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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l’Hibou des marais au Canada – Mise à jour

Habitat

Besoins en matière d’habitat

Le Hibou des marais se reproduit dans une grande variété d’habitats ouverts, y compris les prairies, la toundra arctique, la taïga, les tourbières, les marais, les anciens pâturages et les peuplements d’armoise. Il se reproduit aussi occasionnellement sur des terres agricoles (Herkert et al., 1999), mais son succès reproducteur dans de tels habitats semble bas (Campbell et al., 1990; Cadman et Page,1994). Dans les régions arctiques, la toundra arctique et les estuaires constituent principalement l’habitat de reproduction (Sinclair et al., 1994). Dans les provinces maritimes canadiennes, le Hibou des marais se reproduit principalement dans des prairies bien sèches à proximité des milieux humides de la côte (Erskine, 1992; Schmelzer, 2005). Dans les régions ayant un littoral étendu, une certaine prudence s’impose pour synthétiser les données sur l’habitat de reproduction, étant donné que les marais et tourbières de l’intérieur sont moins fréquemment surveillés et pourraient être sous-représentés dans les évaluations de l’habitat de reproduction (voir par exemple Gauthier et Aubry, 1996).

Les sites de nidification privilégiés sont les prairies denses, ainsi que la toundra composée de zones de petits saules (notamment à Churchill, au Manitoba; Jehl, 2004). Toutefois, comme pour la sélection des habitats en général, le principal facteur déterminant le choix du site de nidification du Hibou des marais est probablement la proximité d’une source fiable de petits mammifères pouvant servir de proies.

Certaines données indiquent une variation annuelle et géographique quant au degré de défense du territoire du Hibou des marais pendant la période de reproduction, lequel dépend probablement en grande partie de l’abondance relative des proies locales. Pitelka et al. (1955) ont signalé que le Hibou des marais du nord de l’Alaska adoptait un comportement territorial faible, et qu’il le présentait uniquement au début du cycle de nidification. Clark (1975) a également découvert un point culminant dans le comportement territorial pendant la période précédant la nidification et les premières étapes du cycle de nidification. Au Manitoba, Clark (1975) a établi que la taille moyenne du territoire se situait entre 74 et 121 hectares pendant plusieurs années consécutives, et que les territoires étaient plus petits pendant les années de grande abondance des aliments.

Tendances

La répartition et l’abondance du Hibou des marais avant la colonisation européenne sont inconnues. D’après leur répartition actuelle, les principales aires de reproduction étaient probablement les provinces des Prairies, la toundra et les milieux humides arctiques et subarctiques ainsi que ceux de la côte.

Un grand nombre d’études ornithologiques ont conclu que l’habitat propice à la reproduction, à la migration et à l’hivernage a connu un déclin important au cours du siècle dernier, entraînant une diminution du nombre d’individus (voir Holt, 1986; Campbell et al., 1990; Telfer, 1992; Cadman et Page, 1994; Smith, 1996; Clayton, 2000). La principale forme de perte d’habitat est attribuable à la conversion de prairies en terres agricoles (voir par exemple Smith, 1991), mais d’autres formes de pertes seraient associées aux activités récréatives, à l’aménagement de centres de villégiature et à l’expansion urbaine (Holt, 1986; Campbell et al., 1990). Ces trois derniers facteurs constituent une grave menace pour les sites de reproduction et d’hivernage côtiers. Les habitats des prairies deviennent inadéquats après avoir été fortement broutés par du bétail (voir par exemple Fondell et Ball, 2004). Telfer (1992) a estimé une perte de 39 % des prairies indigènes à travers toute l’aire de répartition du Hibou des marais dans les provinces des Prairies canadiennes, entre 1949 et 1986.

Protection et propriété

En dehors des régions côtières arctiques, la majeure partie des habitats convenables pour le Hibou des marais au Canada (par exemple les prairies, les anciens pâturages, les zones humides de la côte, etc.) appartient à des propriétaires privés, à l’État ou aux provinces. La plupart des programmes de protection de l’habitat sont menés par le biais de programmes bénévoles d’intendance des terres. Les initiatives en cours en Alberta (Operation Grassland Community) et en Saskatchewan (Operation Burrowing Owl) visant la préservation et l’amélioration des habitats des prairies semblent avoir des effets positifs non négligeables sur les populations de Hiboux des marais (T. Wellicome, communication personnelle).

Le recours à des programmes incitatifs quant à l’utilisation des terres fédérales au Canada (le Programme d’établissement d’un couvert végétal permanent I et II, qui n’est plus en vigueur aujourd’hui) et aux États-Unis (par exemple, le Conservation Reserve Program et le Wetland Reserve Program) a permis d’accroître considérablement le couvert végétal des habitats des prairies et des zones humides et présente des avantages probables pour le Hibou des marais. Aux États-Unis, l’inscription actuelle d’anciennes terres agricoles aux programmes Grassland and Wetland Reserve Programs dépasse les 30 millions d’acres (U.S. Dept. of Agriculture). Le programme Alternate Land Use Services (ALUS) a récemment été lancé au Manitoba et son adoption est envisagée par d’autres provinces. Le programme ALUS fournit des incitatifs aux propriétaires fonciers afin de mettre de côté des terres agricoles marginales, et il pourrait s’avérer une aide considérable au Hibou des marais. Le programme Conservation Cover Incentive Program (CCIP) récemment proposé, qui imiterait le Conservation Reserve Program des États-Unis, serait également très avantageux au Hibou des marais en raison des habitats convenables qu’il assure quant à sa reproduction et à son alimentation. Finalement, des programmes principalement administrés en vue d’aider les populations migratoires et nicheuses de la sauvagine (par exemple,Canards Illimités, Plan conjoint des habitats des Prairies) sont hautement favorables au Hibou des marais puisque les milieux humides des prairies constituent également un habitat de reproduction principal de l’espèce.