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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Faucon pèlerin des sous-espèces pealei et anatum/tundrius au Canada – Mise à jou

Biologie

Aménagement du nid

Les nids se présentent sous la forme d’une simple dépression de 17 à 22 cm de diamètre et de 3 à 5 cm de profondeur aménagée à même le sol. Aucun matériau n’y est ajouté, mais des débris peuvent s’accumuler autour de la dépression. Le Faucon pèlerin peut nicher sur une crête exposée, la saillie d’une falaise ou la corniche d’un immeuble, dans une caverne, ou dans le nid de branches d’un autre oiseau (White et al., 2002). L’aménagement du nid s’amorce dès le début de la parade nuptiale et se poursuit jusqu’à la ponte, dont le moment précis varie selon la latitude (Nelson, 1977).

Nombre de couvées produites annuellement

Le Faucon pèlerin produit normalement une seule couvée par année, mais en cas d’échec, il peut en produire une nouvelle si l’échec de la première couvée survient tôt durant la période d’incubation (Beebe, 1974). En pareilles circonstances, certains couples peuvent ainsi produire jusqu’à trois couvées (Bent, 1938).

Taille des couvées

La taille des couvées détermine une variation clinale, le nombre moyen d’œufs par couvée variant de 2,9 dans les régions arctiques à 3,7 dans les régions de latitude moyenne (Hickey, 1969; Palmer, 1988). Court et al. (1988a) ont enregistré une taille moyenne de couvée de 3,62 œufs (n = 84 couvées) dans la baie Rankin. En Colombie-Britannique, les couvées de Faucons pèlerins pealei et anatumcomptaient de 1 à 5œufs, mais plus fréquemment 3 ou 4 œufs (Campbell et al., 1990). En Alberta, la taille moyenne des couvées s’établissait à 3,6œufs dans le sud de la province (Stepnisky, 1998), contre 3,7 œufs dans le nord de la province (Moore, 1995). En Ontario, la taille moyenne des couvées dans diverses régions s’élevait à 3,4 œufs (n = 35, intervalle de 2 à 5; Peck et James, 1993). Dans l’île Banks (Territoires du Nord-Ouest), les couvées de Faucons pèlerins tundrius répertoriées en 2000 contenaient en moyenne 2,9 œufs (n = 9, intervalle de 2 à 4) (Anonyme, aucune date).

Incubation et premier envol

L’incubation est assurée presque entièrement par la femelle. Durant cette période, elle est nourrie par le mâle. Les mâles plus expérimentés peuvent participer plus activement à l’incubation des œufs (Endersen et al., 1972). L’incubation débute après la ponte de l’avant-dernier œuf et dure entre 32 et 35 jours (Campbell et al., 1990; Baicich et Harrison, 1997). Dans l’Arctique, toutefois, les basses températures forcent les femelles à commencer de couver immédiatement après la ponte du premier œuf. L’éclosion n’est donc plus synchronisée, et il peut exister une différence de 6 jours entre l’aîné et le cadet (Court et al., 1988b). La couvaison, presque continue durant les premiers 10 jours, est assurée en grande partie par la femelle. Les jeunes désertent le nid à l’âge d’environ 40 jours, et les mâles prennent généralement leur premier envol 3 à 5 jours avant les femelles. Les jeunes sont nourris par les adultes et peuvent demeurer à proximité du site de nidification pendant les 3 à 6 semaines suivant leur premier envol (Beebe, 1974).

Âge à la première reproduction 

Le Faucon pèlerin se reproduit habituellement pour la première fois à l’âge de 2 ans, mais des rapports font état d’individus qui se sont reproduits à l’âge de 1 an. L’âge à la première reproduction dépend souvent de la disponibilité des territoires, la reproduction débutant à un plus jeune âge dans les endroits où les habitats propices inoccupés sont abondants. Les femelles se reproduisent pour la première fois généralement un an avant les mâles (Cade et Fyfe, 1978; Ratcliffe, 1993). Chez une population de Faucons pèlerinstundrius, dans la baie Rankin (Nunavut), l’âge de recrutement moyen s’établissait à 4 ans (intervalle de 2 à 8 ans) chez les mâles et à 3 ans (intervalle de 3 à 5 ans) chez les femelles (Johnstone, 1998).

Productivité

La productivité (nombre de jeunes ayant atteint l’âge du premier envol par couple territorial) des populations de Faucons pèlerins anatum a fluctué considérablement d’une région et d’une année à l’autre entre les années 1970 et 1990, alors que les populations récupéraient des effets des pesticides sur la reproduction. Avant les années 1980, les populations en déclin présentaient généralement des taux de productivité réduits allant de moins de 1,0 à moins de 0,5 jeune ayant atteint l’âge du premier envol (ou jeune apte au vol) par couple territorial (Cade et al., 1989; Ratcliffe, 1993). Après 1984, en partie grâce aux réintroductions, les taux de productivité annuels se sont redressés de façon générale (Mesta,1999).

