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Mise à jour - Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Crotale de l’Ouest (Crotalus oreganus) au Canada

Biologie

Généralités

La plupart des renseignements dont nous disposons sur la biologie du crotale de l’Ouest en Colombie-Britannique proviennent d’études réalisées près de Vernon, dans le nord de la vallée de l’Okanagan (Macartney, 1985; Charland, 1987). Certaines données ont été recueillies dans le sud de la vallée de l’Okanagan et sont présentées dans Preston (1964). Charland et al. (1993) ont étudié la documentation dont ils disposaient pour faire une synthèse du cycle d’activité annuel du Crotalus oreganus, de sa capacité de reproduction, de ses profils de déplacement et de son adaptabilité. Le présent rapport est fondé sur ces résumés, mais également sur d’autres références ainsi que sur de nouvelles informations et observations.

Le cycle annuel du crotale de l’Ouest en Colombie-Britannique, tel que décrit par Macartney (1985), est résumé ci-dessous. Au fil des saisons, le Crotalus oreganus migre entre son hibernaculum (ou tanière), où il passe l’hiver, et son territoire estival. Les serpents sortent de leur hibernaculum au printemps; la plupart émergent à la surface en avril, mais, selon les conditions météorologiques, il leur arrive de le faire dès le mois de mars. Les femelles gravides s’éloignent peu de l’hibernaculum, même si elles se rendent parfois dans leur territoire estival pour y séjourner brièvement au début de l’été. Les mâles et les femelles non gravides se dispersent pour gagner le territoire estival, où ils se nourrissent et s’accouplent. L’accouplement survient à la fin de l’été ou au début de l’automne, après quoi les serpents dispersés regagnent l’hibernaculum. Les femelles gravides qui restent près de l’hibernaculum mettent bas entre la mi-septembre et le début d’octobre. Les nouveau-nés restent près de l’hibernaculum. En octobre, tous les serpents sont à nouveau rassemblés dans l’hibernaculum. Ils restent à la surface ou en émergent pendant quelques heures au cours des journées chaudes jusqu’à la mi-octobre ou, dans certains cas isolés, jusqu’en novembre.

Reproduction

Pour pouvoir comprendre les facteurs qui influent sur le succès de reproduction, il faut à tout prix disposer de données sur l’âge de première reproduction, la période de gestation, le nombre de petits et la fréquence de reproduction. En Colombie- Britannique, le Crotalus oreganus mâle atteint la maturité à l’âge de 3 à 5 ans (longueur museau-cloaque égale ou supérieure à 535 mm), mais, selon les observations faites par les chercheurs, l’accouplement semble réservé aux gros mâles, c’est-à-dire à ceux dont la longueur museau-cloaque dépasse 720 mm (Macartney et Gregory, 1988; Macartney et al., 1990), peut-être en raison de l’avantage que procure la grande taille dans les conflits entre mâles (Shine, 1978) ou d’une préférence de la part de la femelle. Pour leur part, les femelles atteignent la maturité plus tard que les mâles, soit à l’âge de 5 à 7 ans (longueur museau-cloaque égale ou supérieure à 650 mm), et elles ont leur première portée à l’âge de 7 à 9 ans (longueur museau-cloaque de 700 à 760 mm) (Macartney et al., 1990). En Idaho et en Californie, le Crotalus oreganus femelle parvient à la maturité plus tôt, soit à l’âge de 3 ans en Californie et à l’âge de 4 à 6 ans en Idaho, et à une plus petite taille (Fitch et Twining, 1946; Diller et Wallace, 1984). Les différences de taille entre les femelles matures de Colombie-Britannique et celles de Californie et d’Idaho sont probablement liées au gradient nord-sud de la taille du Crotalus oreganus (voir la section « Survie »).

