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Programme de rétablissement du carex faux-lupulina (Carex lupuliformis) au Canada [Proposition]

1. Évaluation de l’espèce par le COSEPAC*

Date de l’évaluation : Novembre 2011

Nom commun : Carex faux-lupulina

Nom scientifique : Carex lupuliformis

Statut selon le COSEPAC : Espèce en voie de disparition

Justification de la désignation : Au Canada, ce carex rare est présent dans le sud de l’Ontario et du Québec où moins de 250 plants matures ont été trouvés. Il y a eu des pertes de populations historiques considérables attribuables à la construction domiciliaire et à d’autres formes d’utilisation des terres. Les déclins que l’on continue d’observer sont attribuables aux inondations tardives, au drainage des terres, aux espèces exotiques envahissantes, aux activités récréatives, à l’érosion, aux dépôts de déchets, à la régulation des régimes hydriques et à l’expansion résidentielle et urbaine. Les efforts de rétablissement ont inclus la réintroduction dans trois sites au Québec.

Présence au Canada : Ontario et Québec

Historique du statut selon le COSEPAC : Espèce désignée « menacée » en avril 1997. Réexamen du statut : l’espèce a été désignée « en voie de disparition » en mai 2000 et en novembre 2011.

* Comité sur la situation des espèces en péril au Canada

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2. Information sur la situation de l’espèce

Moins de 1 % de la population mondiale de carex faux-lupulina (Carex lupuliformis) se trouve au Canada (Labrecque, 1998). L’espèce est inscrite à titre d’espèce en voie de disparition[1] à l’annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril (LEP) (L.C. 2002, ch. 29). De plus, l’espèce a été inscrite « menacée »[2] au Québec en vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables (L.R.Q., ch. E-12.01), et « en voie de disparition » en Ontario aux termes de la Loi de 2007 sur les espèces en voie de disparition (L.O. 2007, ch. 6).

Selon la dernière évaluation effectuée par NatureServe (en 2000), l’espèce s’est vue attribuer les cotes de conservation G4 (apparemment non en péril) à l’échelle mondiale, N4 (apparemment non en péril) à l’échelle des États-Unis, N2 (en péril) à l’échelle du Canada et S1 (gravement en péril) à l’échelle de l’Ontario et du Québec (NatureServe, 2010; voir annexe A pour une définition de ces cotes).

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3. Information sur l’espèce

3.1 Description de l’espèce

Selon le COSEPAC (2011) et les documents qui y sont cités, le carex faux-lupulina est une plante herbacée vivace de la famille des Cypéracées. La plante atteint une hauteur de 50 à 130 cm et forme une touffe de 5 à 30 tiges issues d’un rhizome sympodial[3]. Les feuilles sont lisses et dressées et mesurent 30 à 80 cm de longueur. La floraison débute à la fin juin. L’inflorescence[4] mesure de 6 à 40 cm de diamètre et comporte 1 à 6 épis allongés. Au Canada, la fructification a lieu de la mi-juillet à la fin octobre. Le périgyne (enveloppe du fruit) est luisant. L’akène (fruit renfermant une seule graine) est trigone (sa section transversale est triangulaire) et porte des protubérances saillantes qui permettent de distinguer le carex faux-lupulina du carex houblon (Carex lupulina), dont les parties végétatives sont pratiquement identiques.

3.2 Population et répartition

Le carex faux-lupulina a une répartition sporadique dans l’est de l’Amérique du Nord. La limite nord de son aire de répartition se trouve au Canada. Aux États-Unis, sa répartition inclut tous les États depuis le Wisconsin, l’Iowa, le Kansas, l’Oklahoma et le Texas jusqu’à l’État de New York. Au Canada, l’espèce se rencontre uniquement dans l’extrême sud de l’Ontario et du Québec (figure 1).

Au Canada, selon le COSEPAC (2011), la zone d’occurrence de l’espèce est d’environ 23 900 km² (environ 41 800 km² si on inclut les sites de réintroduction). Cette zone a diminué d’environ 21 550 km² depuis le dernier rapport (Labrecque, 1998), principalement en raison de la disparition des populations de la région de la rivière des Outaouais, au Québec. Si on tient compte des sites de réintroduction, la diminution est de 3 540 km². La zone d’occupation actuelle de l’espèce au Canada est de moins de 0,01 km².

Au Canada, 20 populations ont été répertoriées, dont 12 abritaient des individus poussant à l’état naturel en 2009 ou par la suite (annexe B). En Ontario, toutes les populations se trouvent dans les comtés de Middlesex et d’Elgin. Au Québec, les populations sont situées le long d’un tronçon de 20 km de la rivière Richelieu, près de Saint-Jean-sur-Richelieu, et le long d’un tronçon de 10 km de la rivière des Outaouais.

Figure 1. Aire de répartition du carex faux-lupulina en Amérique du Nord. Carte dressée par Y. Lachance, reproduite avec la permission du ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs du Québec et tirée de COSEPAC (2011).

La figure 1 montre la répartition actuelle du carex faux-lupulina en Amérique du Nord (concentrée dans le sud-est de l'Amérique du Nord).

Afin d’accroître la résilience de l’espèce, on a transplanté des individus dans 4 des populations existantes (3 au Québec, 1 en Ontario), et on a réintroduit l’espèce dans 2 localités où elle avait déjà été présente (les deux au Québec). La nécessité de telles mesures s’est confirmée à la suite de la grave inondation de la rivière Richelieu survenue au Québec au printemps 2011, car seulement deux individus poussant à l’état naturel ont été retrouvés après l’inondation (Stéphanie Pellerin, comm. pers.). Si l’espèce n’avait pas bénéficié des mesures menées depuis 2006 pour la réintroduire et pour accroître ses effectifs par transplantation, elle serait aujourd’hui pratiquement disparue du Québec.

