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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le grand héron de la sous-espèce fannini au Canada – Mise à jour

Habitat

L’habitat du Grand Héron du Pacifique est décrit par Butler (1995, 1997) et Gebauer et Moul (2001). Cette sous-espèce s’alimente le long du littoral, dans des marais d’eau douce et d’eau salée, le long de cours d’eau et dans les terres herbeuses. Un petit nombre de hérons se nourrit dans des forêts de varech, sur des quais et dans des plans d’eau artificiels (p. ex. étangs décoratifs et piscicultures). La plupart des hérons nichent dans des boisés à proximité de grands prés de zostère marine (Zostera marina), le long de cours d’eau et dans des marais estuariens et d’eau douce. En automne, les hérons juvéniles occupent les terres herbeuses du delta du Fraser, tandis que les adultes occupent des marais estuariens et riverains et des terres herbeuses. Toutes les occurrences connues d’alimentation et de nidification se trouvent à l’intérieur de la zone biogéoclimatique de la pruche occidentale et de la zone biogéoclimatique côtière du douglas taxifolié.

Besoins en matière d’habitat

Habitat d’alimentation

Les Grands Hérons du Pacifique nicheurs doivent avoir accès à des proies à 10 km de leur nid, tout au plus (Butler, 1995). Les principaux habitats d’alimentation du Grand Héron du Pacifique sont des zones aquatiques comme des vasières intertidales, des abords de rivières et de lacs et des terres humides (Butler, 1992; idem, 1997; Gebauer et Moul, 2001). Sur la côte en hiver, les proies aquatiques se raréfient en raison de la plus courte durée des marées basses diurnes, ainsi les terres agricoles en jachère deviennent d’importants sites d’alimentation pour les hérons adultes et juvéniles (Butler, 1995; idem, 1997). Les champs à l’intérieur des terres sont considérés comme un habitat d’alimentation important pour les hérons adultes et juvéniles dans la vallée du bas Fraser et dans le sud de l’île de Vancouver (Gebauer et Moul, 2001). Le nombre de hérons utilisant des habitats d’alimentation non aquatiques est inconnu, mais comme un grand nombre d’entre eux vivent dans la région de la côte sud (Gebauer et Moul, 2001), il est probable que ces habitats d’alimentation soient importants pour un nombre considérable d’entre eux. Certains habitats d’alimentation ne sont pas utilisés par les hérons chaque année, ce qui suggère que la croissance démographique ne serait pas limitée par la quantité d’habitat d’alimentation disponible.

Habitat de nidification

Les Grands Hérons du Pacifique sont des nicheurs principalement arboricoles, et leurs colonies sont généralement situées dans des forêts à proximité (moins de 10 km) de sites d’alimentation convenables (Butler, 1991; idem, 1992; idem, 1995; idem,  1997). Les nids sont généralement construits dans des sites relativement exempts de perturbations humaines, mais on les trouve parfois dans des secteurs développés. Les grandes colonies requièrent des forêts en meilleur état que les petites colonies. On trouve des colonies en milieu urbain et rural, dans des forêts relativement contiguës ou fragmentées et dans des arbres solitaires (Butler, 1997; Vennesland, 2000).

L’emplacement des colonies de Grands Hérons du Pacifique varie, en particulier aux endroits où les perturbations sont intenses (Butler, 1992; Vennesland, 2000). Certaines colonies sont utilisées pendant de nombreuses années (p. ex. île Shoal, parc Pacific Spirit et Point Roberts; sites occupés depuis plus de 25 ans), mais la plupart des colonies, surtout les colonies comptant moins de 25 nids, changent d’endroit après quelques années (Gebauer et Moul, 2001). Un site peut être réutilisé par un individu dont la première tentative de nidification a échoué, si d’autres hérons sont présents et s’il reste suffisamment de temps pour compléter un cycle de nidification (Vennesland, 2000). Si une colonie entière abandonne et qu’il reste suffisamment de temps pour compléter un cycle de reproduction, il arrive que les hérons se rassemblent de nouveau la même année pour former une colonie au même endroit ou ailleurs (Vennesland, 2000). Les hérons peuvent parfois revenir dans un site après l’avoir abandonné pendant un an ou plus (Moul et al., 2001; Chatwin et al., 2006).

