Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Programme de rétablissement de la carmantine d'Amérique (Justicia americana) au Canada

1. Contexte

1.1 Évaluation de l'espèce par le COSEPAC

Date de l’évaluation : mai 2000

Nom commun (population) : Carmantine d’Amérique

Nom scientifique : Justicia americana

Statut selon le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) : Menacée

Justification de la désignation : Cette plante aquatique clonale poussant sur le rivage des lacs et des rivières ne se trouve plus que dans quelques sites des régions du sud-ouest de l’Ontario et du sud-ouest du Québec. Elle est touchée par divers facteurs comme les fluctuations des niveaux d’eau.

Présence au Canada : Ontario, Québec

Historique du statut selon le COSEPAC : Espèce désignée « menacée » en avril 1984. Réexamen et confirmation du statut en mai 2000. Dernière évaluation fondée sur une mise à jour d’un rapport de situation.

1.2 Description

La carmantine d'Amérique (Justicia americana (L.) Vahl) est une plante herbacée aquatique vivace qui pousse en colonies. Elle est la seule représentante de la famille des Acanthacées au Canada. Elle est érigée, simple ou divisée, et atteint de 20 cm à 1 m de hauteur, à partir d'un gros stolon rampant sur le sol. Les feuilles, de forme étroite et allongée, ne sont pas divisées et sont réparties en paires qui s'opposent le long de la tige. Les fleurs blanches ou d'un violet pâle, sont en forme de tubes et sont situées au bout de longs épis minces qui prennent naissance aux points où se rencontrent les feuilles supérieures et la tige principale. Le fruit est une capsule qui contient de 2 à 4 graines beiges ou brun pâle (Environnement Canada, 2006).

1.3 Population et répartition

1.3.1 Répartition mondiale et répartition canadienne

L'aire de répartition de la carmantine d'Amérique se situe dans l'est de l'Amérique du Nord, s'étendant, au sud, du Texas et de la Georgie et atteignant sa limite nord dans le sud du Québec et de l'Ontario (figure 1). Le Canada abrite moins de 5 % des populations totales de carmantine d'Amérique. L'espèce est présente à très peu de sites (10) au Canada. Les distances entre ces sites varient de 2,5 km à 950 km.

Au Québec, on trouve la carmantine d'Amérique le long du fleuve Saint-Laurent près de Montréal et du lac Saint-Pierre, et en Ontario, le long de la rive nord du lac Érié et près de la région des Mille Iles (figure 2).

L'espèce a toujours été considérée comme rare au Canada. Au cours de l'histoire, on a observé 11 occurrences au Québec et 17 en Ontario. Présentement, il n'en subsiste que trois au Québec et sept en Ontario. Les autres sont jugées historiques ou éteintes (Natural History Information Centre, NHIC, 2010; Jolicoeur et Couillard, 2007) parce que leur présence n'a pas été confirmée lors des 20 dernières années.


Figure 1. Répartition mondiale de la carmantine d'Amérique

Figure 1. Répartition mondiale de la carmantine d'Amérique (voir description longue ci-dessous).

Gauvin (1983)

Description pour la figure 1

La figure 1 est une carte montrant la répartition mondiale de la carmantine d'Amérique qui se situe dans l'est de l'Amérique du Nord. La répartition s'étand du Texas et de la Georgie (sud) jusqu'au sud du Québec et de l'Ontario (nord).

 


Figure 2. Répartition des populations actuelles et historiques de la carmantine d’Amérique au Canada

Figure 2. Répartition des populations actuelles et historiques de la carmantine d’Amérique au Canada (voir description longue ci-dessous).

Tiré de NHIC, 2010; White, 2000; Centre de données du patrimoine naturel du Québec (CDPNQ), 2006.

Description pour la figure 2

La figure 2 est une carte montrant la répartition des populations actuelles et historiques de la carmantine d'Amérique au Canada. La répartition actuelle pour le Québec se trouve à la Rivière de Mille Îles, à l'Ìle Rock et à la Rivière Godefroy. La répartion actuelle pour l'Ontario se trouve à Hill Island, au Parc national de Pointe-Pelée, à Dufferin Island (Niagara River), à Grenadier Island, à Pelee Island, à Lyon's Creek, et à Leamington.


La carmantine d'Amérique a été désignée comme menacée en 1984 par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada et fait partie de l'annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril du Canada depuis juin 2003. Elle a été désignée menacée selon la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables du Québec en 1998 (Ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP), 2005; Québec, 2003) et aussi comme menacée en Ontario et est listée comme telle dans la Loi sur les espèces en voie de disparition de l'Ontario (Ministère des Richesses naturelles de l'Ontario, 2009a). La carmantine est considérée de niveauNote de bas de page 1 global G5, et N5 aux États-Unis, N2 au Canada et S1 au Québec et en Ontario.

