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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la camassie faux scille (Camassia scilloides) au Canada - Mise à jour

Mise à jour
Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC
sur la
camassie faux scille
Camassia scilloides
au Canada

camassie faux scille

Espèce menacée 2002

COSEPAC
Comité sur la situation des espèces en péril au Canada



COSEWIC
Committee on the Status of Endangered Wildlife in Canada

Les rapports de situation du COSEPAC sont des documents de travail servant à déterminer le statut des espèces sauvages que l’on croit en péril. On peut citer le présent rapport de la façon suivante :

COSEPAC. 2002. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la camassie faux scille (Camassia scilloides) au Canada – Mise à jour. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Ottawa. vii + 17 p.

Rapports précédents

Oldham, M.J. 1990. COSEWIC status report on the wild hyacinth Camassia scilloides in Canada. Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada. Ottawa. 57 p.

Note de production

Le COSEPAC aimerait se montrer reconnaissant envers John D. Ambrose pour avoir rédigé le rapport de situation sur la camassie faux scille (Camassia scilloides) aux termes d’un contrat avec Environnement Canada.

Pour obtenir des exemplaires supplémentaires, s’adresser au :

Secrétariat du COSEPAC
a/s Service canadien de la faune
Environnement Canada
Ottawa (Ontario)
K1A 0H3

Tél. : 819-953-3215
Téléc. : 819-994-3684
Courriel du COSEPAC
Site web du COSEPAC

Also available in English under the title COSEWIC Assessment and Update Status Report on the Wild Hyacinth Camassia scilloides in Canada.

Illustration de la couverture

Camassie faux-scille – D. Kirk, ministère des Richesses naturelles de l’Ontario

©Sa Majesté la Reine du chef du Canada, 2003
de catalogue CW69-14/299-2003F-IN
ISBN 0-662-89052-3

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Sommaire de l’évaluation

Sommaire de l’évaluation – Mai 2002

Nom commun : Camassie faux-scille

Nom scientifique : Camassia scilloides

Statut : Espèce menacée

Justification de la désignation : Cette espèce ne se trouve que dans six sites insulaires dans un habitat très limité qui est grandement menacé en raison des cormorans et de l’aménagement continu du territoire.

Répartition : Ontario

Historique du statut : Espèce désignée « préoccupante » en avril 1990. La situation a été réexaminée, et l'espèce est passée à la catégorie de risque plus élevé « menacée » en mai 2002. Dernière évaluation fondée sur une mise à jour d'un rapport de situation.

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Résumé

Camassie faux-scille
Camassia scilloides

Information sur l’espèce

La camassie faux-scille (Camassia scilloides) est une plante bulbeuse d’aspect frappant, à floraison printanière, de la famille des Liliacées. Ses feuilles sont basilaires, étroites et longues. La hampe florale peut atteindre 70 cm de hauteur et porte des fleurs en forme d’étoile de blanche à bleu pâle. C’est la seule espèce du genre Camassia qui pousse dans l’Est du continent.

Répartition

La camassie faux-scille se rencontre dans le Sud-Est des États-Unis et la vallée du Mississipi, atteignant vers le nord les îles ontariennes du lac Érié.

Habitat

Dans les îles du lac Érié, l’espèce pousse dans les forêts claires mélangées ou dominées par le micocoulier, principalement sur des sols riches en matière organique et à substratum calcaire presque affleurant. L’espèce est l’un des éléments de la flore herbacée printanière.

Biologie

La camassie faux-scille est une herbacée vivace à bulbe, à floraison printanière. Les jours ensoleillés, les fleurs sont butinées par divers insectes qui en assurent probablement la pollinisation croisée. La coexistence de fleurs blanches et de fleurs bleues au sein d’une même colonie est un signe de variabilité génétique. À l’automne, les capsules s’ouvrent, et les graines sont disséminées à proximité, à en juger d’après le regroupement des individus en touffes serrées et la présence de semis près des colonies reproductrices.

Taille et tendances des populations

L’effectif canadien de l’espèce est réparti entre cinq sites importants (de 2 000 à plus de 5 000 individus) et stables. Au cours des 13 dernières années, une population a été complètement anéantie et une autre a été réduite à environ 15 p. 100 de son effectif par la présence des cormorans nichant en grands nombres dans leur habitat. De plus, au cours des huit dernières années, une sous-population a succombé au déboisement. Dans les dernières décennies, deux populations historiques ont été détruites pour faire place à des habitations.

