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Mise à jour - Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Chénopode glabre (Chenopodium subglabrum) au Canada

Facteurs limitatifs et menaces

Les prairies sont l’une des régions naturelles les plus menacées au Canada. Plus des deux tiers de la superficie de prairie mixte ont été perdus au profit de l’agriculture et d’autres formes de développement (Wallis, 1987). Bien qu’une partie des plaines sableuses ait été mise en culture, il reste de grandes étendues de dunes intactes. Les principaux facteurs limitant le C. subglabrum au Canada sont l’inféodation de l’espèce aux étendues de sable mobile dans les champs de dunes et le rétrécissement de ce type de milieu devant la progression de la succession végétale. Les espèces envahissantes, l’exploration et l’exploitation pétrolières et gazières et, dans une moindre mesure, les activités récréatives peuvent également devenir des menaces pour l’espèce (Wallis, 1987; Robson, 1997a; Lamont et Gerry, 1998).  

Mise en culture des terres 

La plupart des populations du C. subglabrum se trouvent aujourd’hui sur des dunes ou dans des creux de déflation mobiles, mais autrefois l’espèce était peut‑être commune dans les plaines sableuses et sur les dunes basses où la végétation était périodiquement déracinée par les chiens de prairie et les hordes de bisons (Fahnestock et Detling, 2002). Une population a été signalée dans une plaine sableuse située au sud‑est de Swift Current, près de McMahon, avant 1940. La majeure partie des terres de cette région a depuis été mise en culture, ce qui signifie une perte d’habitat pour le C. subglabrum.

Stabilisation des dunes

Les espèces indigènes rares, menacées ou en voie de disparition ont fait l’objet d’études visant à déterminer leur répartition et à évaluer l’incidence de la stabilisation des dunes sur leurs populations. Le processus de stabilisation des dunes n’est pas entièrement élucidé, mais il semble en partie déterminé par une combinaison de conditions de sécheresse et d’utilisation du sol (Hugenholtz et Wolfe, sous presse; Wolfe et al., 2001; Wolfe et al., 2002). Au cours des cinquante dernières années, de grandes étendues de sable se sont stabilisées. Si la tendance se maintient, des espèces indigènes rares dont l’effectif s’est dangereusement amenuisé pourraient disparaître complètement.

En Alberta, les dunes couvrent une superficie de 19 080 km², dont 1 652 km² seulement se trouvent au sud du 52e parallèle, limite des occurrences répertoriées du C. subglabrum (Wolfe, 2001). La superficie de sable mobile de certaines dunes du système associé à la rivière Milk s’est rétrécie de 50 à 75 p. 100 au cours des 40 dernières années (Wallis, 1988). Si ces dunes continuent de se stabiliser, la survie à long terme de la population du C. subglabrum qui s’y trouve sera probablement compromise (Wallis et Wershler, 1988).

À Dune Point, la superficie de sable mobile a diminué de 30 à 40 p. 100, les sables graveleux ayant été envahis par le Salsola kali. En 1950, on pouvait observer une étendue pratiquement ininterrompue de dunes actives sur 2 km le long de la Saskatchewan‑Sud. Aujourd’hui, ces dunes sont entièrement stabilisées; il ne reste que quelques petits creux de déflation actifs. Les 16 creux de déflation du pâturage collectif Remount qui étaient actifs en 1950 sont aujourd’hui tous stabilisés. Dans les dunes Middle, des 51 creux de déflation qui étaient actifs en 1950, seulement 20 sont encore actifs, 10 d’entre eux sont partiellement stabilisés et 7 sont en majeure partie stabilisés. Au total, 90 p. 100 de la superficie des dunes Middle qui était active en 1950 est aujourd’hui stabilisée (Wallis, 1988).

En Saskatchewan, les dunes couvrent une superficie de 13 010 km², dont 3 418 km² seulement se trouvent au sud du 52e parallèle (Wolfe, 2001). Seulement 10 des 18 étendues de dunes du sud de la province comportent des sables actifs (Wolfe, 2001). Outre ces dunes, il existe plusieurs dépôts éoliens indifférenciés, notamment des dunes rudimentaires, des nappes de sable, des loess et des plaines de déflation (Wolfe, 2001). Lorsqu’ils comportent des zones dénudées, ces types de milieux peuvent être colonisés par le C. subglabrum.

Les dunes Dundurn et les dunes voisines du lac Pike, près de Saskatoon, sont en majeure partie fixées par la végétation (Wolfe et al., 2002). Il subsiste de petits secteurs dont le modelé est encore remanié par l’érosion et le dépôt éoliens, en particulier les secteurs perturbés par un broutage intensif en période de sécheresse. D’anciennes photographies aériennes (1944) montrent que les secteurs actifs des dunes étaient autrefois plus étendus (Pylypec, 1989).