En 2009-2010, l’espèce comptait 361 individus matures au Canada (142 si on exclut les individus transplantés). L’effectif des populations peut fluctuer d’année en année, et aucune tendance nette n’est discernable, malgré le suivi récent des populations. Plusieurs facteurs expliquent cette situation. Premièrement, les données disponibles avant 2005 étaient principalement des estimations et tenaient seulement compte des individus fructifères, alors que le taux de fructification varie en fonction des conditions hydrologiques (Letendre et al., 2007). Deuxièmement, il est presque impossible d’identifier la plante à l’état végétatif (lorsqu’elle ne produit pas de graines). Par conséquent, un marquage permanent des individus est essentiel au suivi des tendances. Cette méthode est appliquée depuis 2005 aux populations du Québec, où plus de 180 individus ont été marqués[5], et les fluctuations observées semblent indiquer une tendance à la baisse (voir annexe B).

3.3 Besoins du carex faux-lupulina

Le carex faux-lupulina colonise la zone de transition constituant le rivage naturel de divers types de milieux humides. Dans cette zone, la végétation demeure clairsemée, en raison de courtes inondations périodiques et de l’abrasion par les glaces (COSEPAC, 2011). Ces types d’habitats favorisent les espèces qui privilégient un fort éclairement. D’ailleurs, la vigueur du carex faux-lupulina diminue à mesure que la végétation devient plus dense (Letendre et al., 2007). Selon le COSEPAC (2011), le carex faux-lupulina semble s’adapter moins facilement aux divers types d’habitats que la plupart des espèces riveraines, ce qui pourrait en partie expliquer sa rareté.

En Ontario, les milieux humides actuellement colonisés par le carex faux-lupulina sont des mares printanières ainsi que des marais isolés à l’intérieur de marécages boisés qui ne sont pas connectés à de grands cours d’eau (Labrecque, 1998; COSEPAC, 2011). Il est probable que ces marécages boisés procurent à l’espèce un habitat de dispersion et soutiennent les processus hydrologiques assurant l’existence des marais où elle pousse (Eric Snyder, MRNO, comm. pers.). Le carex faux-lupulina pousse dans des milieux peu exposés à la compétition de plantes herbacées et arbustives, mais il pousse en compagnie d’autres espèces, dont les plus fréquemment observées sont le bœhméria cylindrique (Boehmeria cylindrica), la léersie faux-riz (Leersia oryzoides), le carex houblon (Carex lupulina), le piléa nain (Pilea pumila), les bidents (Bidens spp.), la renouée persicaire (Polygonum persicaria), la lampourde glouteron (Xanthium strumarium) ainsi que le frêne rouge (Fraxinus pennsylvanica), l’érable rouge (Acer rubrum) ou l’érable argenté (Acer saccharinum) (Labrecque, 1998). Le sol est de type loam argileux (Labrecque, 1998).

Au Québec, le carex faux-lupulina n’a été observé que dans des marécages à érable argenté et des marécages arbustifs situés dans de petites baies isolées et protégées des courants, mais à proximité d’un rivage naturel soumis à des crues périodiques de courte durée. Les espèces compagnes sont le frêne rouge, le saule noir (Salix nigra), l’alpiste roseau (Phalaris arundinacea), le bœhméria cylindrique, la léersie faux-riz, la berle douce (Sium suave), la spartine pectinée (Spartina pectinata) et le carex houblon. À l’exception de la population de Lacolle, située à 50 m d’une rivière, les touffes sont situées à une faible distance de l’eau (10 à 15 m) durant les périodes d’étiage. Le sol est un gleysol[6]sur alluvions récentes, à texture allant d’un loam sableux à un loam argileux (Labrecque, 1998). Le drainage est médiocre (COSEPAC, 2011).

Les descripteurs d’habitat et les espèces compagnes mentionnés ci-dessus sont fondés sur un nombre limité de sites occupés par l’espèce et ne représentent pas nécessairement les conditions optimales pour l’espèce, qui a une répartition très limitée au Canada et s’y trouve à la limite nord de son aire. La répartition réelle de l’espèce pourrait, dans certains cas, résulter de phénomènes historiques reliés à l’aménagement du paysage.

Le réservoir de semences du sol demeure longtemps viable (Templeton et Levin, 1979) et est essentiel au maintien des populations de carex faux-lupulina. Outre le fait que les graines sont principalement dispersées par l’eau, on sait peu de choses sur leur dynamique de dispersion. Toutefois, il est probable qu’une fois mûres elles peuvent tomber à l’eau et flotter sur de longues distances durant les crues, assurant ainsi la dispersion locale de l’espèce (Labrecque, 1998) ainsi que la colonisation d’habitat convenable qui devient disponible (COSEPAC, 2011). Quoi qu’il en soit, on peut supposer qu’il n’existe aucun échange génétique entre les populations de l’Ontario et celles du Québec, car elles sont isolées les unes des autres sur le plan hydrologique (COSEPAC, 2011).

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Notes

1 Espèce en voie de disparition : Espèce sauvage qui, de façon imminente, risque de disparaître du pays ou de la planète.

2 Espèce menacée : Espèce dont la disparition est appréhendée.

3 Rhizome produisant des tiges aériennes de façon successive, lesquelles demeurent réunies par le rhizome.

4 Partie florifère de la plante.

5 Au Québec, tous les individus poussant à l’état naturel ou résultant d’une transplantation sont actuellement marqués. Dans le cas des individus transplantés, les piquets sont enlevés au bout de trois années d’absence; dans le cas des individus poussant à l’état naturel, les piquets ne sont jamais enlevés (Stéphanie Pellerin, comm. pers.).

6 [Soils of Canada (en anglais seulement).]