Lors des derniers relevés, réalisés avec de nombreux collaborateurs bénévoles bien informés, 21 212 individus florifères (unité de recensement de toutes les populations sauf une, que la présence des cormorans a réduite à 700 individus non florifères) ont été comptés dans l’ensemble des populations connues. À la fin des années 1980, l’effectif canadien de l’espèce se situait entre 14 000 et 16 000 individus, sans compter la population, non recensée, de l’île Hen (qui regroupe aujourd’hui plus de 5 000 individus). En supposant un effectif de 4 000 à 5 000 individus pour cette dernière, l’effectif réel de l’espèce devait alors être de l’ordre de 18 000 à 21 000 individus. N’eût été de l’impact des cormorans sur deux populations importantes (îles Middle et East Sister), l’effectif de la camassie faux-scille accuserait peut-être une augmentation, dont l’ampleur est toutefois incertaine, puisque des colonies encore jamais répertoriées ont été découvertes en 2001 près des populations connues de l’espèce. Dans l’ensemble, la situation de la camassie faux-scille au Canada semble plutôt stable.

Facteurs limitatifs et menaces

L’espèce est disparue de deux localités historiques (îles Bois Blanc et North Harbour) déboisées pour la construction d’habitations. Plus récemment, la population de l’île East Sister a été détruite par les colonies de cormorans à aigrettes, qui y nichent en grand nombre (5 000 individus et plus), détruisant les arbres forestiers comme la végétation herbacée. La population de l’île Middle est elle aussi menacée par la présence du cormoran à aigrettes. Une petite colonie située à l’extrémité nord du cap Fish a été détruite par le déboisement entrepris pour faire place à des chalets. Le même sort guette d’autres terrains privés de l’île Pelée, qui présente de plus en plus d’intérêt comme lieu de villégiature et d’habitation saisonnière.

La camassie faux-scille n’est considérée comme « non en péril » dans aucune partie de son aire. En Ontario et dans 11 États des États-Unis, elle est considérée de « gravement menacée » à « vulnérable ».

Importance de l’espèce

Les Autochtones de l’Ouest connaissaient diverses utilités pour certaines camassies, et les tribus de l’Est fréquentant le lac Érié faisaient probablement un usage analogue de la camassie faux-scille. L’espèce compte parmi les nombreux éléments de la flore carolinienne du Sud de l’Ontario.

Mandat du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) détermine le statut, au niveau national, des espèces, des sous-espèces, des variétés et des populations sauvages  canadiennes importantes qui sont considérées comme étant en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées à toutes les espèces indigènes des groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, lépidoptères, mollusques, plantes vasculaires, mousses et lichens.

Composition du COSEPAC

Le COSEPAC est composé de membres de chacun des organismes fauniques des gouvernements provinciaux et territoriaux, de quatre organismes fédéraux (Service canadien de la faune, Agence Parcs Canada, ministère des Pêches et des Océans, et le Partenariat fédéral sur la biosystématique, présidé par le Musée canadien de la nature), de trois membres ne relevant pas de compétence, ainsi que des coprésident(e)s des sous-comités de spécialistes des espèces et des connaissances traditionnelles autochtones. Le Comité se réunit pour étudier les rapports de situation des espèces candidates.

Définitions

Espèce
Toute espèce, sous-espèce, variété ou population indigène de faune ou de flore sauvage géographiquement définie.

Espèce disparue (D)
Toute espèce qui n’existe plus.

Espèce disparue du Canada (DC)
Toute espèce qui n’est plus présente au Canada à l'état sauvage, mais qui est présente ailleurs.

Espèce en voie de disparition (VD)Note de bas de page1
Toute espèce exposée à une disparition ou à une extinction imminente.

Espèce menacée (M)
Toute espèce susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitatifs auxquels elle est exposée ne sont pas renversés.

Espèce préoccupante (P)Note de bas de page2
Toute espèce qui est préoccupante à cause de caractéristiques qui la rendent particulièrement sensible aux activités humaines ou à certains phénomènes naturels.

Espèce non en péril (NEP)Note de bas de page3
Toute espèce qui, après évaluation, est jugée non en péril.

Données insuffisantes (DI)Note de bas de page4
Toute espèce dont le statut ne peut être précisé à cause d’un manque de données scientifiques.

 

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le comité avait pour mandat de réunir les espèces sauvages en péril sur une seule liste nationale officielle, selon des critères scientifiques. En 1978, le COSEPAC (alors appelé CSEMDC) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. Les espèces qui se voient attribuer une désignation lors des réunions du comité plénier sont ajoutées à la liste.

