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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Faucon pèlerin des sous-espèces pealei et anatum/tundrius au Canada – Mise à jou

Résumé

Faucon pèlerin
Falco peregrinus
Sous-espèce pealei (Falco peregrinus pealei)
Anatum/tundrius (Falco peregrinus anatum/tundrius)

Information sur l’espèce

Le Faucon pèlerin est un falconité de taille moyenne à grande (comparable à celle d’une corneille) qui a de longues ailes pointues. Les trois sous-espèces présentes au Canada, Falco peregrinus anatum, F. p. tundrius et F. p. pealei, se distinguent à la couleur de leur plumage et à un certain nombre de particularités morphologiques. Ces différences sont toutefois généralement clinales, les individus étant plus pâles dans les régions sèches et plus foncés dans les régions humides, et plus petits dans le Nord et plus grands dans le Sud et l’Ouest.

Une étude génétique récente porte à croire que la sous-espèce pealei est génétiquement distincte des deux autres sous-espèces mais qu’historiquement (avant l’effondrement des populations causé par le DDT), les sous-espèces anatum et tundrius ne se différenciaient pas génétiquement l’une de l’autre. Les différences relevées entre ces deux sous-espèces sont ténues et vraisemblablement attribuables à la nature limitée du patrimoine génétique utilisé pour les introductions et à l’introgression d’allèles d’individus non-anatum provenant des États-Unis. Dans le présent rapport, les Faucons pèlerins anatum et tundrius sont considérés comme une seule unité désignable, et le Faucon pèlerin pealei, comme une unité distincte. Toutefois, des renseignements sur les trois sous-espèces sont inclus dans le rapport, car une bonne partie des données disponibles sont présentées par sous-espèce.

Répartition

Le Faucon pèlerin est une espèce presque cosmopolite qui niche en Eurasie, en Afrique, en Australie, en Amérique du Nord et en Amérique du Sud. Le Faucon pèlerin anatum niche dans la partie intérieure de l’Alaska et dans tout le nord du Canada jusqu’au sud du Groenland, et dans toute l’Amérique du Nord continentale jusqu’au nord du Mexique. Au Canada, il niche dans tous les territoires et provinces à l’exception de l’Île du Prince-Édouard, du Nunavut et de l’île de Terre-Neuve. Le Faucon pèlerin tundrius niche en Alaska et dans tout le nord du Canada jusqu’au Groenland. Au Canada, son aire de nidification s’étend depuis le nord du Yukon, les îles du Bas-Arctique, le nord des Territoires du Nord-Ouest et le nord du Nunavut jusqu’à l’île de Baffin, la baie d’Hudson, l’Ungava et le nord du Labrador. Le Faucon pèlerin pealei est confiné à la côte du Pacifique, où il niche depuis les îles Aléoutiennes et d’autres îles côtières de l’Alaska jusqu’en Oregon. Au Canada, il niche dans les îles de la Reine-Charlotte, l’île Triangle au large de l’extrémité nord de l’île de Vancouver, le long des côtes nord et centre de la Colombie-Britannique, dans les portions nord et ouest de l’île de Vancouver et le long de la côte est de l’île de Vancouver et dans les îles Gulf, jusqu’à Nanaimo, vers le sud.

Habitat

Le Faucon pèlerin se rencontre dans divers types d’habitats, de la toundra arctique aux régions côtières, aux prairies et aux centres urbains. Il niche généralement sur la saillie d’une falaise ou dans une crevasse, mais parfois sur une corniche d’un grand immeuble ou d’un pont, à proximité d’une abondante source de proies. À l’échelle du paysage, les sites de nidification de qualité sont habituellement dispersés, mais ils peuvent être communs localement dans certaines régions. Au Canada, de vastes régions où le Faucon pèlerin est absent ne présentent ni sites de nidification adéquats ni sources de nourriture abondantes. L’habitat de nidification naturel n’a pas changé de façon significative depuis l’effondrement des populations et demeure largement disponible, et les structures érigées par les humains et en milieu urbain procurent au Faucon pèlerin d’autres sites de nidification potentiels.