1.3.2 Taille et tendances des populations

Selon les données disponibles en octobre 2007, le nombre total de tiges de carmantine d'Amérique au Canada se chiffrerait à près de 25 500 Michael Oldham, comm. pers., septembre 2006). La plus importante de ces populations est celle de la rivière des Mille Îles, où un inventaire approfondi effectué par Éco-Nature (Bisson et Gauvin, 2008) a permis de recenser jusqu'à 25 323 757 tiges en 2007, soit 99 % de l'effectif total (en termes de tiges) actuellement dénombré au pays.

Du côté américain, la densité des colonies varie de 60 à 476 tiges par m2 (Howell, 1975), alors qu'à la limite nord de l'aire de répartition, elle varie de 30 à 185 tiges par m2 au Québec (CDPNQ, 2006) et de 30 à 150 tiges par m2 en Ontario (Thompson, 2008).

Au Québec, les remblayages liés à l'urbanisation de la région de Montréal et le dragage de la voie maritime du fleuve Saint-Laurent auraient contribué à la disparition de l'espèce dans la plupart des sites (Jolicoeur et Couillard, 2007). En Ontario, on ignore si l'espèce a été plus abondante autrefois qu'elle ne l'est aujourd'hui sur les sites où elle est connue, sauf peut-être à Dufferin Island (près de la rivière Niagara) et au parc national de la Pointe-Pelée, où les données historiques le suggèrent (Michael Oldham, comm. pers., décembre 2006, Varga. 1984).

Au parc national de la Pointe-Pelée, où plusieurs inventaires ont été faits, le nombre de tiges a varié grandement d'une année à l'autre et a en général démontré un déclin. Les données de 2007 (Jalava et al. 2008) suggèrent un déclin depuis 1983 (Varga, 1984; Kraus, 1991; Mouland, pers. comm. in White, 2000). Une occurrence historique à Redhead Pond, datant de 1990, n'a pas été retrouvée en 2007 malgré des recherches ciblées. De plus, l'espèce n'a pas été retrouvée le long de la portion nord du rivage de Lake Pond où elle était jadis. On ne peut déterminer à quel point ce déclin est causé par des fluctuations naturelles. Étant donné la nature dynamique de l'habitat, des fluctuations de populations sont normales pour cette espèce et peuvent se produire. Dans les populations ontariennes, le nombre de tiges fluctuerait considérablement d'une année à l'autre, de façon naturelle (Michael Oldham, comm. pers., décembre 2006). Des colonies naturellement éphémères pourraient aussi s'établir et disparaître de temps à autre.

 

Tableau 1 : Caractéristiques des occurrences canadiennes actuelles de carmantine d'AmériqueFootnote a
Site (province)Tenure des terresNombre de coloniesSurface occupéeNombre total de tiges (année)
1. Rivière des Mille Iles (Qué.)Terres publiques provinciales52,6 km225 323 757 (2007)Footnote b
2. Île Rock (Qué.)Terres publiques provinciales; habitat floristique sous juridiction du Québec10,09 ha73 686 (2007)Footnote c
3. Hill Island (Ont.)Terres publiques provinciales24500 m2~ 59 000 stems (2008)Footnote d
4. Parc national de la Pointe-Pelée (Ont.)Terres publiques fédérales; parc national10158 m230 042 (2007)Footnote e
5. Rivière Godefroy (Qué.)Terres publiques provinciales; habitat floristique et réserve écologique (en partie)10,63 ha> 25 000 (1995)Footnote f
6. Dufferin Ìsland, Niagara River (Ont.)Terres publiques provinciales1144 m2~ 5 000 (2006 et 2007)Footnote g
7. Grenadier Island (Ont.)Terres publiques provinciales1120 m23 600 (2008)Footnote h
8. Pelee Island (Ont.)Terres publiques provinciales11 m2~ 150 (2007)Footnote i
9. Lyon's Creek, (Ont.)Terres publiques provinciales10,12 km2Inconnu (1970 et 2005)
10. Leamington (Ont.)Terres publiques provinciales12 m2Inconnu, 2009

Notes de bas de page

Note de bas de page A

NHIC, 2010; CDPNQ, 2006;