 

Service canadien de la faune

Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.

 

Notes de bas de page

Note de bas de page 1

Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu’en 2000.

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Note de bas de page 2

Appelée « espèce rare » jusqu’en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.

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Note de bas de page 3

Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».

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Note de bas de page 4

Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu’en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999.

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Information sur l’espèce

Nom et classification

La camassie faux-scille (Camassia scilloides [Raf.] Cory) est une monocotylédone, de la famille des Liliacées. Dans la partie nord de son aire, elle forme un taxon distinct. On trouve dans le premier rapport de situation du COSEPAC sur la camassie faux-scille au Canada (Oldham, 1988) des détails concernant les taxons infraspécifiques et les espèces apparentées.

Description

La camassie faux-scille est une herbacée vivace à floraison printanière, à feuilles et à hampe florale émergeant d’un bulbe. Les feuilles, basilaires, sont linéaires et carénées. La hampe florale peut atteindre 70 cm de longueur et porte jusqu’à une centaine de fleurs en forme d’étoiles, à six pétales de blanc à bleu pâle et à anthères jaunes. On trouve une description détaillée de l’espèce dans Oldham (1988), ainsi que des photographies sur les sites Web d’Environnement Canada et du MRO/MRNO, au chapitre des espèces en péril (voir également la figure 1).

Figure 1. Inflorescence du Camassia scilloides (D. Kirk, ministère des Richesses naturelles de l’Ontario)

Figure 1.    Inflorescence du Camassia scilloides (D. Kirk, ministère des Richesses  naturelles de l’Ontario).

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Répartition

Répartition mondiale

La camassie faux-scille se trouve à l’état sauvage dans la vallée du Mississippi et au-delà, depuis l’Ouest de la Pennsylvanie jusqu’au lac Érié et au Sud du Wisconsin, depuis le Nord-Ouest de la Géorgie et vers le sud jusqu’à l’Est du Texas. On trouve des cartes montrant l’aire de répartition de l’espèce dans Oldham (1988) et dans White et al. (1982). Ces cartes sont reproduites sur le site Web du MRO/MRNO (voir aussi la figure 2).

Figure 2. Répartition mondiale du Camassia scilloides (d’après White et al., 1982)

Figure 2.  Répartition mondiale du Camassia scilloides (d’après White et al., 1982).

Répartition canadienne

Au Canada, la camassie faux-scille ne se trouve plus que dans les îles du lac Érié. Autrefois, on la trouvait aussi à l’île Bois Blanc, dans la rivière Détroit, mais cette population est disparue. Le rapport d’Oldham (1988) et le site Web d’Environnement Canada contiennent des cartes montrant l’aire de répartition canadienne de l’espèce. La figure 3 montre l’aire actuelle de l’espèce au Canada.

Figure 3. Répartition du Camassia scilloides au Canada (îles ontariennes du lac Érié); toutes les populations représentées par des cercles existaient en 2001, tandis que celle de l’île East Sister, représentée par un carré, est disparue récemment.

Figure 3.    Répartition du Camassia scilloides au Canada (îles ontariennes du lac Érié); toutes les populations représentées par des cercles existaient en 2001, tandis que celle de l’île East Sister, représentée par un carré, est disparue récemment.

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Habitat

Exigences de l’espèce 

Au Canada, la camassie faux-scille pousse dans les forêts claires de feuillus, ainsi que dans les broussailles d’aubépine, sur des sols riches argileux à organiques, à substratum calcaire gisant près de la surface. Le climat est adouci par les eaux du lac Érié, la saison de végétation est longue, et les étés sont généralement secs.

Tendances

Au cours des 10 à 20 dernières années, l’habitat de l’espèce, principalement dans l’île Pelée, ne s’est pas beaucoup rétréci. Par contre, il s’est fortement dégradé dans les îles où niche le cormoran à aigrettes (East Sister et Middle), ce qui a entraîné un déclin des populations. La population de l’île East Sister a complètement disparu. Celle de l’île Middle est réduite à environ 15 p. 100 de son effectif antérieur, et il ne reste plus que des individus végétatifs dominés par la végétation environnante. L’habitat d’une population non dénombrée du cap Mosquito (extrémité nord du cap Fish) a été détruit pour faire place à des chalets. Certaines populations sont demeurées stables par rapport aux estimations très approximatives faites dans les années 1980, et leur habitat ne semble pas avoir beaucoup changé.

