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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le bouleau flexible au Canada

Taille et tendances des populations

Activités de recherche

Des relevés effectués dans les deux sites du ruisseau 15 Mile, voisins l’un de l’autre, ont permis d’établir la position de chaque arbre et de le mesurer; les résultats ont ensuite été comparés avec les observations effectuées par l’auteur en 1984 dans les sites qui sont situés le plus au nord. En 2005, le site situé au bord du lac a été ratissé, mais aucun survivant n’a été trouvé, à part le semis que les propriétaires avaient planté et qui était issu d’un arbre qu’ils venaient de perdre; on sait que les arbres ont disparu un à un durant les années 1990, le dernier étant tombé dans le lac en 1998 (Fallding, 1998; dossiers de l’arboretum de l’Université de Guelph sur les arbres indigènes). Un arbre isolé récemment observé par Thompson (1992) sur le versant boisé bordant le ruisseau 16 Mile, situé à proximité, n’a pu être retrouvé malgré quelque six heures-personnes de recherche; un des membres de l’équipe, George Meyers, l’y avait déjà observé durant les années 1980. L’espèce avait aussi été signalée (Soyka et al., 1977) dans un parc bordant le lac à l’ouest du ruisseau 4 Mile, mais environ huit heures-personnes de recherche n’ont pas permis de la retrouver; le Prunus avium, qui lui ressemble, était abondant. Des recherches ont enfin été effectuées dans d’autres localités propices, la vallée Niagara (où l’espèce avait été signalée en 1943) et l’île Navy. Un site recensé par le Centre d’information sur le patrimoine naturel (CIPN), avec spécimen à l’appui, ne comportait plus de bouleau flexible; une autre mention recensée par le CIPN s’est avérée être fondée sur confusion avec le Prunus avium.

Au total, environ 27 heures-personnes ont été consacrées au ratissage et au recensement des sites déjà répertoriés, et environ 20 heures-personnes ont été consacrées au ratissage de milieux propices de la région. De plus, quatre personnes ont fait une excursion de deux jours en 2004 dans l’ouest de l’État deNew York pour observer l’espèce dans trois sites différents, afin de se faire une meilleure idée des caractéristiques de l’habitat et de l’écologie du bouleau flexible.

Abondance

Quatorze arbres sauvages, mesurant 13 à 62,5 cm de diamètre à hauteur de poitrine (dhp), sont actuellement présents dans les deux sites (sous-populations) du ruisseau 15 Mile (tableau 1). Six d’entre eux produisaient des fruits. De plus, les propriétaires du site situé le plus au nord ont fait planter quatre autres arbres provenant de semences locales, là où ils en avaient perdu. Il est possible que quelques autres arbres poussent encore sur les versants boisés de la vallée.

Fluctuations et tendances

En 1984, l’auteur a recensé neuf arbres (de 14 à 95 cm de dhp) dans le site du versant du ruisseau 15 Mile situé le plus au nord (1a du tableau 1). Thompson (1992) a relevé 14 arbres (de 10 à 93 cm de dhp) dans ce site et dans un site adjacent, situé au bord du lac, au nord-est (1c); cependant, aucun de ces arbres ne se trouvait dans le site 1b, situé au sud-ouest (Thompson, comm. pers.). Le St. Catharines Standard a publié un article faisant état du site situé au bord du lac Ontario, au nord-est du site 1a, à une distance équivalant à trois terrains (Fallding, 1998). Selon l’article, quelques arbres s’y étaient trouvé peu de temps auparavant, mais il en restait maintenant un seul. Ce dernier est tombé dans le lac plus tard cette année-là. Le premier spécimen d’herbier provenant de l’ensemble de la région où sont situés ces trois sites voisins remonte à 1898 (McCalla, Ontario Agricultural College [OAC]). Les premières données quantitatives remontent à 1967; Hosie (1980) précise à cet égard :

« [Ce peuplement compte] une cinquantaine de sujets d’âge et de taille variés. Plusieurs des arbres de taille moyenne sont morts; quelques autres semblent dépérir, mais bon nombre sont parfaitement sains. Les deux ou trois plus vieux arbres se sont établis sur le haut du versant depuis au moins 75 ans. »

On peut présumer que ce peuplement s’étendait depuis les versants de la vallée jusqu’au rivage du lac Ontario et comprenait les trois sous-populations susmentionnées. Malgré la perte des trois plus gros arbres et de tous les arbres du rivage, aucun déclin net de l’effectif n’a été enregistré entre 1992 et 2004, puisque d’autres arbres ont été découverts plus au sud-ouest, le long de la vallée. En fait, la présence de nouvelles gaules sauvages est un signe positif, mais il reste que l’exposition du site aux tempêtes du lac constitue une menace continuelle.

La période de 38 ans (de 1967 à 2005) correspond à peu près à une génération (en supposant un âge moyen de 40 ans pour les arbres mûrs). Il est probable que le déclin le plus important s’est produit au cours des 40 dernières années, et on ne peut qu’émettre des hypothèses sur le déclin survenu au cours des trois dernières générations – une période d’environ 120 ans. La région a été colonisée par les Européens à partir des années 1780 (Marsh, 1985), et les plus gros arbres observés au cours des 20 dernières années remontent probablement à cette époque (pour le calcul de l’âge, voir sous la rubrique « Importance de l’espèce »). Le déboisement modéré effectué à cette époque a pu créer des milieux propices au recrutement des semis, mais avec le déboisement intensif de ce qui est maintenant une importante région fruiticole et, plus récemment, la construction de résidences au bord du lac, le rythme du déclin a certainement augmenté rapidement. Par conséquent, on peut avancer que la population a été stable jusqu’au tournant du XXe siècle et qu’elle a amorcé son déclin entre le début et le milieu du XXe siècle (Hosie a relevé plusieurs arbres morts ou dépérissants en 1967), lequel déclin s’est poursuivi quasiment jusqu’à aujourd’hui.