Tendances en matière d’habitat

Habitat d’alimentation

Il est probable que l’habitat d’alimentation convenable soit en déclin en Colombie-Britannique (Gebauer et Moul, 2001), quoiqu’on ne dispose d’aucune information quantitative sur les tendances en matière d’habitat. On a relevé une corrélation entre la taille des populations de Grands Hérons et la superficie de l’habitat d’alimentation disponible à l’échelle locale (Gibbs et Kinkel, 1997). Par conséquent, les plus grandes concentrations de Grands Hérons du Pacifique se trouvent à proximité des grands estuaires de la côte sud de la Colombie-Britannique, principalement le delta du Fraser, où les grandes vasières et zosteraies offrent une abondance de sites d’alimentation (Butler, 1995; Eissinger, 1996). Ces habitats sont fortement menacés par le fait que la majorité de la population humaine de la province vit à proximité de ceux-ci (Butler, 1997; Gebauer et Moul, 2001). Par exemple, l’utilisation de certains sites d’alimentation (p. ex. baie Boundary) pourrait être, à l’heure actuelle, limitée par la quantité d’habitat de nidification convenable demeuré à l’état sauvage (B. Smith, données inédites; voir la discussion sur l’habitat de nidification ci-dessous).

Bien que les zosteraies indigènes soient en déclin généralisé, certains petits gains localisés en habitat ont été réalisés à Roberts Bank, dans le sud du delta du Fraser, à la suite de la construction d’une jetée pour un terminal de traversier et un port de cargo (Butler, 1997). À l’extérieur du bassin de Georgie, les Grands Hérons du Pacifique sont peu nombreux, mais répandus le long de la côte. Ils se nourrissent dans des lits de varech, sur des quais et sur des objets flottants, et occupent les eaux peu profondes. Ces individus n’ont subi aucune perte d’habitat convenable, et certains peuvent tirer profit de la construction de quais et de l’installation de piscicultures où ils ont accès à des poissons en eau profonde. À l’échelle de toute la côte, cependant, ces gains potentiels en habitat sont probablement négligeables et annulés par les pertes d’habitat dues au développement ailleurs, en particulier dans la vallée du bas Fraser.

Habitat de nidification

L’abondance des grands arbres convenant à la nidification des Grands Hérons du Pacifique et situés à proximité d’aires d’alimentation a diminué dans certaines parties de la Colombie-Britannique au cours du siècle dernier en raison de l’accroissement de la population humaine et de l’industrialisation (Butler, 1997, Gebauer et Moul, 2001). La vallée du bas Fraser (Moore, 1990, Butler, 1997), où l’on projette que la population humaine passera de 2,5 millions d’habitants en 1990 à environ 4 millions d’habitants en 2020 (Georgia Basin Ecosystem Initiative, 2002), est particulièrement durement touchée par ce phénomène. La destruction de l’habitat sur la côte sud de la Colombie-Britannique a provoqué l’abandon d’au moins 21 colonies (entre 1972 et 1985 et entre 1998 et 1999; Forbes et al., 1985b; Gebauer, 1995; Vennesland, 2000; Vennesland, 2006). Smith et al. (données inédites) ont étudié, à l’aide d’une analyse spatiale du paysage dans la région de la baie Boundary, la disponibilité de l’habitat de nidification à moins de 15 km de grands sites d’alimentation connus (c.-à-d. la distance à laquelle le coût énergétique du vol représente 90 p. 100 de l’apport énergétique pouvant être transféré aux oisillons). L’analyse démontre que l’habitat de nidification est gravement limité dans cette région. Bien que l’habitat d’alimentation puisse y soutenir théoriquement une grande population de hérons, il semble que la disponibilité des sites de nidification limite les effectifs. Dans cette région, des hérons nichaient dans des habitats non conventionnels à au moins trois endroits (p. ex. haies dans un champ agricole), ce qui révèle peut-être un manque d’espace.

