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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Faucon pèlerin des sous-espèces pealei et anatum/tundrius au Canada – Mise à jou

Information sur l'espèce

Nom et classification

Nom scientifique:

Falco peregrinus, Tunstall 1771

Nom français:

Faucon pèlerin

Nom anglais:

Peregrine Falcon

Classification

Classe:

Oiseaux

Ordre:

Falconiformes

Famille:

Falconidés

Genre:

Falco

Espèce:

peregrinus

Cette classification est conforme à celle établie par l’American Ornithologists’ Union (AOU, 2006). L’espèce a été décrite pour la première fois en Europe par Tunstall, en 1771. À l’échelle mondiale, 19 sous-espèces sont reconnues (Hayes et Buchanan, 2002; White et al., 2002). Trois sous-espèces, soit les F. p. anatum (Bonaparte, 1838), F. p. tundrius (White, 1968a) et F. p. pealei (Ridgway, 1871), se rencontrent en Amérique du Nord (Godfrey, 1986).Dans le présent rapport, ces trois sous-espèces seront appelées Faucon pèlerin anatum, Faucon pèlerin tundrius et Faucon pèlerin pealei, respectivement.

Une étude génétique récente porte à croire que la sous-espèce pealei est génétiquement distincte des deux autres sous-espèces mais qu’historiquement (avant l’effondrement des populations causé par le DDT), les sous-espèces anatum et tundrius ne se différenciaient pas génétiquement l’une de l’autre(Brown et al., 2007). Les différences relevées actuellement entre ces deux sous-espèces sont ténues et vraisemblablement attribuables à des facteurs anthropiques comme la nature limitée du patrimoine génétique utilisé pour les réintroductions (Brown et al., 2007). Pour cette raison, et aussi à cause de l’existence d’un continuum évident de répartition et de plumage (voir ci-dessous), ces deux sous-espèces sont considérées comme une seule unité désignable. La sous-espèce pealei est considérée comme une unité distincte. Toutefois, comme la plupart des données concernant le Faucon pèlerin sont présentées par sous-espèce, nous inclurons des renseignements sur les trois sous-espèces dans le présent rapport, en regroupant s’il y a lieu les données se rapportant aux sous-espèces anatum et tundrius (p. ex. zone d’occurrence, taille de la population).

Description morphologique

Le Faucon pèlerin est un falconité de taille moyenne à grande (comparable à celle d’une corneille) qui a de longues ailes pointues. Les mâles mesurent de 36 à 49 cm de longueur et pèsent en moyenne 650 g, tandis que les femelles mesurent de 45 à 58 cm et pèsent en moyenne environ 950 g. Les deux sexes se distinguent principalement par la taille, les femelles étant de 15 à 20 p. 100 plus grandes et de 40 à 50 p. 100 plus lourdes que les mâles. Le chevauchement de taille entre les sexes est faible chez toutes les sous-espèces (White, 1968b; White et al., 2002).

Les adultes ont les régions supérieures gris bleuté ou plus foncées, une rayure malaire noirâtre de largeur variable s’étendant à partir de l’œil, et les parties inférieures blanchâtres, grisâtres ou chamois, plus ou moins tachetées et rayées d’une teinte noirâtre. Les oiseaux juvéniles ressemblent aux adultes, mais ils ont les portions supérieures brun pâle à brun ardoise ou chocolat, et les parties inférieures, chamois, rayées d’une teinte noirâtre. Les sous-espèces se distinguent l’une de l’autre par des différences de coloration du plumage et divers caractères morphologiques. Ces différences sont toutefois clinales, les individus plus pâles se rencontrant dans les régions sèches et les individus plus foncés, dans les régions humides. De la même façon, les individus sont plus petits plus au Nord et plus grands dans le Sud et l’Ouest. La sous-espèce tundrius est généralement plus pâle et plus petite (White, 1968b), tandis que la sous-espèce anatum a les parties inférieures teintées d’orange ou de brunâtre. La sous-espèce pealei est généralement plus foncée et en moyenne la plus grande des sous-espèces présentes en Amérique du Nord (White et al., 2002). La coloration du plumage peut varier considérablement à l’échelle locale (p. ex. portion nord de la baie d’Hudson; Court et al., 1988a), au point d’occulter les différences entre les sous-espèces, en particulier anatum et tundrius.

