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CHOUETTE TACHETÉE DU NORD (Strix occidentalis caurina)

16. Stratégies pour atteindre les objectifs du rétablissement

L’équipe de rétablissement de la Chouette tachetée a retenu les stratégies suivantes pour le rétablissement de la Chouette tachetée en Colombie-Britannique. Ces stratégies sont présentées sommairement au tableau 2. Il est recommandé que certaines stratégies soient mises en oeuvre immédiatement. Les autres devront faire l’objet d’analyses plus poussées avant de déterminer la meilleure façon d’atteindre les objectifs du rétablissement. Les plans d'action du rétablissement qui fournissent des recommandations sur les stratégies et les mesures de rétablissement détaillées devraient être prêts dans l'année suivant la publication du programme de rétablissement. Le cas échéant, les divers éléments de ces plans devront être mis en œuvre le plus tôt possible (avant mars 2005) afin de favoriser le rétablissement de l’espèce et de prévenir sa disparition. Pour aider l’équipe de rétablissement de la Chouette tachetée, des groupes de mise en œuvre du rétablissement pourront être créés pour raffiner et appliquer les stratégies, les objectifs et les plans d'action du rétablissement.

 

16.1 Stratégies immédiates

Stratégies visant à stopper le déclin de l’espèce et à prévenir sa disparition

Vu l’état critique de la population de Chouettes tachetées de la Colombie-Britannique, l’équipe de rétablissement de la Chouette tachetée a présenté au gouvernement provincial, en janvier 2003, des recommandations de gestion provisoires à mettre en œuvre immédiatement pour prévenir la disparition de l’espèce et garder ouvertes les options de rétablissement (annexe 1). Les plans d’action pour le rétablissement contiendront de nouvelles recommandations visant à stopper le déclin et à prévenir la disparition de l’espèce, notamment en identifiant les habitats essentiels et/ou les diverses mesures de gestion visant à accroître la population.

16.1.1 Assurer immédiatement la protection de toutes les Chouettes tachetées

Vu la petite taille de la population, la priorité absolue doit être accordée à la protection de toutes les Chouettes tachetées et de leur habitat en Colombie-Britannique. Cette mesure doit être adoptée immédiatement pour prévenir la disparition de l’espèce dans la province. En effet, il est essentiel de conserver tous les individus encore présents dans la province pour assurer la diversité génétique et disposer d’un « réservoir » reproducteur naturel qui permettra d’accroître et de rétablir la population. Toute perturbation (naturelle ou autre) qui nuit au potentiel reproductif de la population ne peut qu’accélérer le rythme de son déclin.

16.1.1.1 Repérer toutes les Chouettes tachetées

Pour mettre cette stratégie en œuvre, il faut dresser un inventaire continu qui permet de localiser tous les individus de l’espèce encore présents dans la province afin de les protéger. L’information ainsi recueillie permettra de disposer des données de base sur le nombre, la répartition et le statut reproductif des chouettes dans l’ensemble de leur aire de répartition en Colombie-Britannique, données essentielles aux mesures de rétablissement. Par exemple, si l’on recense plus de chouettes que prévu (soit plus de 33 couples potentiellement reproducteurs), les mesures jugées nécessaires pourraient être moins contraignantes. À l’inverse, si l’on recense moins de couples que prévu, il faudra resserrer les mesures. Sans ces renseignements, non seulement les interventions en faveur du rétablissement pourraient être retardées, mais on risque aussi de prendre de moins bonnes décisions de gestion et de perpétuer l’incertitude économique, facteurs qui sont tous susceptibles d’accroître la probabilité de la disparition de l’espèce.

16.1.2 Identifier et conserver immédiatement l’habitat de survie

L’habitat de survie est défini comme la quantité, la qualité et la distribution d'habitat minimales pour le maintien de la population actuelle et la prévention de tout nouveau déclin. On ne peut maintenir la population en ne conservant que les habitats qui se trouvent à l’intérieur des territoires actuellement occupés. D’autres facteurs comme la répartition des chouettes et la capacité des individus de trouver des habitats et des partenaires jouent un rôle important dans le maintien de la population. À ce titre, l’habitat de survie doit englober non seulement les habitats situés à l’intérieur des territoires occupés, mais aussi ceux qui sont nécessaires pour faciliter la dispersion des oiseaux et l’établissement de nouveaux territoires. Toute perte supplémentaire de l’habitat de survie pourrait entraîner un déclin encore plus marqué de la population et nuire au rétablissement naturel de l’espèce.

