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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le grand héron de la sous-espèce fannini au Canada – Mise à jour

Biologie

Cycle vital et reproduction

Au printemps, la plupart des Grands Hérons du Pacifique se rassemblent dans des colonies où ils se font la cour, nichent et élèvent leurs oisillons. Durant la saison de nidification, la diète est majoritairement composée de petits poissons, tandis que durant l’hiver elle est complétée par des petits mammifères.

Dans la côte sud de la Colombie-Britannique, la nidification des Grands Hérons du Pacifique commence entre février et avril (Butler, 1992; Butler, 1997; Vennesland, 2000; Vennesland et Butler, 2004). Cette période correspond à la période nuptiale avant la ponte des œufs, et peut durer plus de deux mois dans certaines colonies (Butler, 1997; Vennesland, 2000). Dans une colonie observée minutieusement, les mâles sont arrivés dans la colonie et ont établi des sites de nidification environ une semaine avant l’arrivée des femelles (Butler, 1991). La réparation ou la construction des nids peut durer de quelques jours à environ deux mois (Butler, 1991, Vennesland, 2000). Des couples monogames sont formés pour la saison (Simpson, 1984), et les œufs sont pondus à intervalles d’environ deux jours (Vermeer, 1969; Pratt, 1970; R. Butler, observation personnelle). La taille des nichées observées dans les colonies de Grands Hérons en Amérique du Nord varie de 1 à 8 œufs, et se compose généralement de 3 à 5 œufs (Ehrlich et al., 1988; Campbell et al., 1990).La taille des nichées augmente en fonction de la latitude, et le Grand Héron du Pacifique a des nichées de plus petites tailles que ce à quoi on pourrait s’attendre compte tenu de la latitude (la taille moyenne des nichées est d’environ 4 œufs, par comparaison à environ 4,7 œufs dans d’autres sites de même latitude; Butler, 1997). L’incubation commence peu après la ponte du premier œuf et l’éclosion des œufs est asynchrone (Butler, 1992). L’éclosion a lieu environ 27 jours après le début de l’incubation (Butler, 1992), bien que la période d’incubation dans une colonie puisse durer beaucoup plus de un mois, car les couples recommencent souvent un nouveau nid après un assaut de prédation ou une perturbation d’autre nature (Vennesland, 2000). La période d’élevage des oisillons dure environ 60 jours (Krebs, 1974; Simpson, 1984).

Le cycle de nidification des hérons dure environ 95 jours, mais cette période est souvent plus longue lorsqu’une nouvelle nichée est nécessaire ou que d’autres événements retardent la nidification. Les hérons peuvent se reproduire plus d’une fois si leur première tentative échoue précocement.

Dans la côte sud de la Colombie-Britannique, le nombre d’oisillons à l’envol varie de 0 à 4 par nid (Butler, 1992; idem, 1997; Vennesland, 2000). Historiquement, la productivité des nids de hérons mesurée dans l’ensemble de l’Amérique du Nord varie entre 1,3 à 2,7 oisillons à l’envol par tentative de nidification active, et entre 2,0 et 3,0 oisillons à l’envol par tentative de nidification réussie (synthèse dans Butler, 1997; voir également Pratt, 1970 et Vos et al., 1985). Moins de 25 p. 100 des hérons juvéniles survivent jusqu’à leur deuxième année, après quoi le taux de survie augmente pour atteindre environ 75 p. 100 par année chez les adultes (Butler, 1997).

Caractéristiques des colonies de nidification

Les Grands Hérons du Pacifique de la Colombie-Britannique sont normalement des nicheurs arboricoles solitaires ou en colonies (Butler, 1992; idem, 1997; Vennesland, 2000). Les nids sont de grandes plates-formes faites de branches, généralement de 20 à 30 m au-dessus du sol (Butler, 1997), mais certains individus peuvent nicher à seulement 2 m du sol, dans des arbustes (Vennesland, 2000). Dans la côte sud de la Colombie-Britannique en 1999, Vennesland et Butler (2004) ont relevé des colonies de tailles variant entre 1 et 400 nids actifs, pour une moyenne de 62 nids actifs (écart-type = 94, n = 31) et une moyenne de 26 nids. Les essences d’arbres les plus communément utilisées pour la nidification sont l’aulne rouge (Alnus rubra), le peuplier occidental (Populus balsamifera), l’érable grandifolié (Acer macrophyllum), l’épicéa de Sitka (Picea sitchensis) et le douglas taxifolié (Pseudotsuga menziesii) (Gebauer et Moul, 2001). Gebauer et Moul (2001) dressent la liste complète des essences d’arbres utilisées.

