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Mise à jour - Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Chénopode glabre (Chenopodium subglabrum) au Canada

Taille et tendances des populations

Activité de recherche 

Dans la semaine du 23 au 27 août 2004, nous avons exploré 5 étendues de dunes, soit 1 au Manitoba et 4 en Saskatchewan. Nous avons utilisé les indications de lieux figurant dans les rapports publiés et sur les étiquettes des spécimens d’herbier pour repérer les sites du C. subglabrum, puis nous avons exploré le terrain autour des zones de sable mobile et dénombré les individus de l’espèce. Plusieurs populations étaient si grandes qu’il aurait été difficile et trop long de compter tous les individus. Pour obtenir une estimation, nous avons compté les champs de dunes actives puis nous avons multiplié ce résultat par le nombre maximum et le nombre minimum d’individus dénombrés dans les champs de dunes voisins, en supposant que les populations étaient à peu près équivalentes. Les sites connus de la Saskatchewan et de l’Alberta sont trop nombreux pour qu’on ait pu tous les explorer. En tout, 14 heures ont été consacrées à la recherche du C. subglabrum. Du 23 au 25 août 2005, nous avons consacré 4 heures à rechercher l’espèce dans les dunes Routledge et 8 heures à la rechercher dans les dunes Brandon. 

Abondance 

Les populations du C. subglabrum ont tendance à former des unités discrètes regroupées autour de dunes actives. Lamont et Gerry (1998) ainsi que Robson (1999) ont postulé que les conditions climatiques ont une incidence sur la germination des graines du C. subglabrum. En 2004, l’effectif de l’espèce était très élevé, ce qui donne à croire que les conditions anormalement fraîches de l’été et les précipitations abondantes de la fin de la saison auraient favorisé la germination des graines du réservoir. Les plus grandes populations se trouvent dans les dunes Great et Seward, en Saskatchewan, et dans les dunes du lac Grassy, en Alberta. Compte tenu des fluctuations d’effectif observées et du fait que le réservoir de graines enfouies renferme probablement en permanence des graines dormantes du C. subglabrum, on estime qu’il y aurait entre 5 275 et 10 100 individus de l’espèce au Canada. On trouvera ci-dessous un sommaire des populations des 3 provinces où l’espèce est présente. 

Populations de l’Alberta 

Les seuls sites de l’Alberta qui ont été vérifiés en 2004 sont ceux de Lost River et d’Empress (Elchuk, comm. pers., 2004, 2005). Les recherches du C. subglabrum en Alberta ont presque toutes été menées à la fin des années 1980 (tableau 3). Étant donné qu’il s’est écoulé beaucoup de temps depuis que ces sites ont été vérifés, il est possible que les dunes aient continué de se stabiliser, réduisant d’autant la superficie de milieu propice à l’espèce. On compte donc pour l’Alberta 2 sites confirmés du C. subglabrum et huit sites répertoriés, mais non confirmés. Elchuk (comm. pers., 2005) a compté en 2004 plus de 39 individus de l’espèce dans la partie albertaine des dunes Burstall, au voisinage du tronçon de la Saskatchewan-Sud qui décrit des méandres dans la région limitrophe entre la Saskatchewan et l’Alberta, soit près de Red Deer Forks, au sud d’Empress.

Tableau 3. Effectif et année d’observation des populations du Chenopodium subglabrum en Alberta.
DunesPopulationsAnnéeEffectifSource
DominionLost River1985
?
Gould, comm. pers., 2004
DominionLost River1987
5
Wallis et Werschler, 1988
DominionLost River2004
40-50
Elchuk, comm. pers., 2004
Lac GrassyBarnwell1988
8
Wallis et Werschler, 1988
Lac GrassyPurple Springs1988
30
Wallis et Werschler, 1988
Lac GrassyTurin (2)31986
100-200
Wallis et Werschler, 1988
Medicine Lodge CouleeMedicine Lodge Coulee1995
?
Chinnappa, comm. pers., 2004
MiddleCavendish1987
?
Gould, comm. pers., 2004
MiddleHilda1988
3
Wallis et Werschler, 1988
Lac PakowkiLac Pakowki nord1980
4
Wallis et Werschler, 1988
Lac Rolling HillsLac Lonesome1988
1
Wallis et Werschler, 1988
BurstallEmpress2004
39+
Elchuk, comm. pers., 2005
Estimation de l’effectif total pour l’Alberta1200-3002

1 D’après le nombre minimum d’individus observés ou le nombre maximum estimé pour chaque site, arrondis à la valeur la plus proche.
2 On ne connaît pas l’effectif actuel puisqu'il n'existe des données récentes que pour un seul site et que les populations fluctuent.
3 Le nombre entre parenthèses est le nombre de sous-populations observées.