Les taux de productivité mentionnés dans la littérature oscillent généralement entre 1 et 2 jeunes aptes au vol/territoire (White et al., 2002), mais il existe de nombreuses exceptions. Par exemple, la productivité de la population de Faucons pèlerins pealei de l’île Langara (Colombie-Britannique) peut grimper jusqu’à environ 3 jeunes aptes au vol par territoire au cours de certaines « bonnes » années (Nelson, 2001). Chez les populations de Faucons pèlerinsanatum nichant dans les régions côtières de la Colombie-Britannique, la productivité est relativement élevée, la plupart des couples produisant normalement entre 2 et 4 jeunes aptes au vol depuis quelques années (D. Doyle, communication personnelle (comm. pers.), 2004). Dans le sud de l’Ontario, de nombreux couples de Faucons pèlerins anatum ont produit 3 jeunes aptes au vol (T. Armstrong, comm. pers., 2006). Chez la population de Faucon pèlerin tundrius de la baie Rankin, le nombre moyen sur 25 ans de jeunes produits par couple nicheur s’établit à 2,5± 0,4 (données inédites du ministère de l’Environnement du Nunavut, 2006; M. Setterington, comm. pers., 2006).

Les facteurs suivants influent sur la productivité annuelle : 1) mortalité des œufs et des fauconneaux causée par le froid, la pluie et des épisodes de temps printanier tardifs (White et Cade, 1971; Court et al., 1988b; Mearns et Newton, 1988; Ratcliffe, 1993; Bradley et al., 1997); 2) fluctuations annuelles de l’abondance des proies (Court et al., 1988b; Bradley et Oliphant, 1991); 3) différences régionales de la disponibilité globale des proies (Ratcliffe, 1993); 4) prédation/maladies : l’importance de ce facteur n’a jamais été évaluée chez une population donnée, mais elle peut être élevée localement (Cade et al., 1989; Tordoff et Redig, 1997).

Les écarts de productivité entre les couples territoriaux d’une population locale donnée est un aspect important de l’écologie du Faucon pèlerin. Par exemple, chez la population de Faucons pèlerins tundrius de la baie Rankin (Nunavut), la productivité moyenne sur 14 ans s’établissait à 1,4 jeune par couple aux sites régulièrement occupés (sites de grande qualité), contre seulement 0,8 jeune par couple aux sites irrégulièrement occupés (sites de piètre qualité) (Johnstone, 1998). Dans l’île Langara (Colombie-Britannique), 21 p. 100 des coupes nicheurs ont à eux seuls produit la moitié des jeunes aptes au vol, et 9 p. 100 des couples, le quart des jeunes (Nelson, 1990).

Lors du relevé quinquennal de 2000, les valeurs de productivité oscillaient entre 0,6 et 2,5 jeunes par couple territorial et entre 1,2 et 4,0 jeunes par couple productif (c.-à-d. ayant élevé au moins un jeune jusqu’au premier envol; tableaux 4 à 6). La productivité était plus élevée chez les Faucons pèlerins anatum que chez les Faucons pèlerins tundrius, qui présentaient eux-mêmes une productivité plus élevée que les Faucons pèlerinspealei. En 2005, la productivité par couple territorial variait de 0 à 2,8 jeunes chez les couples territoriaux et de 0 à 4,0 jeunes chez les couples territoriaux productifs. Comme en 2000, les plus fortes valeurs de productivité par couple territorial productif ont été observées chez les populationsanatum, et les plus faibles valeurs, chez les populations pealei (U. Banasch, comm. pers.).