En résumé, la population était manifestement en déclin lors du relevé de Hosie, en 1967, et elle a continué de décliner jusqu’à ce que Thompson (1992) ne recense que 14 de la cinquantaine d’arbres précédemment dénombrés. Cependant, étant donné la découverte de huit autres arbres en 2005, le chiffre de 1992 ne semble plus représenter la totalité des arbres présents cette année-là. On sait que sept ou huit arbres (quatre dans le 1a, « quelques-uns » dans le 1c et, pour le 1d, le nombre est incertain) ont été perdus au cours des treize dernières années. Ainsi, l’absence apparente de déclin actuel est trompeuse. Le déclin possiblement connu des années 1967 à 2005 (environ une génération), qui tient compte des arbres non enregistrés dans le passé, semble s’élever à environ 72 p. 100 (à l’heure actuelle, il reste 14 arbres sur un total possible de 50 arbres présents en 1967). 

Tableau 1 (Site confirmé en 1992-2004). Mentions du Betula lenta dans la région du Niagara (Ontario)
NoPosition géographiqueNombre d’arbres et dimensions des arbres
Date des premières mentions et effectif s'il est préciséAmbrose (1984)Thompson (1992)Ambrose (2004-2005)
1a.Canton de Louth, versant est, embouchure du ruisseau 15 Mile; EO 1937Note de bas de page a

1898 : récolte de McCalla (DAO)

1967 : environ 50 (Hosie, 1980)

9 (dhp 14-95 cm)14 (dhp 10-93 cm)6 (dhp 27,5-62,5 cm) + 4 arbres plantés obtenus à partir de graines locales
1b.Au SO de 1a, versant de la vallée, derrière une résidenceNouvelle mention de 2005--(inconnu)8 arbres (dhp 13-38 cm)
1c.Rive du lac Ontario, près de 1a; EO 1937Début des années 1990 : quelques arbres encore sur pied (Fallding, 1998).--Inclus dans 1a0 (dernier arbre disparu en 1998); 1 gaule plantée.
1d.En amont du ruisseau 15 Mile, à l’intérieur des terres, EO 1937Durant les années 1980, G. Meyers a observé un ou plusieurs arbres plus au sud, le long du versant.--1 (dhp 27 cm)0 – site ratissé avec G. Meyers et trois autres personnes; aucun individu n’a été trouvé.

Notes de bas de page

Note de bas de page A

EO = numéro d’occurrence (element occurrence identifier, EO_ID) utilisé par le Centre d'information sur le patrimoine naturel de l’Ontario.

Retour à la référence de la note de bas de page a

 

Tableau 1 [À ce qu'il parait, Disparue du pays (ou bien erroné?] suite. Mentions du Betula lenta dans la région du Niagara (Ontario)
NoPosition géographiqueNombre d’arbres et dimensions des arbres
Date des premières mentions et effectif s'il est préciséAmbrose (1984)Thompson (1992)Ambrose (2004-2005)
2.Étang Martindale / rive O du ruisseau 12 Mile; EO 5230Spécimens de 1967 et 1969----0 – site ratissé; seul le Prunus avium était présent.
3.Vallée Niagara (Niagara Glen)Hamilton (1943): « plusieurs arbres prospèrent dans la vallée Niagara »----0 – aucun arbre observé en 2004, ni mentionné par la NPC (R. Ritchie, comm. pers.)

 

Tableau 1 (Mention erronée) suite. Mentions du Betula lenta dans la région du Niagara (Ontario)
NoPosition géographiqueNombre d’arbres et dimensions des arbres
Date des premières mentions et effectif s'il est préciséAmbrose (1984)Thompson (1992)Ambrose (2004-2005)
4.West Pelham, petit boisé au N de Fonthill; EO 1938Mention de 1989----0 – site ratissé, seuls le Prunus avium et le P. serotina étaient présents.
5.Grimsby, Irish Grove; EO 223491980----0 – site vérifié antérieurement par G. Meyers; seul le Prunus avium était présent.
6.Parc situé au bord du lac, à l’ouest du ruisseau 4 MileMention de Soyka et al. (1977), non étayée par un spécimen.----0 – site ratissé en 2005; seul le Prunus avium était présent.
7.Au sud de l’autoroute QEW, à Andrews Court ----0 – gros Betula allegheniensisâgé

Effet d'une immigration de source externe

Les trois populations visitées dans la région de l’ouest del’État de New York adjacente semblaient en santé, et une certaine régénération s’y observait. Les conditions climatiques y sont semblables à celles de l’Ontario, et les arbres issus de graines de ces populations devraient bien pousser en Ontario, dans le cas où il faudrait faire appel à du matériel de l’extérieur. Cependant, il est peu probable que des propagules de ces sites puissent atteindre l’Ontario par des moyens naturels, sauf si on se place à une échelle de temps géologique.