 

16.2 Stratégies visant la population

Stratégies visant à favoriser la croissance de la population

Les grandes populations résistent mieux aux fluctuations de leurs effectifs que les petites. Si l’on se contente de la stabiliser à sa petite taille actuelle, la population de la Colombie-Britannique restera toujours extrêmement vulnérable à la disparition. Il faut donc augmenter la taille de la population pour atteindre un niveau de résilience plus élevé qui maintiendra la capacité de la population à se stabiliser après un déclin naturel de ses effectifs. Pour accroître la population, il faut protéger une superficie d’habitat convenable inoccupé suffisante pour conserver les couples potentiellement reproducteurs et permettre aux individus de se disperser pour établir de nouveaux territoires.

16.2.1 Effectuer le suivi de la tendance de la population

Pour savoir si les mesures de gestion adoptées pour rétablir l’espèce donnent ou non les résultats escomptés, il est indispensable d’effectuer un suivi de la population. Le suivi permettra de recueillir les renseignements nécessaires pour évaluer l’état de santé de la population et prendre des décisions éclairées. Vu le danger imminent de disparition auquel est exposé l’espèce, il est recommandé de mettre en place immédiatement en place un programme annuel de suivi exhaustif. Ce programme devrait être maintenu jusqu’à ce que la population se stabilise et que le risque de déclin soit relativement faible.

16.2.2 Déterminer l’effectif minimal permettant d’obtenir une population stable, autosuffisante et répartie sur l’ensemble de l’aire de répartition naturelle de l’espèce

On ignore pour le moment quel est l’effectif minimal qui permettrait de maintenir une population stable et autosuffisante en Colombie-Britannique. L’un des critères énoncés par le COSEPAC pour désigner l’espèce dans la catégorie espèce menacée, est de maintenir au moins 250 individus matures (chouettes âgées de plus de 2 ans). Toutefois, la présence de 250 chouettes matures réparties sur l’ensemble de l’aire de répartition naturelle pourrait être insuffisante pour assurer la stabilité de la population étant donné que la distance séparant ces chouettes pourrait être trop grande pour permettre aux couples de se former et pour maintenir le recrutement de chouettes dans la population. Parallèlement aux modèles de disponibilité de l’habitat, il est recommandé d’utiliser des modèles démographiques pour déterminer le nombre minimum de chouettes matures nécessaires et les délais requis pour obtenir une population stable et autosuffisante répartie sur l’ensemble de l’aire de répartition naturelle de l’espèce. Ces modèles devraient évaluer l’incidence des divers facteurs biologiques et limitatifs sur le rétablissement de la population. On recommande aussi que ces modèles tiennent compte d’un éventail de mesures de rétablissement (p. ex. accroissement de la population, protection de l’habitat, etc.) pour déterminer la meilleure façon d’obtenir une population autosuffisante dans les plus brefs délais. Ces modèles devront être complétés à l'intérieur de l'année suivant la parution du présent programme de rétablissement.

16.2.3 Augmenter artificiellement le recrutement des chouettes au moyen de mesures d’accroissement de la population

Le déclin de la population de chouettes de la Colombie-Britannique au cours de la dernière décennie indique que les conditions n’étaient pas favorables à sa croissance au cours de cette période. On ignore par ailleurs quelles conditions influenceront sa croissance à l’avenir. Pour que la population augmente naturellement, il faut que les chouettes trouvent des partenaires et que la quantité d’habitat convenable soit suffisante pour favoriser une reproduction régulière. Comme la population de la province est petite et éparse, et que son habitat est peu étendu et fragmenté dans le paysage, on croit que les chances de trouver naturellement des partenaires et un habitat convenable sont minces. Il faudrait donc plusieurs décennies pour que la population augmente naturellement à des niveaux plus résilients et elle risque entre-temps de disparaître à cause d’événements stochastiques.

