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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Petit-duc des montagnes (Otus kennicottii) au Canada - Mise à jour

Habitat

Besoins en matière d’habitat

Le Petit-duc des montagnes fréquente des habitats très variés : forêts, boisés semi-ouverts, arbustaies, déserts à arroyos, à peuplements matures de mesquites et à cactus, ainsi que régions suburbaines et urbaines boisées (Bent, 1938; Johnsgard, 1988; del Hoyo et al., 1996; Hardy et al., 1999; Cannings et Angell, 2001). On l’observe souvent dans les zones riveraines.

Au Canada et dans les États du Nord des États-Unis, ce hibou est généralement observé dans des milieux forestiers ou boisés se trouvant à basse altitude, mais le type de forêt et la proportion de conifères et de feuillus varient selon l’endroit. Il est absent en haute altitude; les altitudes maximales auxquelles l’O. k. macfarlanei a été observé diffèrent selon les auteurs : à 600 m au-dessus du niveau de la mer (intérieur de la Colombie-Britannique, Campbell et al., 1990), à 1 220 m au-dessus du niveau de la mer (intérieur des États-Unis, Bendire cité dans Bent, 1938), et à 1 555 m au-dessus du niveau de la mer (Sud-Ouest de l’Idaho, Doremus, comm. pers., 2001). La sous-espèce de la zone côtière, l’O. k. kennicottii, est décrite comme présente entre les isothermes de 2 ºC et de –7 ºC en janvier, ou jusqu’à une altitude de 915 m dans l’Oregon et près du niveau de la mer dans le Sud de l’Alaska (Hekstra, 1982).

Sous-espèce de la zone côtière – Otus kennicottii kennicottii

La sous-espèce de la zone côtière, l’Otus k. kennicottii, semble présente dans un éventail de types de forêt relativement large. Les premières mentions provenant du Sud-Ouest de la Colombie-Britannique et du Nord-Ouest de l’État de Washington signalaient cette sous-espèce dans un mélange d’habitats boisés souvent dominés par des feuillus et parfois dans des boisés ouverts ou près de zones agricoles (Bowles, 1906; Bowles, 1917; Munro, 1925). Selon Campbell et al. (1990), cet oiseau préfère les forêts mixtes (feuillus et conifères), souvent situées le long de lacs et de cours d’eau, mais il fréquente tous les habitats boisés.

En 2000, les habitats et les perchoirs de dix sites fréquentés par le Petit-duc des montagnes à l’extérieur de Victoria (Colombie-Britannique) ont été examinés (Darling et Hobbs, comm. pers., 2001). Les petits-ducs ont été découverts dans des forêts mixtes, où les huit essences les plus communes, en ordre décroissant d’abondance (d’après le nombre de troncs), étaient les suivantes : douglas (Pseudotsuga menziesii), arbousier d’Amérique (Arbutus menziesii), thuya géant (Thuja plicata), sapin grandissime (Abies grandis), aulne rouge (Alnus rubra), érable à grandes feuilles (Acer macrophyllum), chêne de Garry (Quercus garryana) et pruche de l’Ouest (Tsuga heterophylla). Le couvert était relativement ouvert et dominé par les conifères. Les sites étaient situés à une distance moyenne de 69 m, et jusqu’à 300 m, d’un cours d’eau ou d’un marais; de nombreux sites se trouvaient également à proximité d’endroits dégagés comme des marais, des champs ou des lieux habités. Étant donné que certains sites étaient déjà connus comme des endroits fréquentés par des hiboux, il est possible que les sites choisis aient été biaisés en faveur d’ouvertures créées par l’humain, car les hiboux occupant ces régions sont plus susceptibles d’être découverts par des observateurs occasionnels. Quatre perchoirs sur six se trouvaient dans un thuya géant. Les perchoirs étaient situés à une hauteur variable, mais se trouvaient en moyenne à 25 m au-dessus du sol. Dans le milieu environnant, il y avait peu de végétation arbustive, et celle-ci comprenait principalement le polystic à épées (Polystichummunitum), des mahonias (Mahonia spp.), le salal (Gaultheria shallon) et l’holodisque discolore (Holodiscus discolor).