Prédateurs

En Colombie-Britannique, le Pygargue à tête blanche (Haliaeetus leucocephalus) est le principal prédateur des Grands Hérons du Pacifique (Butler, 1997; Gebauer et Moul, 2001; Vennesland et Butler, 2004). Les Pygargues à tête blanche se nourrissent des œufs, des oisillons, des hérons juvéniles et adultes (Simpson et Kelsall, 1978; Forbes et al., 1985b; Forbes, 1987; Forbes, 1989; Simpson et al., 1987; Norman et al., 1989; Butler et al., 1995; Butler, 1997; Gebauer et Moul, 2001; Vennesland et Butler, 2004), et sont responsables d’une baisse de la productivité des nids dans de nombreuses colonies (Norman et al., 1989; Gebauer et Moul, 2001; Vennesland et Butler, 2004). On soupçonne que la prédation à répétition par les aigles serait la cause de nombreux abandons de colonie (Forbes et al., 1985b; Simpson et al., 1987; Butler, 1991; Butler, 1997; Gebauer et Moul, 2001; Vennesland et Butler, 2004). Les effets de la prédation par les Pygargues à tête blanche sont discutés en détail dans la section Facteurs limitatifs et menaces.

D’autres oiseaux de proie ont été observés se nourrissant du contenu de nids de Grands Hérons du Pacifique. Parmi ceux-ci, on compte des Buses à queue rousse (Buteo jamaicensis) se nourrissant d’œufs et d’oisillons (Simpson, 1984, Simpson et Kelsall, 1978, Forbes et al., 1985b, Norman et al., 1989, Butler, 1997, Vennesland et Butler, 2004), des Corneilles d’Alaska (Corvus caurinus) et des Grands Corbeaux (Corvus corax) se nourrissant d’œufs (Butler, 1989; Moul, 1992). Le raton-laveur chasse des oisillons, mais en Colombie-Britannique, les perturbations par les mammifères et non par les humains sont rares (Butler, 1997).

Physiologie

Il existe peu de recherches sur les besoins ou les tolérances physiologiques des Grands Hérons dans une perspective de conservation. On mesure depuis 1977 environs les taux de contaminants dans les coquilles d’œufs et les tissus fœtaux de Grands Hérons du Pacifique (Elliott et al., 1989; Elliott et al., 1996; Elliott et al., 2001; Harris et al., 2003). À l’heure actuelle, les contaminants (p. ex. pesticides organochlorés, biphényls polychlorés, dioxines, furanes) ne sont pas considérés comme un problème de conservation important pour cette sous-espèce, car leurs concentrations ont généralement diminué au cours des dernières années (Elliott et al., 1989; Elliott et al., 2001; Harris et al., 2003). Cependant, on s’intéresse depuis peu à des substances chimiques qui n’avaient jamais été surveillées auparavant. Les concentrations d’une catégorie de substances chimiques (les éthers diphényliques polybromés ou EDP) sont en croissance exponentielle dans les tissus des hérons et pourraient approcher d’importants niveaux toxiques (Elliott et al., 2005). Les conséquences de ce phénomène ne sont pas encore claires, mais la situation est considérée comme une nouvelle menace potentielle dans les régions urbaines (Elliott et al., 2005). Une autre classe émergente de polluants industriels, les substances chimiques perfluorées suscite des inquiétudes semblables. Environnement Canada étudie à l’heure actuelle les tendances spatiales et temporelles de ces substances chimiques, notamment chez les hérons du bassin de Georgie (J. Elliott, communication personnelle).

