Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la situation de la loutre de mer au Canada – Mise à jour

Biologie générale

Capacité de reproduction

La plupart des femelles atteignent la maturité sexuelle à trois ans ou plus (Bodkin et al., 1993), et les mâles à cinq ou six ans (Riedman et Estes, 1990). Les femelles donnent naissance à un seul nouveau-né, à peu près une fois par année (Bodkin et al., 1993). La mise bas se fait normalement dans l’eau; les jumeaux sont rares (Kenyon, 1969).

Si l’on se fie au nombre de juvéniles d'assez grande taille, mais toujours dépendants de leur mère, observés près de l’île de Vancouver en juillet, il semble que beaucoup d’entre eux naissent entre avril et juillet, comme c'est également le cas en Alaska (Payne et Jameson, 1984; Garshelis et al., 1984; Riedman et Estes, 1990; Watson, 1993; Bodkin et al., 1993). Les naissances peuvent toutefois avoir lieu pendant toute l’année. La période de dépendance des nouveau-nés varie, mais dépasse rarement un an (Riedman et Estes, 1990; Bodkin et al., 1993).

En Colombie-Britannique, les estimations annuelles du taux de natalité de la population (petits/adulte) varient entre 0,12 et 0,33 (Watson, 1993). Les taux sont semblables en Alaska (0,30 petit/adulte) et en Californie (0,20 petit/adulte), bien que la période de naissance soit plus longue en Californie, ce qui rend difficile la comparaison des taux de natalité (Estes, communication personnelle). Il faut souligner qu'il est facile de surestimer ou de sous-estimer l'abondance des petits si les aires de forte et de faible mise bas ne sont pas dénombrées de façon égale (Simon-Jackson, 1986; Jameson et al., 1986; Estes, 1990a).

Déplacements (individuels) de l'espèce

Les loutres de mer ne sont pas migratrices. Les tendances dans les déplacements et l'organisation sociale en Colombie-Britannique ressemblent à celles observées en Alaska et en Californie. La ségrégation est basée sur le sexe et l'âge, mais cela varie quelque peu selon la saison. En général, les mâles et les femelles se reposent dans des endroits différents. Les territoires occupés par les mâles adultes chevauchent ceux des femelles, notamment pendant la saison de reproduction à l'automne. En Californie et en Alaska, on observe de vastes groupes de mâles en périphérie de l'aire de répartition. Ces groupes sont composés d’adultes et de jeunes adultes, les reproducteurs se joignant à eux en dehors de la saison de reproduction. Ce sont en général les mâles qui explorent de nouveaux territoires; les femelles occupent plutôt les secteurs fréquentés depuis longtemps par l'espèce, qu’elles n'élargissent que lorsque les groupes de mâles abandonnent leurs territoires (Loughlin, 1980; Ribic, 1982a, 1982b; Garshelis et al., 1984; Wendell et al., 1986; Pitcher, 1989, recension dans Riedman et Estes, 1990).

Les mâles et les femelles établissent tout deux des domaines vitaux (Jameson, 1989) dont la taille dépend dans une large mesure de la saison. Les domaines vitaux des mâles sont sensiblement plus vastes que ceux des femelles, ce qui reflète les déplacements saisonniers des reproducteurs. En comparaison, les femelles sont sédentaires. Les déplacements quotidiens varient selon le statut territorial du mâle et la présence d'un petit avec la femelle (Jameson, 1989, recension dans Riedman et Estes, 1990).

Comportement et adaptabilité

En Colombie-Britannique, les loutres de mer se méfient des humains et sont facilement perturbées par le passage des bateaux, notamment les femelles accompagnées de petits. Mais comme leur aire de répartition est de plus en plus fréquentée par les touristes, cette méfiance pourrait s’atténuer. Les loutres qui se tiennent près des zones habitées se font à la présence des humains (voir par exemple Woolfenden, 1985).

Le régime alimentaire de la loutre de mer varie considérablement d'un individu à l'autre. Très adaptable, l’espèce exploite souvent les ressources alimentaires qui abondent de façon saisonnière, comme les calmars en période de fraye (Riedman et Estes, 1990) ou les crabes rouges pélagiques lors des perturbations causées par El Niño (Riedman et Estes, 1990). Un cas notoire est celui de cette loutre mâle qui a appris à mordre dans de vieilles boîtes de conserve en aluminium pour y dénicher les pieuvres qui s'y cachaient (McCleneghan et Ames, 1976). En Californie, les préférences alimentaires des loutres semblent transmises par la mère (Lyons, 1989).

Les loutres de mer consomment surtout des coquillages. Toutefois, dans certaines parties de l'Alaska, où elles sont établies depuis longtemps, le poisson constitue un élément important de leur régime (Estes 1977), phénomène que l'on pourrait associer à l'augmentation de l'abondance du poisson et au déclin de l'abondance des coquillages (Estes et al., 1978). Selon Estes (1990a), l'inclusion du poisson dans leur régime alimentaire pourrait accroître la densité d'équilibre des populations de loutres. La prédation des poissons pourrait être une stratégie d'alimentation dont ont été privées de nombreuses populations lorsqu’il ne restait plus que quelques colonies reliques à la fin de l'ère de la chasse pour la fourrure (Estes et al., 1989). On n'a jamais vu de loutre de mer manger du poisson en Colombie-Britannique.