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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le scinque pentaligne (population carolinienne et population des Grands Lacs et du Saint-Laurent) au Canada - Mise à jour

Habitat

Besoins en matière d’habitat

L’habitat de l’E. fasciatus varie d’une région à l’autre et comprend des affleurements rocheux, des dunes, des forêts riveraines, des forêts décidues claires et des parterres de coupe (Fitch, 1954; Seburn, 1990). Bien que l’E. fasciatus ait besoin d’un taux d’humidité relativement élevé et qu’il soit généralement associé aux premiers stades de la succession végétale, il vit sous diverses conditions climatiques et en association avec diverses communautés végétales. En forêt, l’espèce occupe surtout des endroits rocheux, dégagés et bien drainés. Dans le nord-est du Kansas, son habitat forestier de prédilection est caractérisé par un couvert faiblement à modérément fermé; dans ces forêts, l’espèce occupe généralement des zones assez claires pour que les rayons du soleil parviennent jusqu’au sol, et les individus se cachent sous des roches ou dans des troncs en décomposition. Dans le sud de son aire, l’E. fasciatus préfère les forêts plus denses, tandis que vers le nord, on le rencontre davantage dans des milieux dégagés (Fitch, 1954).

La présence de microhabitats appropriés est d’une importance capitale pour l’E. fasciatus (Fitch et von Achen, 1977) puisque les individus se réfugient constamment sous divers abris au cours de leurs brèves excursions en quête de nourriture. L’E. fasciatus est sensible à la déshydratation (Fitch, 1954) et aux températures extrêmes, de sorte que la présence d’objets pouvant lui servir de couvert lui est indispensable (Hecnar et M’Closkey, 1998). Les objets possédant des propriétés thermiques appropriées permettent aux individus de l’espèce de conserver une température corporelle optimale tout en échappant à la vue des prédateurs (Quirt et al., sous presse).

Le type d’éléments servant d’abris à l’E. fasciatus (roches, débris ligneux, chicots, cavités dans des arbres) varie d’une région à l’autre et dépend du type d’habitat et du type d’abris potentiels disponibles (B. Howes, obs. pers.). Il varie également au cours de l’année, selon que les individus recherchent des endroits propices à la thermorégulation, à l’alimentation, à la protection contre les prédateurs, à la nidification ou à l’hibernation (Hecnar, 1991; Seburn, 1993). Dans toute son aire, l’E. fasciatus utilise également comme abris des objets artificiels, par exemple des tas de ferraille ou de bois, des clôtures en pierre ou en bois, des trottoirs en bois, des abris de pique-nique et des bâtiments (on en a vu dans des centres de renseignements et des installations d’entretien de parcs) (B. Howes, observation personnelle [obs. pers.]).

En Ontario, on observe chez les populations des Grands Lacs et du Saint-Laurent et chez les populations caroliniennes une forte association avec un type particulier de microhabitats (voir par exemple Hecnar et M’Closkey, 1998; Howes et Lougheed, 2004). De ce fait, l’espèce pourrait être classée comme spécialiste en Ontario. Il importe de noter que les données concernant l’habitat des populations du nord-est du Kansas (Fitch, 1954), du sud-ouest de l’Ontario (Seburn, 1993; Hecnar, 1994) et de la région ontarienne du Bouclier (Howes et Lougheed, 2004; Quirt et al., 2006) sont fondées sur des relevés diurnes réalisés durant la saison d’activité de l’espèce. On connaît peu de chose sur ses microhabitats nocturnes et ses microsites d’hibernation.

Population des Grands Lacs et du Saint-Laurent

Les populations des Grands Lacs et du Saint-Laurent sont réparties le long de la marge sud du Bouclier canadien, où elles occupent des affleurements rocheux au sein d’une matrice de forêts conifériennes et de forêts décidues. Dans ce paysage, l’habitat potentiel de l’E. fasciatus est forcément morcelé, les affleurements rocheux dégagés étant naturellement dispersés. On trouve sur ces affleurements des fragments détachés de roche de différentes grosseurs, sous lesquels les individus de l’espèce peuvent trouver refuge. Presque toutes les observations faites dans la région du Bouclier confirment que ces populations exploitent des microhabitats rocheux (Oldham et Weller, 2000; Howes et Lougheed, 2004). Les individus utilisent comme abris des fragments de roche reposant sur les affleurements exposés et sont rarement aperçus ailleurs que sous ce type de couvert (Howes et Lougheed, 2004; B. Howes, obs. pers.).