Tableau 4. Productivité des Faucons pèlerins anatum au Canada en 2000 (Rowell et al., 2003)
RégionCouples territoriauxCouples productifsNombre total de jeunesNombre moyen de jeunes/couple territorialNombre moyen de jeunes/couple productif
Total/moyenne
348
184
444
1,5
2,5
Terre-Neuve-et-Labrador
15
10
24
1,6
2,4
Baie de Fundy (Nouvelle-Écosse, Nouveau-Brunswick) (N.-É., N.-B.)
11
10
20
1,8
2,0
Sud du Québec
25
17
39
1,6
2,3
Sud de l’Ontario
42
26
68
1,6
2,6
Sud du Manitoba
2
1
4
2
4,0
Sud de la Saskatchewan
3
1
4
1,7
2,5
Alberta, au sud du 58eparallèle
23
19
57
2,5
3,0
Zone intérieure sud de la Colombie-Britannique (C.-B.)
1
donnée non disponible (dnd)
dnd
dnd
dnd
Vallée du Bas-Fraser (C.-B.)
5
dnd
dnd
dnd
dnd
Îles Gulf/sud-est de l’île de Vancouver (C.-B.)
9
dnd
dnd
dnd
dnd
Alberta, au nord du 58eparallèle
29
8
21
0,7
2,6
Rivière Porcupine (Yukon)
35
21
44
1,3
2,1
Rivière Peel (Yukon)
22
12
14
0,6
1,2
Rivière Yukon (Yukon)
46
22
68
1,5
3,1
Lacs du Sud (Yukon)
dnd
dnd
dnd
dnd
dnd
Vallée du Mackenzie (Territoire du Nord-Ouest) (T.N.-O.)
80
36
80
1,0
2,2
Tableau 5. Productivité des Faucons pèlerins tundrius au Canada en 2000 (Rowell et al., 2003).
RégionCouples territoriauxCouples productifsNombre total de jeunesNombre moyen de jeunes/couple territorialNombre moyen de jeunes/
couple productif
Baie d’Ungava (Québec)
dnd
dnd
dnd
dnd
dnd
Versant nord du Yukon
7
7
15
2,1
2,1
Baie Rankin (Nunavut)
22
16
37
1,7
2,3
Parc national Tuktut Nogait (T.N.-O.)
18
18
1
Total/moyenne
47
33
70
1,6
2,3

Notes de tableau

Note de tableau a

Six autres couples ont été exclus, leur nid n’ayant pas été observé.

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Note de bas de page b

Valeur déduite de 7 couples ayant produit 18 jeunes. Les autres couples ont produit 1 à 2 jeunes; dnd = donnée non disponible.

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Tableau 6. Productivité des Faucons pèlerins pealei au Canada en 2000 (Rowell et al., 2003)
RégionCouples territoriauxCouples productifsNombre total de jeunesNombre moyen de jeunes/couple territorialNombre moyen de jeunes/
couple productif
Île Langara
7
5
9
1,3
1,8
Îles de la Reine-Charlotte
44
dnd
dnd
dnd
dnd
Nord de l’île de Vancouver/îles Scott
dnd
dnd
dnd
dnd
Île Triangle
6
dnd
dnd
dnd
dnd
Total/moyenne
69
5
9
1,3
1,8

Notes de tableau

Note de tableau c

Productivité observée seulement à deux nids contenant au total 3 jeunes; dnd = donnée non disponible.

Retour à la référence de la note de tableau c

La productivité moyenne non pondérée des Faucons pèlerins anatum au cours des 8 relevés effectués jusqu’en 2005 s’établit à 2,2 jeunes aptes au vol par couple productif (Rowell et al., 2003; U. Banasch, comm. pers.; tableau 7). Les valeurs de productivité enregistrées en 2005 chez les Faucons pèlerins anatum(2,2 jeunes aptes au vol par couple productif et 1,3 jeune apte au vol par couple territorial) se situent à l’extrémité inférieure de l’intervalle calculé pour la période de 1970 à 2005 (tableau 7). Il est toutefois difficile de comparer de façon valable la productivité d’un site et d’une année à l’autre en utilisant des données non pondérées, car les méthodes et l’effort d’échantillonnage peuvent avoir varié d’un endroit et d’une année à l’autre (p. ex. couverture complète dans les principales zones, par opposition à une simple inspection des sites de nidification connus à d’autres endroits).

Tableau 7. Productivité des Faucons pèlerins au Canada durant la période de 1970 à 2005 (Rowell et al., 2003; données de 2005, U. Banasch, comm. pers.). Les nombres indiqués correspondent aux nombres moyens de jeunes ayant atteint l’âge du premier envol/couple productif, et les nombres entre parenthèses, aux nombres moyens de jeunes ayant atteint l’âge du premier envol/couple territorial.
EspèceRégion19701975198019851990199520002005
AnatumTerre-Neuve-et-Labrador
2,0(2,0)
0
dnd
3,0(1,5)
3,3(2,6)
2,2(1,0)
2,4(1,6)
2,2(1,0)
AnatumBaie de Fundy (Nouvelle-Écosse, Nouveau-Brunswick)
0
0
0
0
2,0(1,2)
2,4(2,0)
2,0(1,8)
1,3(0,9)
AnatumSud du Québec
0
dnd
2,0(2,0)
0
1,9(1,4)
2,6(2,0)
2,3(1,6)
2,3(1,6)
AnatumSud de l’Ontario
0
0
0
0
2,0(1,3)
1,5(1,1)
2,6(1,6)
2,7(2,3)
AnatumSud du Manitoba
dnd
dnd
0
0
2,0(1,0)
3,0(1,5)
4,0(2,0)
3,5(2,3)
AnatumSud de la Saskatchewan
0
dnd
0
0
1,0(0,5)
1,5(1,5)
2,5(1,7)
0(0)
AnatumAlberta, au sud du 58eparallèle
3,0(1,5)
0
0
2,0(2,0)
1,5(1,0)
3,0(0,8)
3,0(2,5)
2,7(2,1)
AnatumZone intérieure sud de la C.-B.
 
