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Mise à jour - Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Crotale de l’Ouest (Crotalus oreganus) au Canada

Habitat

Besoins de l’espèce

Le Crotalus oreganus a besoin d’un hibernaculum (tanière où les températures sont propices à l’hibernation) ainsi que d’un habitat estival procurant des aires d’exposition au soleil, des abris et de la nourriture. De plus, le serpent a besoin d’un corridor, ou zone de passage, pour se déplacer entre son hibernaculum et son territoire estival. Aux fins du présent rapport, le ou les hibernaculums, la zone de passage et le territoire estival constituent le domaine vital, qui peut se composer uniquement d’un hibernaculum et du territoire estival, si ces deux types d’habitat se trouvent côte à côte.

Pour déterminer la superficie du domaine vital du Crotalus oreganus, Macartney (1985) ainsi que Bertram et al. (2001) ont tracé un polygone convexe minimal à la lumière de données recueillies sur la position des serpents à différentes époques de l’année. Ils ont obtenu des résultats extrêmement variables. Bertram et al. (2001) ont délimité par radiotélémétrie des domaines vitaux allant de 0,12 à 103,5 ha, le plus petit étant celui d’une femelle gravide. En recourant à des méthodes de marquage et de recapture, Macartney (1985) a établi que le domaine vital de 167 individus partageant 16 hibernaculums variait de 1,2 à 171,1 ha. Les paragraphes qui suivent fournissent des précisions sur les hibernaculums et les territoires estivaux du crotale de l’Ouest.

Dans les régions de la Thompson, de l’Okanagan et de Merritt, divers chercheurs (Macartney, 1985; Sarell, 1993; Hobbs et Sarell; 2000; Bertram et al., 2001; Hobbs et Sarell, 2001; Hobbs, 2001) ont repéré les hibernaculums en observant les serpents au printemps et en automne, en suivant par télémétrie les individus se déplaçant de leur territoire estival à leur hibernaculum et en interrogeant les résidants de la région. Les hibernaculums ont chacun des caractéristiques particulières, mais ils ont en général le même profil : ils se trouvent sur des versants relativement escarpés à orientation sud-ouest à sud-est (Macartney, 1985; Sarell 1993). Bertram et al. (2001) ont trouvé des hibernaculums sur des pentes de 56,6 p.100 à 62,3 p.100 à orientation de 71,7°à 168,3° (est à sud). Selon Hobbs (2001), les orientations de 170° à 240° (sud à sud-ouest) sont les plus fréquentes. Les hibernaculums sont traversés de fissures et peuvent se trouver dans des affleurements rocheux, le long de pentes d’éboulis ou sur des saillies rocheuses couvertes de terre (Macartney, 1985; Hobbs et Sarell, 2000; Bertram et al., 2001; Hobbs, 2001; Hobbs et Sarell, 2001). Macartney et al. (1987) ont établi à plus de 1,3 m la profondeur d’un hibernaculum qu’ils ont observé. Même si nous connaissons certaines caractéristiques physiques des zones où les crotales établissent leur hibernaculum (Hobbs et Sarell; 2000), Macartney (1985) n’a découvert aucun lien entre ces caractéristiques externes et le nombre d’individus occupant un même hibernaculum. De plus, Macartney et al. (1989) ont montré que la présence de ces caractéristiques ne garantit pas que les conditions thermiques souterraines conviennent, comme le montre le cas des environs d’un hibernaculum occupé par la couleuvre rayée (Thamnophis sirtalis). Cette découverte ne réduit en rien l’importance de recourir à des critères généraux lorsqu’on veut délimiter des zones propices en vue de repérer ensuite les hibernaculums par la présence du Crotalus oreganus. Cette technique est celle dont se servent les biologistes chevronnés sur le terrain.

Macartney et al. (1989) ont mesuré le profil thermique d’un hibernaculum occupé par une cinquantaine de Crotalus oreganus de la mi-octobre à la mi-mai. À l’automne, après la baisse de la température de l’air, ils ont enregistré un profil négatif. Au printemps, après le réchauffement de l’air, ils ont assisté à une inversion partielle du gradient de température. À mesure que ce gradient s’accentuait ou se modifiait au printemps et en automne, les serpents se déplaçaient latéralement à l’intérieur de l’hibernaculum, probablement vers des microhabitats plus chauds. Pendant la période la plus froide de l’hiver, lorsque la température extérieure était inférieure au point de congélation, la température centrale (enregistrée à l’endroit le plus profond) oscillait entre 3 et 5 °C. Le manteau neigeux réduisait le taux de refroidissement (Macartney et al., 1989) et pourrait contribuer à ralentir la déshydratation des serpents dans l’hibernaculum (Gregory, 1982).