Dans une étude menée chez sept populations des Grands Lacs et du Saint-Laurent, le meilleur indicateur de la présence diurne de l’E. fasciatus dans un microsite était la quantité de roches pouvant lui servir d’abris (Howes et Lougheed, 2004). Une étude plus poussée menée chez deux de ces populations a révélé une préférence pour les roches de longueur supérieure à la moyenne, se trouvant sur des affleurements où on ne comptait que quelques arbres. Les roches utilisées comme abris mesuraient en moyenne 55,2 cm de longueur, tandis que celles qui n’étaient pas utilisées mesuraient en moyenne 33,5 cm de longueur. Comparativement aux autres microsites disponibles, les roches gisant sur le substratum rocheux offraient les conditions les plus propices au maintien de la température corporelle optimale de l’espèce (entre 28 ºC et 36 ºC; Fitch, 1954) (Quirt et al., 2006). L’écart absolu moyen de température diurne par rapport à la plage de températures optimales de l’espèce était de 1,99 ºC sous les roches servant d’abris et de 4,33 ºC sous les roches où aucun individu n’a été observé. La température enregistrée sous les autres éléments susceptibles de servir d’abris (troncs d’arbres reposant sur le substratum rocheux, troncs au sol dans la forêt, roches dans la forêt) atteignait rarement la plage de températures corporelles optimales de l’espèce (Quirt et al., 2006).

Population carolinienne

Les populations caroliniennes vivent dans la forêt entourant ou bordant les lacs Érié, Sainte-Claire et Huron. Dans cette région, l’activité humaine (habitation et agriculture) n’a épargné que des fragments épars de la forêt carolinienne. On trouve généralement l’E. fasciatus sous des débris ligneux, dans des zones dégagées de dunes stabilisées, de forêts claires ou de milieux humides (Seburn, 1993; Hecnar, 1994). La population ontarienne d’E. fasciatus la plus longuement étudiée est celle du parc national de la Pointe-Pelée. Les individus de cette population ont une forte tendance à utiliser des débris ligneux pour abris (Seburn, 1993; Hecnar, 1994; Hecnar et M’Closkey, 1998); en fait, cette population utilise presque exclusivement des débris ligneux (Seburn, 1990). L’importance des débris ligneux a également été constatée chez la population du parc provincial Rondeau. Cette population semble avoir augmenté après la tempête de vent de 1998, laquelle a augmenté la quantité de débris ligneux au sol (S. Dobbyn, comm. pers.). D’autres objets sont utilisés comme abris par les populations du sud-ouest de l’Ontario, notamment des objets artificiels tels que matériaux de construction, poteaux de lignes de transport d’électricité (Seburn, 1990a) et trottoirs de bois (Hecnar et M’Closkey, 1998).

Chez la population du parc national de la Pointe-Pelée, on a constaté une préférence pour les gros débris ligneux (troncs de plus de 17 cm de diamètre et planches de superficie supérieure à 1 700 cm²) en état de décomposition moyennement avancée, ce qui s’explique peut-être par le fait qu’une grande surface conserve davantage l’humidité du substrat qu’une petite surface (Hecnar, 1991; Seburn, 1993). Seburn (1993) a établi que l’épaisseur de l’objet servant d’abri est également importante. Les individus recherchent les éléments de moins de 10 cm d’épaisseur, ce qui s’explique peut-être par le fait qu’un élément mince leur permet d’atteindre plus rapidement leur température corporelle optimale qu’un élément épais (Seburn, 1993). La température enregistrée sous les débris ligneux utilisés comme abris par l’E. fasciatus variait entre 21,6 ºC et 24,9 ºC (Hecnar, 1991). Les femelles de la population du parc nidifient dans des abris utilisés par l’ensemble de la population tout au long de la saison (Seburn, 1993). Elles préfèrent les troncs aux planches, et le degré d’humidité du sol des microsites qu’elles choisissent est plus élevé que celui des autres abris (16,6 à 67,3 p. 100 et 2,2 à 24,6 p. 100, respectivement) ou du milieu environnant (Hecnar, 1994).