 
 
 
 
dnd
dnd
2,5 (2,0)
AnatumVallée du Bas-Fraser (C.-B.)
 
 
 
 
 
dnd
dnd
4,0 (0,6)
AnatumÎles Gulf/sud-est de l’île de Vancouver (C.-B.)
 
 
 
 
 
 
dnd
2,0 (0,8)
AnatumAlberta, au nord du 58eparallèle
0
0
3,2(2,1)
0
2,6(1,4)
2,8(2,2)
2,6(0,7)
0,9(0,9)
AnatumRivière Porcupine (Yukon)
dnd
dnd
1,7(1,2)
2,6(2,0)
2,8(1,7)
2,3(1,3)
2,1(1,3)
2,1(0,9)
AnatumRivière Peel (Yukon)
dnd
dnd
0
2,3(1,9)
3,2(2,4)
2,1(0,9)
1,2(0,6)
1,2(0,6)
AnatumRivière Yukon (Yukon)
2,0(2,0)
1,0(0,4)
2,2(1,3)
2,8(2,2)
2,4(1,7)
2,7(1,6)
3,1(1,5)
1,4(1,0)
AnatumLacs du Sud (Yukon)
 
 
 
 
 
3,0(3,0)
dnd
dnd
AnatumVallée du Mackenzie (T.N.-O.)
2,3(1,4)
1,3(0,9)
2,0(1,5)
2,1(1,7)
2,6(2,1)
2,6(1,8)
2,2(1,0)
2,4(1,6)
AnatumTotal/moyenne
2,3(1,7)
1,2(0,7)
2,2(1,6)
2,5(1,9)
2,3(1,5)
2,4(1,6)
2,5(1,5)
2,2(1,3)
AnatumMoyenne des relevés
2,2(1,5)
 
 
 
 
 
 
 
tundriusBaie d’Ungava (Québec)
1,7(1,3)
1,8(1,8)
2,7(2,7)
3,2(2,7)
3,1(2,9)
dnd
dnd
dnd
tundriusVersant nord du Yukon
dnd
dnd
0
0
0
2,3(1,8)
2,1(1,7)
2,6(1,8)
tundriusBaie Rankin (Nunavut)
dnd
dnd
3,3(2,9)
1,8(0,6)
2,5(0,8)
2,1(0,7)
2,3(1,7)
?(0,1)
tundriusParc national Tuktut Nogait (T.N.-O.)
dnd
dnd
dnd
dnd
dnd
dnd
2,6(1,0)
dnd
tundriusTotal/moyenne
1,7(1,3)
1,8(1,8)
3,0(2,8)
2,5(1,7)
2,8(1,9)
2,2(1,3)
2,3(1,6)
 2,6 (1,0)
tundriusMoyenne des relevés
2,4(1,7)
2,3(1,8)
 
 
 
 
 
 
pealeiÎle Langara
2,2(2,2)
2,4(2,0)
2,2(2,2)
2,0(1,6)
2,8(2,0)
2,0(1,7)
1,8(1,3)
2,8(2,8)
pealeiÎles de la Reine-Charlotte
2,5(dnd)
3,2(dnd)
2,5(2,1)
dnd
dnd
dnd
dnd
dnd
pealeiNord de l’île de Vancouver /îles Scott
dnd
dnd
dnd
dnd
dnd
dnd
dnd
dnd
pealeiÎle Triangle
 
 
 
 
 
dnd
dnd
dnd
pealeiÎle de Vancouver/îles Gulf
 
 
 
 
 
 
dnd
2,2(1,0)
pealeiTotal/moyenne
2,4(2,2)
2,8(2,0)
2,4(2,2)
2,0(1,6)
2,8(2,0)
2,0(1,7)
1,8(1,3)
2,5(1,4)
pealeiMoyenne des relevés
2,3(1,9)
 
 
 
 
 
 
 

Selon les modèles utilisés pour prévoir les tendances démographiques dans le nord et le sud de l’Alberta au début des années 1990, la productivité devait être supérieure à 1,7 jeunes aptes au vol/couple territorial pour que les populations augmentent (Court, 1994; Stepnisky, 1998). La productivité moyenne à l’échelle nationale s’est maintenue à 1,5 jeune apte au vol/couple territorial (valeur inférieure au seuil établi par les modèles) durant la dernière décennie. Selon Rowell et al. (2003), les populations du sud du Canada ont augmenté plus lentement jusqu’en 2005 par suite de l’abandon du programme de mise en liberté de jeunes élevés en captivité.