Retour à la référence de la note de bas de page a

Note de bas de page B

Bisson et Gauvin, 2008

Retour à la référence de la note de bas de page b

Note de bas de page C

Dixon et Asch, 2008

Retour à la référence de la note de bas de page c

Note de bas de page D

Thompson, 2008

Retour à la référence de la note de bas de page d

Note de bas de page E

Jalava et al. 2008

Retour à la référence de la note de bas de page e

Note de bas de page F

Sabourin et al. 1995

Retour à la référence de la note de bas de page f

Note de bas de page G

Michael Oldham, comm. pers. Septembre 2006 et Novembre 2007

Retour à la référence de la note de bas de page g

Note de bas de page H

Thompson, 2008

Retour à la référence de la note de bas de page h

Note de bas de page I

Sam Brinker, communication personnelle, Octobre 2007

Retour à la référence de la note de bas de page i

1.4 Besoins de la carmantine d'Amérique

1.4.1 Besoins biologiques et besoins en matière d'habitat

Cette plante se retrouve habituellement le long de cours d'eau ou au bord de lacs peu profonds, sur un substrat de gravier, de sable ou de matière organique. La carmantine d'Amérique peut survivre dans des zones très exposées à l'action des vagues (Varga, 1984) et requiert des habitats ouverts offrant peu de compétition de la part des autres espèces. Cette caractéristique explique sa tendance à former des monocultures où subsistent très peu d'espèces flottantes, submergées ou émergentes associées.

La carmantine d'Amérique survit aussi bien juste au-dessus de la nappe phréatique que dans 1,2 m d'eau. Ses racines se maintiendraient toujours sous le niveau de la nappe phréatique, même en période d'étiage (Gauvin, 1983; Varga, 1984). La plante semble persister dans l'environnement dynamique des ruisseaux de l'est de l'Amérique du Nord grâce au solide enracinement de ses structures souterraines et à sa grande capacité de régénération à la suite de tempêtes. L'environnement dynamique dans lequel croît la carmantine indique que les phénomènes naturels comme l'érosion font probablement partie de son cycle naturel de survie.

Cette plante ne se maintient pas si le pH est moins de 5,5 (Koryak et Reilly, 1984; Adams et al., 1973). Des études américaines révèlent que la dureté de l'eau et l'abondance de matière organique favoriseraient le développement de la carmantine (Hill, 1981; Howell, 1975).

La carmantine d'Amérique peut se propager par multiplication végétative, soit par ses rhizomes ou à partir de bourgeons axillaires qui se développent sur la tige. La propagation au moyen des rhizomes a lieu lorsqu'il y a accumulation de sol, alors que le bourgeonnement par la tige est plus fréquent en l'absence de sédimentation.

La reproduction sexuée peut aussi jouer un rôle significatif dans la propagation de cette plante aquatique (Penfound, 1940). Récemment, l'espèce a été cultivée avec succès à partir de deux plants récoltés en milieu naturel par l'Institut de recherche en biologie végétale du Jardin botanique de Montréal et de l'Université de Montréal (Guy Jolicoeur, comm. pers. avec Stéphanie Pellerin, novembre 2006).


1.4.2 Facteurs limitatifs

Au Canada, la carmantine d'Amérique se trouve à la limite nord de son aire de répartition.

Le climat semble être le facteur primordial limitant la répartition de la carmantine d'Amérique au Canada (Gauvin, 1983; Jolicœur and Couillard, 2007). La dispersion et la pollution pourraient aussi avoir une influence (White, 2000) mais il n'y a pas d'évidence directe soulignant l'impact de la pollution sur les populations canadiennes de cette espèce. Les inondations et les sécheresses existent à des niveaux différents dans la plupart des sites de carmantine d'Amérique, mais leurs effets ne sont pas pleinement compris et ne semblent pas uniformes (voir 1.5.2.1). Selon White (2000), la présence de la carmantine d'Amérique est éphémère à certains sites.

1.5 Identification des menaces

Le tableau 2 et la section qui suit présentent toutes les menaces connues ou présumées qui pèsent sur la carmantine et son habitat. Les informations concernant les sites de Grenadier Island, Lyon's Creek, Pelee Island et Leamington ne sont pas incluses dans ce tableau à cause de l'absence de données adéquates.

Les termes utilisés dans le tableau sur les menaces se définissent comme suit :

Certitude causale : indique un reflet général du niveau d'information disponible au sujet de la menace. Plus forte est l'évidence plus élevée est la menace (Élevée: les faits établissent un lien causal de la menace aux stress sur la viabilité de la population; Moyenne : corrélation entre la menace et la viabilité de la population, opinion d'un expert; Faible : menace supposée ou plausible uniquement).

Gravité : reflète l'effet au niveau de la population (Élevée : très grand effet sur l'ensemble de la population; Modérée; Faible; Inconnue).

