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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Lotier à feuilles pennées au Canada

Répartition

Répartition mondiale

Le Lotus pinnatus est présent dans l’ouest de l’Amérique du Nord, où il se rencontre dans l’île de Vancouver, en Colombie-Britannique, ainsi qu’à l’ouest des monts Cascades et le long de la gorge du fleuve Columbia, depuis le nord-ouest du Washington jusqu’au centre de la Californie. L’espèce est également présente plus à l’est, de façon sporadique, jusqu’en Idaho (Isely, 1993; Pojar, 1999; figure 2).


Figure 2 : Répartition du Lotus pinnatus en Amérique du Nord

Figure 2 : Répartition du Lotus pinnatus en Amérique du Nord.

Au Washington, le Lotus pinnatus a une répartition disjointe et se rencontre sur la côte ainsi que vers l’intérieur jusqu’au comté de Klickitat, dans le sud de l’État (University of Washington Herbarium Database, 2002). Dans tout l’ouest de l’Oregon, l’espèce est présente dans la vallée intérieure située à l’ouest des Cascades, depuis le comté de Clackamas, dans le nord de l’État, jusqu’au comté de Josephine, contigu à la Californie (Vrilikas, comm. pers., 2003). En Californie, le L. pinnatus a été signalé dans la chaîne des Klamath, dans la chaîne Côtière du nord de l’État, dans les monts Cascades, dans le nord de la Sierra Nevada ainsi que dans le comté de Contra Costa (Isely, 1981). L’espèce, qui a été décrite pour la première fois à partir de spécimens du nord de la Californie, a également été signalée dans le sud de cet État, dans le comté de Santa Barbara (CalFlora, 2003).


Répartition canadienne

Au Canada, on connaît sept populations existantes de Lotus pinnatus, toutes situées dans un petit secteur de la côte est de l’île de Vancouver, près de Nanaimo, en Colombie-Britannique (Pojar, 1999). En 2003, l’auteure du présent rapport a pu vérifier sur le terrain chacun de ces sites, situés entre les plaines Harewood, au sud de Nanaimo, la réserve écologique des monts Woodley, au nord-est de Ladysmith, et l’île Gabriola, à l’est de Nanaimo (figure 3). Malgré les recherches approfondies qu’elle a faites en 2003, l’auteure n’a pas réussi à retrouver les deux autres sites de la région de Nanaimo, qui étaient connus seulement par des mentions historiques.


Figure 3 : Répartition du Lotus pinnatus en Colombie-Britannique

Figure 3 : Répartition du Lotus pinnatus en Colombie-Britannique.

La répartition canadienne du Lotus pinnatus est limitée par celle de son habitat privilégié (terrains dégagés suintants au bord de prés de graminées). À l’aide d’outils d’information géographique, l’auteure a pu calculer la superficie totale des portions terrestres du plus petit polygone convexe renfermant tous les sites canadiens de l’espèce et obtenir ainsi une zone d’occurrence d’environ 100 km2 (10 000 ha). Cependant, la zone d’occupation totale est inférieure à 1 ha.

Environ huit jours de travaux de terrain, menés en juin 2003 durant la période de floraison maximale, ont été consacrés à la confirmation des populations connues et à la recherche de nouvelles populations. Comme la plupart des populations connues de Colombie-Britannique sont situées dans des milieux qui sont humides au printemps et adjacents à des prés de graminées, l’auteure a concentré ses recherches dans de tels milieux. Des photos aériennes et des cartes topographiques ont permis de repérer les secteurs à drainage éphémère bordant les prés de graminées à proximité des sites connus des monts Woodley, du chemin White Rapids et de l’île Gabriola, puis d’explorer ces secteurs dans la mesure où ils étaient accessibles. Une superficie d’environ 300 hectares a ainsi été fouillée. Il demeure possible que d’autres populations de Lotus pinnatus existent, puisqu’une partie du territoire se trouve dans des terrains privés auxquels l’accès est limité.

Le Lotus pinnatus est une plante très facile à repérer et risque peu de passer inaperçue pendant la floraison, même dans le cadre d’un relevé non systématique. Or, malgré 50 à 60 heures de recherche minutieuse dans les milieux propices au cours des huit dernières années, des botanistes chevronnés tels qu’Adolf Ceska, George Douglas, Matt Fairbarns et Hans Roemer n’ont pas réussi à trouver d’autres sites du L. pinnatus dans toute sa zone d’occurrence. Ces recherches ont notamment porté sur Harmac, le mont Benson ainsi que les clairières bordant le chemin White Rapids.