Dans le Sud de l’île de Vancouver et dans les îles Gulf, Hobbs (comm. pers., 2001) a observé ce hibou au printemps et en été dans divers habitats, y compris les suivants : boisés riverains mixtes, forêt mature, forêt à douglas ouverte âgée de 50 à 60 ans, jeunes forêts denses de douglas et divers endroits décrits comme des boisés bordant des marais, des étangs, d’autres secteurs humides ou des champs. Il a observé des Petits-ducs des montagnes perchés dans des cavités naturelles de feuillus et de douglas. Les oiseaux perchés se tenaient souvent haut dans la couronne de l’arbre. Cooper (comm. pers., 2002) croit que la plupart des petits-ducs de l’île de Vancouver et des basses terres continentales (Lower Mainland) occupent des boisés riverains mixtes, des boisés adjacents à des champs, ainsi que des forêts de conifères ouvertes. Il en a vu dans des forêts ouvertes à douglas et à arbousier d’Amérique dans l’île James, juste à l’est de Sidney.

Au milieu des années 1990, Robertson et al. (2000) ont signalé des perchoirs de Petit-duc des montagnes dans les basses terres continentales et vers le Nord le long de la côte continentale voisine dans le cadre de relevés plus étendus. Les basses terres continentales englobent une région s’étendant à peu près depuis North Vancouver vers le Sud jusqu’à White Rock, et vers l’est jusqu’à Chilliwack. Les hiboux ont souvent été trouvés dans des boisés mixtes de plus de 50 ans, mais de nombreux individus ont également été observés dans une plantation de douglas âgés entre 25 et 30 ans. Les oiseaux perchés se tenaient habituellement près du tronc de l’arbre, toujours dans des conifères, surtout la pruche de l’Ouest et le thuya géant. Les auteurs avaient l’impression que la disponibilité de perchoirs dans des conifères denses était un facteur important pour la survie de l’espèce. Bowles (1917) a également noté que, pendant la journée, cette espèce se tient généralement dans le feuillage foncé de jeunes douglas.

Il semble probable que l’O. k. kennicottii préfère les forêts de feuillus ou les forêts mixtes dans le Sud, là où l’espèce est la mieux connue, mais dans une grande partie de son aire de répartition, cet oiseau fréquente principalement les forêts de conifères (cependant, il peut très bien choisir des feuillus pour se percher et nicher). Selon trois études récentes citées ci-dessous, le Petit-duc des montagnes fréquente en bon nombre les forêts de conifères (Setterington, 1998; Holroyd et al., 2000; Mico etVan Enter, 2000). Selon Hazelwood (comm. pers., 2001), les petits-ducs sont généralement observés dans les forêts de pruches matures à Terrace (Colombie-Britannique).

Lors d’un relevé dans la baie Clayoquot dans l’Ouest de l’île de Vancouver, le Petit-duc des montagnes a été observé dans les trois zones biogéoclimatiques de la zone côtière à pruche de l’Ouest (CWH) qui ont été prospectées (CWHvh1, CWHvm1, CWHvm2Note de bas de page1) (Holroyd et al., 2000). Dans une étude du bassin hydrographique de la rivière Campbell, dans l’Est de l’île de Vancouver, des petits-ducs ont également été signalés dans des forêts à douglas et à pruche de l’Ouest de seconde venue dans la zone côtière de la pruche de l’Ouest (CWHxm1, CWHxm2, CWHvm1Note de bas de page1), mais il a été impossible d’établir les habitats exacts de l’espèce (Mico et Van Enter, 2000). Les cinq zones d’étude étaient dominées par des douglas et des pruches de l’Ouest de seconde venue et renfermaient un plus petit nombre de thuyas géants. À l’un des sites, la pruche de l’Ouest et le sapin gracieux (Abies amabilis) dominaient.

Une étude de trois ans sur l’abondance des hiboux dans la vallée de la Nimpkish, dans le Nord de l’île de Vancouver, indique que le Petit-duc des montagnes est commun dans les forêts conifériennes côtières qui s’y trouvent (Setterington, 1998). L’espèce a été observée dans la forêt dominée par la pruche, le douglas et le thuya géant. Dans les parties de la forêt qui abritaient des Petits-ducs des montagnes, la proportion de feuillus n’était que de 3,7 p. 100 environ, mais ce pourcentage était statistiquement plus élevé que dans les parcelles aléatoires où la proportion de feuillus se situait à environ 1 p. 100. D’après les cartes du couvert forestier, et non d’après des relevés de végétation sur le terrain, les hiboux se trouvaient dans des forêts dont les moyennes des paramètres suivants étaient : surface terrière de 44 m²/ha, peuplement âgé de 128 ans, hauteur de 25 m et fermeture du couvert de 50 p. 100. La surface terrière était plus basse, l’âge de la forêt moins élevé et la fermeture du couvert moindre que dans les parcelles aléatoires.

