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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le gomphe des rapides au Canada

Taille et tendances des populations

Activités de recherche

Du 9 au 14 juin 2005, des relevés ont été effectués dans les sites historiques du Gomphus quadricolor des rivières Credit, Humber et Thames. Au cours de la même année, trois autres sites potentiels qui semblaient être les plus propices au G. quadricolor sur les rivières Grand, Sydenham et Ausable ont été explorés (Figure 4; Harris et Foster, 2006). Les conditions étaient idéales tout au long du relevé, et la facilité avec laquelle le relevé des G. quadricolor adultes s’est réalisé dans les sites de la rivière Humber porte à croire qu’il n’existe pas d’autres populations sur les autres rivières. Une étude du site de la rivière Humber avait été menée le 2 juillet 1995, mais une température plus froide que prévu et le vent avaient nui aux travaux, et aucun G. quadricolor n’avait été observé (Don Sutherland, comm. pers., 2007). Catling et Brownell (2002) ont découvert des spécimens de G. quadricolor dans deux sites de la rivière Mississippi en 2001. La même journée, ils ont examiné trois autres rapides sans réussir à trouver l’espèce.

L’Ontario Odonata Atlas (Ontario Odonata Atlas, 2005) est une base de données exhaustive des observations d’odonates en Ontario tirées de sources publiées, de collections institutionnelles et de rapports rédigés par des naturalistes amateurs et des entomologistes professionnels. Une recherche parmi les observations effectuées en juin en Ontario au sud du Bouclier canadien, y compris dans toute l’écozone des Plaines à forêts mixtes, soit plus de 12 000 observations, n’a révélé aucun site additionnel occupé par le Gomphus quadricolor. En outre, dans les plus de 41 000 observations de libellules enregistrées en Ontario au cours des six dernières années, l’espèce n’apparaît que huit fois, dans deux localités.

On pense que le Gomphus quadricolor est disparu du cours inférieur de la Credit, mais des habitats potentiels pourraient exister plus en amont, à la hauteur de Forks of the Credit. Récemment, on y a décelé la présence du Stylurus scudderi, autre gomphide qui tend à habiter les rivières rapides relativement propres (Don Sutherland, comm. pers., 2007), mais aucun G. quadricolor n’a été aperçu. D’autres rivières qui pourraient abriter le G. quadricolor -- par exemple, les rivières Sydenham et Maitland dans le sud-ouest de l’Ontario (P. Pratt, comm. pers., 2007) et la rivière Salmon dans l’est de la province (P. Catling, comm. pers., 2007) -- n’ont pas encore fait l’objet d’un relevé. Ces rivières comportent des rapides pierreux et hébergent l’Ophiogomphus rupinsulensis, ce qui porte à croire que la qualité de l’eau est acceptable (Ontario Odonata Atlas, 2005). Les rivières ontariennes Eramosa, Grand, Nith, Speed, Bayfield, North Saugeen, Rocky Saugeen, Beaver, Bighead, Boyne, Indian, Mad, Nottawasaga, Black, Crowe, Ganaraska, Gananoque, Moira, Napanee, Skootamatta, Tay, Trent, Madawaska, Fall, Indian Creek et Clyde pourraient aussi comporter un habitat convenable pour l’espèce (S. Thompson, D. Sutherland et A. Dextrase, comm. pers., 2007). Toutefois, il est important de noter que des odonatologues chevronnés ont visité au moins la moitié de ces rivières en juin et y ont observé d’autres gomphides riverains, mais ils n’ont trouvé aucune trace du G. quadricolor, pourtant facile à repérer.

À la suite de la découverte du G. quadricolor dans deux endroits de la rivière Mississippi, près d’Ottawa, en 2001, des recherches ont été effectuées le long de cette rivière, de la rivière Rideau et de rivières du Québec se jetant dans la rivière des Outaouais (P. Catling, comm. pers., 2008), mais la présence de l’espèce n’a pas été décelée. D’autres rivières de l’est de l’Ontario (comme la rivière Petawawa) font l’objet de relevés rigoureux, et un certain nombre d’entre elles sont très polluées (comme la South Nation et ses affluents). La rivière des Outaouais et les rivières québécoises qui s’y jettent ont été particulièrement bien explorées (Ménard, 1996). D’autres espèces végétales et animales s’étendent vers le nord jusqu’au versant ontarien de la vallée de l’Outaouais, mais n’atteignent pas le Québec (P. Catling, comm. pers., 2008). Par conséquent, il est peu probable que le gomphe des rapides soit plus répandu dans l’est de l’Ontario.

