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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le scinque pentaligne (population carolinienne et population des Grands Lacs et du Saint-Laurent) au Canada - Mise à jour

Facteurs limitatifs et menaces

Dégradation de l’habitat

Comme la plupart des espèces en péril, l’E. fasciatus est menacé en Ontario par la destruction, la fragmentation et la dégradation de son habitat causées par l’accroissement de la population humaine et l’augmentation des activités de loisir. Cette tendance est particulièrement marquée dans le sud-ouest de la province, où l’effectif de l’E. fasciatus s’est considérablement amoindri, en grande partie à cause de l’étalement urbain et de l’expansion de l’agriculture dans de nombreux secteurs où l’espèce était présente il y a 2 ou 3 décennies (Hecnar, communication personnelle [comm. pers.]). Dans la région du Bouclier, où l’aire d’occurrence de l’E. fasciatus est beaucoup plus grande, la destruction et la dégradation de l’habitat, bien que moins préoccupantes, constituent néanmoins une menace réelle pour l’espèce. Ainsi, il semble que les dommages causés par les véhicules tout-terrains (VTT) et les motos aient entraîné le déclin d’une population du Bouclier (B. Howes, observation personnelle [obs. pers.]). L’habitat de cette population (située sur des terres de la Couronne, sous une importante ligne de transport d’électricité) est typique de l’habitat des reptiles dans la partie sud du Bouclier; il est caractérisé par de grands affleurements rocheux au sein d’une matrice de végétation herbacée courte et de forêts décidues et conifériennes. En moins de 4 ans, la majeure partie de la végétation herbacée entourant les affleurements rocheux a disparu, laissant le sable dénudé, et les fragments de roche détachés du substratum et servant de couvert à l’espèce ont été enlevés afin qu’ils ne gênent pas la circulation (B. Howes, obs. pers.). D’autres populations du Bouclier ont connu un sort semblable (R. Brooks, comm. pers.).

Dégradation des microhabitats

Hecnar et M’Closkey (1998) ont établi que, de 1990 à 1995, une population carolinienne (parc national de la Pointe-Pelée) a été réduite au tiers, voire au cinquième, de ce qu’elle était par suite de la disparition d’éléments qui lui servaient de microhabitats. La destruction est certes la pire forme de dégradation des microhabitats, mais la perturbation répétée des microhabitats peut aussi causer le déclin d’une population. Le nombre d’individus observés dans les secteurs du parc fortement perturbés par la présence humaine était significativement moins élevé que dans les secteurs peu perturbés (Hecnar et M’Closkey, 1998; voir la section Fluctuations et tendances). Il suffit parfois de modifier un aspect d’un microhabitat pour provoquer une perte de qualité. Par exemple, lorsqu’on retourne une pierre ou un tronc et qu’on ne remet pas l’élément exactement dans sa position d’origine, on peut provoquer une modification des conditions microclimatiques particulières que cet élément procurait. Même si l’élément est replacé exactement dans sa position d’origine, le substrat (sol, lichen, etc.) peut avoir été perturbé.

Les populations caroliniennes se trouvant dans des secteurs protégés n’échappent pas forcément à la menace de dégradation de leurs microhabitats; par exemple, le bois échouant sur les grèves peut être enlevé pour des raisons esthétiques ou ramassé pour alimenter un feu (Hecnar et M’Closkey, 1998). Bien que les exigences en matière de microhabitats soient vraisemblablement aussi impératives chez les populations des Grands Lacs et du Saint-Laurent (Howes et Lougheed, 2004; Quirt et al., 2006), il semble que, pour ces dernières, la menace de dégradation des microhabitats ne soit pas aussi imminente. On a toutefois observé des signes de perturbation, notamment des pierres fraîchement retournées, peut-être par des humains, peut-être par des ours noirs (K. Prior, comm. pers.; B. Howes, obs. pers.; R. Brooks, comm. pers.). En outre, à certains endroits dans la région du Bouclier, il y a prélèvement de roche pour l’aménagement paysager urbain (île Manitoulin, lacs Kawartha, etc.) (M. Oldham, comm. pers.).

Braconnage

Bien qu’il soit interdit en Ontario de capturer l’E. fasciatus, on a observé les premières captures illégales chez une population carolinienne (parc national de la Pointe-Pelée) en 1989. Quatre pontes sur huit qui étaient surveillées ont disparu, et, à la même époque, on constatait la perturbation ou la destruction des microsites (débris ligneux) ayant abrité les nids (Seburn et Seburn, 1998). En 1990, le nombre de microsites perturbés ou détruits avait augmenté, et ces perturbations coïncidaient avec la disparition de femelles gravides ou de pontes (Hecnar et M’Closkey, données inédites, dans Seburn et Seburn, 1998). En 1989, soit avant que ces microsites soient perturbés, 45 p. 100 des individus capturés pour étude étaient des petits (Seburn, 1990); de 1990 à 1995, soit après que ces microsites aient été perturbés, seulement 1 à 21 p. 100 des individus capturés étaient des petits (Hecnar et M’Closkey, 1998).

Hecnar et M’Closkey (1998) se sont adressés à quatre animaleries locales, et les quatre acceptaient des commandes pour des scinques pentalignes. Un employé a même proposé de capturer des scinques dans le parc national de la Pointe-Pelée. Le comportement d’agrégation des femelles gravides ou veillant à leurs œufs augmente le risque de capture (Hecnar et M’Closkey, 1998). Il est possible que les populations des Grands Lacs et du Saint-Laurent soient également victimes de braconnage, mais il n’en existe encore aucune preuve.

Prédation par les ratons laveurs

Des observations récentes faites dans le parc national de la Pointe-Pelée donnent à croire que les ratons laveurs exercent une pression de prédation importante sur l’E. fasciatus (Hecnar et Hecnar, 2005). Des recherches indiquent que la densité de population du raton laveur serait quatre fois plus élevée dans le parc national de la Pointe-Pelée que la moyenne pour les régions rurales de la province (Phillips et Murray, 2005, dans Hecnar et Hecnar, 2005).

Mortalité sur les routes

Dans le parc national de la Pointe-Pelée, la circulation routière fait des victimes chez l’E. fasciatus. Selon une étude récente, 14 individus de l’espèce auraient été tués sur la route du parc en 11 jours (V. McKay, comm. pers., dans Hecnar et Hecnar, 2005). Bien que la mortalité sur les routes soit depuis longtemps connue en Ontario, la circulation routière constitue une menace pour les amphibiens et les reptiles (voir par exemple Ashley et Robinson, 1996), la gravité de la menace a peut-être été sous-estimée pour les populations d’E. fasciatus du sud-ouest de la province. Ailleurs dans l’aire de répartition de l’E. fasciatus, la circulation routière est également mentionnée comme facteur menaçant l’espèce (Floride; Aresco, 2003), et des individus de l’espèce ont été trouvés morts sur des routes (Illinois; B. Howes, obs. pers.).