L’accouplement a lieu dans le territoire estival, en juillet ou au début août, les serpents formant de petits groupes de deux à huit individus (Macartney et Gregory, 1988). La plupart des groupes sont des couples, mais les deux serpents du couple ne viennent pas nécessairement du même hibernaculum (Macartney, 1985; Macartney et Gregory, 1988). Chez le mâle, l’accouplement correspond à la période où l’activité spermatogénétique atteint son paroxysme; chez la femelle, il survient dans la plupart des cas après l’ecdysis. Les follicules des femelles accouplées entament la vitellogenèse avant l’hibernation. L’ovulation et la fécondation surviennent en juin, après la sortie de l’hibernaculum, et la parturition, en septembre ou en octobre. Entre l’ovulation et la parturition, les femelles gravides ont un comportement différent de celui des autres femelles matures. La plupart d’entre elles jeûnent et restent à l’intérieur ou à proximité de l’hibernaculum. Elles donnent naissance à de petites portées (2 à 8 petits, 4,6 en moyenne, n = 28). Les serpenteaux sont relativement gros et passent leur premier hiver dans l’hibernaculum de leur mère. Les femelles post-parturientes jeûnent avant d’entamer leur hibernation, et, à leur sortie de l’hibernaculum le printemps suivant, elles sont émaciées en raison de la perte de poids cumulative pendant la gestation (6 p.100), la parturition (37 p.100) et l’hibernation (6 p.100) (Macartney et Gregory, 1988). Après la première portée, l’accouplement dépend du degré de récupération de la masse corporelle, mais il ne s’agit pas du seul facteur, parce que toutes les femelles qui connaissent un gain de poids semblable ne s’accouplent pas nécessairement (Macartney et Gregory, 1988). Le crotale de l’Ouest a donc un cycle de reproduction biennal, triennal ou quadriennal, le cycle triennal semblant être le plus courant (Macartney et Gregory, 1988). Le cycle ne pourrait être annuel que dans l’hypothèse d’un stockage de sperme, parce que le délai qui s’écoule entre l’accouplement et la parturition est supérieur à un an. Par conséquent, au cours d’une période d’activité donnée, il y a toujours des femelles gravides, des femelles post-parturientes (dont certaines peuvent s’accoupler et d’autres non) et des femelles nouvellement parvenues à la maturité sexuelle (dont certaines s’accouplent et d’autres ne le font pas). Ainsi, les facteurs qui influent sur les femelles à une étape donnée de leur cycle de reproduction sont moins préjudiciables pour la population entière que si les femelles se trouvaient toutes au même stade de reproduction à chaque année. Malgré tout, compte tenu du fait que les femelles ne s’accouplent pas avant l’âge de 7 à 9 ans et qu’elles ne le font que tous les trois ou quatre ans par la suite, il faut un nombre critique de femelles pour assurer la survie d’une population. Ce chiffre est encore inconnu.

Survie

La taille du corps dépend de facteurs génétiques et de facteurs locaux influant sur la croissance. En Colombie-Britannique, le crotale de l’Ouest est relativement petit. Les grosses femelles mesurent habituellement 850 à 900 mm du museau au cloaque, et les gros mâles, 950 à 1 000 mm (Macartney et al., 1990). Ashton (2001) a découvert une corrélation positive entre la taille du corps du Crotalus oreganus et la température et une corrélation négative entre la taille du corps et la latitude. C’est l’inverse qui a été observé chez le Crotalus viridis. En effet, les plus gros Crotalus viridis se rencontrent le plus au nord, où les hivers sont les plus durs, alors que les plus gros Crotalus oreganus se rencontre le plus au sud, où la période d’activité et de croissance est plus longue. Plusieurs facteurs contribuent à ces tendances, comme la compétition, l’abondance de nourriture, le taux de survie hivernale et le bilan calorifique (Ashton, 2001).