Productivité à long terme

Au Canada, des Faucons pèlerins se sont reproduits avec succès pendant de longues périodes à certains endroits. Ainsi, dans l’île de Langara (Colombie-Britannique), un Faucon pèlerin pealei mâle a élevé 22 jeunes en 7 ans, et une femelle, 18 jeunes en 8 ans. Dans la baie Rankin, les Faucons pèlerins tundrius qui utilisent des nids fréquemment occupés ont une durée de vie reproductrice moyenne de 2,7 ans dans le cas des mâles et de 2,9 ans dans celui des femelles et produisent en moyenne 4,7 jeunes durant cette période (Johnstone, 1998). Plus récemment, une femelle Faucon pèlerin anatuma élevé 41 jeunes jusqu’à leur premier envol sur une période de 15 ans (Septon, 2004).

Durée de vie et survie

Les records de longévité enregistrés chez les individus bagués varient entre 16 et 20 ans. En captivité, la durée de vie dépasse rarement 20 ans, même si un individu a vécu 25 ans (White et al., 2002). En Alberta, des individus bagués ont réoccupé le même site pendant 11 à 12 années consécutives (Rowell et Stepnisky, 1997). Les taux de survie au cours de la première année demeurent à établir de façon précise, mais en général, on estime qu’ils oscillent entre 40 et 50 p. 100 (pour des estimations plus précises des taux de survie en Grande-Bretagne, voir Ratcliffe, 1993). Tordoff et Redig (1997) ont estimé à au moins 23 p. 100 le taux de survie des jeunes Faucons pèlerins anatum ayant atteint l’âge du premier envol dans le Midwest américain. Selon Beebe (1960), le taux de survie des jeunes Faucons pèlerins pealei aptes au vol est faible à cause des conditions rigoureuses associées à l’environnement marin. Chez le Faucon pèlerin pealei, les taux de survie annuels des femelles et des mâles reproducteurs sont estimés à au moins 63 p. 100 et 74 p. 100, respectivement (Nelson, 1988; 1990). Dans la baie Rankin, les taux de survie estimés des Faucons pèlerins adultes oscillent entre 0,71 et 0,85 chez les mâles et entre 0,69 et 0,81 chez les femelles, selon la méthode d’analyse utilisée et les données cumulées disponibles (Court et al., 1989, d’après des données de Turnover; Johnstone, 1998, d’après des données de Turnover et de Cormack-Jolly-Seber; Franke et al., 2005 d’après des données de Cormack-Jolly-Seber). Chez les Faucons pèlerins anatum adultes de l’Alberta, le taux de mortalité annuel moyen a été estimé à 16,4 p. 100 dans le nord de la province (Court, 1994), et à 14 p. 100 dans le sud de la province (Stepnisky, 1998).

D’après les taux de croissance démographique enregistrés au cours des dernières années et les taux de productivité bien établis, les taux de survie adulte réels oscillent entre 80 et 85 p. 100 chez les individus migrateurs et entre 85 et 90 p. 100 chez les individus résidents (White et al., 2002).

Régime alimentaire

Le Faucon pèlerin se nourrit principalement d’oiseaux (Sherrod, 1983) de taille variable, allant des colibris aux oies et bernaches (White et al., 2002). Comme il capture habituellement ses proies en vol, il a besoin d’un grand nombre de proies appropriées dans les secteurs propices à la chasse aérienne (Beebe, 1974). Chez les trois sous-espèces, les oiseaux coloniaux marins qui nichent dans des terriers ou sur les falaises, les oiseaux de rivage, les espèces de sauvagine et autres oiseaux aquatiques, les pigeons et les oiseaux chanteurs constituent une part importante du régime alimentaire. Le Faucon pèlerin peut ajouter à son menu des chauves-souris, des rongeurs et d’autres mammifères et, rarement, des insectes et des poissons (White et al., 2002).