Protection et propriété des terrains

L’île Middle est sous l’administration du parc national de la Pointe-Pelée, tandis que l’île East Sister et le cap Fish sont des réserves naturelles provinciales. L’alvar du chemin Stone est une réserve naturelle, propriété conjointe de la Federation of Ontario Naturalists, de la Société canadienne pour la conservation de la nature et de l’Office de protection de la nature de la région d’Essex. Certains terrains contigus appartiennent à des particuliers qui attachent de l’importance à la conservation de la nature. Pour l’un de ces terrains, la Société canadienne pour la conservation de la nature détient une servitude de conservation du patrimoine. L’île Hen appartient au Quinnebog Fishing Club (Ohio). Les autres populations se trouvent sur des terrains privés.

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Biologie

Généralités

La camassie faux-scille fleurit au milieu du printemps, entre la mi-mai et la fin mai, période où les insectes pollinisateurs sont abondants. Comme les autres plantes printanières éphémères des forêts, la camassie faux-scille perd ses feuilles et sa hampe florale avant le milieu de l’été. D’après les observations en milieu naturel, la plante produit une grande quantité de graines. Les graines germent au printemps suivant, dès que le sol se réchauffe (observation de l’auteur dans son jardin). Les graines, dures et sèches, ne semblent pas recherchées par les fourmis ni d’autres agents éventuels de dissémination; il semble plutôt que les capsules, une fois sèches et ouvertes, laissent simplement échapper les graines du haut de la longue hampe fructifère. Selon Oldham (1988), la multiplication végétative par rejets du bulbe n’est pas courante. Les observations effectuées sur le terrain pour le présent rapport confirment cette constatation.

Reproduction

Les jours ensoleillés, les fleurs sont butinées par une multitude d’insectes (papillons, bourdons, halictes, petites abeilles solitaires, bombyles et syrphes), mais ceux-ci sont rares ou absents les jours nuageux ou pluvieux.

Des individus ont été sortis de terre pour vérifier si l’espèce se propage par voie végétative. Plusieurs bulbes parvenus à maturité ont été examinés attentivement, et aucun ne présentait de rejets ou de bulbilles. Toutefois, un nombre considérable de bulbes de petite taille se trouvaient parmi les bulbes de pleine taille et manifestement séparés de ces derniers, de sorte qu’on peut penser qu’il s’agit de semis de différents âges. La présence au sein d’une même colonie de fleurs de différentes couleurs (blanches, bleu très pâle et bleu pâle) témoigne d’une variabilité génétique qui ne se trouverait pas dans une colonie se multipliant uniquement par voie végétative et confirme la conclusion concernant l’origine des bulbes de petite taille.

Survie

Le fait que les sites de la camassie faux-scille ne se soient pratiquement pas déplacées au cours des deux dernières décennies indique que la plante a probablement une longue vie. Depuis peu, la prolifération rapide des colonies de cormorans pose une menace pour la survie de la camassie. Ces oiseaux se trouvent en grands nombres dans les petites îles où pousse la camassie et ont sur l’espèce un impact direct par leur piétinement du sol et un impact indirect par l’action de leurs fientes, qui tuent une grande partie de la végétation, y compris les arbres dans lesquels ils nichent. L’habitat de l’espèce est alors envahi par des mauvaises herbes qui forment une couverture dense. Pas plus tard qu’en 1993, les aires de nidification du cormoran dans l’île Middle étaient considérées comme aires d’espèces animales rares. La population de camassie faux-scille de l’île Middle a perdu une part importante de son effectif, et celle de l’île East Sister n’a pas été retrouvée lors des relevés effectués en mai 2001. Aucun des sites de l’espèce ne présente de signes de broutage important ou de déracinement de bulbes.

Dissémination

Les graines sont dispersées au moment de la déhiscence des capsules, encore attachées au pied ou tombées au sol, de sorte qu’elles demeurent tout près des individus porteurs. Anguleuses, sèches et dures, elles ne semblent posséder aucune adaptation particulière favorisant la dissémination. Le regroupement des individus en touffes, la coexistence de fleurs de différentes couleurs et la présence d’un grand nombre d’individus non florifères parmi les individus reproducteurs sont autant d’indices d’une dissémination locale. Par ailleurs, on observe parfois dans un même habitat plusieurs colonies voisines poussant en groupes serrés; le mécanisme donnant lieu à l’établissement d’une nouvelle colonie n’est pas encore élucidé.