Degré de préoccupation : indique si la gestion de la menace est une préoccupation élevée, moyenne ou faible pour le rétablissement de l'espèce en tenant compte de toutes les informations dans le tableau.


1.5.2 Description des menaces

Les menaces à la survie de la carmantine d'Amérique au Canada se résument principalement à la modification de son habitat incluant les modifications au régime hydrique, la perte d'habitat attribuable aux processus naturels tels que l'érosion, et l'activité humaine, tels que le dragage et le remblayage. La compétition avec des espèces exotiques envahissantes présentes dans son habitat et le piétinement causé par les activités humaines a un impact élevé dans certains sites et constituent des menaces à l'intégrité des populations.

 

Tableau 2 (1. Modifications au régime hydrique) : Synthèse des menaces présumées pesant sur la carmantine avec indication de leur niveau de gravité
 Menaces
Rivière des Mille Iles (Qué.)Ile Rock (Qué.)Hill Island (Ont.)Parc national de la Pointe- Pelée (Ont.)Rivière Godefroy (Qué.)Dufferin Island (Ont.)
Catégorie de menace (Changement dans le processus naturel)OccurrenceCouranteAnticipéeCouranteCouranteCouranteCourante
Menace générale (Modifications au régime hydrique)FréquenceContinueInconnueContinueRécurrenteSaisonnièreContinue
Menace générale (Modifications au régime hydrique)Certitude causaleFaibleInconnueFaibleFaibleInconnueFaible
Menace précise (Inondation ou sècheresse)GravitéFaibleInconnueModéréeFaibleFaible à modéréeModérée
Stress (Mortalité)Degré de préoccupationMoyenneFaibleFaibleFaibleFaibleMoyen

 

Table 2 (2. Érosion): Synthèse des menaces présumées pesant sur la carmantine avec indication de leur niveau de gravité
 Menaces
Rivière des Mille Iles (Qué.)Ile Rock (Qué.)Hill Island (Ont.)Parc national de la Pointe- Pelée (Ont.)Rivière Godefroy (Qué.)Dufferin Island (Ont.)
Catégorie de menace (Perte d’habitat ou dégradation)OccurrenceCouranteInconnueInconnueInconnueInconnueCourante
Menace générale (Érosion et dragage)FréquenceRécurrenteInconnueInconnueInconnueInconnueRécurrente
Menace générale (Érosion et dragage)Certitude causaleFaibleInconnueInconnueInconnueInconnueMoyenne
Menace précise (Changement aux rives des cours d’eau)GravitéFaibleInconnueInconnueInconnueInconnueModérée
Stress (Enlèvement du substrat, instabilité du substrat)Degré de préoccupationFaibleInconnuInconnuFaibleFaible à moyenMoyen

 

Table 2 (3. Plantes exotiques envahissantes): Synthèse des menaces présumées pesant sur la carmantine avec indication de leur niveau de gravité
 Menaces
Rivière des Mille Iles (Qué.)Ile Rock (Qué.)Hill Island (Ont.)Parc national de la Pointe- Pelée (Ont.)Rivière Godefroy (Qué.)Dufferin Island (Ont.)
Catégorie de menace (Plantes exotiques envahissantes)OccurrenceAnticipéeAnticipéeAnticipéeCouranteAnticipéeAnticipée
Menace générale (Roseau commun et autres espèces.)FréquenceInconnueInconnueInconnueContinueInconnueInconnue
Menace générale (Roseau commun et autres espèces.)Certitude causaleInconnueInconnueInconnueMoyenneInconnueInconnue
Menace précise (Compétition pour la ressource, déplacement)GravitéInconnueInconnueInconnueÉlevéeInconnueInconnue
Stress (Taille réduite de la population, extinction locale)Degré de préoccupationFaibleFaibleFaibleÉlevéeFaibleFaible

 

Table 2 (4. Piétinement): Synthèse des menaces présumées pesant sur la carmantine avec indication de leur niveau de gravité
 Menaces
Rivière des Mille Iles (Qué.)Ile Rock (Qué.)Hill Island (Ont.)Parc national de la Pointe- Pelée (Ont.)Rivière Godefroy (Qué.)Dufferin Island (Ont.)
Catégorie de menace (Perte d’habitat ou dégradation)OccurrenceCouranteCouranteAnticipéeCouranteAnticipéeInconnue
Menace générale (Piétinement causé par des activités humaines)FréquenceSaisonnièreSaisonnièreSaisonnièreSaisonnièreInconnueInconnue
Menace générale (Piétinement causé par des activités humaines)Certitude causaleFaibleMoyenneFaibleFaibleInconnueInconnue
Menace précise (Destruction, déracinement)GravitéFaibleModéréeFaibleFaibleInconnueInconnue
Stress (Mortalité, extinction locale)Degré de préoccupationFaibleÉlevéFaibleFaibleFaibleInconnu