Les chercheurs ignorent encore combien d’années les serpents peuvent utiliser le même hibernaculum. Cependant, les hibernaculums trouvés par Mackie durant les années 1930 étaient toujours occupés par le Crotalus oreganus durant les années 1980. On sait par ailleurs que le crotale des bois (C. horridus) cesse d’occuper son hibernaculum lorsque celui-ci devient ombragé par les arbres (Brown, 1993). Il faut cependant noter que la végétation caractéristique de l’habitat du crotale des bois est très différente de celle de l’habitat du crotale de l’Ouest, les arbres étant plus abondants dans le premier cas. Malgré tout, certains hibernaculums de l’Okanagan se trouvent dans des zones boisées. La densification de la végétation et l’ombrage pourraient influer sur la durée d’utilisation des hibernaculums et des aires d’exposition au soleil. Dans la section « Protection et propriété des terrains », il sera question des problèmes observés à ce chapitre dans le secteur étudié du nord de la vallée de l’Okanagan.

Lorsqu’ils quittent l’hibernaculum, les Crotalus oreganus se dispersent vers leur territoire estival en empruntant des corridors bien précis. Dans le secteur étudié de Vernon, les corridors de dispersion et le territoire estival longeaient de petits versants exposés au nord, à couverture végétale relativement uniforme d’agropyre à épi (Agropyron spicatum), de pin ponderosa (Pinus ponderosa) et de nombreuses espèces d’arbustes indigènes. Selon Macartney (1985), ce type d’habitat convient sans doute au crotale parce qu’il est susceptible d’abriter des proies, de renfermer des microhabitats propices à la recherche de proies et de réduire le refroidissement radiatif. Dans la vallée de la Thompson, les Crotalus oreganus se déplacent dans des zones à végétation semblable (Bertram et al., 2001). Les secteurs du côté sud de la rivière Thompson d’où le crotale de l’Ouest a disparu ont une végétation plus clairsemée et sont peut-être plus exposés à la pression croissante de l’occupation humaine (Bertram et al., 2001).

Bertram et al. (2001) ont presque toujours repéré leurs spécimens de Crotalus oreganus sous des abris ou encore à proximité d’abris, d’affleurements rocheux, d’escarpements ou de gros rochers. Les serpents utilisent entre autres comme abris des pierres, des matières végétales (arbres morts, arbustes morts ou vivants, écorce) et des objets fabriqués par les humains (bermes de béton, panneaux de contreplaqué ou matériaux de construction de rebut).

En général, les données dont nous disposons ne nous permettent pas de conclure hors de tout doute que le pâturage est une activité nuisible au crotale. De toute évidence, ce mode d’utilisation des terres est beaucoup moins dommageable que la culture des céréales ou de la vigne. Malgré tout, le pâturage intensif risque de tasser le sol, d’endommager ou obstruer les hibernaculums et de causer des dommages indirects aux abris en accélérant l’érosion. Les serpents seraient alors davantage exposés à la prédation. Ces menaces n’ont pas été étudiées en profondeur.

Tendances

Les vallées de la Thompson et de l’Okanagan connaissent un essor démographique continu, ce qui se traduit par un nombre toujours croissant de projets de construction routière et domiciliaire. Par exemple, la population humaine du centre de l’Okanagan est passée de 152 836 habitants en 1999 à 168 062 habitants en 2003, soit une augmentation moyenne de 2,5 p.100 par année. Il est prévu que cette région comptera 247 000 habitants d’ici 2021 (www.edccord.com/economic/pop_proj.htm). Cette croissance est essentiellement (~92 p.100) attribuable à l’immigration. Selon les résultats d’une autre étude, l’accroissement de la population sera encore plus rapide : 270 000 habitants d’ici 2018 (ibid.). On s’attend à ce que Kamloops connaisse elle aussi une forte croissance démographique, la population totale devant se chiffrer à 120 000 habitants d’ici peu. Ce nombre comprend les 4 700 habitants qui devraient s’ajouter à la population de la réserve nº 1 de la bande indienne de Kamloops (http://www.city.kamloops.bc.ca/transportation/pdfs/travelsmart/tslandstrategy.pdf). Dans la vallée de l’Okanagan, les vignobles remplacent peu à peu la végétation naturelle sur les versants. Ainsi, dans les vallées de l’Okanagan et de la Thompson, on assiste à la dégradation, à la fragmentation ou à la disparition de l’habitat d’origine. Cette tendance n’est sans doute pas près de disparaître, puisque 90 p.100 de la prairie appartient à des intérêts privés en Colombie-Britannique (K. Larsen, comm. pers., 2003). Or, c’est dans ce type de milieu que le Crotalus oreganus passe l’été.

