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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Tonelle délicate (Tonella tenella) au Canada - Mise à jour

Résumé

Tonelle délicate
Tonella tenella

Information sur l’espèce

La tonelle délicate (Tonella tenella, famille des Scrofulariacées) est une herbacée annuelle grêle, ascendante à étalée, à fine racine pivotante. La tige, glabre et souvent ramifiée, atteint 5 à 25 cm de hauteur. Les feuilles sont opposées, glabres ou avec la face supérieure couverte d’une pubescence douce. Les inférieures sont pétiolées, ovées à rondes, longues de 1 à 2 cm, avec un petit nombre de dents. Les médianes et les supérieures sont trilobées avec des échancrures profondes, les lobes devenant plus étroits vers le sommet de la tige. Le pétiole est plus court à partir des médianes en montant, et les feuilles deviennent sessiles vers le sommet de la tige. Les feuilles supérieures sont réduites et souvent entières. Les fleurs, portées par un long pédoncule glabre ou finement glanduleux-pubescent, sont solitaires ou groupées aux aisselles des bractées. La corolle est bleu et blanc, large de 2 à 4 mm, à tube court et bilabiée. La lèvre supérieure est bilobée, et l’inférieure, trilobée avec le lobe médian plus grand que les autres. Le calice, à 5 lobes séparés par des échancrures profondes, peut atteindre 3 mm de longueur. Les lobes du calice sont plus longs que le tube. L’androcée comprend 4 étamines exsertes. Le fruit est une capsule ovoïde à globuleuse, renfermant 2 à 4 graines longues de 1 à 1,5 mm et non ailées.

Répartition

Le site de tonelle délicate au sud-ouest de la Colombie-Britannique est séparé de l’aire principale de l’espèce, qui s’étend depuis le sud de l’État du Washington (gorge du fleuve Columbia) et l’Oregon jusqu’au centre de la Californie. Au Canada, la tonelle délicate ne se rencontre que dans l’ouest de l’île Saltspring (îles Gulf), dans le sud-ouest de la Colombie-Britannique

Habitat

La tonelle délicate se trouve sur des versants orientés à l’ouest, sur des éboulis stables, au sein de forêts clairsemées dominées par l’érable à grandes feuilles (Acer macrophyllum) et l’arbousier (Arbutusmenziesii), auxquels sont associés le Galium aparine, le Cardamine oligosperma, le Claytonia perfoliata, le Vicia sativa, le Bromus sterilis et le Collinsia grandiflora, ou de forêts clairsemées dominées par le douglas, l’arbousier et le chêne de Garry, auxquels sont associés le Kindbergia oregana, une espèce de Dicranum, le Melica harfordii, le Galium aparine, le Torilis japonica et le Bromus sterilis.

Biologie

Les Tonella et les Collinsia, genres très voisins de la tribu des Collinsiées, sont des annuelles autocompatibles. Chez le Tonella tenella, comme chez les autres espèces à petites fleurs, les anthères viennent en contact avec les stigmates dès le début de l’anthèse, de sorte que l’autopollinisation se produit plus hâtivement que chez les espèces à grandes fleurs, où l’allongement des étamines garde les anthères séparées des stigmates au début de l’anthèse et retarde l’autopollinisation. De plus, chez les Tonella, les stigmates sont tôt réceptifs au développement du tube pollinique. À faible altitude, les Collinsiées sont pollinisées par plusieurs espèces d’Hyménoptères, dont les bourdons (Bombus).

Taille et tendances des populations

En 2002, quatre petites sous-populations de tonelle délicate ont été observées à l’île Saltspring, sur le versant d’un mont où une autre sous-population avait déjà été observée en 1976 mais n’a pas été retrouvée en 2002. Ces sous-populations se trouvaient toutes dans une étroite bande de terrain d’environ 425 m de longueur. Elles comptaient entre 30 et 150 individus et occupaient une superficie allant de 1  pour la plus petite à environ 40 m² pour la plus grande. Comme la plante est peu voyante et très difficile à déceler, il existe fort probablement d’autres sous-populations sur ce versant.

Facteurs limitatifs et menaces

En Colombie-Britannique, la menace la plus immédiate pour la tonelle délicate est la construction résidentielle sur le bord de mer qui détruitait le site de l’espèce. La suppression des feux d’origine naturelle ou anthropique risque d’avoir aussi une incidence sur la survie de la tonelle délicate. L’absence des feux donne lieu à l’accumulation de quantités importantes de matières combustibles, et un incendie dans ces conditions s’avérerait dévastateur. La végétation de la région où se trouve le site de tonelle délicate est fortement dominée par des espèces introduites, en particulier des graminées, au nombre desquelles se trouvent plusieurs Bromus.