Biologie

Le Faucon pèlerin se nourrit principalement d’oiseaux. Chez toutes les sous-espèces, les oiseaux coloniaux marins qui nichent dans des terriers ou sur des falaises, les oiseaux de rivage, les espèces de sauvagine, les pigeons et les oiseaux chanteurs constituent une part importante du régime alimentaire. Le Faucon pèlerin est un nicheur solitaire. Les nids sont aménagés à même le substrat sur la saillie d’une falaise. Les jeunes quittent le nid environ 40 jours après l’éclosion. Ils sont nourris par les adultes et peuvent demeurer à proximité du nid pendant 3 à 6 semaines après avoir pris leur premier envol.

Les adultes font preuve d’une grande fidélité à l’égard du site de nidification et peuvent réutiliser le même site d’année en année pendant des décennies. La plupart des juvéniles se dispersent sur de grandes distances à partir de l’endroit où ils sont nés. La plupart des Faucons pèlerins migrent, mais parmi les populations des régions côtières et du Nord, certains couples peuvent rester tout l’hiver au site de nidification si la nourriture y demeure suffisamment abondante. C’est particulièrement vrai chez la sous-espèce pealeiet chez les individus anatum qui nichent en milieu urbain dans l’est du Canada. En automne, la plupart des Faucons pèlerins migrent aux États-Unis, au Mexique, en Amérique centrale et en Amérique du Sud.

Taille et tendances des populations

Des relevés nationaux visant à déterminer les tendances des populations nicheuses de Faucons pèlerins sont réalisés tous les 5 ans au Canada depuis 1970. Ces relevés révèlent que les effectifs des Faucons pèlerins anatum et tundrius ont considérablement augmenté depuis 1970, en particulier entre 2000 et 2005. Le Faucon pèlerin pealein’a pas connu un déclin comparable à celui des 2 autres sous-espèces, mais il a semblé affecté par la diminution d’abondance de ses proies. Les effectifs de cette sous-espèce sont demeurés relativement stables, bien qu’inférieurs à ce qu’ils étaient avant cette période. Les relevés ne visent pas à évaluer l’abondance des populations, mais ils permettent d’en estimer la taille minimale. D’après les données amassées, la population du Faucon pèlerin anatumcomptait au moins 969 individus matures en 2005, et celle du Faucon pèlerin tundrius, 199 individus. La taille minimale de la population combinée de ces 2 taxons au Canada s’élevait donc à 1 168 individus matures. La population du Faucon pèlerin pealei comptait au moins 176 individus adultes. Ces estimations étaient certainement inférieures aux effectifs reproducteurs réels de ces 3 sous-espèces, en particulier de la sous-espèce tundrius, dont l’aire de nidification s’étend sur un vaste paysage arctique relativement inhabité.

Facteurs limitatifs et menaces

L’échec de la reproduction causé par l’exposition aux pesticides organochlorés, en particulier au DDT, est le principal facteur responsable du déclin des populations de Faucons pèlerins. La diminution des concentrations de composés organochlorés dans les tissus des Faucons pèlerins est encourageante et a été reliée à l’augmentation du succès de la reproduction observée ces dernières années. Toutefois, les charges de pesticides excèdent encore les seuils critiques chez certains individus, et les pesticides organochlorés sont toujours utilisés dans certaines portions de l’aire d’hivernage des sous-espèces anatumet tundrius. Récemment, il a été démontré que les polybromodiphényléthers représentent également une menace potentielle pour le Faucon pèlerin. Ces composés se bioamplifient dans les systèmes naturels et sont présents en concentrations élevées dans les tissus de certains Faucons pèlerins. On ignore les effets de ces composés.

Les populations de Faucons pèlerins pealei de l’île Langara (Colombie-Britannique) augmentent ou diminuent au rythme des fluctuations des populations d’oiseaux marins dont elles se nourrissent. À certains endroits, les oiseaux marins sont menacés par des mammifères prédateurs introduits, et les effectifs du Faucon pèlerin pealei pourraient chuter si les populations de ces oiseaux venaient à diminuer. Les populations côtières de Faucons pèlerins anatum et tundrius pourraient connaître le même sort.

Les perturbations anthropiques aux sites de nidification, l’augmentation potentielle du nombre de fauconneaux capturés légalement pour la fauconnerie et la collecte illégale d’œufs et de jeunes pour la fauconnerie sont également considérées comme des facteurs limitatifs.