Les Faucons pèlerins qui nichent dans la toundra se nourrissent de lagopèdes (Lagopus spp.), d’oiseaux de rivage, de petits passereaux comme les bruants (Calcarius spp.) et le Bruant des neiges (Plectrophenax nivalis) et de canards. Les petits mammifères, en particulier les lemmings et les jeunes spermophiles arctiques (Spermophilus parryii), peuvent former une part importante du régime alimentaire du Faucon pèlerin dans certaines régions (Court et al., 1988a; Bradley et Oliphant, 1991). Ainsi, au Labrador, des Faucons pèlerins mâles ont été observés rapportant au nid de petits mammifères comme des lemmings et des souris sylvestres (J. Brazil, comm. pers., 2007). Dans la taïga, le Faucon pèlerin se nourrit d’oiseaux de rivage, de pics, de geais et de grives. Les Faucons pèlerins anatum qui habitent l’intérieur de l’Amérique du Nord se nourrissent principalement de tourterelles, de pigeons, de sauvagine, de râles, de goélands (G. Holroyd, comm. pers., 2006) et d’oiseaux chanteurs. Les Faucons pèlerins femelles qui nichent dans les régions côtières du Labrador affichent une préférence pour le Guillemot à miroir (Cepphus grylle) (D. Amirault, J. Brazil, comm. pers., 2006). Dans la baie de Fundy, les oiseaux de rivage forment l’essentiel du régime alimentaire du Faucon pèlerin, où les sites de nidification se trouvent à proximité des habitats fréquentés par les oiseaux de rivage durant les périodes de migration (D. Amirault, comm. pers., 2006), et dans l’estuaire du Fraser (Colombie-Britannique), où la pression de prédation exercée par les populations croissantes de Faucons pèlerins semblent avoir entraîné un changement des comportements migratoires des bécasseaux (Ydenberg et al., 2004).

Dans la région du détroit de Géorgie (Colombie-Britannique), l’Étourneau sansonnet (Sturnus vulgaris) constitue une part importante du régime alimentaire du Faucon pèlerinanatum (R.W. Campbell, comm. pers., 2006). Les Faucons pèlerins pealei nichent habituellement à proximité d’une colonie d’oiseaux marins, qui forment une portion importante de leur régime alimentaire. Ces faucons se nourrissent habituellement de stariques, de guillemots et d’océanites, et principalement de Guillemots à cou blanc (Synthliboramphus antiquus) (Nelson et Myres, 1976). Les Faucons pèlerins font preuve d’une grande flexibilité dans leur choix de proies, et certains chercheurs estiment qu’il faut se garder d’établir un lien entre le déclin des proies et celui des populations de Faucons pèlerins (Ratcliffe, 1993). Toutefois, le déclin de la population de Faucons pèlerins pealei de l’île Langara (Colombie-Britannique) serait attribuable, selon certains chercheurs, à une diminution des effectifs des oiseaux marins utilisés comme principales proies (Nelson et Myres, 1976), et ce même si les oiseaux marins demeurent relativement abondants et disponibles en comparaison des autres espèces d’oiseaux utilisées comme proies dans d’autres régions.

Le Faucon pèlerin se nourrit rarement de charogne (Holland, 1989). Toutefois, dans l’île Triangle (Colombie-Britannique), où les oiseaux marins sont très abondants, des Faucons pèlerinspealei ont été observés se nourrissant d’oiseaux marins morts à la suite d’une collision aérienne (L. Savard, comm. pers., 2004). Dans la baie Rankin, en 2006, un Faucon pèlerin tundrius s’est empêtré dans un filet maillant alors qu’il se nourrissait d’un omble mort (M. Setterington, comm. pers., 2006).

Prédation et mortalité

La prédation n’est pas un facteur limitatif important pour le Faucon pèlerin. Parmi les 455 cas de mortalité signalés dans le Midwest américain, seulement 15 ont été associés à des prédateurs. La majorité des cas de mortalité dont la cause a pu être établie étaient dus à une collision avec un immeuble (17 p. 100) ou un véhicule (11 p. 100), à un autre type d’accident (7 p. 100), à une maladie (6 p. 100) ou à d’autres Faucons pèlerins (4 p. 100; Tordoff et al., 2000). Le Grand-duc d’Amérique (Bubo virginianus), l’Autour des palombes (Accipiter gentilis) et le renard roux (Vulpes vulpes) sont les principaux prédateurs connus des Faucons pèlerins sauvages (Rowell, 2002). Des cas d’attaque par des Aigles royaux (Aquila chrysaetos), des couguars (Puma concolor) et des martres d’Amérique (Martes americana) de fauconneaux relâchés dans des conditions de semi-captivité à partir d’abris artificiels ont été signalés, mais ces prédateurs s’attaquent probablement rarement aux jeunes Faucons pèlerins sauvages (Hayes et Buchanan, 2002).

En Alberta, les principales causes de mortalité des jeunes sont les conditions climatiques défavorables (froid, temps pluvieux), la prédation par le renard roux, l’Aigle royal et le Grand-duc d’Amérique, et les collisions avec des structures érigées par les humains et les véhicules dans le cas des jeunes prenant leur premier envol (Sherrod, 1983; Stepnisky, 1996). En Ontario, des femelles non nicheuses ont été observées tuant des femelles résidentes et des jeunes au nid (A. Dextrase, comm. pers., 2006).