Nutrition et interactions interspécifiques

Les colonies de camassie faux-scille poussant sur des sols riches partiellement ombragés sont vigoureuses, même dans les cas où le sol ne dépasse guère 10 cm d’épaisseur (observation faite dans l’alvar du chemin Stone). Il semble que la présence d’insectes butineurs joue un rôle important dans la production de graines, mais pour le confirmer, il faudrait mettre un certain nombre de fleurs à l’abri des butineurs, puis comparer leur production avec celle de fleurs butinées.

Le cormoran à aigrettes a un effet dévastateur sur les populations de la camassie faux-scille : aucun individu de l’espèce n’a été observé dans l’île East Sister en 2000 (M.J. Oldham, comm. pers.) ni en mai 2001 (travaux sur le terrain pour le présent rapport), et les relevés effectués en mai 2001 dans l’île Middle ont révélé une forte baisse de cette population.

Adaptabilité

Dans les îles du lac Érié, l’espèce pousse sur des sols riches plus ou moins profonds et à substratum calcaire, où l’ombrage des arbres forestiers est de léger à modéré. Plus au sud, on la trouve dans les boisés de plaines inondables, où le sol est généralement profond.

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Taille et tendances des populations

Un nouveau relevé des populations a été réalisé en 2001. Le tableau 1 compare les résultats avec ceux de relevés antérieurs. Le nombre d’individus indiqué pour 2001 correspond au nombre de hampes florales (une par bulbe). Les bulbes non reproducteurs n’ont pas été comptés (sauf pour l’île Middle), car il est très difficile de les distinguer, par les feuilles, entre eux et avec les individus florifères. Les relevés antérieurs sont très approximatifs, et il n’en existe aucun pour l’île Hen. En supposant que dans cette dernière la population se soit maintenue depuis les années 1980, on obtient un effectif total pratiquement inchangé, et l’écart entre les années 1980 et aujourd’hui ne constitue probablement pas une augmentation importante.

Tableau 1.  Populations de Camassia scilloides en Ontario
StatutPopulationLocalitéCore, 1948Oldham, 1988Relevé de 2001
 1. Île Pelée
  • Cap Fish, site 1
  • Cap Fish, site 2
 
  • 325-375
  • 150-200
Total : 2 090
 2. Île Pelée,
  • Alvar du chemin Stone, site 1
  • Alvar du chemin Stone, site 2
  • Alvar du chemin Stone, site 3
 
  • 1 000-2 000
  • 1
  • 3
Total : 4 485
 3.
  • Cap Middle
  • Est de Middle Point (nouveau site)
 2 500-3 000
  • 4 750
  •    112
 4.
  • Île Middle
  • Sud de l’île Middle (nouveau site)
 5 000+
  • (700 individus végét.)
  • 865
 5.Île Middle Sister+5 000+3 230
 6.Île Hen++5 680
Disparue du Canada1a.Île Pelée, cap Fish, cap Mosquito #  0
Disparue du Canada7.île East Sister 100-3000
Disparue du Canada8.Île North Harbour+0* 
Disparue du Canada9.Île Bois Blanc (rivière Détroit)(observée pour la dernière fois en 1882)0* 
 Total  14 000-16 00021 212 en fleurs

+ = présence (nombre non précisé)
0 = absence
* = habitat transformé ou détruit, non retrouvé lors des recherches poussées effectuées récemment par Oldham et Waldron.
# = Kamstra et al., 1993; population répertoriée, mais non dénombrée.

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Facteurs limitatifs et menaces

L’activité humaine a fait disparaître trois populations de l’espèce : celle du cap Mosquito (sous-population du cap Fish), qui a succombé à la transformation de son habitat pour la construction de chalets il y a moins de dix ans, celle de l’île North Harbour, mentionnée par Core (1948), et celle de l’île Bois Blanc, dont on possède des spécimens récoltés par Macoun en 1882.

Le nombre de cormorans à aigrettes fréquentant la région des Grands Lacs inférieurs a fortement augmenté depuis quelques années. Ces oiseaux, qui nichent dans plusieurs îles du lac Érié, exercent une pression considérable sur la camassie faux-scille comme sur d’autres espèces animales et végétales, en particulier les plantes herbacées, par leur piétinement du sol et par l’action de leurs riches fientes. Ainsi, la camassie faux-scille a été complètement anéantie dans l’île East Sister, et la grande population de l’île Middle a connu un déclin important de son effectif.