Il se peut aussi que la taille du corps influe sur la survie au sein des populations. En général, le taux de survie pendant l’hibernation est le plus élevé chez les gros serpents, sans doute en raison des avantages physiologiques que procure une plus grande masse corporelle (Gregory, 1982). Les gros crotales ont notamment les plus grandes réserves d’énergie et présentent le moins grand rapport surface-volume, ce qui permet de réduire la perte d’eau et de ralentir la déshydratation (Gregory, 1982). Macartney (1985) a confirmé cette corrélation entre la taille du corps et la capacité de survie en hiver : il a découvert que le taux de survie était d’environ 25 p.100 chez les nouveau-nés, d’environ 50 p.100 chez les juvéniles et de 90 à 100 p.100 chez les adultes. Du côté des crotales adultes, les femelles post-parturientes étaient celles qui enregistraient le taux de survie le plus faible. Ce résultat n’a rien d’étonnant, compte tenu de leur état d’amaigrissement. Cependant, étant donné le cycle de reproduction du Crotalus oreganus, moins du tiers des femelles mettent bas à chaque année, de sorte qu’un hiver particulièrement rigoureux devrait avoir moins d’incidence sur le taux de survie que si l’ensemble des femelles avaient une portée. Charland (1989) a observé la même population que Macartney (1985), mais au cours d’une année différente, et il a enregistré un taux de survie de 55 p.100 chez les nouveau-nés, ce qui laisse supposer des fluctuations interannuelles. Charland (1989) a découvert que le poids et l’état des animaux à leur naissance n’avaient aucune incidence sur leur taux de survie, mais il a également observé des fluctuations dans les profils de perte de poids. De l’avis de Charland (1989), la taille des nouveau-nés jouerait un rôle plus important pour la survie pendant le premier été, sans doute en raison du nombre limité des proies suffisamment petites.

Le rythme de croissance du Crotalus oreganus en Colombie-Britannique varie selon la tranche d’âge, le sexe et l’année (Macartney et al., 1990). Les serpenteaux naissent près de l’hibernaculum, et, même s’ils muent, ils jeûnent et ne gagnent pas de masse corporelle avant de pénétrer dans l’hibernaculum trois à cinq semaines plus tard (Macartney et al., 1990). Les 258 nouveau-nés mesurés en 1981, 1982 et 1985 avaient une longueur museau-cloaque de 275 mm en moyenne (210 à 345 mm). Les juvéniles sont ceux qui connaissent la croissance la plus forte et la plus variable. Si le taux de survie s’accroît proportionnellement à la taille, une croissance rapide pourrait avoir des effets positifs sur le taux de survie. Comme il a déjà été indiqué, les mâles grossissent plus rapidement et atteignent la maturité sexuelle plus tôt que les femelles. Macartney et al. (1990) ont attribué les fluctuations annuelles aux conditions météorologiques et aux écarts qui en résultent sur le plan de la productivité et de l’abondance de nourriture. Cependant, Charland (1989) a constaté que ce dernier facteur n’avait eu aucun impact sur le gain de poids des femelles post-parturientes. Il a nourri des femelles post-parturientes à des taux élevés et faibles et n’a observé aucune différence dans le gain de poids. Il se pourrait donc que les femelles réagissent à de faibles niveaux de nourriture en maintenant une température corporelle plus basse et en réduisant leur coût énergétique. Ces conclusions donnent à penser que la corrélation entre les conditions météorologiques et l’abondance de nourriture pourrait avoir une incidence sur la croissance.

Physiologie

En Colombie-Britannique, le Crotalus oreganus se trouve à la limite nord de son aire de répartition. Il est donc particulièrement important d’étudier les facteurs qui restreignent la propagation de l’espèce vers le nord. Le C. oreganus est un reptile vivipare et ectotherme, et Charland et Gregory (1990) s’en sont servis pour étudier le comportement thermorégulateur des femelles gravides et non gravides. En mesurant les températures corporelles chez les deux types de femelles, ils ont découvert un profil constant : un accroissement en matinée, un plateau en après-midi et un abaissement en soirée. Cependant, ils ont observé chez les femelles gravides une moins grande fluctuation des températures en après-midi et une augmentation des températures moyennes du plateau à la fin de l’été. De plus, les chercheurs ont enregistré d’importantes fluctuations d’un serpent à l’autre. Dans les climats frais, il existe de nombreuses possibilités de conflits relatifs à la consommation d’énergie chez les espèces ectothermes, ce qui soulève un grand nombre de questions au sujet de la thermorégulation et de la répartition énergétique chez le Crotalus oreganus. Il se peut également que ces serpents soient physiologiquement adaptés aux basses températures qui caractérisent les sites les plus septentrionals de l’espèce en Colombie-Britannique.