Aucune de ces études ne visait à trouver des nids, de sorte qu’on ne sait pas quelles essences sont utilisées pour la nidification dans ces parties de la province. La rubrique « Reproduction » de la section « Biologie », plus bas, présente des renseignements sur les arbres utilisés pour nicher.

Trois autres espèces en péril sont observées dans certaines parties de la Colombie-Britannique, dans des habitats largement semblables à ceux de la sous-espèce de la zone côtière du Petit-duc des montagnes, soit l’Autour des palombes de la sous-espèce laingi (Accipiter gentilislaingi), le Guillemot marbré (Brachyramphus marmoratus) et la Chouette tachetée du Nord (Strix occidentalis). Toutefois, ces trois espèces sont souvent observées à des altitudes beaucoup plus élevées que le Petit-duc des montagnes.

Sous-espèce de l’intérieur – Otus kennicottii macfarlanei

En Colombie-Britannique et dans l’Idaho, la sous-espèce de l’intérieur, l’O. k. macfarlanei, est généralement décrite comme un oiseau habitant des régions de feuillus dans le fond des vallées et sur les rives de cours d’eau à basse altitude ainsi que, dans une moindre mesure, des régions urbaines boisées (Cannings et al., 1987; Hayward et Garton, 1988; Campbell et al., 1990; Cannings, 1997; Belthoff, comm. pers., 2001; S. Clow, comm. pers., 2001). La préférence de cet oiseau va souvent à des régions abritant des peupliers de l’Ouest (Populus trichocarpa) (Cannings, 1997; Belthoff, comm. pers., 2001)

Dans neuf sites fréquentés par le Petit-duc des montagnes et étudiés par Cannings (1997), les habitats de nidification étaient soit des forêts de feuillus, soit des forêts mixtes, où des peupliers de l’Ouest matures étaient souvent présents. Les sites abritant des petits-ducs se situaient à une altitude de 360 à 840 m, mais la plupart du temps de moins de 600 m. Ils se trouvaient dans des zones riveraines ou à une distance de ces zones pouvant atteindre 200 m (tous les sites examinés, abritant ou non l’espèce, se trouvaient à une distance maximale de 300 m). Les oiseaux étaient perchés dans des conifères ou des feuillus. Dans la vallée de l’Okanagan, des petits-ducs ont été observés pendant la saison de reproduction dans des habitats légèrement plus humides que ceux décrits ci-dessus, c’est-à-dire dans des zones riveraines possédant des caractéristiques propres aux sites mal drainés, comme des eaux stagnantes et des végétaux palustres (Hobbs, en prép.).

Dans la réserve River of No Return Wilderness, dans l’Idaho, Hayward et Garton (1988) ont étudié les différences dans l’habitat de cinq espèces de strigidés. Le Petit-duc des montagnes était plus susceptible d’être observé dans des endroits où le couvert de feuillus était relativement élevé, et on l’observait généralement dans des creux de la zone d’étude situés à une faible altitude (1 175 m) et où dominaient les feuillus, mais pas dans les forêts conifériennes à douglas ou à pin tordu latifolié (Pinus contorta), qui étaient des types de forêts plus communs. Les mêmes auteurs (Hayward et Garton, 1984) ont examiné les sites utilisés comme perchoir en hiver et au printemps par deux Petits-ducs des montagnes dans la même région. Les oiseaux se perchaient dans des habitats riverains mixtes (feuillus et conifères). En hiver, ils ne se perchaient que dans les conifères, mais après l’apparition des feuilles, ils passaient environ la moitié du temps perchés dans des feuillus. Toutefois, ils s’installaient habituellement près de la tige de l’arbre utilisé comme perchoir. Comme les perchoirs se trouvaient dans des régions où la densité des arbres était relativement grande, les auteurs croient que les sites étaient choisis de façon à servir à la fois d’abri et de protection contre la température.