Physiologie

Les Faucons pèlerins sont très sensibles à la contamination chimique, comme le démontre l’échec de la reproduction généralisé causé par l’absorption de pesticides organochlorés, particulièrement dramatique chez les Faucons pèlerins anatum.

Dispersion et migration 

La grande majorité des Faucons pèlerins sont migrateurs, mais certains couples qui nichent le long de la côte du Pacifique et dans la zone intérieure sud de la Colombie-Britannique sont résidents et peuvent rester sur les sites de nidification tout l’hiver si les proies y demeurent suffisamment abondantes (White et al., 2002). C’est particulièrement vrai dans le cas des Faucons pèlerins pealei et des Faucons pèlerins anatum qui vivent en milieu urbain dans le sud du Canada, à l’est du Manitoba. La migration s’effectue sur de larges fronts, mais elle se concentre à certains endroits dans des couloirs bien définis (Cade et al., 1988). Au Canada, une de ces voies longe le versant est des Rocheuses. Durant leur migration automnale, les Faucons pèlerins tundrius de l’ouest du Groenland traversent le détroit de Davis, puis le sud du Canada pour atteindre la côte est des États-Unis (White et al., 2002).

En automne, la plupart des Faucons pèlerins migrent vers le sud des États-Unis et atteignent l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud. Les populations continentales les plus septentrionales hivernent dans la portion la plus méridionale de l’aire d’hivernage, sautant pour ainsi dire par-dessus les populations plus méridionales, dont la migration vers le sud est moins étendue (Schmutz et al., 1991; McGrady et al., 2002). Cette tendance n’est cependant pas absolue. Des individus équipés d’un émetteur satellitaire dans les sites d’hivernage côtiers du Mexique et de l’Amérique centrale ont été observés nichant dans l’Arctique canadien et au Groenland (McGrady et al., 2002). Un individu bagué au nid dans la région de la rivière Thelon (T.N.-O.), a été retrouvé 14 500 km au sud, à India Muerta (Argentine), 4 mois après avoir pris son premier envol (Kuyt, 1967). Des individus bagués au nid au Labrador ont été retrouvés au Brésil, au Pérou et sur la côte Atlantique et la côte du Texas, aux États-Unis (J. Brazil, comm. pers., 2007). Trois individus équipés d’émetteurs satellitaires ont migré de la baie Rankin à la côte sud du Brésil en 1994. Des bagues ont également été retournées du Pérou (2), de l’Uruguay (1) et de l’Argentine (1) (Courtet al., 1988a; Seegar et al., 1997; M. Setterington, comm. pers., 2007). Un Faucon pèlerin anatum mâle de Toronto (Ontario) a été observé trois années de suite dans son aire d’hivernage, à Cartagena, en Colombie (McGill University, 2002).

Il semble que tous les Faucons pèlerins pealei, n’ayant pas atteint la maturité sexuelle, des îles de la Reine-Charlotte migrent vers le sud et passent l’hiver entre l’estuaire du Fraser (près de Vancouver, C.-B.) et la Californie, tandis que les adultes demeurent à proximité des sites de nidification (W. Nelson, comm. pers., 2006). Toutefois, deux adultes de l’extrême-nord de l’île de Vancouver (C.-B.) suivis par télémétrie ont hiverné en Oregon. Trois adultes anatum de la côte sud de la Colombie-Britannique, également suivis par télémétrie, sont demeurés à proximité de leur site de nidification durant toute l’année, mais l’un d’entre eux a séjourné dans l’État de Washington pendant environ deux mois avant de retourner à son site de nidification (D. Doyle, comm. pers., 2006).

Les adultes font preuve d’une grande fidélité à l’égard du site de nidification (Ambrose et Riddle, 1988, in Hayes et Buchanan, 2002) et peuvent réutiliser le même site d’année en année pendant des décennies (Beebe, 1974; Court et al., 1989; Ratcliffe, 1993). Des couples établis peuvent également utiliser d’autres sites de nidification dans les limites de leur territoire, sur la même falaise ou sur d’autres falaises, pendant plusieurs années consécutives (White et al., 2002). Depuis le rétablissement de l’espèce, des Faucons pèlerins anatum réoccupent souvent des sites de nidification demeurés vacants pendant de nombreuses années (Ratcliffe, 1993). De nombreux sites de nidification sont occupés de façon continue depuis plusieurs générations, et au moins un site, au Labrador, a été occupé (mais pas nécessairement de façon continue) pendant jusqu’à 145 ans (J. Brazil, comm. pers., 2006).