 

Table 2 (5. Remblayage): Synthèse des menaces présumées pesant sur la carmantine avec indication de leur niveau de gravité
 Menaces
Rivière des Mille Iles (Qué.)Ile Rock (Qué.)Hill Island (Ont.)Parc national de la Pointe- Pelée (Ont.)Rivière Godefroy (Qué.)Dufferin Island (Ont.)
Catégorie de menace (Dégradation et perte d’habitat)OccurrenceCouranteInconnueInconnueInconnueInconnueAnticipée
Menace générale (Développement urbain)FréquenceRécurrenteInconnueInconnueInconnueInconnueInconnue
Menace générale (Développement urbain)Certitude causaleÉlevéeInconnueInconnueInconnueInconnueInconnue
Menace précise (Remblayage des milieux humides)GravitéModérée à faibleInconnueInconnueInconnueInconnueInconnue
Stress (Mortalité; extinction locale)Degré de préoccupationMoyenInconnuFaibleInconnuInconnuFaible

 

Table 2 (6. Broutage): Synthèse des menaces présumées pesant sur la carmantine avec indication de leur niveau de gravité
 Menaces
Rivière des Mille Iles (Qué.)Ile Rock (Qué.)Hill Island (Ont.)Parc national de la Pointe- Pelée (Ont.)Rivière Godefroy (Qué.)Dufferin Island (Ont.)
Catégorie de menace (Processus naturel et activités)OccurrenceAnticipéeInconnueCouranteInconnueCouranteInconnue
Menace générale (Broutage par le cerf)FréquenceInconnueInconnueSaisonnièreInconnueSaisonnièreInconnue
Menace générale (Broutage par le cerf)Certitude causaleInconnueInconnueFaibleInconnueFaibleInconnue
Menace précise (Photosynthèse réduite et perte de fruits)GravitéInconnueInconnueFaibleInconnueFaibleInconnue
Stress (Taille réduite de la population/ viabilité)Degré de préoccupationFaibleInconnuFaibleInconnuFaibleInconnu

 

Table 2 (7. Qualité de l’eau) : Synthèse des menaces présumées pesant sur la carmantine avec indication de leur niveau de gravité
 Menaces
Rivière des Mille Iles (Qué.)Ile Rock (Qué.)Hill Island (Ont.)Parc national de la Pointe- Pelée (Ont.)Rivière Godefroy (Qué.)Dufferin Island (Ont.)
Catégorie de menace (Pollution)OccurrenceCouranteInconnueAnticipéeInconnueAnticipéeInconnue
Menace générale (Eaux usées (urbain et rural))FréquenceContinueInconnueInconnueInconnueInconnueInconnue
Menace générale (Eaux usées (urbain et rural))Certitude causaleFaibleInconnueInconnueInconnueInconnueInconnue
Menace précise (Dégradation de la qualité de l’eau)GravitéFaibleInconnueInconnueInconnueInconnueInconnue
Stress (Mortalité; extinction locale)Degré de préoccupationFaibleInconnuFaibleInconnuFaibleInconnu

 

Informations supplémentaires : La colonie sur Grenadier Island a été partiellement coupée afin d’accomoder une entrée d’eau pour l’approvisionnement d’un chalet. Du broutage par le Cerf de Virginie a été noté à une colonie de Hill Island.

1.5.2.1 Modifications au régime hydrique

Les effets des inondations et de la sécheresse sur la carmantine d'Amérique ne sont pas encore bien compris et les informations disponibles sur cette menace varient grandement quant à la nature de son impact sur la survie de la plante. Ces impacts sur les populations sont parfois considérés comme positifs et parfois comme négatifs.

L'opération du barrage érigé à Dufferin Island (près de la rivière Niagara) affecte certainement la survie de la population de carmantine d'Amérique en aval en créant, sur une base régulière, des périodes d'inondations et d'assèchements successives. Ceci pourrait expliquer le déclin apparent de la carmantine d'Amérique à ce site (Michael Oldham, pers. comm., décembre 2006).

Dans la région des Mille Îles en Ontario, le fleuve Saint-Laurent subit des variations de niveau d'eau annuelles de l'ordre de 60 à 90 cm. Des plants de carmantine ayant les racines exposées à l'air, bien au sec, ont été observés en septembre. Ce problème pourrait s'aggraver si les racines demeurent exposées à un froid plus intense et à du gel en hiver dans des conditions de basses eaux (Ministère des Richesses naturelles de l'Ontario, 2009 b).