Déplacements et dispersion

Le Crotalus oreganus se déplace de façon saisonnière entre son hibernaculum et son territoire estival. Certains individus quittent l’hibernaculum dès mars, tandis que la plupart le font en avril ou au début mai (Macartney, 1985). Les femelles adultes sont les premières à sortir, suivies, sans ordre particulier, des nouveau-nés, juvéniles et mâles adultes (Macartney, 1985). L’accouplement n’a pas lieu près de l’hibernaculum, et la dispersion survient peu après l’émergence. Dès juin, on trouve des Crotalus oreganus jusqu’à la limite de leur territoire estival (Macartney, 1985; Bertram et al., 2001). Entre la mi-juillet et la mi-août, les individus sont uniformément répartis entre leur hibernaculum et la limite extérieure de ce territoire (Macartney, 1985). Les femelles gravides demeurent plutôt dans un rayon de 400 m de leur hibernaculum et se rassemblent souvent dans des aires d’exposition au soleil appelées « roqueries » (Macartney, 1985; Bertram et al., 2001). Bertram et al. (2001) ont suivi 10 femelles adultes non gravides depuis leur territoire estival jusqu’à leur hibernaculum. La distance ainsi parcourue variait de 290 à 3 000 m; cependant, ces femelles provenaient de plusieurs hibernaculums. Les données sont limitées, mais il semble que la distance parcourue varie selon les hibernaculums, car les femelles qui avaient parcouru la plus grande distance (1 400 à 3 000 m) avaient le même hibernaculum. On peut présumer qu’elles avaient parcouru une telle distance en partie parce que le terrain entourant leur hibernaculum ne constituait pas un habitat estival convenable. Dans la vallée de l’Okanagan, des Crotalus oreganus d’un même hibernaculum ont parcouru des distances variables à l’intérieur d’un même territoire estival (Macartney, 1985). Un juvénile a été repéré à 1 575 m de son hibernaculum, alors que la plupart des autres individus se trouvaient dans un rayon de 1 200 m.

Dans le nord de la vallée de l’Okanagan, les crotales se dispersent dans des corridors particuliers et franchissent une crête menant à des versants exposés au nord et au nord-ouest. Preston (1964) a pour sa part découvert les corridors de dispersion d’une population de Crotalus oreganus dans le sud de la vallée de l’Okanagan. Les chercheurs ne disposent cependant d’aucune donnée sur la dispersion des crotales dans la vallée de la Thompson. Macartney (1985) a constaté que plus de 80 p.100 des mâles et des femelles non gravides s’étaient déplacés dans la même direction pendant au moins deux années consécutives, mais que seulement 56 p.100 d’entre eux s’étaient rendus au même endroit du territoire estival durant ces deux années.

Des serpents issus de différents hibernaculums se sont rassemblés dans le même territoire estival, mais, en général, ils sont retournés dans leur propre hibernaculum une fois l’automne venu (Macartney, 1985). Le retour vers l’hibernaculum a commencé en septembre; à la fin octobre, les serpents avaient tous regagné leur hibernaculum (Macartney, 1985; Bertram et al., 2001).

Alimentation et interactions interspécifiques

En Colombie-Britannique, les Crotalus oreganus émergent de leur hibernaculum en mars et en avril pour ensuite se disperser dans leur territoire estival. Les femelles gravides font exception à cette règle et restent près de l’hibernaculum. Macartney (1989) a analysé le type de nourriture présent dans l’estomac ou les fèces du cloaque pour déterminer la composition du régime alimentaire et la fréquence de l’alimentation. Les serpents se nourrissent peu de mars à mai (22 crotales sur 2 057 avaient ingéré de la nourriture). Ensuite, le taux d’alimentation augmente et se maintient à 17 p.100 pendant les mois de juin, juillet et août (111 crotales sur 656 avaient ingéré de la nourriture), avant de retomber à 7,9 p.100 en septembre (75 crotales sur 945 avaient ingéré de la nourriture). En octobre, époque où ils regagnent l’hibernaculum, rares sont les serpents qui se nourrissent encore. Pendant le mois d’octobre, Macartney (1989) a également observé un grand nombre de crottes près des hibernaculums, ce qui permet de supposer que les serpents entament leur hibernation sans nourriture dans leur tube digestif, peut-être pour empêcher la putréfaction du contenu des intestins (Gregory, 1982). Les femelles gravides restent près de l’hibernaculum et jeûnent pendant tout l’été (Macartney, 1985; Macartney, 1989).