Tendancesen matière d’habitat

Il est certain que tout l’habitat de l’E. fasciatus s’est rétréci et a été morcelé. Toutefois, comme l’espèce est associée aux premiers stades de la succession végétale et qu’elle n’hésite pas à utiliser comme abris divers objets artificiels, elle peut survivre dans des secteurs légèrement transformés par l’humain, en particulier dans le sud de son aire (B. Howes, obs. pers.).

Depuis un siècle, l’augmentation de la population humaine et la perturbation des milieux naturels dont elle s’accompagne ont causé une destruction et une fragmentation de l’habitat des deux groupes de populations ontariennes d’E. fasciatus. La région du Bouclier est moins perturbée par l’activité humaine que le sud de l’Ontario; cependant, la construction de chalets et les activités de plein air sont en croissance dans cette région et présentent une menace croissante pour l’habitat des populations des Grands Lacs et du Saint-Laurent. Selon les données de l’OHS (Oldham et Weller, 2000; voir le tableau 1), les populations caroliniennes ont été considérablement touchées par l’activité humaine; le nombre de populations de l’espèce de même que leur habitat ont subi un déclin important.

Population des Grands Lacs et du Saint-Laurent

La transformation de l’habitat des populations des Grands Lacs et du Saint-Laurent ne semble pas très importante. La succession végétale naturelle progresse plus lentement sur les affleurements rocheux dénudés du Bouclier que sur l’habitat des populations caroliniennes (Seburn et Seburn, 1998), de sorte qu’elle présente une menace plutôt faible. En outre, comme, dans cette région, le substratum rocheux n’est recouvert que d’une mince couche de terre, l’agriculture a toujours été marginale et ne présentera probablement jamais une menace. Enfin, le développement dans la région du Bouclier se limite pratiquement à l’établissement rural et à la construction de chalets. Certaines populations d’E. fasciatus pourraient se trouver menacées si la construction de chalets se poursuit au détriment des milieux naturels.

Populationcarolinienne

L’habitat des populations caroliniennes a subi une transformation (principalement anthropique) beaucoup plus importante que celui des populations des Grands Lacs et du Saint-Laurent, et ce facteur a sans doute contribué au déclin de ces populations au cours des dernières décennies (voir les tableaux 1 et tableau2). La forêt carolinienne du sud-ouest de l’Ontario possède une diversité biologique exceptionnelle. Cependant, l’agriculture et l’étalement urbain ont profondément transformé le paysage de cette région et continuent de menacer les milieux naturels. Il ne reste plus que 10 p. 100 de la forêt carolinienne originelle du sud-ouest de l’Ontario, et elle abrite environ 40 p. 100 des espèces en péril au Canada (SCF, 2006).

La succession végétale constitue une menace pour l’habitat des populations caroliniennes. On pense que, dans certains secteurs, la lutte contre les incendies de même que certaines autres activités d’aménagement limitent la quantité de milieux dégagés pouvant être occupés par l’E. fasciatus. À certains endroits, par exemple dans les parcs provinciaux Rondeau et Pinery (S. Dobbyn, communication personnelle [comm. pers.]), on pratique des brûlages dirigés pour pallier à ce facteur limitant. Les populations fréquentant les dunes stabilisées du lac Érié voient leur habitat transformé par le processus continu d’érosion et de dépôt de sable (East, 1976, dans Hecnar, 1994).

Protection et propriété

Population des Grands Lacs et du Saint-Laurent

Le tableau 3 présente un sommaire des populations ontariennes actuelles d’E. fasciatus se trouvant sur des terres fédérales, sur des terres provinciales, dans des aires de conservation ou dans des zones d’intérêt naturel et scientifique (donc bénéficiant de différents niveaux de protection). Ce sommaire est fondé sur les données de l’OHS. Il importe de souligner que le nombre de populations des Grands Lacs et du Saint-Laurent se trouvant sur des terres provinciales est probablement sous-estimé dans le tableau comme dans l’OHS (M. Oldham, comm. pers.).

