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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le grand corégone au Canada - Mise à jour

Facteurs limitatifs et menaces

On a attribué le déclin du grand corégone, du touladi (Salvelinus namaycush) et du cisco (C. artedi) aux conséquences de la charge de nutriments et de l'eutrophisation accélérée sur l’habitat de fraye et sur l'hypolimnion du lac Simcoe (Evans, 1978; Evans et al., 1988; idem, 1996). La charge de phosphore (P) a triplé par rapport aux taux pré-colonisation, ce qui a détérioré la qualité de l'eau (Johnson et Nicholls, 1989). Plusieurs espèces de zooplancton témoignant d'une eutrophisation sont aujourd'hui communes dans le lac Simcoe. La rareté d'un indicateur d’oligotrophie jumelée à l'absence d'un autre semble indiquer une dégradation des habitats d’eau froide du lac Simcoe (Nicholls et Tudorancea, 2001). Selon Evans et al. (1996), la concentration d'oxygène dissous dans l’hypolimnion, corrigée pour la température et pondérée en fonction du volume, mesurée entre le 30 août et le 19 septembre, est passée d'environ 4,5 mg/l en 1975 à 2,0 mg/l en 1993. Le touladi, le grand corégone et le cisco ont connu des problèmes de recrutement dans les années 1960, 1970 et 1980 respectivement. Plus récemment, on a observé également un déclin de la population de lotte (Lota lota). Cette séquence est la même que celle dans laquelle s’effectue la fraye de ces espèces dans le lac Simcoe. Le touladi, le grand corégone, le cisco et la lotte frayent respectivement en octobre, en novembre, en décembre et en janvier. Smith (1972) a observé une séquence similaire dans laquelle l'eutrophisation d’origine agricole avait eu des conséquences négatives sur des groupes de poissons des Grands Lacs. Il a cependant souligné que le déclin du cisco s’est produit avant celui du grand corégone.

La présence de l'éperlan arc-en-ciel (Osmerus mordax) a été documentée pour la première fois dans le lac Simcoe en 1961, et ce poisson y était déjà bien établi au début des années 1970. L'expansion de l'éperlan à la fin des années 1960 coïncide étroitement avec les problèmes de recrutement des grands corégones. Evans et Waring (1987) estiment que le déclin du recrutement est probablement attribuable à la concurrence que se livrent les jeunes de l’éperlan arc-en-ciel et du grand corégone ainsi qu'au fait que les jeunes grands corégones sont la proie d’éperlans arc-en-ciel adultes, quoique la prédation soit un facteur de moindre importance. Il a été documenté que les éperlans arc-en-ciel mangent des larves de grands corégones et de ciscos (Loftus et Hulsman, 1986; Evans et Loftus, 1987). Cependant, l'ichtyophagie des éperlans qui s’exercerait aux dépens des grands corégones n'a pas été observée dans le lac Simcoe (Day et DesJardine, 1975; MacCrimmon et Pugsley, 1979). Evans et Loftus (1987) ont remarqué que, dans 13 cas (sur 24 étudiés) d'introduction de l'éperlan arc-en-ciel dans les lacs de l'Ontario, il y avait eu diminution du recrutement chez les grands corégones (l’étude couvrait le lac Simcoe). Reckahn (1970) a observé que la concurrence intraspécifique entre les jeunes grands corégones de la baie Sud, dans le lac Huron, était beaucoup plus importante que la concurrence avec les autres espèces, y compris l'éperlan arc-en-ciel. La responsabilité de l'éperlan arc-en-ciel dans les problèmes de recrutement du grand corégone du lac Simcoe est incertaine. Toutefois, il ne fait guère de doute que tout effet potentiel n’aurait affecté que les juvéniles de moins de six mois, vu le taux élevé de survie des grands corégones d'élevage en présence d'une importante population d'éperlans arc-en-ciel dans les années 1980 et au début des années 1990.

Le succès du recrutement du cisco, qui s’est maintenu pendant la période d'expansion rapide de l'éperlan arc-en-ciel, donne une idée des effets potentiels de l’introduction de ce dernier sur le grand corégone. Puisque les distributions des larves de ciscos et de grands corégones se chevauchent (DesJardine, 1979; Cucin et Faber, 1985), on peut s'attendre à ce que les effets de l'éperlan arc-en-ciel sur le grand corégone et sur le cisco soient les mêmes à ce stade biologique. Il y a également un important chevauchement dans l’alimentation des jeunes, notamment en ce qui concerne les copépodes et les cladocères. Par conséquent, tout effet compétitif qui aurait une incidence sur le grand corégone et non sur le cisco serait attribuable à une ségrégation spatiale des deux espèces. À l'état post-larvaire, les grands corégones et les ciscos occupent des habitats différents, le premier benthique et le deuxième pélagique. Cependant, en raison du comportement nycthéméral de l'éperlan arc-en-ciel pendant l'été, celui-ci occupe le même habitat que le grand corégone et le cisco. Par exemple, la nuit, les éperlans arc-en-ciel adultes quittent le fond du lac pour monter dans la colonne d'eau et, souvent, atteindre l'épilimnion (Ferguson, 1965; Heist et Swenson, 1983), alors que les éperlans arc-en-ciel de l'année semblent passer de l'épilimnion à l'hypolimnion (Brandt et al., 1980).

Depuis 1989, les prises d'éperlans arc-en-ciel pendant la pêche hivernale dans le lac Simcoe ont diminué. En 1999, les prises avaient diminué pour atteindre les niveaux observés au milieu des années 1960 et elles sont demeurées faibles jusqu'en 2001. Jusqu'à présent, aucun effet sur le succès du recrutement chez le grand corégone n'a été observé en raison du déclin de l'éperlan.

Cependant, les programmes de surveillance des poissons du lac Simcoe ne capturent pas de juvéniles, de sorte qu’il faut attendre plusieurs années entre une amélioration potentielle du recrutement et l'observation de résultats concrets. La poursuite de l’échantillonnage au cours des prochaines années pourrait fournir des données sur les interactions potentielles entre l'éperlan arc-en-ciel et le grand corégone.

La moule zébrée (Dreissena polymorpha) et le cladocère épineux (Bythotrephes sp.) ont été respectivement observés pour la première fois dans le lac Simcoe en 1992 et 1994. Puisque leur introduction est récente, il est impossible que ces espèces soient à l'origine des problèmes de recrutement survenus à la fin des années 1960. Rien n’indique que ces espèces aient pu nuire à la croissance ou à la survie des grands corégones d'élevage du lac Simcoe. Cependant, l'incidence éventuelle de la moule zébrée ou du cladocère épineux sur les juvéniles de moins de six mois est inconnue. Puisque l’introduction de ces espèces pourrait modifier la structure de la communauté zooplanctonique (MacIsaac 1996; Yan et Pawson 1997), elle pourrait avoir une incidence sur la disponibilité des proies pour les juvéniles de grand corégone. Selon Evans (comm. pers.), ces espèces, ainsi que la prédation du touladi, pourraient avoir contribué aux problèmes de recrutement du cisco, qui sont maintenant évidents, de même qu’au déclin de l'éperlan, par la modification de l'abondance des proies. Evans postulait récemment que la baisse de l’abondance de l'éperlan et le nombre relativement faible d'éperlans arc-en-ciel de l'année occupant les habitats des tout jeunes grands corégones pourraient expliquer le faible recrutement récurrent de la population de grands corégones de même que la réapparition du chabot visqueux et du chabot à tête plate.