Dispersion, migration et déplacements

Le Grand Héron du Pacifique ne migre pas. Des individus bagués ont été observés se dispersant entre des habitats du détroit de Georgie, et quelques individus ont été trouvés morts dans l’intérieur de la Colombie-Britannique, sur la côte de l’État de Washington et dans le nord de l’Oregon (Butler, 1997). La plupart des individus vivant dans le delta du Fraser et d’autres régions de la côte sud se nourrissent le long de plages de mars à octobre et le long de plages et dans des terres herbeuses en hiver (Butler, 1995; idem, 1997). Les hérons juvéniles se nourrissent le long de plages jusqu’en octobre environ et résident principalement dans des terres herbeuses en hiver (Butler, 1995; idem, 1997). Lorsqu’ils ne nichent pas, les hérons de la côte de la Colombie-Britannique se reposent seuls ou en groupes épars de plus de 100 individus au sol, dans des arbres ou sur des objets fabriqués par l’humain à proximité des aires d’alimentation durant le jour (Butler, 1992). Certaines aires de repos sont utilisées à répétition (Butler, 1992). La nuit, les hérons dorment dans des arbres au feuillage dense pendant la marée haute et se nourrissent sur les plages à marée basse (Butler, 1992). Les déplacements annuels entre les colonies ont été peu étudiés. Simpson et al. (1987) concluent que des déplacements importants pourraient avoir lieu (40 p. 100 des hérons nicheurs ne sont pas revenus pour se reproduire la deuxième année de l’étude). Les déplacements entre les régions sont fort méconnus, mais on présume qu’ils ont lieu, puisque des individus traversant en vol le détroit de Georgie ont été aperçus par les deux rédacteurs. Les colonies prennent rapidement de l’expansion lorsque de nouveaux arrivants s’y installent, probablement en provenance de colonies abandonnées à proximité (R. Vennesland, données inédites).

Relations interspécifiques

Les interactions des Grands Hérons du Pacifique avec leurs prédateurs sont décrites précédemment dans la section Prédation. Les hérons chassent une grande variété d’animaux : poissons, insectes, mammifères, amphibiens et crustacés (Butler, 1992, 1995, 1997). Les poissons sont l’aliment principal durant la saison de nidification, comme en témoignent les rassemblements estivaux de plus de 600 hérons se nourrissant ensemble dans des prés de zostère marine à proximité de Tsawwassen, dans le delta du Fraser (R. Vennesland, données inédites). En hiver, les petits mammifères chassés dans les terres agricoles sont également une partie importante de la diète, en particulier pour la survie des hérons juvéniles (Butler, 1991; idem, 1995; idem, 1997; Gutsell, 1995). On dispose de peu d’information sur les maladies, bien que certaines aient été relevées chez le Grand Héron (mais non le Grand Héron du Pacifique), notamment les nématodes Giardia et Eustrongylides (Butler, 1992).

Adaptabilité

Certains Grands Hérons du Pacifique peuvent tolérer des activités humaines à proximité de leur nid, mais bon nombre sont sensibles à la présence de l’humain (synthèse dans Vennesland, 2000; Gebauer et Moul, 2001). Les activités humaines à proximité des colonies de hérons exacerbent la menace de la prédation par les aigles pour cette sous-espèce (Vennesland, 2000, Vennesland et Butler, 2004). Butler et al. (1995), Carlson et McLean (1996) et Vennesland et Butler (2004) ont démontré que le nombre de hérons juvéniles élevés dans des colonies de Grands Hérons fréquemment perturbées était significativement inférieur au nombre de hérons juvéniles dans des colonies non perturbées. Lorsqu’ils sont perturbés, les hérons laissent leur nid sans surveillance, en particulier au début de la saison de nidification, alors que les humains pénètrent dans les colonies à pied ou font du bruit à proximité (Vennesland, 2000). Les corvidés prennent les œufs lorsque l’occasion se présente (Butler, 1989; Moul, 1992).