Puisque le G. quadricolor est une espèce très visible facile à observer là où elle est présente, que de vastes recherches dirigées ou non dirigées ont été menées pour la trouver et que l’espèce est limitée à la zone carolinienne et à ses sous-unités, nous concluons que sa zone d’occupation continuera d’être très petite même si l’espèce est découverte ailleurs en Ontario. De même, comme l’espèce a été désignée S1 ou S2 dans la majeure partie du sud de son aire de répartition, on peut supposer que son habitat est spécialisé; par conséquent, si elle était présente ailleurs en Ontario, le nombre de sites supplémentaires serait sans doute limité.

Abondance

Il est difficile d’estimer l’effectif total des populations d’odonates (Corbett, 1999). Les effectifs minimaux indiqués au tableau 3 sont très approximatifs. Lors des dénombrements effectués aux fins de ces estimations, seulement des mâles adultes ont été observés dans les sites, mais on peut présumer que chaque population comprend un nombre égal de mâles et de femelles et au moins deux larves par adulte (selon l’hypothèse d’un cycle vital de trois ans). Le nombre de larves indiqué est donc une estimation minimum. On obtient ainsi une estimation minimum de l’effectif canadien total de 318 individus, dont 106adultes, mais il est probable que le nombre de larves soit fortement sous-estimé. Ces estimations sont d’un certain intérêt, mais leur degré d’incertitude est trop élevé pour qu’elles puissent servir à l’évaluation.

L’effectif mondial de l’espèce est estimé à 2 500 à 10 000 individus, et l’effectif moyen des populations est supérieur à 100 individus, si on inclut tous les stades du cycle vital (NatureServe, 2007). Cette estimation est fondée sur une enquête menée auprès de biologistes de l’ensemble de l’aire de répartition de l’espèce. Selon NatureServe (2007), aucun changement n’a été remarqué à l’échelle mondiale en matière d’abondance, de superficie occupée et de nombre d’occurrences. L’espèce est donc classée « non en péril » à l’échelle mondiale. Toutefois, des populations en déclin ont été signalées dans certains États de l’est et du sud des États-Unis.

Tableau 3. Estimations minimums de l’effectif des populations canadiennes existantes de Gomphus quadricolor
(Harris et Foster, 2006; Catling et Brownell, 2002).
SiteMâles adultes (dénombrement)Femelles adultes (estimation)Larves (estimation)Note de tableauaTotal
Rivière Humber
28
28
112
168
Rivière Mississippi à la hauteur de Pakenham
20
20
80
120
Rivière Mississippi à la hauteur de Blakeney Rapids
5
5
20
30

Notes de tableau

Note de tableau a

2 × estimation du nombre d’adultes, selon l’hypothèse d’un cycle vital de trois ans

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Fluctuations et tendances

Aucune donnée n’existe sur les fluctuations ou les tendances des populations de Gomphus quadricolor. L’espèce serait disparue de deux des quatre sites où elle était connue au Canada. Peu de relevés concertés visant à déceler sa présence ont été effectuées, et les relevés d’adultes sont généralement à la merci des conditions météorologiques et du développement phénologique de l’espèce. SelonNatureServe (2007), la population est stable à l’échelle mondiale (aucun changement, ou fluctuation inférieure à 10 p. 100 de lapopulation, de l’aire de répartition, de la superficie occupée et/ou du nombre ou de la condition des occurrences).

Immigration de source externe

Compte tenu de la grande capacité potentielle de dispersion du Gomphus quadricolor adulte (estimée à 3 km par jour le long du cours d’eau), certains sites où une disparition locale de l’espèce a eu lieu pourraient être recolonisés en quelques années. Toutefois, il semblerait que le Gomphus quadricolor ne se déplace pas loin des cours d’eau et que les dispersions sur une longue distance sont donc très rares. La recolonisation des sites de la périphérie de l’aire de répartition (y compris tous les sites canadiens) d’où l’espèce aurait disparu prendrait vraisemblablement beaucoup de temps, ou ne se ferait jamais. Les échanges génétiques entre populations canadiennes et américaines sont probablement très rares, puisqu’une distance d’au moins 300 km sépare ces populations.

C’est probablement le Minnesota et le nord du Wisconsin qui comptent le plus de populations du Gomphus quadricolor. Une invasion naturelle à partir de populations américaines a donc le plus de chance de se produire dans le nord-ouest de l’Ontario, près de Thunder Bay, puisque dans cette région des populations sont présentes aux États-Unis à moins de 200 km de la frontière canadienne. Cette région possède en outre un couvert forestier plus ou moins continu et des milieux riverains relativement intacts, mais elle n’a pas été explorée à fond en ce qui concerne les libellules.