Populations de la Saskatchewan 

Dans les années 1990, beaucoup de recherches ont été faites dans les dunes de la Saskatchewan pour recenser le C. subglabrum (Robson, 1997a; Lamont et Gerry, 1998); elles ont permis de découvrir d’autres populations dans les dunes des lacs Bigstick et Crane et dans les dunes Seward, Great et Tunstall (tableau 4). Les sites situés dans les dunes Dundurn, Elbow, Great et Seward ont été vérifiés en 2004.

En 2004, 288 individus ont été dénombrés dans le site d’Elbow, et nous estimons qu’il y en avait environ 200 autres dans le reste du champ de dunes. Dans les dunes Seward, nous estimons qu’il y avait 1 620 individus dispersés dans les 3 dunes qui n’ont pas été vérifiées en 2004. Dans les dunes Great, nous avons dénombré presque 1 500 individus en 2004. Un des champs de dunes couvre une superficie d’environ 2,56 km² et compte 11 dunes actives, dont 3 seulement ont été parcourues. En supposant qu’il y avait 330 individus (taille moyenne des populations des 4 dunes du champ Great explorées en 2004) dans chacune des 8 autres dunes, on obtient 2 640 individus additionnels. Si l’effectif des 3 autres localités des dunes Great où Lamont et Gerry (1998) ont observé l’espèce était semblable, on peut ajouter encore 990 individus. On compte donc pour la Saskatchewan 24 sites confirmés, 2 sites répertoriés, mais non confirmés (Beaver Creek East et lac Patience) et 5 sites probablement disparus (Broderick, Dunblane, Bridgeford, Head of Qu’appelle et McMahon). Elchuk (comm. pers., 2005) a également observé l’espèce à 3 endroits dans les dunes Burstall, en Saskatchewan, mais n’a pas précisé le nombre d’individus.

Tableau 4. Effectif et année d’observation des populations du Chenopodium subglabrum en Saskatchewan.
DunesPopulationsAnnéeEffectifSource 1
Estimation de l’effectif total pour la Saskatchewan 35 000-9 700
Lacs Bigstick et CraneLac Bigstick (2)41997
80
Lamont et Gerry, 1998
Lacs Bigstick et CraneLac Bigstick (2)41998
21
Lamont et Gerry, 1998
Lacs Bigstick et CraneLac Crane1997
311
Lamont et Gerry, 1998
Lacs Bigstick et CraneTompkins1997
21
Lamont et Gerry, 1998
BirsayDunblane1961
?
 
BroderickBroderick1989
Quelques individus dispersés
Robson, 1997a
BurstallEmpress1981
Rare
Elchuk (comm. pers., 2005)
BurstallEmpress1985
?
Elchuk (comm. pers., 2005)
BurstallEmpress2004
espèce présente dans 3 localités, mais populations non dénombrées
Elchuk (comm. pers., 2005)
BurstallBurstall1997
202
Lamont et Gerry, 1998
CramersburgCramersburg1977
Rare
Lamont et Gerry, 1998
CramersburgCramersburg1997
179
Lamont et Gerry, 1998
DundurnBeaver Creek1951
Peu abondant
Harms, 1990; Robson, 1997a
DundurnBeaver Creek1977
?
Harms, 1990; Robson, 1997a
DundurnBeaver Creek1991
Clairsemé
Harms, 1990; Robson, 1997a
DundurnBeaver Creek1996
4
Harms, 1990; Robson, 1997a
DundurnBeaver Creek2004
1
Harms, 1990; Robson, 1997a
DundurnBeaver Creek est1952
?
 
DundurnBFC Dundurn1977
6
J. & W. Resource Mgmt. Consult., 1997
ElbowBridgeford1968
Quelques individus dispersés
 
 Elbow1981
Peu fréquent
Elchuk, comm. pers., 2004
ElbowElbow2004
288-500
Elchuk, comm. pers., 2004
ElbowHead of Qu’appelle1879
?
 
ElbowHead of Qu’appelle1997
Aucun
 
GreatSandhill Stockman’s Assoc.1997
2 018
Lamont et Gerry, 1998
GreatSandhill Stockman’s Assoc.2004
1 156 + 2 6402
Lamont et Gerry, 1998
GreatDiamond Ranch1997
435
Lamont et Gerry, 1998
GreatHeck Stockman’s Assoc.1997
18
Lamont et Gerry, 1998
GreatHeck Stockman’s Assoc.2004
3302
Lamont et Gerry, 1998
GreatSignal Stockman’s  Assoc.1997
36
Lamont et Gerry, 1998
GreatSignal Stockman’s  Assoc.2004
3302
Lamont et Gerry, 1998
GreatWatson’s1997
180
Lamont et Gerry, 1998
GreatWatson’s2004
156 + 3302
Lamont et Gerry, 1998
McMahonMcMahon1949
?
 