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Importance de l'espèce

Les bulbes des Camassia, riches en amidon, sont comestibles. Les espèces de l’Ouest (C. leichtlinii et C. quamash) faisaient partie du régime alimentaire des Autochtones et des explorateurs européens. Native American Ethnobotany Database de D. Moerman comprend 76 mentions de Camassia (certaines parmi les plus anciennes concernent le C. scilloides, mais il s’agit dans tous les cas de l’espèce sensu lato, et non dans son acception actuelle). Les Autochtones fréquentant la région des Grands Lacs faisaient probablement le même usage de la camassie faux-scille et l’ont peut-être même introduite, accidentellement ou intentionnellement, dans les îles du lac Érié.

On trouve souvent des bulbes de Camassia dans les commerces de produits horticoles spéciaux, mais il s’agit le plus souvent des espèces de l’Ouest (C. leichtlinii et C. quamash).

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Évaluation et statut proposé

Protection actuelle ou autres désignations 

L’organisme The Nature Conservancy a attribué au Camassia scilloides la cote G4G5 à l’échelle mondiale, mais l’espèce n’est considérée « non en péril » (S5) ou « non menacée de façon évidente » (S4) ni en Ontario ni dans aucun des États américains. D’après les évaluations les plus récentes (2000; voir le site Web NatureServe), la camassie faux-scille figure sur la liste des espèces très fortement menacées (S1) en Caroline du Nord, en Pennsylvanie et au Wisconsin, sur la liste des espèces menacées (S2) en Géorgie, en Louisiane, au Michigan, au Mississippi, en Caroline du Sud, en Virginie et en Ontario et sur la liste des espèces vulnérables (S3) en Indiana et en Iowa.

Bien qu’elle figure sur la liste des espèces préoccupantes du COSEPAC, la camassie faux-scille ne bénéficie d’aucun statut officiel en Ontario. En mai 2001, une proportion importante des populations de l’espèce n’était pas menacée. Cependant, depuis que le cormoran niche dans les îles du lac Érié, la population de l’île East Sister a disparu et celle de l’île Middle, beaucoup plus importante, a connu un déclin important. La transformation de l’habitat au profit de la construction d’habitations a entraîné la disparition des populations du cap Mosquito (récemment) et des îles North Harbour et Bois Blanc (populations historiques).

Évaluation de la situation et recommandation de l’auteur

La comparaison des nombres de 2001 avec les estimations antérieures ne révèle aucun changement important de l’effectif canadien de l’espèce. Les relevés plus poussés effectués en 2001 ont mené à la découverte de populations non encore récensées, de sorte que la légère augmentation constatée n’est probablement pas considérable. Plusieurs sites sont complètement disparus (île East Sister, cap Mosquito) ou ont fortement baissé (île Middle) depuis le premier rapport de situation, rédigé en 1988. Parmi ceux qui subsistent, certains se trouvent dans des réserves naturelles fédérales, provinciales ou appartenant à des organismes non gouvernementaux, tandis que d’autres ne bénéficient d’aucune protection et subissent la pression de l’exploitation que connaît l’île Pelée, notamment pour des habitations saisonnières. Cette menace pourrait également peser sur l’île Middle Sister.

Statut proposé : espèce menacée. L’habitat de la camassie faux-scille a été transformé par les cormorans dans les îles East Sister et Middle et détruit pour faire place à des habitations dans les îles North Harbour et Bois Blanc, ainsi qu’au cap Mosquito (nord du cap Fish). Plusieurs localités abritant l’espèce ne bénéficient d’aucune protection juridique et sont susceptibles d’être déboisées : terres du cap Middle, terrains privés situés près de l’alvar du chemin Stone et de l’île Middle Sister. La population de l’île Hen se trouve sur un terrain appartenant à un club de pêche établi depuis longtemps, où la forêt est envahie par l’alliaire officinale et l’érable de Norvège. La présence de ces espèces a pour effet d’augmenter la concurrence pour les ressources et le niveau d’ombrage créé par le couvert forestier, et on peut craindre à plus ou moins brève échéance une forte incidence sur la camassie faux-scille et d’autres herbacées rares.

