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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l’Hibou des marais au Canada – Mise à jour

Biologie

Reproduction

En été, le Hibou des marais réside principalement au Canada, en particulier dans les régions arctiques. Au sud des régions arctiques, il s’installe dans des aires de reproduction, de mars à mai, et la ponte des œufs se déroule entre la fin avril et le début juin. Dans la région de Churchill, selon Jehl (2004), le début juin correspond à la période où l’espèce commence à construire son nid. Aucune donnée n’est disponible quant au sexe qui choisit le site, mais seule la femelle s’occupe de la préparation du nid (Mikkola, 1983), lequel consiste habituellement en un simple trou creusé dans le sol et tapissé d’herbes et de quelques plumes. Dans les milieux humides, le nid est souvent construit sur une petite élévation ou un petit monticule. Un œuf est pondu chaque jour ou tous les deux jours, et la couvée comprend en moyenne 7 œufs (entre 3 et 11; selon Wiggins, 2004). Il y a une corrélation positive entre la taille de la couvée et l’abondance de la nourriture locale (Clark, 1975). Une seule couvée est élevée, mais si celle-ci est perdue, une couvée de remplacement est pondue.

L’incubation commence dès que le premier œuf a été pondu, ce qui rend l’éclosion fortement asynchrone. Les femelles effectuent l’incubation en entier et sont nourries en grande partie par leurs partenaires pendant les périodes de ponte et d’incubation (Lockie, 1995; Clark, 1975). L’incubation dure environ 27 jours, mais une période d’incubation allant jusqu’à 37 jours a déjà été signalée. L’incubation dépend donc possiblement de l’abondance de la nourriture locale et du temps que passent les femelles en dehors du nid à la recherche de nourriture (Lockie, 1995; Clark, 1975). Au début de l’étape de nidification, les femelles couvent les oisillons et elles sont entièrement responsables de nourrir les petits. Pendant cette période, le mâle fournit la majeure partie de la nourriture consommée par la femelle et les oisillons. Une fois qu’ils ont atteint de 14 à 17 jours, âge relativement jeune, et avant qu’ils ne puissent voler, les oisillons du Hibou des marais commencent généralement à se disperser à de courtes distances du nid, se cachant dans la végétation environnante.

Survie

Le taux de survie des oisillons avant leur départ du nid est assez élevé pour une espèce nichant au sol, et la plupart des études (4 de 7) indiquent que le taux de succès du premier envol est de 50 % (Wiggins, 2004). Dans le sud du Manitoba, Clark (1974) a indiqué un succès lié à l’éclosion de 86 % et un succès du premier envol de 46 %. Aucune donnée n’existe sur la mortalité des jeunes après le départ du nid ou sur le taux de survie des adultes.

Déplacements et dispersion

Dans la plupart des aires de répartition en Amérique du Nord, le Hibou des marais est nomade et s’établit dans des aires présentant une abondance de proies (voir par exemple Poulin et al., 2001). Il existe des exceptions dans les zones côtières tempérées et sur les îles, où la forte dépendance à l’égard des populations de petits mammifères est atténuée par un choix élargi de proies, y compris des oiseaux.

Dans la plupart des aires de répartition canadienne, une certaine migration se produit au printemps et à l’automne, mais il n’est pas clair dans quelle mesure les individus passent l’hiver dans les sites de reproduction de la côte. Au Yukon, le Hibou des marais est un résident d’été, et la migration atteint habituellement un sommet à la fin avril, puis entre la fin août et le mois d’octobre (Sinclair et al., 2003; C. Eckert, comm. pers.). Le rétablissement de hiboux bagués en Colombie-Britannique laisse croire qu’un grand nombre d’individus voyagent vers le sud pour l’hiver en longeant la côte du Pacifique, mais que quelques-uns demeurent sur place durant toute la saison hivernale (Clark, 1975). On croit que les hiboux qui se reproduisent dans les provinces des Prairies voyagent vers le sud en hiver et hivernent principalement sur les grandes plaines des États-Unis (Clark, 1975).