Vu l’état critique de la population de la province, il est recommandé de considérer dès maintenant l'utilisation de mesures d’accroissement de la population (c.‑à‑d. d’en évaluer la faisabilité) et de les mettre en œuvre -- si cela est jugé pertinent -- pour prévenir toute aggravation du déclin et la disparition de l’espèce. Les mesures d’accroissement de la population sont cependant très risquées et peuvent faire plus de mal que de bien si elles ne sont pas bien planifiées et ne font pas l’objet d’un suivi rigoureux. C’est pourquoi le plan d’action pour l’accroissement de la population doit inclure une évaluation des risques, des coûts et des avantages associés aux diverses mesures (capture et garde de juvéniles en captivité durant l’hiver, déplacement d’adultes solitaires vers des territoires abritant d’autres adultes solitaires, importation de chouettes des États-Unis, et mise en place d’un programme d’élevage en captivité et de remise en liberté). De surcroît, ces mesures ne devraient être mises en œuvre que parallèlement à des mesures de conservation de l’habitat nécessaire au maintien de la population. Une simple augmentation du nombre de chouettes ne permettra pas à la population de se rétablir si par ailleurs l’habitat et l’environnement ne sont pas en mesure d’abriter une population autosuffisante.

16.2.3.1 Garde de juvéniles en captivité durant l’hiver

Le taux de survie des Chouettes tachetées juvéniles est inférieur à celui des adultes. Les principales causes de mortalité chez les juvéniles sont la famine et la prédation durant la dispersion. Lorsque le taux recrutement des juvéniles dans une population est insuffisant pour assurer le remplacement des adultes, la disparition est inévitable. Pour accroître le taux de survie des jeunes durant la dispersion, on peut capturer des chouettes juvéniles avant leur dispersion hors du territoire natal et les garder en captivité dans une installation appropriée durant l’hiver. Les oiseaux peuvent ensuite être relâchés l’année suivante, lorsque les conditions sont favorables, dans des zones où la quantité d’habitat est suffisante et, éventuellement, dans un territoire abritant déjà une chouette solitaire du sexe opposé. Ce genre de stratégie vise à éliminer les premiers obstacles auxquels doivent faire face les chouettes juvéniles lorsqu’elles apprennent à chercher leur nourriture et à trouver un habitat convenable durant les durs mois d’hiver.

Compte tenu du nombre de moins en moins élevé des couples reproducteurs, du nombre encore moins élevé de couples dont la progéniture réussit à prendre son envol, et du faible taux de survie des juvéniles, la garde des juvéniles durant l’hiver pourrait s’avérer une bonne mesure de rétablissement directe susceptible d’être adoptée immédiatement. Une expérience de capture et de garde d’une chouette juvénile menée pendant l’hiver 2002‑2003 a montré que cette approche était réalisable pour la Chouette tachetée (Ian Blackburn, comm. pers.). L'oiseau s’est rapidement adapté à la captivité, a capturé et mangé des rongeurs, et a survécu à l’hiver en bonne santé; par contre, bien qu’on ait pris soin de choisir un site convenable pour sa remise en liberté, l'oiseau n’a survécu qu’un seul mois à l’état sauvage après sa libération au printemps; elle est morte de faim. Les leçons tirées de cette expérience seront des plus précieuses en cas de nouvelle tentative, mais il faudra alors, bien sûr, prendre encore plus de précautions pour que l’expérience réussisse.

16.2.3.2 Déplacement de chouettes solitaires

La population de Chouettes tachetées de Colombie-Britannique est très petite, et les poches de territoires occupés sont de plus en plus isolées les unes des autres. Les chances, pour une chouette solitaire, de se disperser et de trouver une autre chouette solitaire de sexe opposée sont très minces, en particulier pour les individus établis, qui, pour diverses raisons, hésitent parfois à quitter leur territoire. Pour favoriser l’appariement, on pourrait donc capturer des Chouettes tachetées solitaires et les déplacer vers le domaine vital d’autres chouettes solitaires de sexe opposé. Mais pour que cette méthode soit viable, il faut bien s’assurer, avant la capture et avant la remise en liberté, qu’on a bien affaire à des oiseaux solitaires et qu’ils sont bien de sexe opposé. Ce genre d’intervention laisse toutefois un territoire vide et empêche qu’un appariement naturel y ait éventuellement lieu si un juvénile en dispersion du bon sexe finissait par le trouver. Mais il offre par ailleurs l’avantage d’apparier deux oiseaux adultes, ce qui peut accroître les occasions d’accouplement, au lieu de devoir attendre un an ou deux pour que la chouette juvénile atteigne la maturité. Cette méthode devrait être envisagée seulement une fois qu'on aura assigné un territoire de remise en liberté à des juvéniles gardés en captivité durant l’hiver. Comme pour les autres mesures d’accroissement de la population, il faut encore une fois prendre bien soin de peser le pour et le contre de l'intervention par rapport à l’absence d’intervention. Parmi les conséquences négatives peuvent figurer l’absence de compatibilité entre les chouettes, ainsi qu’une diminution de la capacité de charge du site récepteur si les proies y constituent un facteur limitatif. On peut réduire certains risques en établissant des chouettes provenant des États-Unis dans des habitats situés en Colombie-Britannique, mais cela peut entraîner d’autres risques pour la population (p. ex. incompatibilité au climat local, maladie).

