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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Salamandre sombre desmontagnes (population des Grands Lacs et du Saint-Laurent et carolinienne) au Canada - Mise à jour

Répartition

Aire de répartition mondiale

   L’aire de répartition mondiale du D. ochrophaeus est centrée sur la pente ouest de la chaîne des Appalaches, dans la partie est de l’Amérique du Nord (figure 2) (Conant et Collins, 1998; Petranka, 1998). La répartition s’étend depuis les Adirondacks, dans le nord de l'État de New York, vers l’ouest jusqu'au nord-est de l'Ohio et vers le sud, à toute la Pennsylvanie à l'exception du sud-est, au nord-est du Maryland, à l'est et au sud-ouest de la Virginie jusqu'à l'est du Kentucky, à l'extrême ouest de la Virginie, vers le sud à la section physiographique Blue Ridge sud de l'est du Tennessee et à l'ouest de la Caroline du Nord jusqu'au nord de la Géorgie (Orr, 1989; Conant et Collins, 1998; Petranka, 1998). Dans la portion septentrionale de son aire de répartition, l’espèce semble absente du Vermont et des territoires plus à l’est; le seul enregistrement provenant du Vermont est douteux (M. Ferguson, Vermont Nongame and Natural Heritage Program, comm. pers.).


Aire de répartition canadienne

Le D. ochrophaeus est largement réparti dans la partie est de l’Amérique du Nord, mais atteint la limite de son aire de répartition à la frontière canadienne. Au Canada, le D. ochrophaeus a été découvert pour la première fois à Covey Hill, au Québec, en 1988, mais l’identité de l’espèce n’a été confirmée génétiquement qu’en 1990, par électrophorèse des isoenzymes (Sharbel et Bonin, 1992). Un ancien enregistrement venant de la rivière Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick (Logier, 1952), reposait sur une identification erronée (F. Cook, comm. pers.). Au Québec, le D. ochrophaeus n’occupe que l’habitat forestier du flanc nord de Covey Hill (figure 3), situé à la bordure la plus septentrionale des monts Adirondacks, dans l’extrême sud-ouest du Québec (45º 02' de latitude N., 73º 47' de longitude E.) (Sharbel et Bonin, 1992). Dans la région, il y a aussi une ville du nom de Covey Hill, mais dans le présent rapport, sauf indication contraire, « Covey Hill » désigne le mont. La région est située presque directement au sud de Montréal et entre 2 et 4 km environ au nord de la frontière de l’État de New York. L’aire de répartition québécoise se trouve dans une région mesurant au plus 20 km sur 5 km (= 100 km2). Au sein de cette région, l’aire se compose de 5 à 7 sources et ruisseaux situés dans une zone de plus ou moins 3 km sur 6 km, (= 18 km2) sur le flanc nord de Covey Hill, et d’un autre ruisseau situé à 20 km plus loin vers l’ouest, près du ruisseau Mitchell, à Franklin. Covey Hill est donc considéré comme étant un site avec une zone d’occurrence d’une superficie de moins de 50 km² (Alvo et Bonin, 2003). Étant donné que les 6 à 8 ruisseaux sont tous petits et que leurs longueurs totalisent moins de 10 km,la zone d’occupation globale, en supposant qu’il existe une zone tampon de 500 m de chaque côté de chacun des ruisseaux, est inférieure à 10 km2.


Figure 3 : Répartition canadienne du Desmognathus ochrophaeusdans la région du Niagara, en Ontario, et de Covey Hill, au Québec

Figure 3 : Répartition canadienne du Desmognathus ochrophaeusdans la région du Niagara, en Ontario, et de Covey Hill, au Québec.

La répartition est indiquée par les deux cercles noirs.

Covey Hill est une formation géologique de grès qui forme le piémont des Adirondacks (Alvo et Bonin, 2003). Le territoire fait partie de la division québécoise des Appalaches et est une région de forêts caducifoliées de l’écozone des plaines à forêts mixtes. L’eau venant de Covey Hill descend des pentes les plus septentrionales des Adirondacks et coule dans la vallée du Saint-Laurent, une région inhospitalière à l’espèce. Étant donné que l’espèce couve et hiverne dans des habitats de haute altitude, il est peu probable que des populations soient découvertes plus au nord de Covey Hill. Des relevés effectués au sud des emplacements connus de Covey Hill, et menés aussi loin que la frontière de l’État de New York, n’ont pas permis de dénombrer l’espèce (Bonin, 1993). Un échantillonnage de salamandres de ruisseaux a été effectué dans une portion d’habitat potentiel d’autres parties du piémont, mais il s’est limité aux ruisseaux pérennes et n’a donc pas été propice à la découverte de D. ochrophaeus. L’échantillonnage d’un habitat propice dans les Cantons de l’Est, une région située à l’est de la population connue et qui ne fait pas partie des Adirondacks, n’a pas permis de trouver l’espèce (J. Bonin, données inédites). Étant donné que cette espèce semble absente du Vermont, le lac Champlain pourrait constituer une barrière géographique à sa répartition.

