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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Salamandre sombre desmontagnes (population des Grands Lacs et du Saint-Laurent et carolinienne) au Canada - Mise à jour

Taille et tendances des populations

Activités de recherche

Ce n’est que récemment que la présence duDesmognathus ochrophaeus au Canada a été confirmée, non pas parce que les sites canadiens étaient inconnus. Si elle n’a pas été signalée avant, c’est simplement parce qu’on ne soupçonnait pas sa présence, car on confond facilement l’espèce avec le D. fuscus. Cela est vrai pour les spécimens issus de Covey Hill et pour ceux issus de la gorge du Niagara, avant que leur identité ne soit confirmée génétiquement (Sharbel et Bonin, 1992; Markle et Green, 2005). Des activités de recherche considérables ont été entreprises pour cette espèce après que sa présence ait été constatée, surtout au Québec (Boutin, 2003, 2006; Jutras, 2003). On ne fait que commencer à étudier la population présente en Ontario. Les relevés effectués jusqu’à maintenant avaient pour but de vérifier la présence de l’espèce, de recueillir des indices sur son habitat et de tenter de déterminerl’étendue potentielle de sa répartition (R. Tervo, comm. pers.).


Abondance

Il est difficile d’estimer la taille de la population canadienne. Étant donné que les suintements et les ruisseaux temporaires habités par ces salamandres n’apparaissent pas sur des cartes topographiques ou même sur des photographies aériennes, il est difficile de quantifier l’abondance du D. ochrophaeus sans effectuer un relevé de toute la région à pied. Au Québec, la majeure partie de l’habitat appartient à plusieurs propriétaires de terres privées, ce qui complique la tenue d’études sur le terrain. Il est également difficile d’effectuer des estimations démographiques en Ontario, car la population occupe une section très escarpée et périlleuse de la gorge du Niagara.

À Covey Hill, au début des années 1990, environ 120 individus de l’espèce D. ochrophaeus et environ 12 hybrides (D. ochrophaeus x D. fuscus) ont été découverts dans cinq ruisseaux temporaires et deux suintements. En juillet 2003, un relevé sur les salamandres de ruisseaux a été mené dans trois secteurs de Covey Hill dans le cadre d’un projet conjoint entre l’Université de Montréal, le gouvernement du Québec et des sociétés non gouvernementales (Boutin, 2003). L’étude visait à recueillir de l’information sur la répartition et l’abondance des quatre espèces de salamandres de ruisseaux du Québec et à déterminer la présence et la fréquence d’hybrides de D. ochrophaeus et de D. fuscus. Alors que les abondances demeurent inconnues, on a récemment recensé 97 salamandres de l’espèce D. ochrophaeus dans la région de Covey Hill sur une période de cinq mois au cours de laquelle 36 jours ont été consacrés à l’échantillonnage (Boutin, 2006).

Au Québec, les densités de salamandres ont été mesurées dans trois ruisseaux temporaires. Les densités (en excluant les hybrides) variaient de 0,67 à 1,19 individu par mètre de ruisseau; les hybrides représentant moins de 10 p. 100 du total (Bonin, 1993; Sharbel et al., 1995). Seulement une portion des salamandres présentes dans le milieu sont toutefois trouvées au cours des relevés puisque des individus peuvent être cachés sous la terre ou dans des crevasses inaccessibles. Des études par capture-recapture et/ou des méthodes de relevé plus exhaustives (et sans doute nuisibles) seraient nécessaires pour déterminer la densité réelle. Les densités observées sont toutefois comparables aux estimations de Orr (1989) pour l’Ohio, soit de 0,96 à 1,20 individu/m2, et de celles de Hall (1977) pour la Pennsylvanie, doit de 0,62 à 1,07 individu/m2. En revanche, en Caroline du Nord, les densités de population de cette espèce dans des habitats propices constitués de parois de rochers sont connues pour être aussi élevées que 25 individus/m2 (Huheey et Brandon, 1973).

Dans le seul ruisseau cascadant de la gorge du Niagara occupé par l’espèce, un total de 22 individus ont jusqu’ici été identifiés par une analyse moléculaire. Pour déterminer l’abondance réelle de cette population, il serait nécessaire d’effectuer des études par capture-recapture et d’employer des méthodes de relevé potentiellement nuisibles. Des œufs et des juvéniles ont été localisés au site, ce qui témoigne d’un succès de reproduction à cet endroit (R. Tervo, comm. pers.).


Fluctuations et tendances

Il est impossible de préciser des tendances pour les populations, car on dispose de trop peu de données pour faire une estimation.


Effet d'une immigration de source externe

L’aire de répartition du D. ochrophaeus dans le Canada traverse tout juste la frontière. Tandis que la répartition est vaste et continue aux États‑Unis, les deux populations canadiennes sont isolées des populations des États-Unis par des barrières physiques et la distance. La population connue située lela plus près de Covey Hill se trouve à plus de 90 km au sud; la population la plus près du site de Niagara se trouve de l’autre côté de la rivière Niagara et à quelques 22 km. En raison des distances et des barrières que les individus devraient surmonter pour atteindre le Canada, il est fort improbable qu’un flux génétique ait lieu , et le potentiel d’immigration naturelle est nulle. Par conséquent, en cas de déclin ou de disparition du pays, il existe aucune possibilité d’une immigration de source externe en ce qui concerne les populations canadiennes.