En outre, la qualité de l’habitat de nidification du Grand Héron du Pacifique pourrait souffrir de l’intensification des perturbations par les humains et les accipitridés. Bien que certains hérons vivent dans des milieux urbains, d’autres semblent réticents à s’approcher de l’humain. De plus, Vennesland et Butler (2004) ont observé que la productivité des nids de hérons est corrélée négativement avec le degré d’activité humaine à proximité des colonies. Le principal facteur de cette relation est la prédation des nids de hérons par les accipitridés; les perturbations directes par les humains constituent un facteur secondaire. Ainsi, l’incidence de la prédation par les accipitridés pourrait augmenter avec l’urbanisation. Ce phénomène pourrait être exacerbé par le fait que les populations d’accipitridés du détroit de Georgie profiteraient de la présence de l’humain, notamment par la croissance des populations de mouettes et goélands qui se nourrissent des déchets (Vermeer et al., 1989).

À l’extérieur du bassin de Georgie, les Grands Hérons du Pacifique sont dispersés, nichant en petits groupes ou seuls dans les forêts. Peu de nids ont été découverts et tous se trouvaient à quelques kilomètres d’un site d’alimentation. Il ne manque pas d’arbres pour les hérons dans ces régions, de sorte que l’habitat de nidification semble disponible en tout temps. L’habitat n’y a pas subi de déclin important. Cependant, des travaux supplémentaires sont requis pour découvrir les nids de hérons dans ces régions éloignées, car les données sont rares.

Protection et propriété

L’article 34 de la Wildlife Act de la Colombie-Britannique (1982; mise à jour en 1999) protège les nids des hérons (et par conséquent les arbres portant des nids), mais ne prévoit aucune zone tampon. La Forest and Range Practices Act de la Colombie-Britannique (2004) renferme des lignes directrices pour protéger les colonies de hérons (p. ex. par l’intermédiaire de la Identified Wildlife Management Strategy) sur les terres de la Couronne, y compris des dispositions pour des zones tampons (Vennesland, 2004). Cependant, aucune réserve n’a été créée en vertu de cette législation; elle n’offre donc aucune protection à l’heure actuelle. Aucun autre habitat à l’extérieur de parcs, d’aires de gestion des espèces sauvages (par l’intermédiaire de la Wildlife Act de la Colombie-Britannique) ou de réserves nationales de faune (par l’intermédiaire de la Loi sur les espèces sauvages du Canada) ne bénéficie d’une protection légale.

Sur les terres privées, le gouvernement de la Colombie-Britannique propose aux utilisateurs des terres des conseils pour protéger les espèces sauvages, au moyen de documents principalement non légaux tels que l’Environmental Best Management Practices for Urban and Rural Land Development in British Columbia (ou « Develop with Care »), une série de documents produite par le Ministry of Environment (MOE, 2007). Cependant, il existe peu de lois obligeant la prise de mesures fondées sur les recommandations de ces documents de nature principalement informative. Les municipalités disposent de pouvoirs considérables sur les terres relevant de leur compétence, notamment le pouvoir de zonage des terres pour différents usages et la détermination de Development Permit Areas, entre autres pouvoirs réglementaires. Toutefois, en raison du coût économique élevé de la conservation des espèces sauvages pour les propriétaires fonciers, la mise en place d’activités de conservation est limitée et varie d’une compétence à l’autre.

