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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le esturgeon jaune au Canada – Mise à jour

Importance de l'espèce

L’esturgeon jaune est un poisson fascinant. Comme les autres esturgeons, il s’agit d’un fossile vivant qui a conservé le squelette cartilagineux et la nageoire caudale de requin de ses ancêtres du Dévonien (Harkness et Dymond, 1961). C’est le plus grand poisson d’eau douce du Canada (Scott et Crossman, 1998). Les esturgeons ont été utilisés par des humains à toutes les époques et constituaient un mets de choix dans la Rome antique et l’Europe médiévale (Ono et al., 1983). En Amérique du Nord, l’esturgeon jaune était considéré par les premiers colons comme une espèce nuisible, mais la commercialisation de sa viande fumée, séchée et fraîche, s’est développée rapidement après 1860. Une pêche intensive s’en est suivie et a atteint un sommet en 1900, année pendant laquelle plus d’un million de kg d’esturgeons jaunes ont été récoltés dans les Grands Lacs. Cette pêche a causé un grave déclin dont la plupart des populations ne se sont jamais remises (Houston, 1987). En plus de leur valeur alimentaire, y compris le caviar, les esturgeons jaunes étaient une source d’huile, de cuir et de colle de poisson (Harkness et Dymond, 1961). Aujourd’hui encore, le caviar d’esturgeon jaune du Canada n’est surpassé, de l’avis de plusieurs, que par le caviar de grand esturgeon de la mer Caspienne. Son prix de détail dépasse 200 $/kg, tandis que la viande se vend environ 40 $/kg.

L’esturgeon jaune a toujours revêtu une importance particulière pour les peuples autochtones. Les collectivités autochtones entretiennent une relation historique avec l’espèce, par laquelle ils ont accumulé des connaissances sur les phénotypes rares, la spécificité écologique et génétique de sous-populations et les déclins démographiques. L’esturgeon jaune est important pour des groupes autochtones depuis au moins 500 av. J.-C., sinon plus tôt, et l’est encore aujourd’hui pour plusieurs collectivités des Premières nations (Prince, 1905; Holzkamm et Wilson, 1988; Kelly, 1998; Dick et Macbeth, 2003). Les Aînés rapportent que les esturgeons étaient une source privilégiée de nourriture et que l’animal était entièrement consommé (Kelly, 1998). On tirait cinq types de viande de l’animal, ainsi que d’autres produits importants tels que des récipients faits de cuir, de la colle extraite de la vessie natatoire, des agents liants pour la peinture (Prince, 1905; Tough, 1996), des grattoirs faits avec les plaques osseuses et des pointes de flèche faites avec les os de la queue (Harkness et Dymond, 1961). L’esturgeon était également intimement lié à la spiritualité autochtone (Holzkamm et Wilson, 1988; Dick et Macbeth, 2003). Kelly (1998) rapporte que l’esturgeon était un animal sacré devant faire l’objet d’offrandes et de louanges lors de rituels spéciaux. Dans la mythologie des Ojibways, le grand esturgeon, Numae, était associé au pouvoir spirituel qui assurait la maîtrise des poissons et de la pêche (Holzkamm et Wilson, 1988; Kelly, 1998). Numae était également le gardien du clan Sturgeon, une famille ojibway respectée (Tough, 1996; Kelly, 1998). L’importance nutritive, matérielle et spirituelle de l’esturgeon pour les peuples autochtones des forêts de l’est se compare à celle du bison pour les tribus des plaines de l’ouest (Ono et al., 1983; Tough, 1996).

L’esturgeon jaune revêt encore une grande importance économique dans certaines parties de son aire de répartition. Dans la partie québécoise du fleuve Saint-Laurent, le revenu de plus de 70 pêcheurs commerciaux repose en entier ou en partie sur la pêche de l’esturgeon jaune. Pour plusieurs, il s’agit d’une entreprise familiale transmise de génération en génération depuis plus de 100 ans.

L’esturgeon jaune est également important pour la santé des bassins versants. L’espèce vit très longtemps et manifeste une grande fidélité à ses frayères, en plus d’avoir d’autres besoins en matière d’habitat, tels que des aliments propres à différentes étapes du cycle vital.