Bien que les mêmes aires de reproduction puissent être utilisées d’année en année, nous ne savons pas si les individus sont les mêmes. Il y a un certain degré de philopatrie natale sur les îles, et Holt (1992) a découvert un individu se reproduisant à moins de cinq kilomètres de son lieu de naissance sur une île face à la côte du Massachusetts.

Relations interspécifiques

Dans de nombreuses régions d’Amérique du Nord, on trouve le Hibou des marais dans des habitats utilisés par le Busard Saint-Martin (Circus cyaneus), et des busards ont été observés à quelques reprises à pourchasser des hiboux et à les forcer à abandonner leur proie (Clark et Ward, 1974). Néanmoins, Clark et Ward (1974) ont conclu qu’il y avait très peu de compétition entre les deux espèces en Pennsylvanie, probablement parce qu’elles vont rarement à la recherche de nourriture aux mêmes moments. On ignore à quel point la compétition peut être plus importante à des latitudes se situant davantage au nord (par exemple, au Canada), où les chevauchements entre les périodes d’alimentation des deux espèces sont prépondérants.

La prédation des œufs et des oisillons est vraisemblablement la cause la plus importante d’échec en matière de reproduction du Hibou des marais (Lockie, 1955; Pitelka et al., 1955). Les mammifères prédateurs sont notamment le renard, la moufette et les chats et chiens sauvages, alors que parmi les prédateurs aviaires on compte le Grand-duc d’Amérique (Bubo virginianus), le Harfang des neiges (B. scandiaca), la Buse à queue rousse (Buteo jamaicensis), la Buse pattue (B. lagopus), le Busard Saint-Martin, l’Autour des palombes (Accipiter gentilis), le Faucon pèlerin (Falco peregrinus), le Goéland argenté (Larus argentatus), les Labbes du genre Stercorarius (I. McDonald, comm. pers.) et le Grand Corbeau (Corvus corax). Comme la prédation des nids pourrait être plus fréquente dans les habitats fragmentés (Johnson et Temple, 1986), la détérioration et la fragmentation de l’habitat sont souvent citées comme un facteur important du déclin de la population de Hiboux des marais au Canada (voir par exemple Campbell et al., 1990 et Cadman et Page, 1994).

Comportement et adaptabilité

Perturbations

En général, le Hibou des marais préfère nicher dans des habitats qui ne sont pas sujets à une activité humaine intense (toundra arctique, bordure de terres inondées, vastes étendues de prairies). L’espèce semble être sensible à l’activité humaine pendant les étapes de ponte et d’incubation des œufs, puisque les femelles désertent habituellement le nid si elles sont dérangées pendant cette période (Leasure et Holt, 1991). Cependant, dans certaines régions, l’espèce niche dans une mosaïque de prairies, de champs abandonnés et de cultures en rangées à proximité immédiate d’activités agricoles telles que la fenaison, le fauchage et le broutage par le bétail.

Nourriture et alimentation

Bien que son alimentation soit souvent composée en grande partie de campagnols du genre Microtus, le Hibou des marais se nourrit aussi d’une variété de petits mammifères, y compris de musaraignes (Blarina et Sorex spp.), de gaufres gris (Thomomys), de souris (Peromyscus), de rats-kangourous (Dipodomys) et de lemmings (Holt, 1993). Holt (1993) a résumé les études sur l’alimentation menées en Amérique du Nord et a conclu que les petits mammifères constituaient habituellement plus de 75 % de l’alimentation du Hibou des marais. Dans les régions côtières, l’alimentation de l’espèce est plus variée et comprend plus fréquemment de petits oiseaux. La recherche de nourriture est particulièrement intensive à l’aube et au crépuscule, sans doute au moment où les espèces servant de proies sont plus actives.

La capacité de l’espèce à évaluer les sources d’alimentation locales les rend assez flexibles quant au choix de l’habitat de reproduction et d’hivernage et fait en sorte que des individus s’établissent (souvent temporairement) dans des zones précédemment inutilisées soutenant de vastes populations de petits mammifères.