L’habitat d’alimentation du Grand Héron du Pacifique comprend des terres et des eaux relevant des compétences fédérales (p. ex. zones intertidales, cours d’eau, parcs nationaux, réserves nationales de faune) et des compétences provinciales (p. ex. terrains privés, terrains municipaux, parcs provinciaux, aires de gestion des espèces sauvages). On ignore quelle est la proportion des aires d’alimentation qui bénéficie d’une protection officielle, mais parmi les sites notables protégés et accueillant un grand nombre de hérons, on compte la baie Boundary, Sturgeon Bank, le marais Pitt Addington, les aires de gestion des espèces sauvages de Coquitlam River et de Parksville-Qualicum Beach (provinciales) et les réserves nationales de faune d’Alaksen, de Qualicum et de Wigeon Valley (fédérales). Malgré cette protection, bon nombre de ces sites sont menacés par des déversements d’hydrocarbures ou d’autres événements catastrophiques (p. ex. Sturgeon Bank et la baie Boundary sont menacés par la proximité du trafic de traversiers et de cargos).

Les colonies de nidification de Grands Hérons du Pacifique actuellement actives sont situées sur des terres protégées ou non protégées relevant des gouvernements fédéral et provincial et des administrations régionales et municipales, de même que sur des terres privées. Le tableau 1 dresse la liste des sites de nidification actuels se trouvant sur des terres protégées. Ces sept sites représentent 14 p. 100 des sites actifs connus (n = 49 sites actifs en 2005), et offrent un certain degré de protection aux sites de nidification de 37 p. 100 des couples nicheurs connus en 2005 (n = 1 943 couples nicheurs). Il importe toutefois de souligner que les colonies de hérons sont de nature dynamique et changent souvent d’emplacement (Butler, 1997; Vennesland, 2000). Les parcs Stanley et Deer Lake ont tous deux été récemment colonisés, alors que le parc McFadden a connu une baisse d’effectifs d’un maximum de 138 nids actifs en 2000 à deux seulement en 2005 (tableau 1). En outre, quatre des sites protégés figurant au tableau 1 (Beacon Hill, parc Salal, parc Stanley et parc Deer Lake) se trouvent dans des parcs municipaux hautement perturbés par les humains. Des degrés élevés de perturbations humaines ayant été associés à une productivité des nids affaiblie (Vennesland et Butler, 2004), il est possible que la qualité de l’habitat soit mauvaise à ces endroits. Les trois autres sites sont soit clôturés, soit d’accès contrôlé, mesures considérées comme importantes pour la viabilité à long terme des sites (Carlson et McLean, 1996). Des 39 autres sites utilisés par des hérons pour la nidification en 2005 et qui ne sont pas protégés, quatre se trouvaient sur des réserves indiennes (8 p. 100) et 35 (71 p. 100) se trouvaient sur des terres non protégées relevant des compétences provinciales (la plupart étant des terres privées). En 2006, trois nids ont été observés dans le parc national Gwaii Haanas (îles de la Reine-Charlotte). Aucun nid n’a été observé dans le parc national Pacific Rim ni dans le parc national du Canada des Îles‑Gulf, bien qu’il soit probable que la sous-espèce y niche (quelques couples nicheurs ont été trouvés près de Bamfield, à proximité du parc national Pacific Rim et un grand nombre de hérons ont niché dans l’île Sidney, qui se trouve aujourd’hui dans le parc national du Canada des Îles-Gulf, de 1974 à 1990).

 

Tableau 1. Colonies de Grands Hérons du Pacifique actives en 2005 et bénéficiant d’une protection. Leur emplacement géographique général et le nombre de nids actifs en 2005 sont indiqués (Conservation Data Centre de la Colombie-Britannique, 2007).
ID colonieNom de la colonieEmplacementTaille de la colonie (nombre de nids actifs)Statut de protection
H101-001Beacon HillVictoria103Parc municipal
H101-005McFadden CreekÎle Saltspring2Terres de conservation locales
H101-038Salal ParkN. Saanich11Parc municipal
H204-009CFB-ChilliwackChilliwack203Aire de conservation municipale
H208-002Stanley ParkVancouver176Parc municipal en location du ministère de la Défense nationale
H208-005Mary HillPort Coquitlam222Aire de gestion des espèces sauvages provinciale
H208-044Deer Lake ParkBurnaby4Parc municipal
Table des Matières