16.2.3.3 Élevage en captivité

Il pourrait être nécessaire de capturer des Chouettes tachetées afin de mettre en place un programme d’élevage en captivité. Les candidats de sexe opposé seraient alors appariés dans une volière afin de produire une progéniture viable. Les jeunes seraient ensuite relâchés dans des habitats inoccupés ou appariés avec une chouette solitaire du sexe opposé dans un domaine vital qui s’y prête. Ce genre de méthode exige qu’on mette en place un programme de généalogie afin de réduire les risques de consanguinité et d’expression de traits nocifs. Vu le risque élevé de disparition de l’espèce, il pourrait être nécessaire d’envisager dès maintenant cette solution pour permettre une quelconque chance de rétablissement.

Les coûts et les contraintes logistiques d’un programme d’élevage en captivité sont importants, et il faut tenir compte des impératifs génétiques pour que le programme soit viable. Si cette approche est mise en place, il est recommandé de faire un essai avant de procéder à grande échelle. Il faudrait si possible utiliser en priorité des chouettes actuellement en captivité qui ne se prêtent pas à être remises en liberté (p. ex. les chouettes traitées dans des installations de réhabilitation de la faune).

16.2.4 Augmenter artificiellement la survie et la fécondité des chouettes

16.2.4.1 Accroître l’abondance des proies dans les territoires actifs

La disponibilité des proies durant la période de reproduction pourrait limiter le nombre de chouettes qui tentent de s’accoupler et se traduire par une faible fécondité si les tentatives de nidification échouent ou sont nulles lors des années où l’abondance des proies est faible. En augmentant artificiellement le nombre de proies dans les aires de nidification, on peut accroître le nombre de tentatives de nidification, de même que la fécondité, et éventuellement améliorer la survie des adultes étant donné que la quantité de proies est alors suffisante pour soutenir tous les individus. Ce genre d’intervention peut cependant créer certains problèmes, dont l’accoutumance des chouettes à l’égard du programme d’alimentation complémentaire et la présence accrue d’autres compétiteurs ou prédateurs qui se nourrissent des mêmes proies. La faisabilité, les coûts et l'amplitude qu'on devrait donner à un tel programme doivent également être regardé de près.

16.2.4.2 Repérer et nourrir les jeunes chouettes durant l’hiver

Le taux de survie et de recrutement des juvéniles Chouettes tachetées est faible. La pose d'émetteurs radio sur les chouettes juvéniles avant qu’elles s’envolent permettrait de les suivre et de les nourrir durant les mois critiques de l’hiver. L’amélioration de la survie des oiseaux de l’année, pourrait s’avérer une façon relativement économique d’accroître la population. L’alimentation directe à la main des jeunes chouettes éliminerait le problème posé par l’augmentation de la présence des autres compétiteurs et prédateurs inhérent aux mesures suggérées en 16.2.4.1. Par contre, il faut prendre soin de réduire au minimum la dépendance des oiseaux à l’égard de l’alimentation complémentaire et des humains. Un projet pilote a été amorcé en 2003.

16.2.4.3 Supprimer les compétiteurs et les prédateurs des territoires actifs

Pour accroître artificiellement l’abondance des proies dans les territoires de la Chouette tachetée, on peut aussi en chasser ses principaux compétiteurs et prédateurs (p. ex. Chouette rayée et Grand-duc d’Amérique), ce qui peut réduire la pression de compétition pour les proies et empêcher le déplacement et la prédation éventuels des Chouettes tachetées. Ce genre d’intervention est probablement le plus indiqué aux environs des sites de nidification pendant la période de reproduction pour garantir l’abondance de proies nécessaire pour soutenir la famille de chouettes.

