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Mise à jour - Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Crotale de l’Ouest (Crotalus oreganus) au Canada

Sommaire du rapport de situation

Pour qu’une population animale puisse survivre, la zone qu’elle occupe doit demeurer intacte afin que l’espèce ait accès à tout ce dont elle a besoin, notamment à de la nourriture et à un abri. Dans le cas des serpents, ces besoins comprennent les lieux d’alimentation, les hibernaculums, les lieux de gestation, les abris contre les prédateurs et les aires d’exposition au soleil et de thermorégulation. Tous ces milieux peuvent être considérés comme faisant partie intégrante de l’habitat des serpents.

Le Crotalus oreganus occupe l’hibernaculum d’octobre à avril, et il passe les mois de mai à septembre dans son territoire estival. Le moment précis de l’émergence et des déplacements dépend des conditions météorologiques et peut donc varier d’une année à l’autre. Certains individus (par exemple les femelles gravides) demeurent à l’intérieur ou à proximité de l’hibernaculum tout l’été durant, mais la plupart des individus recensés dans la zone d’étude de la vallée de l’Okanagan se sont déplacés sur des distances linéaires d’environ 1 200 m (Macartney, 1985). Certains serpents de la région de Kamloops ont parcouru jusqu’à 3 000 m (Bertram et al., 2001). La superficie totale occupée par les crotales des divers hibernaculums étudiés par Macartney (1985) variait de 1,2 à 171,1 ha. Les crotales que Bertram et al. (2001) ont suivis par radiopistage occupaient un territoire de 0,12 à 103,5 ha. Ce domaine vital doit demeurer intact pour que les serpents puissent survivre.

Les hibernaculums doivent permettre aux serpents de se réfugier à une profondeur suffisante pour éviter les températures inférieures au point de congélation. Il s’agit habituellement de crevasses et de fissures dans les affleurements rocheux. Il peut y avoir plusieurs hibernaculums dans un même petit territoire (Macartney, 1985; Sarell, 1993). Le territoire estival doit quant à lui renfermer des aires d’exposition au soleil, des abris où les serpents peuvent se protéger des prédateurs, des sources fiables de nourriture et des lieux d’accouplement. Ce territoire est toujours situé dans une prairie, type de milieu qui en Colombie-Britannique se trouve sur des terrains privés dans une proportion de 90 p.100 (Larsen, comm. pers.). Les lotissements résidentiels et les cultures (par exemple les vignobles) viennent constamment empiéter sur la prairie. De 1996 à 2001, la population totale des agglomérations de Vernon, Kelowna, Penticton et Osoyoos s’est accrue de plus de 2 500 habitants par année (Statistique Canada, 2002), sans tenir compte de l’augmentation observée en milieu rural. En 2003, selon la liste de Tourism British Columbia, l’Okanagan comptait 30 entreprises de vinification avec vignobles connexes, dont la plupart ont vu le jour au cours des 10 à 20 dernières années. Or, la culture de la vigne exige des pratiques intensives qui détruisent presque complètement l’habitat du crotale, sans compter l’augmentation du taux de mortalité liée à la circulation routière accrue, à l’utilisation des machines agricoles, à l’application des pesticides et à l’élimination délibérée des crotales, particulièrement par les travailleurs migrants. Par ailleurs, les graves incendies qui ont dévasté le parc Okanagan Mountain et certaines régions situées plus au sud, comme les environs du lac Vaseux pendant l’été 2003, ont grandement nui à l’habitat connu du Crotalus oreganus. Tous ces changements se traduisent par une importante perte d’habitat pour cette espèce.

Les vallées de l’Okanagan, de la Similkameen, de la Thompson, de la Nicola, de la Kettle et du lac Christina sont des attractions touristiques très courues. L’augmentation du nombre de touristes et d’habitants entraîne une intensification de la circulation sur les routes. Le Crotalus oreganus doit traverser les routes qui coupent en deux son domaine vital, et il se aime se reposer sur l’asphalte noir, qui retient la chaleur. La plupart des routes qui se trouvent dans son domaine vital sont asphaltées, et les automobilistes écrasent les spécimens qui s’y trouvent, certains intentionnellement, d’autres sans le vouloir. Le nombre de victimes n’est pas connu, mais il n’est pas rare de voir des cadavres sur les routes, et cette mortalité menace gravement les populations de certains hibernaculums.

Les femelles atteignent la maturité vers l’âge de 5 à 7 ans, mais elles n’ont leur première portée qu’à l’âge de 7 à 9 ans; par la suite, elles mettent bas au mieux tous les deux ans. Les portées sont petites, et seulement environ 25 p.100 des serpenteaux survivent à leur premier hiver. Les chercheurs ignorent le nombre de femelles nécessaires au maintien de la population d’un hibernaculum. Macartney (1985) a trouvé 8 à 133 individus par hibernaculum, mais, dans deux zones précises, il y avait plusieurs hibernaculums par zone, et les serpents des différents hibernaculums s’accouplaient entre eux. Dans les zones comptant un faible nombre d’individus par hibernaculum, la perte d’une ou deux femelles serait suffisante pour éliminer la population de l’hibernaculum.

Les hibernaculums ne sont qu’un seul des éléments de l’habitat dont a besoin le crotale. Lorsqu’un lotissement résidentiel vient empiéter sur son territoire, le crotale devient plus visible et, par conséquent, plus vulnérable. Bertram et al. (2001) ont constaté que les humains tuent les crotales pour diverses raisons. Cette plus grande visibilité se traduit par la destruction d’un nombre accru d’individus, alors que la population se caractérise déjà par un petit effectif et un long cycle de reproduction.

En résumé, la perte d’habitat imputable aux incendies et à la conversion des terres, l’augmentation de la circulation routière, l’empiétement des humains sur le domaine vital du crotale de l’Ouest, l’âge avancé de la maturité sexuelle, les faibles nombres de portées par femelle et de serpenteaux par portée ainsi que la destruction des crotales par crainte ou aversion sont autant de facteurs qui agissent en synergie et menacent à long terme la survie du Crotalus oreganus.