À la rivière des Mille Iles, au Québec, le suivi annuel de la population de 2004 à 2007 a mis en évidence le fait qu'on connaisse peu les effets directs d'une modification du régime hydrique de cette rivière, puisqu'avec un faible niveau d'eau on a pu noter d'abord une diminution de la population en 2005, et ensuite un accroissement en 2007 (Bisson et Gauvin, 2008).

Selon White (2000), les populations de carmantine d'Amérique peuvent être affectées sérieusement par les changements naturels au régime hydrique. Également, des modifications au régime hydrique causées par des activités humaines pourraient entraîner des conséquences majeures pour cette plante. Une étude récente, aux États-Unis (Strakosh et al., 2005), démontre que la carmantine d'Amérique subit davantage les effets négatifs des inondations que ceux de la dessiccation. Selon d'autres études, il semble que la croissance de la carmantine ne serait pas du tout liée aux perturbations par les inondations (Fritz et al., 2004).

En résumé, ces études démontrent que les effets des inondations et de la sécheresse sur cette espèce ne sont pas uniformes.

1.5.2.2 Érosion

La perte d'habitat liée à l'érosion est une menace qualifiée de moyenne à faible, attribuable, dans la plupart des cas, à des causes naturelles, mais aussi dans certains sites à des causes d'origine anthropique. En Ontario, aux abords du lac Érié, la carmantine d'Amérique est particulièrement vulnérable à l'érosion causée par les tempêtes, les vagues, le vent et la glace. L'érosion des rives et la succession des communautés végétales a peut-être éradiqué la carmantine d'Amérique à deux des trois sites de l'île Pelée (White, 2000) et pourrait affecter le site récemment découvert. L'action des vagues à Hill Island a possiblement eu pour effet de déraciner une portion de la colonie. Ces vagues seraient provoquées par l'importante circulation dans la voie maritime ou par le vent (MRNO, 2009b).

On anticipe que ces menaces naturelles pourraient s'aggraver avec le réchauffement climatique. Les changements anticipés du niveau d'eau des Grands Lacs constitueront vraisemblablement une menace considérable et devront être examinés plus en détail (Michael Oldham, comm. pers. Nov. 2007). Au Québec, aux abords de la rivière des Mille Îles, l'érosion s'est avérée extrême dans certains secteurs à la suite d'activités humaines comme la construction de murets et l'altération de la configuration naturelle des berges (Isabelle Mathieu, comm. pers., automne 2006).

1.5.2.3 Espèces exotiques ou envahissantes

Dans le parc national de la Pointe-Pelée, le roseau commun (Phragmites australis) et la quenouille glauque (Typha X glauca) envahissent l'habitat de bordure où la carmantine se retrouve (Michael Oldham, comm. pers. 2007). Le phalaris roseau (Phalaris arundinacea) et des arbustes riverains contribuent à limiter l'aire occupée par la carmantine d'Amérique en haut de berge. La carmantine peut en effet se retrouver en haut des rives, mais seulement lorsque le phalaris est absent. Dans le parc national de la Pointe-Pelée, dans les sites où la carmantine a disparu, le roseau commun croît maintenant en monoculture. Il pourrait vraisemblablement être responsable de la disparition locale de la carmantine d'Amérique dans un étang du parc national (McKay , comm. pers.).

Dans le sud de l'Ontario surtout, les espèces envahissantes comme le roseau commun, la quenouille glauque, la salicaire pourpre (Lythrum salicaria) et l'iris faux-acore (Iris pseudacorus) peuvent constituer une menace sérieuse (Michael Oldham, comm. pers. décembre 2006). Il existe toujours un risque potentiel que d'autres espèces envahissantes s'établissent et accroissent l'impact cumulatif de cette menace sur la carmantine d'Amérique.

1.5.2.4 Piétinement par les chasseurs, canoteurs et kayakistes

Le piétinement par les chasseurs, canoteurs et kayakistes affecte principalement la population de carmantine d'Amérique de l'île Rock. Les chasseurs fréquentent les lieux à automne, alors que les canoteurs et les kayakistes sont susceptibles d'y pique-niquer durant le printemps, l'été et l'automne et utilisent intensivement ce site pour la pratique de ce sport. On s'attend à des impacts modérés sur les populations (P. Asch, comm. pers.) si l'utilisation récréative de ce site (qui inclut l'île) se maintient au niveau actuel. Durant la période automnale, la plante a déjà produit ses graines et rhizomes. Selon Penfound (1940), ces graines pourraient même avoir déjà germé à ce moment, ce qui rendrait les plantules vulnérables au piétinement.