Les dunes Great de la Saskatchewan sont situées à l’ouest de Swift Current, près de la frontière de l’Alberta. La moitié de ce champ de dunes est formée de dunes hautes fixes; ce sont les plus sensibles aux facteurs de perturbation (Epp, 1980). Les zones actives forment moins de 1 p. 100 de la superficie du champ (Wolfe et al., 2001). Selon Hugenholtz et Wolfe (sous presse), depuis 1946 ces dunes se stabilisent au rythme de 7,2 à 10,5 ha/an dans la partie nord et de 1,3 à 1,4 ha/an dans la partie sud.

Il existe des sables actifs ailleurs en Saskatchewan, notamment dans les dunes Bigstick-Crane, Birsay, Burstall, Cramersburg, Elbow, Piapot, Seward et Tunstall. Ces champs contiennent des dunes et des creux de déflation mobiles. De 1944 à 1996, les dunes Elbow se sont stabilisées à un rythme de 0,4 à 1,9 ha/an; de 1970 à 1991, les dunes Seward se seraient stabilisées à un rythme d’environ 1,2 à 3,8 ha/an, et les dunes Tunstall, à un rythme d’environ 0,6 à 3,6 ha/an pour la période de 1969 à 1991 (Hugenholtz et Wolfe, sous presse).

Au Manitoba, les dunes couvrent une superficie de 1 224 km² (Wolfe, 2001). Seulement un des six champs comporte des dunes actives (Wolfe, 2001); dans les autres, on ne trouve que des zones dénudées sur les crêtes des dunes et dans les creux de déflation. La moitié du secteur sud des dunes Brandon était active en 1947, alors qu’un quart seulement était toujours actif en 1990. De 1928 à 1990, les dunes Brandon se sont fixées à un rythme de 1,8 à 17,7 ha/an (Hugenholtz et Wolfe, sous presse; Wolfe et al., 2000).

L’envahissement par la végétation des creux de déflation actifs risque d’éliminer de grandes comme de petites populations du C. subglabrum. Turin, en Alberta, est la seule localité où on trouve encore des dunes actives. En Saskatchewan, la superficie résiduelle de sables dénudés est très restreinte dans plusieurs localités, notamment à Beaver Creek, Broderick, Caron et McMahon. Les populations du C. subglabrum dans ces localités sont très petites et risquent de disparaître. Les populations de l’espèce vivant dans l’écorégion de la tremblaie-parc (dunes Routledge et Dundurn) sont particulièrement menacées du fait que la superficie de sables dénudés y est très réduite et continue de se rétrécir devant la progression de la végétation ligneuse. Wolfe et Thorpe (2005) croient que le réchauffement climatique pourrait inverser la tendance à la stabilisation en rendant les dunes plus sensibles à l’érosion.

Pâturage et lutte contre les incendies de végétation

Les grandes étendues de prairie naturelle situées à l’est des montagnes sont en majeure partie des pâturages collectifs ou des terres de la Couronne louées à des éleveurs (Bird, 1988). Des recherches récentes indiquent que la lutte contre les incendies de végétation et le pâturage auraient une incidence sur la stabilisation des dunes (Hugenholtz et Wolfe, sous presse). L’effet combiné du feu et du broutage à certains moments de l’année contribuerait à maintenir les creux de déflation actifs. Dans les dunes Middle, on observe la stabilisation de certains secteurs où il y a eu des incendies à répétition mais peu de broutage, et d’autres secteurs broutés où il y a eu peu d’incendies (Wallis, 1988). On ignore quels peuvent être les effets positifs ou négatifs du broutage à différents moments de l’année (Wallis et Wershler, 1988). Certains chercheurs pensent qu’autrefois, les incendies survenant à la fin de l’été ou à l’automne créaient des conditions favorables à la croissance d’une végétation abondante le printemps suivant. Cette verdure attirait des hordes de brouteurs, notamment de bisons, dont le piétinement remettait les dunes en mouvement. Comme les bisons se réfugiaient dans les dunes en hiver, on peut penser que leur présence prolongée à ce moment de l’année contribuait de façon appréciable à maintenir les dunes actives. La lutte contre les incendies de végétation et l’évolution de la pression de broutage ont complètement changé les facteurs qui façonnent les milieux dunaires (Wallis, 1988).

Des recherches récentes indiquent que les herbacées non graminoïdes annuelles indigènes bénéficient d’un broutage intensif par le bétail (Hayes et Holl, 2003) ou par les bisons et les chiens de prairie (Fahnestock et Detling, 2002). Le broutage réduit la couverture herbeuse et augmente la superficie de milieu disponible pour les herbacées non graminoïdes, favorisant en particulier les espèces annuelles rares.