Avant d’appliquer ce genre de technique, il convient toutefois d’évaluer les effets de la compétition sur la limitation de l’abondance des proies de la Chouette tachetée durant la période de reproduction afin de confirmer que l’intervention est pertinente. En outre, l’efficacité de cette technique peut être compromise par l’arrivée de nouveaux compétiteurs qui viennent remplacer ceux qu’on a chassés, ce qui peut exiger une augmentation des travaux sur le terrain et du financement nécessaires au programme de suivi continu et de suppression des prédateurs, et ainsi avoir une incidence sur sa faisabilité. Si cette approche est adoptée, il est recommandé d’en faire l’essai avant de l’appliquer à grande échelle. Enfin, l’élimination des compétiteurs peut déplaire à certaines organisations et à certains membres du grand public qui s’opposent à ce genre de mesures de gestion de la faune.

 

16.3 Stratégies visant l’habitat

Stratégies visant à conserver l’habitat

On ignore encore quelle quantité de quel type d’habitat il faut conserver dans la province pour permettre à la Chouette tachetée de survivre et de se rétablir, et comment cet habitat doit être réparti. L’actuel plan de gestion (SOMIT, 1997a) a tenté de répondre à ces questions. Mais ce plan ne couvre pas la totalité de l’aire de répartition de la chouette telle qu’on la connaît aujourd’hui et ne protège pas non plus les nouveaux sites trouvés après 1995 dans la zone couverte. Par ailleurs, le plan prévoyait un déclin immédiat de la population suivi d’une augmentation et d’une stabilisation à long terme, mais le taux de déclin à court terme a été plus prononcé que prévu et la chouette est maintenant considérée comme en danger de disparition imminent de la Colombie-Britannique. On ignore quelle est l’importance des facteurs liés à l’habitat dans ce déclin par rapport à d’autres facteurs, mais les besoins en matière d’habitat pour le rétablissement de l'espèce doivent être évalués pour répondre aux critères du RESCAPÉ pour permettre de la gestion de l’habitat pour l’espèce.

16.3.1 Identifier et conserver l’habitat essentiel

L’habitat essentiel englobe les habitats de survie et de rétablissement sur l’ensemble de l’aire de répartition naturelle de l’espèce. Ces types d’habitat seront définis dans le plan d’action pour l’habitat. Jusqu’à ce que les habitats essentiels aient été définis et officialisés par une décision appropriée du gouvernement à propos de l’utilisation des terres et dans le registre fédéral, il est recommandé d’utiliser les définitions de substitution de l’habitat établies dans le Plan de gestion de la Chouette tachetée (voir la section 6.2) et d’appliquer les recommandations de la section 16.1 pour protéger l’habitat de l’espèce.

Le plan d’action pour l’habitat identifiera les caractéristiques quantitatives et qualitatives de l’habitat convenable nécessaires à la nidification, au repos, à l’alimentation et à la dispersion de la Chouette tachetée, et déterminera si des conditions à l'échelle du paysage influencent le caractère convenable de cet habitat. Il évaluera la pertinence de l’âge minimum actuellement défini pour l’habitat convenable (forêt de plus de 100 ans), de même que l'exigence de pour maintenir au moins 67 % de l’habitat convenable dans les territoires actifs de la chouette ou centres d’activités à long terme. Combinés à la modélisation temporelle et spatiale, ces critères devraient permettre de mieux définir les habitats de survie et de rétablissement qui sont nécessaires pour définir l’habitat essentiel de l’espèce.

16.3.1.1 Déterminer la quantité minimales et la répartition de l’habitat essentiel nécessaire au maintien d’une population autosuffisante stable et répartie sur l’ensemble de l’aire de répartition naturelle de l’espèce

Parallèlement aux modèles démographiques, il est recommandé d’utiliser des modèles de disponibilité de l’habitat pour déterminer si la répartition actuelle de l’habitat convient au rétablissement de l’espèce. Ces modèles peuvent également prédire la disponibilité future de l’habitat et établir les délais nécessaires pour créer les conditions d’habitat (positives ou négatives) nécessaires à la survie de la chouette. Ce modèle devrait évaluer divers scénarios de conservation de l’habitat afin de déterminer le délai et la probabilité de parvenir à une population autosuffisante stable, répartie dans l’ensemble de l’aire de répartition naturelle de l’espèce. Cette évaluation devrait également se pencher sur l’efficacité de l’actuel Plan de gestion de la Chouette tachetée. Ce modèle devra être complété à l'intérieur de l'année suivant la parution du présent programme de rétablissement.