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Résumé technique

Camassia scilloides

Camassie faux-scille – Wild Hyacinth

Zone d’occurrence au Canada :

Ontario, îles du lac Érié seulement

Information sur la répartition

Zone d’occurrence (km²) :

4,5 km²

Préciser la tendance (en déclin, stable, en croissance, inconnue) :

table, mais certains habitats ne bénéficient d’aucune protections

Y a-t-il des fluctuations extrêmes dans la zone d’occurence (ordre de grandeur > 1)?

non

Zone d’occupation (km²) :

1,1 km²

Préciser la tendance (en déclin, stable, en croissance, inconnue) :

stable, mais certaines populations sont disparues et d’autres ne bénéficient d’aucune protection

Y a-t-il des fluctuations extrêmes dans la zone d’occupation (ordre de grandeur > 1)?

non

Nombre d’emplacements existants :

6

Préciser la tendance du nombre d’emplacements (en déclin, stable, en croissance, inconnue) :

1 complètement détruit, 1 fortement dégradé, les autres stables

Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre d’emplacements (ordre de grandeur >1)?

non

Tendance de l’habitat : préciser la tendance de l’aire, de l’étendue ou de la qualité de l’habitat (en déclin, stable, en croissance ou inconnue) :

actuellement stable, mais non protégé sur les terrains privés

Information sur la population

Durée d’une génération (âge moyen des parents dans la population : indiquer en années, en mois, en jours, etc.) :

probablement de 2 à 4 ans

Nombre d’individus matures (reproducteurs) au Canada (ou préciser une gamme de valeurs plausibles) :

21 200

Tendance de la population quant au nombre d’individus matures (en déclin, stable, en croissance ou inconnue) :

légère augmentation, peut-être attribuable à un recensement plus poussé

S’il y a déclin, % du déclin au cours des dernières/prochaines dix années ou trois générations, selon la plus élevée des deux valeurs (période de 18 ans) :

1 population complètement disparue, une réduite à 15 p. 100 de son effectif antérieur au cours des 13 dernières années

Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre d’individus matures (ordre de grandeur > 1)?

les individus vivent longtemps, et les populations sont essentiellement stables

La population totale est-elle très fragmentée (la plupart des individus se trouvent dans de petites populations relativement isolées (géographiquement ou autrement) entre lesquelles il y a peu d’échanges, c.-à-d. migration réussie de  < 1 individu/année)?

effectif total réparti entre plusieurs îles; certains échanges au sein des grands sites

Énumérer chaque population et donner le nombre d’individus matures dans chacune.

  1. Cap Fish (île Pelée) : 2 090
  2. Alvar ch. Stone (î. P.: 4 485
  3. Cap Middle (î. P.) : 4 860
  4. Île Middle : 865
  5. Île Middle Sister : 3 230
  6. Île Hen : 5 680
  7. Île East Sister : 0

Préciser la tendance du nombre de populations (en déclin, stable, en croissance, inconnue) :

1 complètement disparue; 1 fortement en déclin; 5 stables

Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre de populations (ordre de grandeur >1)?

non, sauf pour la population disparue et celle fortement en déclin

Menaces (réelles ou imminentes pour les populations ou les habitats)

  • cormorans nichant dans deux îles (East Sister et Middle)
  • aménagement du terrain pour la construction d’habitations saisonnières (en cours à la pointe Mosquito; éventuel dans le reste de l’île Pelée et à l’île Middle Sister; les sites historiques des îles Bois Blanc et North Habour sont déjà disparues pour faire place à des habitations)

Effet d’une (immigration de source externe)

L’espèce existe-t-elle ailleurs (au Canada ou à l’extérieur)? Au Canada : non; aux États-Unis :

oui

Statut ou situation des populations de l’extérieur?

Aux États-Unis : S1 dans 3 États, S2 dans 6, S4 ou S5 dans aucun

Une immigration a-t-elle été constatée ou est-elle possible?

très peu probable

Des individus immigrants seraient-ils adaptés pour survivre à l’endroit?

probablement, si les individus proviennent d’un État du Nord

Y a-t-il suffisamment d’habitat disponible pour les individus immigrants à l’endroit en question?

l’habitat non menacé est déjà occupé; il y a un problème de perte et de dégradation d’habitat

Analyse quantitative

1 population disparue et 1 fortement en déclin depuis 13 ans.

Effectif des populations recensées :
  • 1988 : 14 975;
  • printemps 2001 : 15 520 (recherche plus poussée).

 

 

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Remerciements

L’auteur remercie Gerry Waldron, Lindsay Rodger, Mary Celestino, John Celestino, Paul O’Hara, Bruno Sfalcin et Elenor Sfalcin pour leur participation aux travaux effectué sur le terrain en mai 2001. Gerry Waldron a aussi fourni de l’information sur les relevés effectués à l’île Bois Blanc en 1999 et dans des habitats semblables situés près des alvars d’Amherstburg. Mike Oldham a fourni les mentions de l’espèce répertoriées par le Centre d’information sur le patrimoine naturel et a bien voulu partager ses propres observations. Lyle Geaucreau a bravé la brume et les écueils du lac Érié pour transporter l’équipe dans son bateau, guidé par un système Garmin GPS-12, une carte empruntée et les connaissances en navigation de l’auteur, qui n’avaient pas servi depuis longtemps. Scott Hughes a fait office de photographe durant l’expédition. Le présent rapport a été financé par le Service canadien de la faune d’Environnement Canada.