Tendances en matière d’habitat

Les préoccupations relatives à l’habitat du Petit-duc des montagnes touchent principalement les régions du Sud de l’île de Vancouver et des basses terres continentales. Dans ces deux dernières régions, l’expansion urbaine se poursuit et conduit inévitablement à une diminution du nombre d’habitats forestiers situés à faible altitude (Fraser et al., 1999; Robertson et al., 2000).

Dans l’intérieur de la Colombie-Britannique, la superficie de l’habitat riverain boisé diminue de façon importante. D’après les commentaires présentés dans de nombreuses sources, l’exploitation des zones riveraines pour l’habitation, l’agriculture et l’exploitation forestière peut avoir et a eu une incidence sur la quantité de boisés riverains disponibles en Colombie-Britannique et dans l’Idaho (Cannings et al., 1987; del Hoyo, 1996; Cannings et al., 1998; Belthoff, comm. pers., 2001; S. Clow. comm. pers., 2001). D’après des analyses récentes, environ 87 p. 100 des habitats à bouleau fontinal et 32 p. 100 des habitats à peuplier, préférés par cette espèce, ont disparu dans la vallée de l’Okanagan au cours du siècle dernier (Dyer, comm. pers.).

Cannings et al. (1998) ont montré qu’une grande partie des terres du Sud de l’Okanagan, qui étaient des zones riveraines (ou des prairies) en 1940, avaient été converties en terres agricoles ou en milieu urbain en 1987. Selon leur estimation, en 1987, il ne restait plus que 48 p. 100 de la superficie riveraine de 1940, le reste ayant été altéré. La plus grande partie du territoire transformé avait été convertie en pâturages humides ou en champs agricoles (Cannings et al., 1998). La superficie du territoire dévolue à l’utilisation urbaine s’accroît également.

Protection et propriété des terrains

Dans les parties de l’aire de répartition du Petit-duc des montagnes situées dans les basses terres continentales, dans le Sud de l’île de Vancouver et au cœur de la vallée de l’Okanagan, la plupart des terres sont de propriété privée. Une petite minorité des terres où l’on a observé cet oiseau se trouvent dans des parcs locaux ou régionaux protégés, par exemple, le parc régional Pacific Spirit près de Vancouver, le parc régional Campbell Valley à Langley et le Woodhaven Nature Conservancy à Kelowna. Certains habitats sont protégés dans des parcs provinciaux côtiers comme ceux de Goldstream et de Helliwell, ainsi que dans la réserve du parc national Pacific Rim. La réalisation du projet de parc national dans les îles Gulf protégerait une superficie importante de l’habitat.

Environ 1 721 ha (11 p. 100) d’habitat potentiel pour le Petit-duc des montagnes dans le Sud de l’Okanagan sont situés dans des terres protégées (MWLAP, 2001). Selon les résultats de la même étude, le reste de l’habitat potentiel de l’O. k. macfarlanei comprend 31 p. 100 de terres publiques, 32 p. 100 de terres de réserves indiennes et 26 p. 100 de terres privées. Ces chiffres ne tiennent pas compte des parcs récemment créés dans le Sud de l’Okanagan (p. ex. le parc provincial White Lake Grasslands et le parc provincial South Okanagan Grasslands) qui abritent une superficie importante d’habitats propices.

Il n’y a pas de changement important prévu quant à la propriété des habitats occupés par le Petit-duc des montagnes.

Notes de bas de page

Note de bas de page 1
  • CWHvh1 = partie sud hypermaritime de la zone côtière à pruche de l’Ouest (entre 0 et 200 m d’altitude),
  • CWHvm1 = partie subalpine maritime très humide de la zone côtière à pruche de l’Ouest (de 0 à 650 m),
  • CWHvm2 = partie alpine maritime très humide de la zone côtière à pruche de l’Ouest (de 650 à 1 000 m, dans le Sud de la Colombie-Britannique).
  • CWHxm = partie alpine très sèche de la zone côtière à pruche de l’Ouest (de 0 à 700 m).

Tiré de : A Field Guide for Site Identification and Interpretation for Vancouver Forest Region, Land Management Handbook #28, Ministry of Forests.

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