16.3.1.2 Élaborer des lignes directrices pour la conservation des habitats essentiels

Une fois définis les habitats de survie et de rétablissement, il faudra élaborer des lignes directrices pour préciser les mesures de gestion à prendre pour conserver l’habitat dans les différents types territoires  (p. ex. zones protégées, terres fédérales, etc.). Ces lignes directrices devraient inclure des mesures de gestion visant à créer, à améliorer et à préserver l’habitat, de même que des mesures visant à réduire les menaces posées par les perturbations naturelles comme le feu et les insectes. Elles devraient considérer et évaluer les stratégies de gestion pour les activités de ce type qui sont identifiées dans l’actuel Plan de gestion de la Chouette tachetée. Tant que de nouvelles lignes directrices pour la conservation des sites identifiés comme habitat essentiel n’auront pas été élaborées, il est recommandé de recourir aux stratégies préconisées par le Plan de gestion de la Chouette tachetée pour conserver l’habitat dans les zones de gestion actuelles de la chouette.

 

16.4 Autres stratégies de soutien

À elle seule, la politique gouvernementale ne suffira pas nécessairement à garantir le rétablissement de l’espèce. Il est donc recommandé de former des partenariats avec les divers intervenants en vue de promouvoir la conservation de la Chouette tachetée. En plus de protéger l’espèce, ces partenariats pourraient permettre de partager les ressources, de concentrer les activités (p. ex. recherche), de favoriser l’écocertification, de gérer les ressources en fonction de buts spécifiques (p. ex. amélioration de l’habitat), et de sensibiliser davantage le public.

16.4.1 Promouvoir l’intendance de l’habitat

Certaines parties de l’aire de répartition naturelle de la Chouette tachetée offrent actuellement des conditions d’habitat impropres au maintien de l’espèce. La remise en état de l’habitat pourrait accélérer le recrutement de ces habitats et accroître les chances de rétablissement de l’espèce. On recommande que les intervenants dressent des plans d’intendance des ressources orientés sur le but pour s'attaquer aux principaux problèmes liés à l’habitat (p. ex. habitat de dispersion). Par exemple, les projets d'amélioration de l'habitat devraient se consacrer en priorité aux secteurs d'habitat inapproprié situés dans les zones conservées pour la Chouette tachetée. Ces plans d’intendance pourraient en outre favoriser l'obtention de l'appui financier nécessaire à la mise en œuvre des mesures prévues (p. ex. Programme d'intendance de l'habitat (fédéral), Compte d’investissement provincial pour les forêts [Provincial Forest Investment Account], et fonds de rétablissement de la Chouette tachetée, s’il est créé; voir la section 16.4.3).

16.4.2 Promouvoir l’intendance de la population de chouettes

Vu la petite taille de la population, un suivi étroit de la population s’impose pour la mise en œuvre des mesures de rétablissement. Certaines mesures d’accroissement de la population exigent que l’on dispose d’installations pour l’élevage et la garde en captivité des oiseaux durant l’hiver, de même que d’un nombre suffisant d’employés pour évaluer l’efficacité de ces mesures. Le financement et le maintien de ce genre de programme demanderont des ressources importantes. Il est donc recommandé de former des partenariats entre les divers intervenants afin de partager les ressources et de faciliter la mise en œuvre des mesures visant à stabiliser et à accroître la population de chouettes.

