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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le gomphe des rapides au Canada

Facteurs limitatifs et menaces

La menace la plus importante pour le Gomphus quadricolor est la dégradation de l’habitat, mais d’autres facteurs limitatifs possibles sont la mort accidentelle par collision avec les véhicules ainsi que la consanguinité. La retenue des eaux courantes par les barrages, la canalisation des cours d’eau (qui entraîne l’affouillement de microhabitats), la pollution et l’introduction d’espèces exotiques menacent l’espèce dans la plus grande partie de son aire de répartition (NatureServe, 2007). Dans la plupart des secteurs de l’aire de répartition situés dans le nord des États-Unis, les menaces semblent mineures, mais l’habitat est probablement très menacé dans le sud, où le déboisement et la pollution sont plus importants (NatureServe, 2007). Au Canada, trois des quatre sites se trouvent dans une partie du sud de l’Ontario où l’urbanisation constante menace la qualité de l’eau des habitats riverains et où la végétation terrestre naturelle se raréfie.

Comme il a été décrit dans la section Tendances en matière d’habitat, les quatre rivières canadiennes où l’espèce a été observée comptent de nombreux barrages et autres ouvrages de régulation des eaux. Elles font aussi l’objet de mesures actives de lutte contre les inondations. Par conséquent, les cycles naturels de sédimentation ont été altérés, l’accumulation de nouveaux sédiments a été réduite, et il se peut que les régimes de température de l’eau aient subi des changements. L’abaissement brusque du plan d’eau des réservoirs pour la production d’énergie peut causer l’affouillement de l’habitat situé en aval. Les effets de la régulation des eaux sur les larves du Gomphus quadricolor demeurent méconnus.

La qualité de l’eau s’est détériorée dans la plupart des cours d’eau du sud de l’Ontario (voir la section Tendances en matière d’habitat). Les concentrations élevées de chlorure, de phosphore et de nitrate et la présence de pesticides pourraient constituer des menaces pour les larves du Gomphus quadricolor.

On trouve des espèces aquatiques envahissantes dans les quatre rivières. Le cours supérieur de la Humber abrite le saumon royal, la truite arc-en-ciel, la truite brune, le carassin et la carpe (MRNO et TRCA, 2005). Dans la partie inférieure de cette rivière, six autres espèces exotiques sont présentes en aval d’un barrage qui constitue un obstacle à la dispersion de la plupart des espèces de poisson. La rivière Credit abrite onze espèces de poissons envahissantes, y compris celles susmentionnées (Credit Valley Conservation, 2002). Dans la Thames, on trouve la carpe partout ainsi que le gobie à taches noires et la moule zébrée jusqu’à la hauteur du lac Fanshawe, situé en aval du site du Gomphus quadricolor (A. Dextrase, communication personnelle, 2007), et le gobie à taches noires se propage vers l’amont dans le bassin hydrographique. La moule zébrée et le cladocère épineux sont présents dans le bassin de la Mississippi, mais leur situation dans la rivière elle-même est inconnue. Les répercussions éventuelles de toutes ces espèces sur le G. quadricolor sont inconnues mais pourraient comprendre la prédation, la concurrence, une augmentation de la turbidité (carpe) et une modification de la structure de la communauté des cours d’eau. D’autres espèces envahissantes continuent de constituer des menaces, particulièrement pour les sites des rivières Humber et Credit, qui sont près du lac Ontario. L’écrevisse américaine n’a été observée dans aucune des quatre rivières, mais elle se propage en Ontario et pourrait constituer une menace pour le G. quadricolor, car elle consomme la végétation aquatique, ce qui peut déstabiliser les sédiments.

La destruction des forêts riveraines par l’agriculture et le développement résidentiel pourrait constituer une menace pour l’adulte du Gomphus quadricolor, qui serait ainsi davantage exposé à la prédation par les oiseaux et par les autres espèces de libellules. Il se peut que les femelles, qui passent dans la forêt riveraine la plus grande partie de leurs trois ou quatre semaines de vie, soient particulièrement vulnérables.

Les collisions avec des automobiles sont une des causes de mortalité des libellules adultes dans les localités où une route traverse l’habitat riverain, comme dans le cas d’une population de cordulies de Hine (Somatochlora hineana) (U.S. Fish and Wildlife Service, 2001), mais l’importance de cette menace n’a été quantifiée pour aucune espèce. Les collisions avec les voitures pourraient devenir un facteur important dans le cas du Gomphus quadricolor au moment où les ténéraux se dispersent vers le couvert forestier, si celui-ci n’est pas contigu au cours d’eau. Les routes où la vitesse de circulation est supérieure à 50 km/h constituent probablement le risque le plus important, quoique les grandes routes construites dans de larges zones déboisées ont tendance à causer moins de morts chez les odonates (P. Brunelle, comm. pers., 2007). Cinq routes secondaires où la limite de vitesse est supérieure à 50 km/h traversent la rivière Humber à moins de 10 km de la population du G. quadricolor. Environ dix autres routes sont situées près de la rivière (à moins de 100 m). La circulation qui traverse le pont du site de la rivière Mississippi est moins rapide. À ce jour, les répercussions potentielles de la mortalité liée aux véhicules n’ont pas encore été déterminées.