Macartney (1989) a remarqué une corrélation positive entre la taille des proies ingérées et la taille du crotale. Le régime alimentaire des juvéniles était composé presque exclusivement de petits mammifères, surtout de musaraignes (Sorex, 11,5 p.100), de souris sylvestres (Peromyscus, 40,5 p.100) et de campagnols (Microtus, 40,5 p.100). Venaient ensuite les gaufres (Thomomys, 5,1 p.100), les tamias (Eutamias, 1,2 p.100) et les oiseaux (1,2 p.100). En Californie, les juvéniles se nourrissent en outre de petits lézards et d’amphibiens (Fitch et Twining, 1946). Macartney (1989) a noté la présence de petits amphibiens dans les zones d’étude, mais estime que ces proies ne font pas partie du régime alimentaire du crotale en Colombie-Britannique parce qu’elles sont trop peu nombreuses ou que la couleuvre rayée (Thamnophis sirtalis) lui fait concurrence pour s’en nourrir. Le régime des Crotalus oreganus adultes était plus diversifié que celui des juvéniles. La souris sylvestre et le campagnol représentaient 60,5 p.100 de leur nourriture, tandis que les proies plus grosses, soit le gaufre et le rat à queue touffue (Neotoma), comptaient pour 25,8 p.100. Les adultes se nourrissaient aussi de musaraignes, de souris à abajoues (Perognathus), de marmottes (Marmota) et d’écureuils (Tamiasciurus). Klauber (1956) estime que les crotales mangent rarement d’autres serpents, sauf en captivité. Toutefois, dans le sud de l’Okanagan, Sarell (comm. pers.) a découvert une couleuvre agile (Coluber constrictor) adulte dans l’estomac d’un crotale mort.

Les prédateurs du crotale de l’Ouest ont été identifiés à partir d’observations sur le terrain et d’une analyse des excréments et du contenu stomacal de divers animaux (Macartney, 1985; Lacey et al., 1996; Bertram et al., 2001). Macartney (1985) a également associé les cicatrices observées sur les crotales aux animaux qui auraient vraisemblablement pu infliger de telles blessures. Parmi les prédateurs confirmés, citons la couleuvre nocturne (Hypsiglena torquata, Lacey et al., 1996), le blaireau d’Amérique (Taxidea taxus, Bertram et al., 2001 ), l’ours noir (Ursus americanus) et la mouffette rayée (Mephitis mephitis) (Macartney, 1985). Macartney (1985) a observé des traces de mouffette menant à des trous creusés près de plusieurs hibernaculums et aires d’exposition au soleil, ce qui donnerait à penser que les mouffettes recherchent activement les crotales.

Macartney (1985) a observé trois grandes catégories de cicatrices sur 123 (7,7 p.100) des 1 596 serpents qu’il a étudiés. Dans la plupart des cas (84,5 p.100), il s’agissait d’entailles ou de perforations circulaires pouvant probablement être attribuées aux dents, serres ou griffes de petits prédateurs. Les blessures à l’épine dorsale, sans doute infligées par de gros rapaces, représentaient 9,7 p.100 des cicatrices observées, tandis les queues déformées ou manquantes (endommagées ou perdues pendant la fuite jusqu’à un abri) comptaient pour 4,9 p.100 du total. C’est chez les adultes que les cicatrices ont été le plus souvent observées (88 serpents sur 123, ou 72 p.100), ce qui peut s’expliquer par le fait qu’ils sont plus vieux, ou plus visibles, ou plus aptes à échapper à leur prédateur. C’est sans doute ce dernier facteur qui l’emporte chez le Crotalus oreganus, si la sélection se fait en faveur des gros individus, qui réussissent le mieux à échapper aux prédateurs, comme le pense Ashton (2001).