Nous avons relevé des signes de prédation du C. subglabrum. L’unique individu de l’espèce observé en 1988 au lac Lonesome, en Alberta, avait été fortement brouté. Des individus broutés ont également été observés dans deux sites des dunes Seward et un site des dunes Great, en Saskatchewan. Par ailleurs, les animaux peuvent par leur piétinement arracher un certain nombre d’individus. Dans la plupart des sites que nous avons vérifiés, on pouvait voir des empreintes de bétail et d’animaux sauvages ainsi que des individus de l’espèce qui avaient été piétinés. À Turin, un étang artificiel servant à abreuver le bétail se trouve à proximité d’une dune active et attire beaucoup d’animaux vers la dune. La fréquentation intensive de ce point d’eau durant l’été peut causer des dommages à la population du C. subglabrum par le piétinement des animaux (Wallis et Wershler, 1988). 

Mauvaises herbes exotiques

Les mauvaises herbes exotiques sont de plus en plus communes dans les dunes et pourraient envahir l’habitat du C. subglabrum (Robson, 1997a). Le site du C. subglabrum situé dans un couloir des dunes Barnwell, en Alberta, est en voie d’être envahi par l’Agropyron cristatum et par différentes espèces de Melilotus (Wallis et Wershler, 1988). À Lost River, l’Agropyron cristatum, le Chenopodium album et le Salsola kali empiètent sur l’habitat du C. subglabrum (Elchuk, comm. pers., 2004). Lamont et Gerry (1998) ont observé le Salsola kali et le Bromus tectorum dans plusieurs localités, mais pas exactement au même endroit que le C. subglabrum. L’Euphorbia esula pousse dans les dunes Routledge, au Manitoba, et dans les dunes du lac Pelican, en Saskatchewan (COSEPAC, 2000). Au Dakota du Nord, Schmoller (2002) a constaté que les plus grandes populations du C. subglabrum étaient également menacées par l’Euphorbia esula. À long terme, certaines populations du C. subglabrum pourraient disparaître à la suite de l’empiétement d’espèces exotiques sur leur habitat.

Exploration et exploitation pétrolières et gazières

Depuis 1992, les activités d’exploration et d’exploitation pétrolières et gazières ont beaucoup augmenté en Saskatchewan, en particulier dans les dunes Great, Cramersburg et Seward. Au Manitoba, des infrastructures d’extraction de pétrole ont été construites juste à côté des dunes Routledge. Bien que des relevés des plantes rares soient en général effectués avant la réalisation de projets d’aménagement, il peut arriver que ces relevés aient lieu en dehors de la période normale de floraison du C. subglabrum. De plus, comme les espèces annuelles n’apparaissent pas nécessairement tous les ans, il est possible que certaines populations du C. subglabrum n’aient pas été relevées (Robson, 1997c). Dans les dunes Seward, un puits de gaz a été creusé dans un quart de section où se trouvent deux creux de déflation abritant le C. subglabrum. Ces populations risquent d’être détruites par d’éventuels déversements de pétrole ou fuites de gaz.

L’ironie veut que les activités d’exploration pétrolière aient par ailleurs créé à certains endroits des conditions propices au C. subglabrum. On a en effet observé, dans les dunes Seward, plusieurs individus de l’espèce poussant en des endroits où la végétation avait été entièrement éliminée en vue de la construction de voies de circulation et de plateformes d’exploitation. En revanche, ces individus risquent d’être écrasés par les engins d’exploitation ou détruits par des déversements de pétrole ou des fuites de gaz.

Tourisme et activités récréatives 

La randonnée pédestre et le surf se pratiquent dans les dunes du parc provincial Douglas, du parc provincial Spruce Woods et de la propriété de la Sandhill Stockman’s Association. Bien que la circulation de VTT soit interdite sur la propriété de la Sandhill Stockman’s Association, nous y avons observé des traces de ce type de véhicules. La circulation de VTT dans les dunes peut causer des dommages au C. subglabrum ou à son habitat (Schmoller, 2002). La randonnée pédestre est moins préoccupante, car les piétons ne remuent pas le sol autant que les roues d’un véhicule. Il est peu probable que les visiteurs soient portés à cueillir le C. subglabrum, car la plante et ses fleurs sont petites et ne sont pas particulièrement attrayantes. La plante risque plutôt d’être piétinée.

À Caron, en Saskatchewan, le terrain de camping Besant se trouve dans le secteur pour lequel le C. subglabrum est répertorié. Comme l’étendue de milieu propice à l’espèce dans cette localité est très restreinte, tout facteur de perturbation est susceptible d’avoir une incidence appréciable (COSEPAC, 2000).