Importance de l’espèce

L’unique site canadien de tonelle délicate est situé dans un type de milieu particulier, l’écosystème à chêne de Garry, qu’on ne trouve au Canada que dans le sud-est de l’île de Vancouver, quelques îles du bassin de Georgia et une étroite bande de la côte continentale voisine. Depuis un siècle, l’aménagement urbain a fortement empiété sur ce type de végétation, qui abrite de nombreuses espèces rares. De plus, la population de Colombie-Britannique se trouve à la limite nord de l’aire de l’espèce. Or, les populations marginales sont souvent morphologiquement et génétiquement différentes des populations principales et assurent de ce fait une plasticité pour l’espèce.

Protection actuelle et autres désignations

Le Conservation Data Centre du British Columbia Ministry of Sustainable Resource Management a inscrit le T. tenella sur sa « liste rouge » d’espèces menacées et lui a attribué à l’échelle de la province la cote S1, qui correspond au niveau de risque le plus élevé et signifie que l’espèce est « très fortement menacée dans cette province à cause de son extrême rareté ». L’unique site de T. tenella se trouve sur un terrain privé, et les propriétaires n’ont pris aucune mesure pour le protéger. De plus, en Colombie-Britannique, aucune loi provinciale ne protège les espèces rares. La loi fédérale sur les espèces en péril vise surtout les plantes qui se trouvent sur les terres fédérales; elle peut cependant être invoquée pour la protection d’espèces se trouvant sur des terres privées dans les cas où celles-ci ne sont pas protégées de façon adéquate par les lois de la province.

Historique du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le Comité a été créé  pour satisfaire au besoin d’une classification nationale des espèces sauvages en péril qui soit unique et officielle et qui repose sur un fondement scientifique solide. En 1978, le COSEPAC (alors appelé Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. En vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) promulguée le 5 juin 2003, le COSEPAC est un comité consultatif qui doit faire en sorte que les espèces continuent d’être évaluées selon un processus scientifique rigoureux et indépendant.

Mandat du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) évalue la situation, à l’échelle nationale, des espèces, sous-espèces, variétés ou autres unités désignables qui sont considérées comme étant en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées aux espèces indigènes et incluant les groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, arthropodes, mollusques, plantes vasculaires, mousses et lichens.

Composition du COSEPAC

Le COSEPAC est formé de membres de chacun des organismes provinciaux et territoriaux responsables des espèces sauvages, de quatre organismes fédéraux (Service canadien de la faune, Agence Parcs Canada, ministère des Pêches et des Océans et Partenariat fédéral en biosystématique, présidé par le Musée canadien de la nature) et de trois membres ne relevant pas de compétence, ainsi que des coprésidents des sous-comités de spécialistes des espèces et du sous-comité de connaissances traditionnelles autochtones. Le Comité se réunit pour examiner les rapports de situation sur les espèces candidates.

Définitions (depuis mai 2003)

Espèce

Toute espèce, sous-espèce, variété ou population indigène de faune ou de flore sauvage géographiquement ou génétiquement distincte.
Disparue (D)

Toute espèce qui n'existe plus.
Disparue du pays (DP)Note de bas de page1

Toute espèce qui n'est plus présente au Canada à l'état sauvage, mais qui est présente ailleurs.
En voie de disparition (VD)Note de bas de page2
Toute espèce exposée à une disparition ou à une extinction imminente.

Menacée (M)

Toute espèce susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitatifs auxquels elle est exposée ne sont pas inversés.
Préoccupante (P)Note de bas de page3

Toute espèce qui est préoccupante à cause de caractéristiques qui la rendent particulièrement sensible aux activités humaines ou à certains phénomènes naturels.
Non en péril (NEP)Note de bas de page4

Toute espèce qui, après évaluation, est jugée non en péril.
Données insuffisantes (DI)Note de bas de page5
Toute espèce dont le statut ne peut être précisé à cause d'un manque de données scientifiques.

Service canadien de la faune

Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.

 

Notes de bas de page

Note de bas de page 1

Appelée « espèce disparue du Canada » jusqu’en 2003.

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Note de bas de page 2

Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu’en 2000.

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Note de bas de page 3

Appelée « espèce rare » jusqu’en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.

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Note de bas de page 4

Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».

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Note de bas de page 5

Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu’en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999.

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