16.4.3 Promouvoir le soutien financier aux mesures de rétablissement

Le rétablissement de la Chouette tachetée nécessite des ressources considérables. Un des facteurs qui pourraient empêcher le rétablissement et conduire à la disparition de l’espèce est l’absence de financement suffisant pour élaborer et mettre en œuvre les mesures qui s’imposent. Comme c’est le gouvernement provincial qui est responsable de la protection et du rétablissement de la Chouette tachetée, on lui recommande de créer et de financer un fonds de rétablissement de la Chouette tachetée. On lui recommande également de former des partenariats avec les autres intervenants (notamment le gouvernement fédéral) et de trouver d’autres moyens de financement et de donation publique pour soutenir ce fonds de rétablissement à long terme, jusqu’à ce que l’espèce soit rétablie. Ce fonds servira à financer les mesures de rétablissement, notamment les activités de recherche et d’inventaire, de rétablissement de l’habitat et de la population, et de suivi de l’efficacité, conformément aux priorités définies par l’équipe de rétablissement de la Chouette tachetée. On trouvera à l’annexe 3 un cadre conceptuel pour ce fonds.

16.4.4 Promouvoir la gestion adaptative et la recherche pour combler les lacunes dans l’information et accroître l’efficacité des mesures de rétablissement

Bien que la Chouette tachetée soit l’un des oiseaux les plus étudiés en Amérique du Nord, certains renseignements pertinents, qui faciliteraient les efforts de rétablissement de l’espèce en Colombie-Britannique, nous font défaut (voir la section 10). Il faut en outre exercer un suivi des mesures de rétablissement qui sont mises en œuvre afin d’en évaluer l'efficacité et de s’assurer qu’elles sont justifiées et ne nuisent pas à l’espèce. La gestion adaptative est un processus qui permet d'accroître l'efficacité progressivement en mettant en oeuvre les mesures de façon à maximiser les occasions de tirer des leçons de l’expérience. Il est recommandé de coordonner les activités de recherche et de suivi de façon à ce qu’elles se concentrent sur les projets prioritaires pour le rétablissement. On trouvera à l’annexe 2 une liste préliminaire de ces projets prioritaires.

16.4.5 Sensibiliser le public

La sensibilisation du public à la situation critique de la Chouette tachetée et aux mesures qui sont prises pour préserver l’espèce fait partie intégrante du rétablissement. Le rétablissement de la Chouette tachetée dépend en effet de l’appui du public. Malheureusement, les médias s’intéressent davantage au conflit entre « la Chouette tachetée et les emplois dans l’industrie forestière » qu’aux efforts qui sont faits pour préserver les deux. La conservation de la chouette ne se réalisera pas à la seule échelle locale mais aussi sous l'influence des échelles provinciale, nationale et internationale. Il est donc recommandé d’adopter une stratégie de communication visant à mieux faire connaître la situation critique de la chouette et les mesures qui sont prises pour y remédier, à l’échelle locale, provinciale, nationale et internationale. On pourrait d’ailleurs à cette fin créer un site Web sur la Chouette tachetée.

16.4.6 Promouvoir des solutions innovatrices pour s’adapter aux répercussions sociales et économiques

Le rétablissement de la Chouette tachetée a des répercussions sociales et économiques qui s’étendent bien au-delà de l’industrie forestière et des emplois qui y sont créés. En effet, dans notre société, il y a ceux qui veulent exploiter les ressources, ceux qui veulent sauver les espèces en voie de disparition, et ceux qui veulent les deux. Pour satisfaire tout le monde, il faudra donc trouver des solutions innovatrices qui optimisent les activités de rétablissement tout en réduisant au minimum les conséquences négatives. Les diverses options de rétablissement recensées dans les plans d’action pour le rétablissement de l’espèce devraient faire l’objet d’une analyse sociale et économique exhaustive, comportant un volet d’économie écologique. Il est également recommandé que ces évaluations tiennent compte des solutions innovatrices. On trouvera à la section 13 du présent rapport un aperçu stratégique de la portée des enjeux socio-économiques liés à la question.