En 2003, les données du Sensitive Ecosystems Inventory (SEI)2 concernant l’Écosection des plaines de Nanaimo ont été analysées au moyen d’un système d’information géographique et cartographiées à une échelle de 1/20 000, ce qui a permis de repérer les localités prometteuses pour une étude plus approfondie. Les deux catégories d’écosystèmes sensibles qui correspondaient le plus étroitement au type de milieu pouvant abriter des populations de Lotus pinnatus étaient les catégories HT (écosystèmes herbacés terrestres) et WN (terrains humides) de Ward et al. (1998).

La catégorie HT comprend les prairies naturelles et les écosystèmes dominés par les bryophytes. Les écosystèmes HT occupent de petites superficies isolées, souvent à l’intérieur de mosaïques comprenant plusieurs types de végétation herbacée, parfois à l’intérieur d’écosystèmes forestiers plus vastes. Le sol est habituellement mince, et la plupart des milieux sont secs, dégagés et exposés. Cependant, certains écosystèmes HT peuvent renfermer des microhabitats très spécialisés, comme des mares printanières ou des suintements, où on rencontre un nombre particulièrement élevé d’espèces végétales préoccupantes quant à leur conservation (McPhee et al., 2000). Plusieurs plantes indigènes poussant dans les écosystèmes HT, comme le Mimulus guttatus, le Plectritis congesta, le Triteleia hyacinthina et le Montia parvifolia, sont communément associées au Lotus pinnatus. Les écosystèmes HT dominés par des affleurements rocheux (HT:ro) ainsi que les prés humides (WN:wm) ont semblé avoir le plus de chances de renfermer des microhabitats suintants convenant au L. pinnatus. Le pré humide, un des écosystèmes humides les plus rares, se caractérise par un sol mouillé et par des plantes ayant besoin d’humidité pour survivre (Ward et al., 1998).

Les unités HT:ro et WN:wm étaient peu représentées au sein de la zone d’occurrence du Lotus pinnatus. La cartographie des milieux a permis de délimiter 30 polygones HT:ro, occupant 62 ha, et 8 polygones WN:wm, occupant 11 ha. Le L. pinnatus n’a été observé dans aucune de ces unités durant les relevés de vérification sur le terrain. La plupart des superficies ont été vérifiées en octobre par des contractuels dont les services avaient été retenus pour le SEI. Les gousses du L. pinnatus auraient pu être repérées à ce moment de l’année, mais il demeure que la plante est moins visible en fruits qu’en fleurs. De plus, les relevés du SEI visaient avant tout à identifier les espèces dominantes et leur pourcentage de couverture à chaque endroit, et non à faire un inventaire des plantes rares.

Neuf écosystèmes HT:ro ont été délimités sur la carte de la réserve écologique des monts Woodley. Une seule population de Lotus pinnatus a été observée dans cette réserve durant les travaux de terrain de 2003; cette population était située à la limite ouest de la réserve, à proximité du polygone SEI no V0165.

L’absence de données sur le Lotus pinnatus dans les zones délimitées par le SEI pourrait s’expliquer par la petite superficie des milieux spécialisés où pousse cette espèce. En effet, même si de nombreux écosystèmes humides de superficie inférieure à 0,5 ha ont été cartographiés par l’équipe du SEI, celle-ci avait retenu une superficie cartographiable minimale de 0,5 ha pour la plupart des types d’écosystèmes étudiés (Ward et al., 1998). Or, la plus grande population de L. pinnatus, celle du secteur nord des plaines Harewood, occupe à peine 500 m2 (0,05 ha), soit beaucoup moins que cette superficie minimale. L’absence de données sur le L. pinnatus dans le territoire visé par le SEI peut être également liée à la rareté de l’habitat particulier de cette espèce. Le Canada compte probablement moins de 100 ha de milieu propice au L. pinnatus.

On n’a jamais signalé la présence de l’espèce dans les terres fédérales de la région.




Notes de bas de page

2 Le Sensitive Ecosystems Inventory (SEI) est un projet fédéral-provincial visant à identifier, répertorier,  cartographier et évaluer systématiquement les écostystèmes naturels reliques de la côte est de l’île de Vancouver et des îles Gulf adjacentes.