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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le tritéléia de Howell (Triteleia howellii) au Canada

Résumé

Tritéléia de Howell
Triteleia howellii

Information sur l’espèce

Le tritéléia de Howell, Triteleia howellii (S. Wats.) Greene, appartient à la famille des liliacées et à un genre qui compte en Amérique du Nord 14 espèces, dont trois poussent en Colombie-Britannique et au Canada. Le Triteleia howellii est une plante herbacée vivace à cormus (bulbe solide) profond, presque sphérique, fibreux-écailleux, de couleur paille. La tige florifère est dressée, mesure de 20 à 50 cm de hauteur et comporte une ou deux feuilles basilaires glabres, étroites et linéaires. Les feuilles, à base engainante et à marge entière, mesurent de 20 à 40 cm de longueur et de 3 à 8 mm de largeur. Le périanthe, en forme de vase ou de cloche étroite, comporte six pièces blanchâtres à bleues, soudées en un tube long de 1,5 à 2 cm. Les lobes du périanthe, pétaloïdes, légèrement gaufrés et à peu près aussi longs que le tube, sont répartis en deux verticilles. Les trois lobes externes sont largement lancéolés, tandis que les trois internes sont oblongs-ovés. Le fruit est une capsule pédicellée ovoïde contenant des graines noires arrondies.

Répartition

Le Triteleia howellii se rencontre depuis le Sud-Ouest de la Colombie-Britannique jusqu’au Nord de la Californie, en passant par l’État de Washington et l’Oregon. Au Canada, le T. howellii n’a été observé que dans le Sud-Est de l’île de Vancouver, dans le Sud-Ouest de la Colombie-Britannique.

Habitat

Les sites du Triteleia howellii sont limités au Sud-Est de l’île de Vancouver, en Colombie-Britannique, dans l’écosystème du Quercus garryana, qui se trouve dans la zone côtière à douglas (Pseudotsuga menziesii) du Sud-Est de l’île de Vancouver, dans certaines îles du golfe de Georgie et sur une étroite bande du continent adjacent. Cette zone est située dans une région de faibles précipitations protégée par les montagnes de la presqu’île Olympic et de l’île de Vancouver, ce qui favorise un climat méditerranéen aux étés chauds et secs et aux hivers doux et humides. Plus précisément, le T. howellii pousse dans des peuplements de Quercus garryana et dans des terrains fortement perturbés, dominés par les mauvaises herbes, situés dans des cours privées et en bordure de routes. Le peuplement de Quercus garryana de la réserve de chênes de Garry de Cowichan est considéré comme une communauté végétale de type Quercus garryana / Dactylis glomerata et caractérisé par des sols foncés ayant jusqu’à un mètre de profondeur. Le Triteleia howellii pousse aussi dans un peuplement de Quercus garryana-Arbutus menziesii, au pied d’affleurements rocheux où la strate arbustive est plus abondante, avec une couverture importante de Mahonia aquifolium et d’Holodiscus discolor.

Biologie

On sait peu de choses sur la biologie du Triteleia howellii dans l’ensemble de son aire de répartition. L’espèce se reproduit par ses graines ainsi que par le cormus, qui peut se diviser ou produire de nombreux bulbilles.

Taille et tendances des populations

Au Canada, on a récolté le Triteleia howellii dans 12 sites, tous situés dans le Sud-Est de l’île de Vancouver. Neuf de ces sites ont été confirmés depuis 1997; on ne connaît pas la situation de la plante dans les trois autres (les populations y ont probablement disparu). La superficie occupée par les populations varie de 1  à plus de trois ou de quatre hectares; le nombre de plantes dans chaque population varie d’un seul individu à plus de 450.

Facteurs limitatifs et menaces

La menace la plus directe et la plus immédiate qui pèse sur le Triteleia howellii est la destruction de son habitat. Les communautés de Quercus garryana, confinées à la rive sud de l’île de Vancouver et à certaines des îles Gulf, sont en effet situées dans des zones fortement urbanisées. L’extinction des incendies et la propagation d’espèces introduites constituent d'autres facteurs limitatifs. L’une des espèces introduites les plus dévastatrices, le Cytisus scoparius (genêt à balais), est devenue un arbuste dominant dans les terrains xériques exposés, dans tout le Sud-Est de l’île de Vancouver et aux îles Gulf. Enfin, la dispersion de l’espèce vers de nouvelles localités est probablement limitée, et certaines populations composées d'un très petit nombre d’individus pourraient être menacées de dépression de consanguinité, de dérive génétique et de baisse du succès reproducteur.