La population de carmantine du parc national du Canada de la Pointe-Pelée pourrait également subir les effets négatifs du piétinement par les canoteurs et kayakistes. Cependant, il est possible que ce niveau de piétinement maintienne l'habitat suffisamment ouvert pour empêcher l'implantation du roseau commun qui envahirait le site. La préoccupation actuelle à l'égard de cette menace à ce site est considérée comme faible.

1.5.2.5 Remblayage

La perte d'habitat attribuable au remblayage dans des buts d'expansion urbaine constitue une menace grave qui a déjà contribué à la disparition de sept des douze populations de carmantine d'Amérique au Québec. Les informations précises à ce sujet concernent principalement les sites d'occurrences historiques au Québec qui se trouvent le long du chenal maritime du fleuve Saint-Laurent et de l'agglomération urbaine de Montréal (Jolicoeur et Couillard, 2007). Cette menace existe toujours pour les colonies de la rivière des Mille Îles qui sont situées en grande majorité à proximité de zones urbaines développées. En Ontario, l'importance historique de cette menace est très peu connue. Toutefois, on présume que plusieurs populations sont disparues suite à la destruction de leur habitat résultant d'activités humaines.

1.5.2.6 Broutage

Un broutage intensif des sommets de tiges de carmantine par le cerf de Virginie (Odocoileus virginianus) a été observé le long de la rivière Godefroy. À cet endroit, les tiges broutées montraient des signes de repousse. Par contre, les plants présentaient très peu de fruits, indice probable d'un faible succès reproducteur.

Dans le site de l'Île Hill, de 20 à 25 % d'une des 24 colonies présentes a été affectée par le broutage (Thompson, 2008). Le broutage pourrait avoir contribué à la perte de la population de carmantine d'Amérique du parc provincial de Rondeau, en Ontario (une occurrence historique), en raison du nombre élevé de cerfs de Virginie qui s'y trouvait.

1.5.2.7 Altération de la qualité de l'eau

Selon des études américaines (Hill, 1981; Howell, 1975), la dureté de l'eau et l'abondance de matière organique favoriseraient le développement de la carmantine. Par contre, la pollution industrielle nuit considérablement à cette espèce (Stuckey et Wentz, 1969), surtout les effluents acides des mines (Adams et al., 1973; Koryak et Reilly, 1984). La carmantine ne peut survivre à un pH de moins de 5,5. Il n'y a pas d'information spécifique concernant ce type de menace pour des sites canadiens.

1.6 Mesures déjà achevées ou en cours

En 1983, une analyse détaillée du statut et de la gestion de la population de la carmantine, et de son habitat a été menée au parc national du Canada de la Pointe-Pelée. Cette population a fait l'objet d'un suivi en 1988, 1989, 1991 et 1999. En 1990, la plupart des populations ontariennes ont été inventoriées et un rapport sommaire de statut a été produit (Oldham, 1990).

En 1998, la carmantine d'Amérique a été officiellement désignée comme menacée au Québec en vertu de la Loi sur les espèces désignées menacées ou vulnérables et les sites de la rivière Godefroy et de l'île Rock sont alors constitués en « habitats floristiquesNote de bas de page 2 « en vertu de la même loi. Ceci leur confère une protection de haut niveau compte tenu du fait que la plupart des activités humaines sont interdites dans de tels habitats. Un plan de conservation pour les sites actuels de carmantine d'Amérique a été élaboré en 2004 par le gouvernement du Québec (ministère du Développement Durable, de l'Environnement et des Parcs) et a récemment été mis à jour (Jolicoeur et Couillard, 2007).

En 2002 et 2003, des tentatives de relocalisation de la carmantine ont été réalisées sans succès sur l'île Turcotte (Saint-Eustache), dans la rivière des Mille Îles. De 2004 à 2008, un suivi des colonies de carmantine d'Amérique a été effectué sur la rivière des Mille Îles par le groupe Éco-Nature (Bisson et al., 2004, 2005, 2006; Bisson et Gauvin, 2008). Cet organisme sensibilise les pêcheurs et utilisateurs de la rivière des Mille Îles de diverses manières. Un contact direct a été établi avec certains propriétaires afin de suggérer des pratiques de gestion adéquates en ce qui concerne l'utilisation de la bande riveraine où se retrouve la carmantine. En 2005, l'habitat floristique de la rivière Godefroy a été agrandi et un plan du site a été publié dans la Gazette officielle du QuébecNote de bas de page 3.