Il existe deux autres grandes causes de mortalité chez les crotales : les automobilistes et les humains en général. Intentionnellement ou non, les automobilistes peuvent écraser les serpents qui traversent la route ou viennent se réchauffer sur l’asphalte en soirée. Par conséquent, la répartition des routes dans l’habitat du crotale et les moyens à prendre pour en éloigner les serpents méritent une étude plus approfondie. Par ailleurs, certaines personnes tuent les crotales parce qu’elles en ont peur ou simplement parce qu’elles détestent les serpents en général. Or, le développement empiète de plus en plus sur le territoire estival du crotale de l’Ouest. Les contacts entre serpents et humains risquent donc de se multiplier et se solderont fort probablement par une augmentation du taux de mortalité des crotales. Bertram et al. (2001) ont présenté les résultats préliminaires d’une série de mesures visant à sensibiliser le public. Il en sera question dans la section « Facteurs limitatifs et menaces ».

Comportement et adaptabilité

L’écologie et la biologie de base du Crotalus oreganus dans le nord de la vallée de l’Okanagan sont bien connues, grâce aux études de Macartney (1985), Charland (1987), Charland (1989), Macartney (1989), Macartney et Gregory (1988), Macartney et al.(1989), Charland et Gregory (1990) ainsi que Macartney et al. (1990). Cependant, nous ignorons encore dans quelle mesure les crotales peuvent s’adapter à la présence humaine dans leur habitat. À la lumière des trois exemples qui suivent, il est permis de présumer que ces reptiles sont en mesure de s’adapter à certaines perturbations et que les connaissances acquises sur leur comportement dans de telles situations peuvent être mises à profit dans des plans d’aménagement.

Le premier de ces exemples est résumé par Charland et al. (1993). Le ministère de la Voirie de Colombie-Britannique, le service responsable des réserves écologiques de cette province ainsi que P.T. Gregory, de la University of Victoria, ont uni leurs efforts pour élaborer un plan visant à atténuer les effets d’un projet de construction routière à proximité d’un hibernaculum connu de Crotalus oreganus. Cet hibernaculum se trouvait à quelques kilomètres au sud de Vernon, au bord de la route 97, sur une série de saillies rocheuses couvertes de terre, à environ 7 m en contre-haut de la chaussée (Macartney, 1985). Le ministère de la Voirie voulait redresser, élever et élargir la route, mais il entrevoyait deux problèmes. D’une part, le dynamitage et les travaux de construction risquaient de perturber les serpents. D’autre part, le projet allait faire disparaître l’aire d’exposition au soleil des femelles gravides. L’équipe a donc dressé un plan en fonction des connaissances acquises sur le cycle annuel des crotales de cet hibernaculum. Ainsi, près de l’hibernaculum, les travaux n’ont débuté qu’après le 16 juin 1986, lorsque tous les serpents avaient quitté l’hibernaculum, et ils se sont achevés avant le retour des reptiles en automne. Une clôture a été érigée autour de l’hibernaculum et une enceinte a été construite à l’écart du chantier. À mesure qu’elles émergeaient de l’hibernaculum, les femelles étaient placées dans l’enceinte pour la période estivale. Une fois les travaux de construction terminés, le ministère de la Voirie a installé une clôture à mailles fines le long de la route pour empêcher les serpents d’atteindre la route. En fait, quelques serpents ont réussi à la franchir, mais les ouvriers les ont replacés de l’autre côté de la clôture à l’aide de pinces. Enfin, le ministère de la Voirie a enlevé de la végétation qui poussait sur un affleurement rocheux, un peu au nord de l’hibernaculum, afin de créer une nouvelle aire d’exposition au soleil pour les femelles gravides. Le projet semble avoir été couronné de succès. Les femelles placées dans l’enceinte ont été relâchées près de l’hibernaculum et au moins une d’elles a mis bas. Depuis les travaux de construction, les chercheurs aperçoivent des Crotalus oreganus près de l’hibernaculum au printemps et à l’automne, et la nouvelle aire d’exposition au soleil est fréquentée par les femelles gravides et par d’autres serpents (P. Gregory, comm. pers., 2003; J. Hobbs, comm. pers., 2003). Les chercheurs ignorent cependant si l’effectif et la structure de la population sont les mêmes ou s’ils ont changé.