Importance de l’espèce

Le Triteleia howellii pousse dans un seul écosystème au Canada, soit la forêt de chêne de Garry, qui est lui-même confiné à la zone côtière à douglas, dans le Sud-Est de l’île de Vancouver, quelques îles du golfe de Georgie et une étroite bande du continent adjacent en Colombie-Britannique. L’écosystème du chêne de Garry est un milieu unique au Canada; il s'agit de la limite septentrionale de ce type de végétation, qui se rencontre plus souvent dans le Sud. La limite nord de l’espèce se trouve aussi dans cette région. L’importance de ces populations périphériques, notamment en ce qui a trait à leurs caractéristiques génétiques, doit encore faire l'objet d'études plus poussées. Le cormus est comestible et, comme ceux des espèces apparentées, pourrait avoir servi d’aliment aux peuples autochtones.

Protection actuelle et autres désignations

À l’échelle mondiale, le T. howellii est classé G3G4, ce qui signifie qu’il est « apparemment hors de danger ». Il est considéré comme « en péril » (imperiled) en Californie. Au Canada, à l’échelle nationale, l’espèce est classée N2, et à l’échelle provinciale, elle est considérée comme faisant partie de la « liste rouge » et classée S2 ou « en péril » (imperiled) (deuxième catégorie de danger en importance) par le Centre de données sur la conservation du B.C. Ministry of Sustainable Resource Management. Il n’existe toutefois à l’heure actuelle aucune loi sur les espèces en péril protégeant spécifiquement les plantes vasculaires classées à ce niveau de risque critique dans la province.

Résumé du rapport de situation

En Colombie-Britannique, on ne connaît que neuf populations de Triteleia howellii, dont certaines ne comptent qu’un très petit nombre d’individus, ce qui les expose à la dépression de consanguinité, à la dérive génétique et à une baisse du succès reproducteur. La présence d’espèces exotiques agressives, la dégradation des écosystèmes où pousse l’espèce et la destruction directe de l’habitat menacent sa survie à long terme dans la province. Sa capacité de dispersion vers de nouveaux sites est donc très limitée. Aucune loi particulière ne protège actuellement les plantes vasculaires rares et en voie de disparition en Colombie-Britannique. Les populations de T. howellii de la province se trouvent à la limite nord de l’aire de répartition de l’espèce et pourraient constituer des populations génétiquement distinctes, importantes pour la survie à long terme et l’évolution de l’espèce.

Mandat du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) détermine le statut, au niveau national, des espèces, des sous-espèces, des variétés et des populations sauvages  canadiennes importantes qui sont considérées comme étant en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées à toutes les espèces indigènes des groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, lépidoptères, mollusques, plantes vasculaires, mousses et lichens.

Composition du COSEPAC

Le COSEPAC est composé de membres de chacun des organismes fauniques des gouvernements provinciaux et territoriaux, de quatre organismes fédéraux (Service canadien de la faune, Agence Parcs Canada, ministère des Pêches et des Océans, et le Partenariat fédéral sur la biosystématique, présidé par le Musée canadien de la nature), de trois membres ne relevant pas de compétence, ainsi que des coprésident(e)s des sous-comités de spécialistes des espèces et des connaissances traditionnelles autochtones. Le Comité se réunit pour étudier les rapports de situation des espèces candidates.

Définitions

Espèce
Toute espèce, sous-espèce, variété ou population indigène de faune ou de flore sauvage géographiquement définie.

Espèce disparue (D)
Toute espèce qui n’existe plus.

Espèce disparue du Canada (DC)
Toute espèce qui n’est plus présente au Canada à l'état sauvage, mais qui est présente ailleurs.

Espèce en voie de disparition (VD)Note de bas de pagea
Toute espèce exposée à une disparition ou à une extinction imminente.

Espèce menacée (M)
Toute espèce susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitatifs auxquels elle est exposée ne sont pas renversés.

Espèce préoccupante (P)Note de bas de pageb
Toute espèce qui est préoccupante à cause de caractéristiques qui la rendent particulièrement sensible aux activités humaines ou à certains phénomènes naturels.

Espèce non en péril (NEP)Note de bas de pagec
Toute espèce qui, après évaluation, est jugée non en péril.

Données insuffisantes (DI)Note de bas de paged
Toute espèce dont le statut ne peut être précisé à cause d’un manque de données scientifiques.

 

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le comité avait pour mandat de réunir les espèces sauvages en péril sur une seule liste nationale officielle, selon des critères scientifiques. En 1978, le COSEPAC (alors appelé CSEMDC) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. Les espèces qui se voient attribuer une désignation lors des réunions du comité plénier sont ajoutées à la liste.

 

Service canadien de la faune

Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.

 

Note de bas de page a

Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu’en 2000.

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Note de bas de page b

Appelée « espèce rare » jusqu’en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.

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Note de bas de page c

Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».

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Note de bas de page d

Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu’en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999.

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