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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la situation de la loutre de mer au Canada – Mise à jour

Facteurs limitatifs

La chasse pour la fourrure pratiquée aux XVIIIe et au XIXe siècles a décimé les loutres de mer dans la majeure partie de leur aire de répartition. Aujourd'hui, la population mondiale de loutres de mer ne cesse de croître, et cette tendance devrait se maintenir tant qu'il y aura des milieux convenables inoccupés (Estes, l990b).

Le manque de nourriture est probablement la première cause de mortalité dans les populations de loutres de mer qui ont atteint, ou presque, la densité d'équilibre (Riedman et Estes, 1990). À part les humains, les principaux prédateurs de l'espèce sont le Pygargue à tête blanche, Haliaeetus leucocephalus, (Sherrod et al., 1975), l'épaulard, Orcinus orca, (Riedman et Estes, 1990) et les requins (Ames et Morejohn, 1980). En Colombie-Britannique, les causes de mortalité chez la loutre n'ont fait l'objet d’aucune étude. Toutefois, comme les Pygargues à tête blanche y sont communs, ils pourraient être une importante cause de mortalité chez les petits. Les épaulards constituent probablement une cause négligeable de mortalité, bien qu’on en ait déjà observé en train de poursuivre et de manger des loutres de mer dans la baie Kyuquot (Watson, 1993), en Colombie-Britannique, et dans l'île Amchitka, en Alaska (Estes, communication personnelle). Une carcasse de loutre trouvée près de Kyuquot, en Colombie-Britannique, portait des blessures qui pourraient avoir été causées par une hélice de bateau (G. Ellis, données inédites).

Les dangers attribuables aux humains sont localisés. Il s’agit notamment de la contamination de l'environnement, des conflits avec les pêches commerciales, des prises accidentelles et de la possibilité d'une reprise de la chasse par les Autochtones.

Contamination de l'environnement

La plus grande menace à peser sur la loutre de mer vient probablement des déversements d’hydrocarbures (Geraci et St. Aubin, 1980; Geraci et Williams, 1990; Ralls et Siniff, 1990). Le pétrole présente en effet plusieurs dangers pour l'espèce. Il détruit les propriétés imperméabilisantes de sa fourrure et permet ainsi à l'eau froide d'entrer en contact avec la peau de l'animal, ce qui peut entraîner l'hypothermie. L'inhalation des vapeurs volatiles de pétrole provoque des lésions aux poumons et aux autres organes. Enfin, l'animal qui ingère des hydrocarbures en faisant sa toilette ou en mangeant risque de léser ses organes internes (Geraci et Williams, 1990). Par ailleurs, comme les peuplements d’algues brunes où les loutres se rassemblent et passent beaucoup de temps retiennent les hydrocarbures, les animaux risquent d’y être exposés en grand nombre (Ralls et Siniff 1990).

Des méthodes ont été mises au point pour dépolluer les loutres mazoutées (Costa et Kooyman, 1984; Davis et al., 1988; Geraci et Williams, 1990; Degange et al., 1994), mais certains doutent de leur efficacité à l’échelle de la population (Estes, 1991). Le 24 mars 1989, le pétrolier Exxon Valdez s'est échoué dans le détroit Prince-William, y déversant 10 millions de gallons (37,8 millions de litres) de pétrole brut et tuant au moins 1 013 loutres de mer (Bayha et Kormendy, 1990; Estes, 1991; Ballachey et al., 1994); d'autres animaux ont sans doute coulé et n'ont jamais été récupérés. Le 22 décembre 1988, 231 000 gallons (875 000 litres) de pétrole se sont échappés de la barge Nestucca, se répandant vers le nord depuis Grays Harbour, dans le Washington. Ce déversement relativement petit a tué au moins une loutre de mer dans la baie Checleset, en Colombie-Britannique (Waldichuck, 1989; Watson, 1990). Le transport des hydrocarbures qui continue le long de la côte de la Colombie-Britannique constitue une importante menace pour la population de loutres de mer de la province.

On connaît mal les effets des toxiques environnementaux sur la loutre de mer, bien qu'on ait relevé des concentrations variables d'hydrocarbures chlorés et de métaux lourds dans les tissus de certains animaux (Riedman et Estes, 1990). Si l’on se fie au taux élevé de croissance démographique observé dans la majeure partie de son aire de répartition, les toxiques environnementaux ne semblent pas constituer pour l'instant une menace appréciable pour la loutre (Riedman et Estes, 1990); certaines données récentes indiquent toutefois que des concentrations localement élevées pourraient avoir une incidence sur la mortalité des loutres avant le sevrage (Estes, communication personnelle).

Conflits avec les pêches

Les loutres de mer peuvent limiter l'abondance de nombreuses espèces commerciales de coquillages (Johnson, 1982; Estes et VanBlaricom, 1985; Pitcher, 1989), ce qui a suscité un grave conflit avec les pêcheurs commerciaux (Estes et VanBlaricom, 1985). La loutre a ainsi eu une incidence sensible sur la pêche de la palourde pismo dans le centre de la Californie (Wendell et al., 1986), sur la densité des bivalves en Alaska (Kvitek et al., 1992; Kvitek et Oliver, 1992) et sur l'abondance des oursins dans certaines parties de la Colombie-Britannique (Morris et al., 1979, 1981; Breen et al., 1982; Watson, 1993). S’il n’y a pas encore de problèmes à propos des loutres de mer et des stocks de coquillages en Colombie-Britannique, la situation pourrait changer à mesure que l'espèce élargira son aire de répartition.

Prises accidentelles de loutres de mer

La pêche au filet en Californie a probablement limité ou même réduit la population méridionale de loutres de mer (Wendell et al., 1985). On a par ailleurs signalé des prises accidentelles dans le sud-est de l'Alaska et dans le détroit Prince-William, mais on ignore quelles répercussions elles peuvent avoir sur la population de loutres de mer (Matkin et Hay, 1980; Simon-Jackson, 1986). En Colombie-Britannique, on pêche le saumon et le hareng au filet, mais aucune prise accidentelle n'a été signalée. L'expansion de l’aire de la loutre de mer dans des régions où l'on pratique la pêche au filet, notamment la pêche du saumon, pourrait avoir localement des répercussions sur l'abondance de l'espèce.