Importance de l’espèce

Le Faucon pèlerin est devenu une espèce emblématique pour les défenseurs de l’environnement en Amérique du Nord et ailleurs. L’effondrement des populations de Faucons pèlerins dans le sud du Canada et aux États-Unis a provoqué au sein du public un vaste changement d’attitude en faveur d’une meilleure gérance de l’environnement.

Protection actuelle

Le Faucon pèlerin est protégé en vertu de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES), qui restreint l’importation et l’exportation d’oiseaux et d’œufs dans les pays signataires. À l’instar des autres accipitridés, le Faucon pèlerin n’est pas protégé en vertu de la Loi sur la convention concernant les oiseaux migrateurs, de ressort fédéral, mais il l’est en vertu des lois provinciales et territoriales visant la protection des espèces sauvages et des espèces en péril. Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a attribué le statut d’« espèce menacée » au Faucon pèlerin anatum en 2000 (annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril), et le statut d’« espèce préoccupante » au Faucon pèlerin pealeien 2001 (annexe 1) et au Faucon pèlerin tundrius en 1992 (annexe 3). Les espèces mentionnées àl’annexe 1 sont protégées par le gouvernement fédéral en vertu de la Loi sur les espèces en péril.

Historique du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le Comité a été créé pour satisfaire au besoin d’une classification nationale des espèces sauvages en péril qui soit unique et officielle et qui repose sur un fondement scientifique solide. En 1978, le COSEPAC (alors appelé Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. En vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) promulguée le 5 juin 2003, le COSEPAC est un comité consultatif qui doit faire en sorte que les espèces continuent d’être évaluées selon un processus scientifique rigoureux et indépendant.

Mandat du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) évalue la situation, au niveau national, des espèces, des sous-espèces, des variétés ou d’autres unités désignables qui sont considérées comme étant en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées aux espèces indigènes comprises dans les groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, arthropodes, mollusques, plantes vasculaires, mousses et lichens.

Composition du COSEPAC

Le COSEPAC est composé de membres de chacun des organismes responsable des espèces sauvages des gouvernements provinciaux et territoriaux, de quatre organismes fédéraux (le Service canadien de la faune, l’Agence Parcs Canada, le ministère des Pêches et des Océans et le Partenariat fédéral d’information sur la biodiversité, lequel est présidé par le Musée canadien de la nature), de trois membres scientifiques non gouvernementaux et des coprésidents des sous-comités de spécialistes des espèces et du sous-comité des connaissances traditionnelles autochtones. Le Comité se réunit au moins une fois par année pour étudier les rapports de situation des espèces candidates.

Définitions

Espèce sauvage

Espèce, sous-espèce, variété ou population géographiquement ou génétiquement distincte d'animal, de plante ou d'une autre organisme d'origine sauvage (sauf une bactérie ou un virus) qui est soit indigène du Canada ou qui s'est propagée au Canada sans intervention humaine et y est présente depuis au moins cinquante ans.

Disparue (D)

Espèce sauvage qui n'existe plus.

Disparue du pays (DP)

Espèce sauvage qui n'existe plus à l'état sauvage au Canada, mais qui est présente ailleurs.

En voie de disparition (VD)Note de bas de page a

Espèce sauvage exposée à une disparition de la planète ou à une disparition du pays imminente.

Menacée (M)

Espèce sauvage susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitants ne sont pas renversés.

Préoccupante (P)Note de bas de page b

Espèce sauvage qui peut devenir une espèce menacée ou en voie de disparition en raison de l'effet cumulatif de ses caractéristiques biologiques et des menaces reconnues qui pèsent sur elle.

Non en péril (NEP)Note de bas de page c

Espèce sauvage qui a été évaluée et jugée comme ne risquant pas de disparaître étant donné les circonstances actuelles.

Données insuffisantes (DI)Note de bas de page d, Note de bas de page e

Une catégorie qui s'applique lorsque l'information disponible est insuffisante (a) pour déterminer l'admissibilité d'une espèce àl'évaluation ou (b) pour permettre une évaluation du risque de disparition de l'espèce.

 

Service canadien de la faune

Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.