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Évaluation et rapport de situation du COSEPAC sur le Petit-duc nain au Canada - Mise à jour

Facteurs limitatifs

Exploitation forestière

Au cours du siècle passé, la composition et la structure des essences des forêts alpestres en Amérique du Nord occidentale se sont modifiées suite à la récolte de bois et à cause de l’extinction d’incendies et du pâturage (Covington et Moore, 1992; Harrington et Sackett, 1992; Madany et West, 1983; van Wagtendonk, 1985; Skovlin et al., 1976).

L’habitat de reproduction du Petit-duc nain est disséminé dans les vieilles forêts de pin ponderosa et de sapins douglas d’intérêt commercial. Tour à tour, des objectifs de gestion, des changements d’ordre administratif et la demande économique ont affecté les forêts sèches de sapins douglas de Colombie‑Britannique. Dans les années 1950 et 1960, des règlements fixant le diamètre limite des arbres à abattre dans la région forestière de Kamloops ont permis de préserver et d’améliorer cet habitat (van Woudenberg, 1992). En effet, les grands arbres ont été épargnés, surtout dans les années 1950 (B. Olsen et D. Piggin, comm. pers.). Jusqu’en 1969, dans la zone intérieure du centre-sud de la Colombie-Britannique, les grumes étaient coupées sur place à l’aide de scies circulaires superposées (Vyse et al., 1990) qui ne pouvaient traiter des troncs d’un diamètre supérieur à une certaine limite (B. Olsen, comm. pers.). Étaient épargnés non seulement les arbres de grand diamètre mais également des arbres de moindre qualité. Certains d’entre eux finissaient comme chicots ou perdaient leur cime; ce sont aujourd’hui des abris pour les oiseaux nicheurs.

Dans les années 1970 s’est pratiqué à Kamloops un « abattage sélectif » (Vyse et al., 1990). On y coupait des arbres de taille et d’âge différents, favorisant ainsi une répartition inégale des classes d’âges et une structure de couvert multiétagé. Tous les sites de nidification de la région de Kamloops ont conservé des traces d’exploitation forestière sélective (Christie, comm. pers.; van Woudenberg, 1992). L’habitat du Petit-duc nain avait été effacé. Vers le milieu des années 1980, le système sylvicole a changé, et on a pratiqué la sélection d’arbres individuels dans toute la ceinture sèche où croît le sapins douglas. Malgré la préservation d’un certain nombre d’arbres de grande taille, des coupes répétées en ont réduit le nombre. Cependant, l’aire du Petit-duc nain empiète sur une partie de l’aire d’hivernage cartographiée du cerf mulet dans la ceinture sèche à sapins douglas de la région de Cariboo. Dans ces peuplements, on a modifié l’exploitation forestière sélective pour préserver l’habitat hivernal du cerf mulet (Armleder et al., 1986), modifications dont les Petits-ducs nains vont profiter.

Les pratiques sylvicoles actuelles axées sur la sélection d’arbres individuels préservent entre 30 et 75 p. 100 du volume total de bois et maintiennent la répartition des classes de diamètre existantes. L’élimination de 15 à 20 p. 100 du volume qui a lieu tous les 50 ans épargne toutefois des bouquets de vieux arbres, en particulier des arbres utilisés par des espèces sauvages. Si l’on ménage ainsi des taillis de sapins douglas, une gestion inéquienne devrait préserver un habitat propice aux Petits-ducs nains à l’échelle du paysage. Quant à la régénération de l’habitat, elle sera stimulée par les pratiques sylvicoles comportant l’abattage d’un petit nombre seulement de vieux arbres et la conservation d’un certain nombre d’arbres matures, permettant ainsi d’ouvrir des percées propices à la régénération des pins ponderosa.

La coupe d’arbres pour la production de bois de chauffage peut modifier la structure de l’habitat de reproduction du Petit-duc nain et avoir des effets néfastes sur les nicheurs. À ce propos, la coupe de vieux arbres ou de chicots dépérissants est fréquente dans les régions forestières de Kamloops et de Cariboo (van Woudenberg, obs. pers.; M.J. Waterhouse, comm. pers.). Cette pratique risque d’éliminer non seulement des arbres abritant ou pouvant abriter des nids, mais également des nids de Petit‑duc nain si la coupe s’effectue entre mai et le début d’août.

À la suite de coupes à blanc, des populations entières de Petits-ducs nains ont déserté certaines régions de la Californie fréquentées plusieurs décennies auparavant (Marshall, 1988). Toutefois, l’espèce semble retourner sur les lieux une fois le calme revenu, après l’exploitation forestière sélective (van Woudenberg, 1992) et le pâturage de printemps ou d’été (Christie, comm. pers.; D.A. Christie et D.J. Low, comm. pers., 1994‑1996) par exemple. Tous les sites de nidification relevés au mont Wheeler comportaient des souches de grand diamètre, signe que les Petits-ducs nains choisissent des peuplements ayant fait l’objet d’une exploitation sélective, au détriment de peuplements équiens très espacés, au couvert monoétagé et dénués de taillis.