Description génétique

Diversité génétique et structure des populations

Une comparaison des caractéristiques génétiques des populations historiques (avant l’effondrement des populations causé par le DDT) et actuelles de Faucons pèlerins a été effectuée (Brown et al., 2007). Cette étude visait à évaluer l’étendue et la répartition de la variation génétique neutre parmi et entre les populations canadiennes des trois sous-espèces nord-américaines avant et après l’effondrement des populations causé par le DDT. Elle a permis d’examiner les conséquences de ce déclin et des réintroductions subséquentes sur : i) les niveaux de diversité génétique; ii) la validité de la classification taxinomique actuelle; iii) la structure génétique des populations au niveau du goulot d’étranglement. Le génotype de spécimens de musée et d’individus vivants a été déterminé au moyen d’une analyse portant sur 11 loci microsatellites nucléaires et un fragment de 405 nucléotidesde la région codante des mitochondries. La diversité génétique était faible chez toutes les populations, tant historiques qu’actuelles. Aucun déclin important de la diversité génétique ni signe probant de goulot d’étranglement génétique n’a été observé chez les trois sous-espèces. La diversité génétique est actuellement plus élevée qu’elle ne l’était historiquement. L’absence de goulot d’étranglement génétique est attribuée à la rapidité du rétablissement et à l’introgression possible d’allèles d’individus non indigènes (Brown et al., 2007).

L’analyse de la structure génétique des populations a permis de départager seulement deux groupes génétiques distincts parmi les spécimens de musée de Faucons pèlerins au Canada, soit la sous-espèce pealei, d’une part, et tous les autres individus, d’autre part (tableau 1). Les données sur l’ADNmt et les microsatellites révèlent que les populations historiques des sous-espèces F. p. anatum et F. p. tundrius ne se différenciaient pas génétiquement l’une de l’autre et que les populations actuelles de ces mêmes sous-espèces sont légèrement mais significativement différentes (Brown et al., 2007). L’analyse des microsatellites porte à croire que l’évolution de la structure génétique entre les sous-espèces anatumet tundrius résulte dans une large mesure des changements survenus chez la sous-espèce anatum (tableau 1) et que ces changements se sont produits dans le nord de l’Ontario et du Québec, où l’on trouve aujourd’hui des individus réintroduits de la sous-espèce anatum et leurs descendants et, possiblement, des individus des États-Unis. Le changement de structure génétique observé dans cette région chez la sous-espèce anatum est vraisemblablement dû au patrimoine génétique restreint utilisé pour les introductions et à l’introgression d’allèles d’individus non-anatum provenant des États-Unis (Brown et al., 2007; voir ci-dessous). Des Faucons pèlerins nicheurs originaires des États-Unis présentant un mélange de caractères génétiques des deux sous-espèces ont été observés dans les deux provinces.

Certains individus du détroit de Géorgie et tous les individus étudiés issus de la vallée du Bas-Fraser de la Colombie-Britannique côtière semblent appartenir à la sous-espèce anatum, mais tous les individus étudiés issus des côtes océaniques de la Colombie-Britannique appartiennent à la sous-espèce pealei. Les deux sous-espèces semblent toutefois cohabiter dans au moins certaines des îles Gulf, dans le détroit de Géorgie (J. Brown, comm. pers., 2004).

Tableau 1. Estimations par paires de la différenciation des populations de F. p. anatum, F. p. tundrius et F. p. pealei d’après les données sur l’ADNmt (Φst; au-dessus de la diagonale) et les microsatellites (Fst; sous la diagonale). Les nombres en gras sont significativement supérieurs à zéro à α= 0,05 (tableau modifié de Brown et al., 2007, avec la permission des auteurs).
PopulationPopulations historiques :
anatum
(n = 24)
Populations historiques :
tundrius
(n = 49)
Populations historiques : pealei
(n = 15)
Populations actuelles : anatum
(n = 109)
Populations actuelles : tundrius
(n = 46)
Populations actuelles :  pealei
(n = 24)
Populations historiques : anatum
 -
0,019
0,083
0,016
0,113
0,134
Populations historiques : tundrius
0,003
-
0,176
0,134
0,021
0,216
Populations historiques : pealei
0,077
0,080
-
0,005
0,256
0
Populations actuelles : anatum
0,012
0,015
0,048
-
0,251
0,023
Populations actuelles : tundrius
0,007
0,001
0,076
0,013
-
0,299
Populations actuelles : pealei
0,087
0,091
0,020
0,047
0,081
-