Environ 30 p. 100 des populations actuelles (répertoriées ou confirmées depuis 1995) de la région des Grands Lacs et du Saint-Laurent se trouvent sur des terres fédérales, sur des terres provinciales, dans des aires de conservation ou dans des zones d’intérêt naturel et scientifique (tableau 3). Les terres fédérales pour lesquelles des populations actuelles sont répertoriées sont les suivantes : parc national des Îles-de-la-Baie-Georgienne (quatre populations), parc national des Îles-du-Saint-Laurent et réserve indienne Moose Point 79. Une population est également répertoriée pour la réserve indienne Magnetawan 1, mais aucune mention n’a été consignée pour cette localité depuis 1988 (Oldham et Weller, 2000). Plusieurs autres réserves indiennes situées dans la partie sud du Bouclier comprennent des milieux convenant à l’E. fasciatus mais ne sont pas répertoriées dans l’OHS (Oldham et Weller, 2000); ce sont les réserves Chippewa Island, Christian Island 30A, Curve Lake First Nation 35, Henvey Inlet 2, Islands in the Trent Waters 36A, Mnjikaning, Naiscoutaing 17A, Parry Island First Nation, Shawanaga 17, Shawanaga 17B et Wahta Mohawk Territory (COSEPAC, 2006). On trouve également des populations d’E. fasciatus sur de nombreuses terres provinciales, y compris des parcs, des réserves de conservation et des réserves naturelles.

Population carolinienne

Les cinq populations actuelles (répertoriées ou confirmées depuis 1995) répertoriées pour la région carolinienne se trouvent sur des terres fédérales (parc national de la Pointe-Pelée, île Walpole), sur des terres provinciales (parc provincial Rondeau, parc provincial Pinery), dans des aires de conservation ou dans des zones d’intérêt naturel et scientifique (marécage Oxley Poison Sumac) (tableau 3).

Tableau 3. Sommaire des populations ontariennes actuelles (répertoriées ou confirmées depuis 1995) d’Eumeces fasciatus se trouvant sur des terres fédérales (parcs nationaux ou réserves indiennes), sur des terres provinciales (parcs provinciaux, réserves de parcs provinciaux, réserves naturelles), dans des aires de conservation (AC) ou dans des zones d’intérêt naturel et scientifique (ZINS), d’après l’Ontario Herpetofaunal Summary (Oldham et Weller, 2000). Les populations sont classées par région (Grands Lacs et Saint-Laurent, région carolinienne) et par comté, et le total est indiqué pour chaque comté et chaque catégorie de propriété.
ComtéObservées
depuis 1995
Terres
fédérales
Terres
provinciales
ACZINSTotal% des populations
actuelles se
trouvant dans
l’une ou l’autre
des catégories
indiquées
Population des Grands Lacs et du Saint-Laurent : Frontenac
9
0
1
0
0
1
11%
Population des Grands Lacs et du Saint-Laurent : Grey
1
0
1
0
0
1
100%
Population des Grands Lacs et du Saint-Laurent : Haliburton
2
0
1
0
0
1
50%
Population des Grands Lacs et du Saint-Laurent : Hastings
4
0
0
1
0
1
25%
Population des Grands Lacs et du Saint-Laurent : Lanark
2
0
0
0
0
0
0%
Population des Grands Lacs et du Saint-Laurent : Leeds
1
1
0
0
0
1
100%
Population des Grands Lacs et du Saint-Laurent : Lennox & Addington
7
0
2
1
0
3
43%
Population des Grands Lacs et du Saint-Laurent : Muskoka
19
5
3
0
0
8
42%
Population des Grands Lacs et du Saint-Laurent : Parry Sound
16
0
8
0
0
8
50%
Population des Grands Lacs et du Saint-Laurent : Peterborough
15
0
2
0
0
2
13%
Population des Grands Lacs et du Saint-Laurent : Simcoe
4
0
1
0
0
1
25%
Population des Grands Lacs et du Saint-Laurent : Victoria
4
0
1
1
0
2
50%
Total Population des Grands Lacs et du Saint-Laurent
84
6
20
3
0
29
31%
Population carolinienne : Chatham-Kent
1
0
1
0
0
1
100 %
Population carolinienne : Essex
2
1
0
0
1
2
100 %
Population carolinienne : Lambton
2
1
1
0
0
2
100 %
Total Population carolinienne
5
2
2
0
1
5
100 %