la première fois dans le lac Simcoe en 1992 et en 1994. Aucune donnée ne suggère que ces espèces aient pu nuire à la croissance ou à la survie des grands corégones d'élevage du lac Simcoe. Cependant, l'incidence éventuelle de ces espèces sur les juvéniles de moins de six mois est inconnue.

Importance de l’espèce

Le déclin du grand corégone dans le lac Simcoe, de même que celui d'autres poissons d'eau froide, témoigne d'une détérioration des habitats. En tant qu'indicateur de la qualité des habitats, le grand corégone joue un rôle important et doit être protégé. La restauration de son habitat pourrait amener le rétablissement d'autres espèces de poissons d'eau froide dans le lac Simcoe.

Le grand corégone du lac Simcoe demeure l'espèce la plus prisée par la pêche sportive. La pêche attire les touristes dans la région et assure un apport de fonds à l'économie locale, ce qui est particulièrement important l’hiver pour les collectivités. La pêche au grand corégone est également la seule qui soit quotidiennement accessible à la vaste population humaine du sud de l'Ontario.

Protection actuelle ou autres désignations de statut

La Loi sur les pêches du gouvernement fédéral est le principal texte de loi qui protège les poissons et leur habitat au Canada.

Afin de conserver la souche génétique de grands corégones du lac Simcoe, environ 140 000 individus sont ensemencés chaque année dans le lac. Le ministère des Richesses naturelles de l'Ontario (MRNO), par l'intermédiaire de l'unité d'évaluation des pêches du lac Simcoe (UEPLS), suit régulièrement la situation de la population de grands corégones.

La Stratégie de gestion environnementale du lac Simcoe (SGELS) a pour but de protéger l'écosystème du bassin du lac Simcoe et d’augmenter les possibilités récréatives par le rétablissement d'une pêche viable des poissons d'eau froide, l'amélioration de la qualité de l'eau, la réduction de la teneur en phosphore et la protection des caractéristiques et des fonctions du patrimoine naturel.

Historique du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le Comité a été créé  pour satisfaire au besoin d’une classification nationale des espèces sauvages en péril qui soit unique et officielle et qui repose sur un fondement scientifique solide. En 1978, le COSEPAC (alors appelé Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. En vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) promulguée le 5 juin 2003, le COSEPAC est un comité consultatif qui doit faire en sorte que les espèces continuent d’être évaluées selon un processus scientifique rigoureux et indépendant.

Mandat du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) évalue la situation, au niveau national, des espèces, des sous-espèces, des variétés ou d’autres unités désignables qui sont considérées comme étant en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées aux espèces indigènes comprises dans les groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, arthropodes, mollusques, plantes vasculaires, mousses et lichens.

Composition du COSEPAC

Le COSEPAC est composé de membres de chacun des organismes responsables des espèces sauvages des gouvernements provinciaux et territoriaux, de quatre organismes fédéraux (le Service canadien de la faune, l’Agence Parcs Canada, le ministère des Pêches et des Océans et le Partenariat fédéral d’information sur la biodiversité, présidé par le Musée canadien de la nature), de trois membres ne relevant pas de compétences, ainsi que des coprésident(e)s des sous-comités de spécialistes des espèces et des connaissances traditionnelles autochtones. Le Comité se réunit au moins une fois par année pour étudier les rapports de situation des espèces candidates.

Définitions (Novembre 2004)

Espèce
Toute espèce, sous-espèce, variété ou population indigène de faune ou de flore sauvage géographiquement définie.

Espèce disparue (D)
Toute espèce qui n’existe plus.

Espèce disparue du Canada (DC)
Toute espèce qui n’est plus présente au Canada à l'état sauvage, mais qui est présente ailleurs.

Espèce en voie de disparition (VD)Note de bas de page1
Toute espèce exposée à une disparition ou à une extinction imminente.

Espèce menacée (M)
Toute espèce susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitatifs auxquels elle est exposée ne sont pas renversés.

Espèce préoccupante (P) Note de bas de page2
Toute espèce qui est préoccupante à cause de caractéristiques qui la rendent particulièrement sensible aux activités humaines ou à certains phénomènes naturels.

Espèce non en péril (NEP) Note de bas de page3
Toute espèce qui, après évaluation, est jugée non en péril.

Données insuffisantes (DI) Note de bas de page4
Toute espèce dont le statut ne peut être précisé à cause d’un manque de données scientifiques.

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le comité avait pour mandat de réunir les espèces sauvages en péril sur une seule liste nationale officielle, selon des critères scientifiques. En 1978, le COSEPAC (alors appelé CSEMDC) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. Les espèces qui se voient attribuer une désignation lors des réunions du comité plénier sont ajoutées à la liste.

Service canadien de la faune

Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.

 

Notes de bas de page

Note de bas de page 1

Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu’en 2000.

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Note de bas de page 2

Appelée « espèce rare » jusqu’en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.

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Note de bas de page 3

Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».

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Note de bas de page 4

Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu’en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999.

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