Réintroductions et intégrité génétique

Des Faucons pèlerins élevés en captivité ont été relâchés au Canada et aux États-Unis à la suite de l’effondrement des populations nord-américaines survenu au cours des années 1950 et 1960. Au Canada, environ 1 500 Faucons pèlerins anatum génétiquement purs ont été relâchés durant le programme de réintroduction (G. Holroyd, communication personnelle (comm. pers.), 2006). Aux États-Unis, 2 500 Faucons pèlerins appartenant à sept sous-espèces, soit les sous-espèces indigènes anatum, tundrius, pealei et 4 sous-espèces non indigènes, ont été relâchés dans 13 États, dont plusieurs États (p. ex. New York, Dakota du Nord, Minnesota, Michigan, Wisconsin, Ohio) adjacents au Canada (Tordoff et Redig, 2003). L’introduction aux États-Unis d’individus de sous-espèces non indigènes en Amérique du Nord a suscité des préoccupations concernant l’intégrité génétique des Faucons pèlerins anatumnichant au Canada. L’origine des individus reproducteurs dans les populations de Faucons pèlerins en rétablissement au Canada n’a pas été établie de façon certaine, mais les introductions aux États-Unis semblent avoir eu très peu d’impact sur la constitution génétique des populations rétablies au Canada. En premier lieu, les Faucons pèlerins anatum représentent près de 40 p. 100 du patrimoine génétique des oiseaux relâchés dans l’est des États-Unis; la contribution des Faucons pèlerins tundrius s’élève à 23 p. 100 (Tordoff et Redig, 2003). Si l’on accepte l’hypothèse apparemment corroborée par des données génétiques récentes selon laquelle les populations anatum et tundriusn’étaient pas génétiquement différenciables dans le passé (voir ci-dessus), la proportion du patrimoine américain d’origine indigène s’élève à plus de 60 p. 100. En deuxième lieu, les populations les plus susceptibles d’être affectées par l’introgression d’allèles non indigènes (c.-à-d. Faucons pèlerins du sud de l’Ontario et du Québec) représentent une très faible portion de l’ensemble de la population anatum nichant au Canada. Troisièmement, certains Faucons pèlerins anatum génétiquement purs relâchés au Canada se sont reproduits aux États-Unis, diluant d’autant l’incidence des individus non indigènes.

Données génétiques additionnelles

Le Faucon pèlerin peut s’hybrider avec le Faucon des Prairies (F. mexicanus) (Oliphant, 1991) et le Faucon gerfault (F. rusticolus), mais le phénomène demeure probablement très rare en nature. En fauconnerie moderne, les croisements interspécifiques sont cependant fréquents (Faucon pèlerin et Faucon gerfault, Faucon des Prairies et Faucon émerillon [F. olumbarius]), et un certain nombre des hybrides ainsi obtenus sont fertiles. L’imprégnation au contact des humains aurait un effet stérilisant sur ces oiseaux, mais des faucons hybrides de fauconnerie échappés se sont accouplés et se sont reproduits avec succès en nature. La contribution de telles sources au génome de la population de Faucons pèlerins indigènes est tenue pour négligeable (White et al., 2002), mais elle n’a pas été quantifiée.

Unités désignables

Les trois sous-espèces de Faucons pèlerins présentes au Canada ont été évaluées séparément dans le passé et traitées comme trois unités désignables. Aux fins de la présente évaluation, les sous-espèces anatum et tundrius seront toutefois considérées comme une seule unité désignable, et la sous-espèce pealei, comme une unité désignable distincte. Une étude génétique récente a en effet révélé que les populations historiques des sous-espèces anatum et tundrius n’étaient pas différenciables génétiquement l’une de l’autre et que les légères différences relevées actuellement entre ces deux taxons sont vraisemblablement attribuables à des facteurs anthropiques, comme la nature limitée du patrimoine génétique utilisé pour les réintroductions (Brown et al., 2007). En outre, ces sous-espèces présentent un continuum évident de répartition et de plumage. Comme la plupart des données se rapportant au Faucon pèlerin sont présentées par sous-espèce, nous inclurons des renseignements sur les trois sous-espèces dans le présent rapport, en regroupant s’il y a lieu les données sur les sous-espèces anatum et tundrius (p. ex. zone d’occurrence, taille de la population).