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Ouvrages cités

CIRN (Centre d’information sur le patrimoine naturel de l’Ontario). 2000. NHIC Element Report for Camassia scilloides.

Core, E.L. 1948. The Flora of the Erie Islands. Ohio State University, F.T. Stone Lab. Contrib. No. 9.

Kamstra, J., M.J. Oldham et P.A. Woodliffe. 1993. A Life Science Inventory and Evaluation of Six Natural Areas in the Erie Islands (Ontario). Ministère des richesses naturelles de l’Ontario, District de Chatham. 140 p. + cartes.

Oldham, M.J. 1983. Environmentally Significant Areas of the Essex Region. Office de protection de la nature de la région d’Essex, Essex (Ontario). 426 p.

Oldham, M.J. 1988. Status Report on Wild Hyacinth, Camassia scilloides (Raf.) Cory, a threatened species in Canada. Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada, Ottawa.

White, D.J., R.V. Maher et G.W. Argus. 1982. Camassia scilloides (Raf.) Cory. Page non numérotée, in G.W. Argus, K.M. Pryer, D.J. White et C.J. Keddy (éd.), 1982-1987. Atlas des plantes vasculaires rares de l’Ontario. Musée national des sciences naturelles, Ottawa.

Sites Web pertinents 

Environnement Canada : Espèces en péril au Canada (www.especesenperil.gc.ca/)

Native American Ethnobotany Database, compilée par Daniel Moerman (http://herb.umd.umich.edu/)

NatureServe, Association for Biodiversity Information

Centre d’information sur le patrimoine naturel de l’Ontario (CIPN) (www.mnr.gov.on.ca/MNR/nhic/nhic_f.html)

MRO/MRNO : Musée royal de l’Ontario et ministère des Richesses naturelles de l’Ontario, Espèces en péril (www.rom.on.ca/index_fr.html)

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Sommaire biographique du contractuel

John Ambrose a commencé à travailler à l’Arboretum de la University of Guelph en 1974, après avoir obtenu un doctorat en botanique de la Cornell University. Pendant qu’il était conservateur à l’Arboretum, il a mis sur pied un programme d’étude des plantes ligneuses rares de la région carolinienne du Sud de l’Ontario, qui comprenait des inventaires, des rapports de situation et des études détaillées de la démographie et de la biologie de reproduction de différentes espèces. Après 17 années de service à l’Arboretum, il a occupé le poste de conservateur du département de botanique et directeur du département d’horticulture au zoo de Toronto, où son intérêt croissant pour la restauration des habitats naturels l’a amené à organiser, en plus des expositions régulières, des expositions d’habitats naturels reconstitués et à mettre sur pied un programme de remise à l’état d’origine des terres situées en périphérie du zoo. Il a quitté le zoo en 1999 afin d’enseigner un nouveau cours sur la restauration des habitats naturels à la University of Guelph. Aujourd’hui, il travaille à son propre compte dans le domaine du rétablissement des espèces en péril; il fait notamment partie de trois équipes travaillant au rétablissement des espèces forestières caroliniennes.

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Experts consultés

L’auteur a obtenu de Parcs Canada et du ministère des Richesses naturelles de l’Ontario l’autorisation de se rendre sur les terres publiques. Il a aussi consulté les personnes suivantes : Mike Oldham du Centre d’information sur le patrimoine naturel, Allen Woodliffe, Gerry Waldron, ainsi que deux propriétaires bien informés de l’île Pelée, Mary Celestino et Ben Porchuk.

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Collections examinées

Étant donné l’information contenue dans la base de données du Centre d’information sur le patrimoine naturel de l’Ontario (CIPN, 2000) et dans le premier rapport de situation du COSEPAC sur la camassie faux-scille au Canada (Oldham, 1988), il a été décidé de faire porter la recherche sur la totalité des sites mentionnés pour les îles du lac Érié. La situation actuelle en ce qui a trait à la densité des populations et à d’autres paramètres a été comparée avec la situation antérieure. La présente évaluation de la situation de l’espèce a nécessité environ 64 heures-personnes de travail sur le terrain.

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