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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Salamandre sombre desmontagnes (population des Grands Lacs et du Saint-Laurent et carolinienne) au Canada - Mise à jour

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COSEPAC
Résumé

Salamandre sombre des montagnes
Desmognathus ochrophaeus

Population des Grands Lacs et du Saint-Laurent
Population carolinienne

Information sur l’espèce

La salamandre sombre des montagnes, Desmognathus ochrophaeus, est une petite salamandre effilée de la famille des Pléthodontidés (salamandres dépourvues de poumons). Les salamandres matures sont d’une longueur totale de 70 à 100 mm en moyenne. Les adultes ont généralement une bande pâle sur le dos qui s’étend de la tête à la queue. Les bords de cette bande sont droits et sa couleur varie de gris à brun, à brun roux, à jaune, à orange ou à rouge, selon l’âge et le sexe. Par ailleurs, la bande présente généralement, en son centre, une rangée de points foncés en forme de chevrons.

 

Répartition

Le Desmognathus ochrophaeus se trouve communément sur tout le territoire de la chaîne des Appalaches de l’est de l’Amérique du Nord. Au Canada, il ne se trouve que dans deux lieux isolés bordant la frontière canado‑américaine : l’un au Québec, l’autre en Ontario. Les salamandres sombres des montagnes ont été découvertes pour la première fois au Québec en 1988. Elles occupent le flanc nord de Covey Hill, à la bordure la plus septentrionale des monts Adirondacks, dans l’extrême sud‑ouest du Québec. L’aire de répartition québécoise se trouve dans une zone ayant une superficie de moins de 50 km2 dans une zone d’approximativement 20 km (d’est en ouest) sur 5 km (du nord au sud). Les 6 à 8 ruisseaux dans lesquels la salamandre vit occupent une zone d’une superficie de moins de 10 km2 au sein de cette aire de répartition. Une deuxième population canadienne distincte a été découverte dans la gorge du Niagara du sud de l’Ontario en 1989 (Kamstra, 1991), mais elle n’a pas été reconnue comme appartenant à l’espèce D. ochrophaeus avant 2004. L’ensemble de la population du site de l’Ontario n’est répartie que sur un peu plus d’un hectare.

 

Habitat

D’ordinaire, le Desmognathus ochrophaeus se trouve à proximité des ruisseaux, des cascades montagneuses, des sources ou des suintements forestiers. L’espèce utilise cet habitat pour y rechercher sa nourriture, pour hiverner et pour couver. Elle trouve refuge dans les cavités humides situées le long des pourtours de ruisseaux ou des suintements, ou sous des pierres, des couches de feuilles mortes ou des rondins.

 

Biologie

Le Desmognathus ochrophaeus est nocturne. Les salamandres demeurent cachées sous des couverts durant le jour. Elles sortent la nuit et s’alimentent de divers invertébrés. Au cours des mois d’hiver les plus froids, elles hibernent dans des refuges souterrains. L’accouplement et la ponte des œufs ont lieu à l’automne et au printemps à la suite d’un rituel élaboré de parade nuptiale. La femelle pond sa couvée dans une dépression humide et demeure auprès des œufs jusqu’à leur éclosion. Le stade larvaire peut durer jusqu’à huit mois et nécessite des conditions humides, mais pas forcément un plan d’eau.

 

Taille et tendances des populations

Les données permettant de préciser la taille ou les tendances des deux populations de D. ochrophaeus au Canada sont insuffisantes.

 

Facteurs limitatifs et menaces

Au Québec et en Ontario, les principales menaces touchant cette espèce sont celles qui peuvent avoir un effet sur la nappe phréatique, peu importe si elles découlent d’activités humaines ou de variations climatiques. Des fluctuations dans le débit d’eau ou la contamination des sources d’eau pourraient avoir des incidences importantes. Au Québec, des barrières physiques (p. ex. des routes, des champs cultivés) peuvent nuire aux déplacements de l’espèce. L’exploitation forestière, sur le site au Québec ou à proximité, pourrait aussi constituer une menace pour cette espèce en détruisant une portion de l’habitat terrestre, en augmentant l’envasement et en modifiant des régimes hydrographiques. En Ontario, toute activité humaine pouvant modifier la quantité, la qualité ou la température de la source d’eau, ou entraîner la modification de l’habitat forestier avoisinant, pourrait être nuisible. En outre, en raison de leurs aires de répartition minuscules, les deux populations sont très vulnérables aux événements environnementaux stochastiques.

 

Importance de l’espèce

L’espèce est sans valeur économique directe et a peu d’importance culturelle aux yeux des collectivités autochtones. Toutefois, elle revêt une valeur intrinsèque en tant qu’élément du patrimoine naturel du Canada et suscite l’intérêt des herpétologistes et des naturalistes. En raison de ses mœurs discrètes et de son activité nocturne, il est improbable qu’elle soit vue par quiconque, sinon par les quelques personnes qui effectuent des activités de recherche et de suivi.

 

Protection actuelle ou autres désignations de statut

Cette espèce n’est pas encore désignée au Québec. Elle est actuellement inscrite à une liste d’espèces susceptibles d’être désignées menacées ou vulnérables (Gouvernement du Québec, 2006). En revanche, l’espèce est protégée par la Loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune (L.R.Q., chap. C-61.1), qui en interdit l’achat, la vente ou la garde en captivité. En outre, l’article 22 de la Loi sur la qualité de l'environnement (L.R.Q., chapitre Q-2) protège contre la modification non réglementée de la qualité de l’environnement.

En Ontario, le D. ochrophaeus n’est actuellement pas inscrit en tant qu’espèce en péril en raison de sa découverte récente dans la province. Les recommandations du CDSEPO (Comité de détermination du statut des espèces en péril de l’Ontario) pour l’espèce sont à l’étude.

À l’échelon fédéral, la population des Grands Lacs et du Saint-Laurent du D. ochrophaeus à Covey Hill, au Québec, est protégée en vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) et est inscrite à l’annexe 1 comme « menacée ». L’espèce avait été désignée comme étant « menacée » (D2) par le COSEPAC en 2001 en raison de son aire de répartition extrêmement limitée au Canada, de l’isolement accru des populations et de sa vulnérabilité à la modification de son habitat.