La population totale de Vernon, Kelowna, Penticton et Osoyoos est passée de 231 075 à 244 864 habitants (une hausse de 6 p.100) de 1996 à 2001 (Statistique Canada, 2002). Même si la croissance démographique des petites villes ne reflète pas l’étendue totale de l’habitat perdu dans la vallée de l’Okanagan, elle fait ressortir les risques de modification du profil d’utilisation des terres et donne une certaine indication du taux de disparition de l’habitat. À ce problème vient s’ajouter celui des routes et des lotissements résidentiels, qui déciment les hibernaculums (Sarell, 1993). Cette tendance se poursuit à mesure que les aménagements empiètent sur le flanc des collines.

Protection et propriété des terrains

Dans les vallées et les plateaux de la Thompson et de l’Okanagan, le Crotalus oreganus se rencontre dans de grands parcs provinciaux (par exemple les parcs Kalamalka Lake, Okanagan Mountain, White Lake et Lac du Bois Grasslands), dans des réserves écologiques, dans la réserve nationale de faune Vaseux-Bighorn ainsi que sur des terrains de la Nature Trust of British Columbia gérés à des fins de conservation. Ces habitats devraient être stables, quoique dans au moins un cas la présence d’une route toute proche et l’intensification de l’activité humaine nuisent sans doute aux crotales. De plus, le parc Lac du Bois Grasslands renferme le territoire estival d’une population de crotales, mais les hibernaculums se trouvent sur des terres municipales et privées situées juste à l’extérieur du parc (Larsen, comm. pers.). En outre, les récents incendies de forêt (2003) dans le parc Okanagan Mountain et certains secteurs situés plus au sud (par exemple dans la réserve nationale de faune Vaseux-Bighorn) ont fort probablement nui aux crotales, mais la nature de ces répercussions est totalement inconnue. De plus, les petites aires protégées perdent souvent des espèces vertébrées, y compris des serpents, à cause de phénomènes stochastiques (voir par exemple Gurd et Nudds, 1999).

Hobbs (2001) ainsi que Hobbs et Sarell (2000 et 2001) ont classé par type de propriétaire les terrains où se trouvaient les hibernaculums qu’ils ont examinés. La plupart étaient situés sur des terres de la Couronne ou des terres privées, mais un d’eux se trouvait dans le parc provincial White Lake. Ces mêmes chercheurs ont recensé les obstacles possibles à la survie à long terme des populations de chaque hibernaculum, comme la proximité des routes, le mode d’utilisation des terres adjacentes (pâturage, viticulture, etc.) et l’empiétement des lotissements résidentiels. Ils ont ainsi pu délimiter des zones d’habitat faunique prenant en compte le mode de tenure des terres et le mode d’utilisation des terres adjacentes. Ces zones se trouvent sur des terres de la Couronne, où il faudrait décourager l’exploitation forestière et le pâturage afin de réduire le stress imposé aux serpents. Ces zones servent d’habitat au Crotalus oreganus, mais elles renferment aussi les hibernaculums et une partie du territoire estival d’au moins une autre espèce de serpent. Bertram (comm. pers.) a classé par type de propriétaire les terres où se trouvaient les hibernaculums qu’elle a étudiés. Sur 16 hibernaculums, cinq (31 p.100) se trouvaient dans des parcs provinciaux ou des aires de gestion de la faune, six (38 p.100), sur des terres de la Couronne, et cinq (31 p.100), sur des terres privées ou municipales.

En 2002, Macartney (comm. pers.) et Larsen (comm. pers.) ont visité chacun de leur côté la zone d’étude du nord de l’Okanagan, 20 ans après leur première étude. Ils ont constaté une augmentation appréciable du couvert arbustif de la prairie, et certaines des zones qui avaient auparavant servi d’aires d’exposition au soleil étaient maintenant ombragées. Selon Macartney (comm. pers.), cette croissance ligneuse pourrait faire partie du cycle naturel, mais pourrait aussi être due aux mesures de suppression des incendies. On trouvera dans la section « Biologie », sous « Comportement et adaptabilité », quelques précisions sur les moyens qui permettraient d’atténuer cette modification de l’habitat.