Les jeunes se dispersent sur de grandes distances à la recherche de nouvelles aires de nidification. Un Faucon pèlerinanatum sauvage né dans la baie de Fundy a niché à Buffalo (New York) (D. Amirault, comm. pers. 2006). Environ 1 200 km séparent ces deux sites de nidification. Dans le sud des Prairies, des Faucons pèlerins anatum juvéniles élevés en captivité et relâchés se sont dispersés sur une distance moyenne de 130 km à partir de leur site natal, les femelles parcourant en moyenne 263 km, et les mâles, 52 km (Holroyd et Banasch, 1990). Dans l’île Langara (C.-B.), seulement 6 jeunes Faucons pèlerins pealei bagués sur 140 sont revenus nicher dans l’île, tandis que d’autres se sont établis dans d’autres régions à une distance de 300 km (R.W. Nelson, comm. pers., 2001). Dans la baie Rankin, 37 (5,5 p. 100) des 668 fauconneaux tundrius bagués entre 1981 et 2003 sont retournés nicher dans la zone d’étude, mais aucun n’a été observé nichant ailleurs (données inédites du ministère de l’Environnement du Nunavut;M. Setterington, comm. pers., 2006).

Grégarisme

Le Faucon pèlerin est un nicheur solitaire qui affiche un comportement hautement territorial à l’égard de ses semblables, même si de fortes densités sont parfois observées. Par exemple, plusieurs couples de Faucons pèlerins pealei ont niché à des distances aussi faibles que 400 m les uns des autres dans l’île Langara (6 km sur 10 km), en Colombie-Britannique (Beebe, 1960; Nelson, 1977).

Interactions interspécifiques

Les populations de Faucons pèlerins pealei habitant les îles de la Reine-Charlotte étaient tenues pour plus abondantes dans le passé. Leur déclin a été attribué par certains auteurs à la réduction de l’abondance des oiseaux marins qui leur servaient de proies, elle-même provoquée par l’évolution des conditions océanographiques et l’appauvrissement des populations de poissons-proies (Nelson et Myres, 1976).

Les Faucons pèlerins peuvent entrer en conflit avec d’autres espèces d’oiseaux nichant sur les falaises. Des Grands-ducs d’Amérique nichant sur des falaises ont été observés en train de harceler et de tuer des Faucons pèlerins à certains sites (Tordoff et Redig, 1997; Tordoff et al., 2000), mais à d’autres sites, les deux espèces nichent à faible distance l’une de l’autre. Les Faucon pèlerins ne nichent pas sur la même falaise que les Aigles royaux ou les Faucons gerfaults les années où ceux-ci sont présents, mais ils occupent ces sites les années où ces espèces sont absentes. Les Faucons pèlerins s’emparent généralement des sites de nidification des Faucons des prairies dans les régions où les deux espèces cohabitent et attaquent ces derniers lorsque ceux-ci passent à proximité (Whiteet al., 2000).

Le Grand Corbeau peut avoir un impact négatif sur le succès de reproduction du Faucon pèlerin lorsque les deux espèces nichent à proximité l’une de l’autre (White et al., 2000). Toutefois, dans le cadre d’une étude réalisée en Europe, des Faucons pèlerins ont niché plus près de sites de Grands Corbeaux que des sites d’Aigles royaux (Sergio et al., 2004).

Adaptabilité

Le Faucon pèlerin possède une remarquable capacité d’adaptation, si l’on considère l’étendue de son aire de répartition et la diversité des habitats qu’il occupe. Au cours des 2 à 3 dernières décennies, de nombreux Faucons pèlerins anatum se sont habitués à nicher en milieu urbain, utilisant des immeubles, des tours ou des ponts à la place de falaises (Cade et al., 1996). En Ontario, certains individus nichent même sur des falaises dans des sites miniers en exploitation et des carrières de pierres (A. Dextrase, comm. pers., 2006). L’utilisation apparemment accrue des vieux nids de Grand Corbeau, de Pygargue à tête blanche, de Cormoran pélagique (Phalacrocorax pelagicus) (Campbell et al., 1990) et de Balbuzard pêcheur (Pandion haliaetus) témoigne également de la grande capacité d’adaptation dont fait preuve le Faucon pèlerin dans la sélection de ses sites de nidification (T. Antifeau, comm. pers., 2003).

La capacité de s’adapter à l’environnement urbain et d’y nicher a joué un rôle déterminant dans le rétablissement des populations nord-américaines de Faucons pèlerins anatum. Cette capacité d’adaptation pourrait éventuellement permettre au Faucon pèlerin de dépasser les seuils d’abondance établis historiquement (Cade et al., 1996).