Le second exemple est tiré d’une étude réalisée par Bertram et al. (2001). À l’aide d’équipement de radiopistage, ces chercheurs ont suivi les déplacements de dix crotales de l’Ouest entre leur territoire estival et leur hibernaculum. Chaque serpent a été repéré environ 23 fois, et, dans plus de 90 p.100 des cas, les crotales se trouvaient sous un abri, ou à proximité, cet abri pouvant être un objet naturel ou de fabrication humaine. Parmi les objets de fabrication humaine pouvant servir d’abris, citons les bermes en béton qui se trouvent au bord des autoroutes. En plaçant de telles bermes ou des objets semblables dans des endroits stratégiques, il serait possible de créer un habitat estival convenable situé à l’écart des voies de circulation et plus près des hibernaculums.

Le troisième exemple, résumé par Macartney (1985), concerne la recolonisation d’hibernaculums perturbés et l’occupation de nouveaux hibernaculums. Des années 1930 aux années 1950, le révérend A.C. Mackie, de Vernon, en Colombie-Britannique, a fait la chasse aux crotales dans 22 hibernaculums et a failli éliminer complètement deux populations. Macartney (1985) a étudié ces mêmes hibernaculums et s’est servi des dossiers soigneusement tenus par Mackie pour reconstituer l’histoire du rétablissement des crotales dans deux hibernaculums. Mackie avait éliminé 183 crotales du premier hibernaculum, à l’aide d’explosifs. Macartney (1985) n’y a recensé que 30 individus, mais il a découvert environ 150 crotales dans un hibernaculum inconnu situé juste en dessous de celui qui avait été dynamité par Mackie. Cette observation nous permet de croire que les crotales peuvent coloniser un nouvel hibernaculum dans une zone qu’ils ont déjà occupée. Dans le deuxième hibernaculum, Macartney (1985) a trouvé plus de deux fois le nombre de crotales que Mackie avait éliminés. En tout, Macartney (1985) a dénombré quelque 650 crotales dans un secteur où Mackie en avait anéanti 400. Il semble que, des années 1960 aux années 1980, les conditions ont été propices à une croissance des populations de crotales.

Bertram et al. (2001) ont déplacé de 400 m un crotale de l’Ouest, et ce serpent s’est rendu à un hibernaculum à l’automne. On peut présumer qu’il se trouvait encore dans son habitat estival. Reinert et Rupert (1999) ont déplacé 11 crotales des bois (Crotalus horridus) très loin (8 à 172 km) de leur territoire. Ces serpents se sont montrés plus actifs et se sont déplacés plus loin que les serpents résidant dans le secteur. De plus, les chercheurs ont enregistré chez ces crotales déplacés un taux de mortalité nettement plus élevé, ce qui les a amenés à conclure que le déplacement des crotales n’est pas à recommander. Or, étant donné l’accroissement du développement dans le territoire estival des serpents et les contacts accrus entre crotales et humains, il se peut que les tentatives de déplacement deviennent de plus en plus courantes. Cette solution ne devrait cependant être envisagée que dans le cadre d’un programme d’aménagement soigneusement conçu.

Les crotales semblent pouvoir tolérer certains changements dans leur habitat, mais le déplacement des animaux constitue une mesure risquée dont les conséquences sont encore mal connues. Les plans d’aménagement visant à assurer la survie du crotale dans son habitat actuel doivent reposer sur de solides données concernant la biologie de cet animal.

Récemment, des barrières et des seaux de capture ont été installés pendant des travaux de construction pipelinière, et des clôtures à serpents ont été érigées autour d’un vignoble afin de réduire les risques de rencontres entre humains et serpents. Le degré d’efficacité et l’impact de ces mesures font actuellement l’objet d’une évaluation dans le cadre de projets de recherche permanents (J. Hobbs, comm. pers., déc. 2003).