En 2006, en Ontario, la Niagara Parks Commission a réalisé un inventaire de la carmantine à Dufferin Island et y a entrepris deux initiatives pour améliorer l'habitat et mettre en place un programme éducatif pour 2007. En 2007, des inventaires des sites connus de carmantine ont été réalisés à l'île Rock, à Dufferin Island, à Lyon's Creek, dans le parc provincial Rondeau, à Middle Island, dans le parc national du Canada de la Pointe-Pelée et dans plusieurs sites de l'île Pelée. En 2008, deux nouveaux sites ont été découverts dans la région des Mille Îles en Ontario, en périphérie du parc national du Canada des Îles-du-Saint-Laurent soit à Grenadier Island et Hill Island et un inventaire complet de plusieurs îles du secteur a été réalisé après cette découverte initiale. En 2009, des inventaires ont été réalisés à la Réserve nationale de faune de Long Point et aucune plante n'a été observée dans des habitats adéquats où elle avait été observée historiquement.

Les actions de conservation en cours incluent un projet de désignation d'habitat floristique de la population de la rivière des Mille Îles par le ministère du Développement Durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP) du Québec.

1.7 Lacunes dans les connaissances

  1. Actuellement, il n'y a pas d'informations précises nous permettant d'évaluer la viabilité de la population de carmantine à long terme. Un mécanisme pour déterminer ce qui devrait être considéré comme la taille de population viable pour cette espèce nous informerait sur les activités de rétablissement futures.

  2. L'importance réelle et l'impact des menaces sont à documenter pour chaque site connu de carmantine d'Amérique.

  3. Des inventaires restent à réaliser dans des sites d'occurrences historiques et où des habitats potentiels sont présents.

  4. L'étendue des variations dans la dynamique des populations doit être étudiée de manière à déterminer les taux de fluctuations naturels des populations.

  5. Les méthodes précises de propagation, de transplantation et d'établissement de l'espèce sont à raffiner, et, en vue de réaliser une augmentation du nombre de plants à des sites déterminés ces informations restent à obtenir. Une telle activité devra être appuyée par une étude permettant d'évaluer la pertinence et la faisabilité technique d'éventuelles activités de transplantation d'individus dans des sites appropriés.

  6. La plupart des références consultées sur les exigences écologiques de l'espèce ainsi que sur son rôle écologique proviennent de sources américaines. Il n'existerait pas d'études de ce type sur les populations canadiennes. Les paramètres physico-chimiques de l'eau dans les sites canadiens de carmantine d'Amérique demeurent inconnus. Une caractérisation fine des microhabitats utilisés au pays est donc requise.

  7. Les communautés des Premières Nations ont préservé les écosystèmes locaux pendant des générations grâce à l’utilisation de connaissances écologiques traditionnelles. Il importe de recueillir et de communiquer ces connaissances écologiques traditionnelles afin d’assurer la protection et le rétablissement de l’espèce et de l’écosystème. Ensemble, les connaissances écologiques traditionnelles et la science peuvent étayer les activités d’évaluation, de surveillance et de rétablissement des écosystèmes qui abritent les espèces en péril.

  8. Puisque l'espèce produit de nombreux stolons et s'ancre très solidement dans le substrat grâce à leurs interconnections, chaque site pourrait être constituée seulement de quelques individus clonaux. L'importance relative du taux de reproduction par graines (sexuée) et par stolons (végétative) n'a jamais été évaluée. Afin d'évaluer la viabilité à long terme de n'importe quelle colonie, sa structure génétique devrait être analysée pour évaluer le niveau de clonage (reproduction asexuée) qui s'y produit.

  9. Le rôle de la reproduction sexuée dans la propagation de l'espèce et sur la viabilité des graines produites reste peu connue. De même, les modes de dispersion et de pollinisation sous nos latitudes sont peu documentés. En 2006, on a noté, chez la plus importante population de carmantine présente au Québec une abondante production de fruits, mais le rôle des fruits dans le maintien et l'accroissement de la colonie demeure inconnu (Jolicoeur et Couillard, 2007). Il manque aussi de l'information sur la fertilité des populations ontariennes.

Notes de bas de page

Note de bas de page 1

G : rang global; N : rang national; S : rang subnational; 1 : très à risque; 2 : à risque; 5 : non à risque

Retour à la référence de la note de bas de page 1

Note de bas de page 2

Gazette officielle du Québec, 1998. no 17, 130e année, page 2152.

Retour à la référence de la note de bas de page 2

Note de bas de page 3

Gazette officielle du Québec, 2006. no 21, 138e année, page 2177. (L.R.Q., c. E-12.01).

Retour à la référence de la note de bas de page 3

Introduction