En 1989, deux populations de salamandres du genre Desmognathus ont été découvertes dans la gorge du Niagara de l’Ontario (Kamstra, 1991) et ont toutes deux été identifiées, d’après leurs caractéristiques morphologiques, comme étant des salamandres sombres du Nord (D. fuscus). Un relevé de ces populations, effectué par le ministère des Richesses naturelles de l’Ontario en septembre 2004, a cependant révélé qu’une de ces deux populations présentait des caractéristiques morphologiques plus souvent associées au D. ochrophaeus (queue arrondie, bande dorsolatérale droite et marques en forme de chevrons à mi-dos) qu’au D. fuscus. Une analyse moléculaire d’échantillons tissulaires, prélevés sur trois individus de la population, a confirmé qu’ils appartenaient à l’espèce D. ochrophaeus (Markle et Green, 2005). Il s’agit de la première occurrence enregistrée du D. ochrophaeus en Ontario, et de la seule population connue de cette espèce dans la province. Un récent examen du spécimen type capturé au site de Queenston en 1989 et actuellement conservé au Musée royal de l’Ontario (ROM no 19813) a révélé que, selon des caractéristiques morphologiques, il semble appartenir à l’espèce D. ochrophaeus. Il avait été faussement identifié en tant que D. fuscus, tel que l’avait cru Kamstra (1991) (W. Weller et R. MacCulloch, comm. pers.). Un deuxième spécimen type capturé par Kamstra en 1989 est conservé au Musée canadien de la nature (CMN no 31985) et demeure identifié en tant que D. fuscus. En raison des méthodes de conservation utilisées, il est impossible de confirmer au moyen d’une analyse moléculaire le type d’espèce de ces deux spécimens. Une analyse moléculaire a permis de confirmer que la deuxième population de salamandres du genre Desmognathus présente dans la gorge du Niagara (plus près des chutes Niagara) appartenait à l’espèce D. fuscus (T. Markle, données inédites).

La population de l’Ontario fait également partie de l’écozone des plaines à forêts mixtes et est située dans une région de la gorge du Niagara qui se trouve au nord des chutes Niagara, près de Queenston (43º 00’ de latitude N., 79º 00’ de longitude E.). La région est composée de forêt caducifoliée (principalement de l’érable à sucre, Acer saccharum) et constitue un prolongement de la forêt carolinienne, qui est l’extrême limite septentrionale de nombreuses espèces provenant de la Caroline du Sud et du Nord. Il est possible que l’habitat potentiel du D. ochrophaeus en Ontario soit limité aux suintements de gorge humide situés le long de la rivière Niagara et de l’escarpement Niagara compris dans les limites de l’habitat de la forêt carolinienne. La gorge du Niagara est un secteur géographique particulier composé de nombreuses particularités géologiques exposées par suite de fréquents phénomènes d’érosion ayant cours depuis des milliers d’années. L’aire de répartition totale de la population du Niagara se situe dans seulement 0,53 ha (environ 0,0053 km2), et l’ensemble de la population se trouve à proximité d’une seule cascade sur une pente de 77 p. 100 d’inclinaison. La répartition connue de cette population est bordée, au fond de la gorge, par la rivière Niagara et, le long du sommet de la falaise, par le développement par les humains.

L’aire de répartition canadienne de cette espèce est très limitée et représente seulement une très petite partie de son aire de répartition à l’échelle mondiale (moins de 1 p. 100 de la répartition totale se trouve au Canada). Les populations de Covey Hill et de la gorge du Niagara demeurent les seules populations connues de cette espèce au Québec et en Ontario, en dépit des nombreux relevés de terrain concernant les salamandres de ruisseaux qui ont été effectués dans l’ensemble des deux provinces (Weller, 1977; Gordon, 1979; Bonin, 1989; Shaffer et Bachand, 1989; Bider et Matte, 1996; J. Bonin, obs. pers.; R. Tervo, comm. pers.). La présence de cette espèce n’a été enregistrée dans aucun des parcs provinciaux ni aucune des aires gérées par le gouvernement fédéral (P. Achuff, comm. pers).


Unités désignables

Chacun des deux sites connus qui abritent le D. ochrophaeus au Canada sont complètement isolés des autres parties de l’aire de répartition de l’espèce. Le site de la gorge du Niagara se trouve dans la province faunique de la forêt carolinienne. La population avoisinante la plus près se trouve aux États-Unis et est située le long de l’escarpement du Niagara, dans l’État de New York, à 22 kilomètres vers l’est en traversant la gorge. Aucune population n’a été trouvéedans la gorge du Niagara du côté de l’État de New York (A. Breisch, comm. pers.). Le site de Covey Hill est situé dans la province faunique des Grands Lacs et du fleuve Saint-Laurent. Il se trouve à environ 90 km au nord des sites connus les plus près, situés dans le nord de l’État de New York. Les deux sites font face à des menaces similaires.