Tableau 2. Résumé des stratégies nécessaires pour atteindre les objectifs de rétablissement.*

SectionPrioritéObjectifStratégie généraleMesures particulièresEffets escomptés
16.1.1Urgent15.1Protection de la populationProtection de tous les territoires occupés et gérésÉviter la disparition de l’espèce
16.1.1.1Urgent15.1, 15.2, 15.3InventaireInventaire détailléAméliorer la gestion de l’habitat et accroître l’habitat
16.1.2Urgent15.1, 15.3Protection de l’habitatIdentification et conservation de l’habitat de survieÉviter la disparition de l’espèce
16.2.1Urgent15.1, 15.2, 15.3Suivi de la situation de la populationÉvaluation de la viabilité de la population actuelleSi la population décline, l’urgence de l’intervention augmente.
16.2.2Urgent15.2, 15.3Taille minimale de la population viableÉlaboration d’un modèle démographique pour aider à déterminer le nombre minimal de chouettes reproductrices nécessaires pour maintenir une population autosuffisanteÉtablir des valeurs de référence pour la population en vue du rétablissement
16.2.3.1Nécessaire15.1, 15.2, 15.3Accroissement de la populationDécision sur la capture et la garde hivernale de chouettes juvéniles à l'intérieur de l'année suivant la publication du programme de rétablissement.Améliorer éventuellement le recrutement des juvéniles
16.2.3.2Nécessaire15.1, 15.2, 15.3Accroissement de la populationDécision sur le transfert de chouettes adultes solitaires à l'intérieur de l'année suivant la publication du programme de rétablissementAccroître éventuellement le nombre d’individus reproducteurs
16.2.3.3Nécessaire15.1, 15.2, 15.3Accroissement de la populationDécision sur l’élevage en captivité à l'intérieur de l'année suivant la publication du programme de rétablissementAméliorer éventuellement le recrutement
16.2.4.1Utile15.1, 15.2Augmentation de l’abondance des proiesProgramme d’alimentation complémentaire dans les sites de nidificationAméliorer la fécondité et la survie des chouettes
16.2.4.2Utile15.1, 15.2Augmentation de l’abondance des proiesSuivi radio et alimentation complémentaire des jeunes durant l’hiverAméliorer la survie et le recrutement des juvéniles
16.2.4.3Utile15.1, 15.2Augmentation de l’abondance des proiesÉlimination des concurrents alimentaire de la chouette sur son territoire.Améliorer la fécondité et la survie des chouettes
16.3.1Urgent15.1, 15.2, 15.3Protection de l’habitatDéfinition de l’habitat essentiel, y compris l’habitat de survie et l’habitat de rétablissementCerner les besoins de l’espèce en matière d’habitat pour le rétablissement
16.3.1.1Urgent15.1, 15.2, 15.3Protection de l’habitatÉlaboration de modèles de disponibilité de l’habitat pour aider à cerner les besoins minimaux en matière d’habitat pour maintenir une population autosuffisanteDéfinir des valeurs de référence pour le rétablissement
16.3.1.2Utile15.1, 15.2, 15.3Amélioration de l’habitatFormulation de directives sylvicoles pour créer, améliorer et sauvegarder l’habitatAccroître le taux de recrutement de l’habitat convenable
16.4.1Utile15.1, 15.3, 15.4Intendance de l’habitatPromotion de l’intendance de l’habitat auprès des compagnies forestièresAméliorer les plans d’aménagement forestier de façon à ce qu’ils profitent à la fois à la Chouette tachetée et aux compagnies forestières
16.4.2Utile15.1, 15.2, 15.4Intendance de la populationPromotion de l’intendance de la population de chouettes auprès des intervenantsAméliorer la gestion de la population et mener à bien les mesures d’accroissement
16.4.3Urgent15.1, 15.2, 15.3, 15.4Soutien financierPromotion d’une stratégie de financement pour soutenir les ressourcesAssurer le financement à long terme du rétablissement
16.4.4Nécessaire15.1, 15.2, 15.3, 15.4Gestion adaptative et recherchePromotion de la recherche et de la gestion adaptative pour combler les lacunes d’informationAméliorer l’efficacité des mesures de rétablissement
16.4.5Utile15.1, 15.2, 15.3, 15.4Sensibilisation du publicSensibilisation du public pour accroître l’appui aux mesures de rétablissementAccroître le soutien public et améliorer la compréhension des défis et des mesures adoptées
16.4.6Nécessaire15.2, 15.3, 15.4Considérations socio-économiquesPromotion des solutions innovatrices aux répercussions socio-économiquesRéduire les impacts socio-économiques du rétablissement

* Note : En raison de la gravité de la menace à laquelle est exposée l’espèce, l’équipe de rétablissement de la Chouette tachetée estime que toutes ces stratégies sont nécessaires et de la plus haute importance, mais les a quand même classées en fonction de leur importance relative les unes par rapport aux autres.