 

Extinction des feux de forêt

L’extinction des feux de forêt pendant plus d’un siècle aux États-Unis a modifié la structure des peuplements et la composition des essences dans les forêts de conifères, autrefois dominées ou codominées par le pin ponderosa (van Wagtendonk, 1983). Ce phénomène a également stimulé la régénération d’essences d’ombre (par ex., le Pseudotsuga, l’Abies et le Picea glauca), ce qui a donné lieu à des peuplements trop denses aux cimes appauvries et au sous-étage peu développé (Harrington et Sackett, 1992). Les mauvaises conditions de croissance résultant de la surabondance de tiges qui se disputent les éléments nutritifs (Covington et Moore, 1992), combinées à l’homogénéité des espèces (monoculture), attirent les insectes ravageurs et favorisent les maladies (Smith, 1986).

L’absence de feux naturels cycliques dans les forêts sèches de sapins douglas et de pin ponderosa depuis le début du XXe siècle a eu un effet semblable sur les peuplements de Colombie-Britannique (Vyse et al., 1990). Dans ces peuplements, le risque élevé de perdre de jeunes arbres met en péril la régénération d’arbres susceptibles d’abriter des nids. Plus particulièrement, l’absence de chicots de pin ponderosa risque d’aggraver la situation à long terme, compte tenu de la préférence qu’ont les Petits-ducs nains nicheurs pour ces arbres (McCallum, 1994b).

Les peuplements composés exclusivement de sapins douglas représentent un habitat limité pour l’espèce. En raison du développement insuffisant de leur sous-étage, ces peuplements sont pauvres en habitats nourriciers propices, et leur microclimat humide et frais éloigne les insectes. De plus, dans les monocultures de sapins douglas, les Petits-ducs nains courent indirectement un risque plus élevé de devenir la proie de Chouettes rayées (van Woudenberg, 1992). Le nombre accru de ravageurs et la fréquence élevée de maladies dans les peuplements de sapins douglas trop denses entraînent une accumulation notable de déchets ligneux grossiers. Ceux-ci risquent d’épaissir la couverture végétale qui abrite des rongeurs, principales proies des Chouettes rayées, lesquelles ont souvent été associées à cette forme de peuplement au mont Wheeler (van Woudenberg, obs. pers; D.A. Christie, comm. pers).

 

Pâturage 

Le pâturage est commun dans les forêts alpestres de l’ouest de l’Amérique du Nord (Skovlin et al., 1976), qui englobent les forêts sèches de sapins douglas et de pin ponderosa de la Colombie‑Britannique (Vyse et al., 1990). Depuis l’arrivée des immigrants européens, l’élevage de bétail a ainsi contribué à modifier la structure et la composition des essences des forêts de pin ponderosa (Madany et West, 1983). En effet, le pâturage a détérioré le sous-étage en réduisant la strate herbacée et en stimulant le développement d’une végétation ligneuse. La perte de combustibles normalement présents dans la strate herbacée a entraîné la diminution du nombre de feux naturels cycliques, ce qui a favorisé la domination du sapins douglas. En Colombie-Britannique, on attribue au pâturage et à l’absence des feux de forêts la réduction de la régénération des pins ponderosa – et de l’habitat de reproduction des Petits-ducs nains – mais aussi l’épanouissement des taillis de sapins douglas, qui servent de couvert protecteur (van Woudenberg, 1992).

À court terme, le pâturage peut avoir un effet sur la disponibilité des habitats nourriciers. Au mont Wheeler, il y avait des nids dans les pâturages seulement les années où ceux‑ci n’étaient pas utilisés au printemps (D.A. Christie, comm. pers; van Woudenberg, obs. pers.). Le pâturage printanier a réduit la couverture végétale et les habitats de gros insectes, dont les orthoptères, mais un broutage léger n’a pas eu d’effet sur la végétation ni sur les Petits-ducs nains. Dans la région forestière de Cariboo, on a signalé des Petits-ducs nains dans des forêts pâturées, où de nombreux endroits, trop abrupts, sont inaccessibles au bétail.

 

Disponibilité de la nourriture

Le régime insectivore du Petit-duc nain le rend potentiellement vulnérable à la pulvérisation aérienne de bactéries (Bacillus thuringiensis, ou Bt), moyen utilisé pour la lutte contre les lépidoptères nuisibles. En Colombie-Britannique, les espèces défoliatrices cycliques les plus importantes des forêts sèches de sapins douglas sont la chenille à houppes du sapins douglas (Orgyia pseudotsugata (McD.)) et la tordeuse occidentale de l’épinette. Cette dernière a tendance à fréquenter le secteur correspondant à l’élévation où l’on retrouve le Petit-duc nain. La pulvérisation aérienne vise les larves des lépidoptères (Furniss et Carolin, 1980), mais son impact sur la disponibilité de la nourriture des Petits-ducs nains est encore inconnu.