Lac PelicanCaron1956
?
Elchuk, comm. pers., 2004
Lac PelicanCaron2002
<10
Elchuk, comm. pers., 2004
PiapotPiapot1976
?
 
PiapotPiapot1977
?
 
PiapotPiapot1983
?
 
Lac PatienceLac Patience1986
?
 
SewardSSH 11996
55
Robson, 1997a
SewardSSH 12004
5402
Robson, 1997a
SewardSSH 21996
39
Robson, 1997a
SewardSSH 22004
800-1 000
Robson, 1997a
SewardSSH 31996
13
Robson, 1997a
SewardSSH 32004
280-330
Robson, 1997a
SewardSSH 41997
90
Nelson Dynes & Assoc. Inc., 1998; Lamont et Gerry, 1998
SewardSSH 42001
?
Nelson Dynes & Assoc. Inc., 1998; Lamont et Gerry, 1998
SewardSSH 42004
5402
Nelson Dynes & Assoc. Inc., 1998; Lamont et Gerry, 1998
SewardSSH 51997
10
Lamont et Gerry, 1998
SewardSSH 52001
?
Lamont et Gerry, 1998
SewardSSH 52004
5402
Lamont et Gerry, 1998
SewardSSH 62001
2
 
SewardSSH 72001
1
 
TunstallLac Bitter1997
11
Lamont et Gerry, 1998

1 Sauf indication contraire, les données proviennent du Saskatchewan Conservation Data Centre, 2004.
2 Estimation du nombre d’individus en 2004; obtenue en multipliant le nombre de champs de dunes dans le secteur par le nombre moyen d’individus recensés dans des dunes du même secteur.
3 D’après le nombre minimum d’individus observés ou le nombre maximum estimé pour chaque site, arrondis à la valeur la plus proche.
4 Le nombre entre parenthèses est le nombre de sous-populations observées.

Populations du Manitoba 

Lorsque l’espèce a été récoltée pour la première fois à Oak Lake, en 1959, la taille de la population n’a pas été répertoriée. En août 2004, on y a dénombré 19 individus dispersés avec le Tradescantia occidentalis sur 800  d’une crête dunaire, dans les dunes Routledge. En 2005, 68 individus ont été dénombrés dans la même localité. Nous n’avons pas exploré toute l’étendue de sable mobile des dunes Routledge et n’avons donc peut-être pas recensé tous les individus. Le personnel du Manitoba Conservation Data Centre a également recherché le C. subglabrum dans les dunes du parc provincial Spruce Woods en août 2004, mais en vain. Cependant, en 2005, on y a trouvé une petite population de 9 individus (spécimen de référence conservé au Manitoba Museum sous le numéro de catalogue 37859). Compte tenu de la quantité de milieux propices disponibles, on peut penser qu’il y a au moins de 75 à 100 individus de l’espèce au Manitoba.

Fluctuations et tendances

Comme il s’agit d’une espèce annuelle, la taille des populations fluctue largement en fonction des conditions climatiques. Les données recueillies en 2004 en témoignent : dans plusieurs sites qui comptaient moins de 50 individus à la fin des années 1990, on a dénombré, en 2004, plusieurs centaines d’individus. Au Manitoba, l’espèce est absente des registres pour une période de 45 ans, en dépit des multiples campagnes de recherche menées au cours des 10 dernières années par le personnel de la University of Manitoba et du Manitoba Museum. Le personnel du Manitoba Conservation Data Centre a recherché le C. subglabrum à plusieurs reprises récemment, dans les dunes Routledge en 2002 (Reimer et Hamel, 2003) et dans tout le sud-ouest de la province en 2000 (Manitoba Conservation Data Centre, 2001).

Les fluctuations démographiques rendent difficile l’estimation de la taille des populations et l’évaluation de leur vulnérabilité. En 2004, l’effectif canadien de l’espèce était estimé à 8 400 individus. Certaines années, on a observé seulement quelques centaines d’individus, d’autres années, plusieurs milliers. Même si l’espèce n’apparaît pas certaines années, elle est probablement présente dans le réservoir de graines.

Effet d’une immigration de source externe

L’aire de répartition du C. subglabrum s’étend jusque dans le nord des États-Unis. En 2002, 1 000 individus de l’espèce ont été recensés dans les prairies Little Missouri National Grasslands du Dakota du Nord (Schmoller, 2002), situées à environ 350 km au sud-ouest de la population du Manitoba; ces sujets poussaient sur des bancs de sable et des abrupts sableux associés à des cours d’eau plutôt que dans les dunes, comme la plupart des populations canadiennes. Le statut de conservation attribué au C. subglabrum dans tous les États où il est présent montre que l’espèce n’est pas commune aux États-Unis. Comme il s’agit d’une espèce annuelle, des individus provenant des populations américaines pourraient survivre aux rigueurs des hivers canadiens sous forme de graines.