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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le tritéléia de Howell (Triteleia howellii) au Canada

Facteurs limitatifs et menaces

La menace la plus directe et la plus immédiate qui pèse sur le Triteleia howellii est la destruction de son habitat. Sa dispersion vers de nouveaux sites est donc très limitée, ce qui est particulièrement préoccupant dans les prés dominés par les graminées souvent associés aux communautés de Quercus garryana, confinées à la rive Sud-Est de l'île de Vancouver et à certaines des îles Gulf. Ce type de végétation était beaucoup plus commun avant la colonisation par les Européens. La destruction de l’habitat se poursuit encore de nos jours, entraînant l’élimination de la plupart des sites situés hors des parcs ou des réserves écologiques. Les communautés de Q. garryana et les prés dominés par les graminées ont toujours été fortement influencés par l’activité humaine. Selon Roemer (1972), en l'absence d'interférence anthropique, certains de ces peuplements auraient fini par être remplacés par des forêts de Pseudotsuga menziesii.

L’extinction des incendies au cours du dernier siècle pourrait aussi avoir contribué au déclin des populations du Triteleia howellii. En effet, la plupart des communautés végétales où l’on a récolté l’espèce survivaient vraisemblablement autrefois grâce aux incendies périodiques d’origine naturelle ou artificielle. Les peuples autochtones mettaient probablement le feu à ces peuplements pour qu’ils demeurent un habitat important pour la faune (Roemer, 1972). Depuis, comme ces sites n’ont guère été perturbés, ils ont été envahis par un grand nombre d'autres espèces, notamment introduites, qui y ont proliféré.

L’introduction d’espèces européennes a provoqué des changements considérables non seulement dans les prés dominés par les graminées associés au Quercus garryana, mais aussi dans les terrains rocheux xériques situés au Nord et à l’Ouest de Victoria, où le Triteleia howellii a été récolté dans le passé. L’une des espèces introduites les plus dévastatrices, le Cytisus scoparius (genêt à balais), est devenue un arbuste dominant dans les terrains xériques exposés, dans tout le Sud-Est de l’île de Vancouver et aux îles Gulf. La végétation est en grande partie dominée aujourd’hui par des graminées introduites, notamment l’Aira praecox (canche précoce), l’Anthoxanthum odoratum (flouve odorante), le Cynosurus echinatus et le Dactylis glomerata.

Il n’existe dans la province que neuf populations connues, dont certaines ne comptent qu’un très petit nombre d’individus. Une fois son effectif réduit, la population devient plus vulnérable aux variations démographiques et environnementales, de même qu’à la baisse de la variabilité génétique. Dans certains cas, les petites populations sont exposées à la dépression de consanguinité, à la dérive génétique et à la baisse du succès reproducteur (Primack, 1998).