L’augmentation du nombre d’espèces d’insectes nuisibles, comme le dendroctone du pin (Dendroctonus ponderosae (Hopkins)) dans les forêts de pins ponderosa des États-Unis (Barrett, 1979), laisse croire à la possibilité d’importantes modifications dans la communauté des insectes. Pour la Colombie-Britannique, les conséquences pour l’écologie des insectes des changements de structures et d’espèces dans les forêts sèches de sapins douglas sont toujours inconnues. On ne connaît pas non plus l’impact éventuel de ces changements sur la composition du régime alimentaire du Petit-duc nain, et il serait justifié de se pencher sur la question.

 

Prédation

On croit que les Petits-ducs nains de Kamloops pourraient être victimes d’attaques de Chouettes rayées (van Woudenberg, 1992). Des études par radiotélémesure et l’observation de sites de nidification portent à penser que les Chouettes rayées pourraient s’attaquer aux jeunes aptes au vol (D.A. Christie et D.J. Low, comm. pers., 1994‑1996; van Woudenberg obs. pers.). Les Petits-ducs nains adultes agissaient de façon plus prudente dans les habitats fréquentés par des Chouettes rayées, en restant cachés dans des taillis de sapins douglas. On a observé que des mâles adultes quittaient ce qui semblait être des territoires de nidification potentiels après que des Chouettes rayées soient arrivées dans le secteur (van Woudenberg, obs. pers.). Cependant, les deux espèces vivent dans des habitats distincts presque partout dans leur aire en Colombie‑Britannique; il est donc improbable que la prédation par les Chouettes rayées réduise la population de Petits-ducs nains.

Au Colorado, c’est pendant la journée que le risque de prédation envers les Petits‑ducs nains était le plus élevé (Linkhart et Reynolds, 1987). Parmi les prédateurs importants, on retrouve l’Épervier brun (Accipiter striatus) (B. Linkhart, comm. pers. à van Woudenberg). On sait que les ours noirs (Ursus americanus) attaquent également des Petits-ducs nains, leurs oisillons plus particulièrement (R. Reynolds, comm. pers.), et on a vu des ours endommager des creux d’arbres contenant des nids (Reynolds et Linkhart, 1987). Richmond et al., (1980) ont également rapporté l’attaque de nids par des lynx roux (Lynx rufus) ou des ours noirs.

Des grands polatouches (Glaucomys sabrinus columbiensis) en Colombie‑Britannique (Cannings et al., 1987; van Woudenberg, 1992) et des écureuils d’Abert (Sciurus abertii) au Nouveau‑Mexique (McCallum et Gehlbach, 1988) s’attaquent aux œufs, aux oisillons et aux femelles couveuses. Ces deux espèces peuvent aussi rivaliser avec le Petit-duc nain pour l’occupation de cavités d’arbres. On a vu des grands polatouches dans des creux d’arbre utilisés auparavant par des Petits-ducs nains nicheurs (van Woudenberg, 1992) et dans des nichoirs au mont Wheeler (D.A. Christie, comm. pers.). À Penticton, un polatouche aurait même tué un Petit-duc nain femelle dans un nichoir (Cannings et Cannings, 1982).

D’autres causes de mortalité ont été rapportées; par exemple, un Petit-duc nain a été trouvé en Californie avec une grosse sauterelle (famille des Tettigoniidés) coincée dans sa gorge (Kenyon, 1947).

Le fait que des Petits-ducs nains adultes aient été trouvés morts dans l’habitat de reproduction du Nord en dehors de la période de reproduction (McCallum, 1996; Cannings, 1994) laisse croire qu’un nombre significatif de décès pourrait survenir pendant la migration. Les individus immobilisés en cours de route par le mauvais temps pourraient être sujets à des blessures ou à la famine.

 

Perturbations causées par les humains 

Les perturbations que causent les chercheurs au cours de leurs observations aux sites de nidification tôt dans la période de reproduction empêchent apparemment les mâles d’aller porter les proies qu’ils ont attrapées aux femelles couveuses (van Woudenberg, obs. pers.). Par exemple, un mâle ayant tenté à de nombreuses reprises d’apporter une proie sans réussir à entrer dans la cavité a fini par s’habituer à la présence de l’observateur puis y est entré précipitamment pour nourrir la femelle (van Woudenberg, obs. pers.). À d’autres occasions, les mâles restaient cachés et appelaient la femelle; plus tard, celle‑ci, qui quémandait, sortait de la cavité et rejoignait son partenaire dans un taillis de sapins douglas. La femelle risque d’être attaquée en quittant le nid. De plus, les œufs et les oisillons, s’il y en a déjà dans le nid, se refroidissent.

Ces observations font ressortir l’importance de réduire au maximum les risques de perturbation des nids et des nicheurs. Pour les mêmes raisons, on devrait réduire le plus possible les opérations forestières ou d’autres activités d’exploitation dans les secteurs où l’on a repéré des nids. Si les dérangements sont importants ou continus, ceux‑ci seront peut-être abandonnés.