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6. Stratégies et approches générales pour le rétablissement

6.1 Mesures déjà achevées ou en cours

La création du refuge d'oiseaux migrateurs de l'île Seymour fut la première mesure de protection de l'espèce; à l'époque, le refuge protégeait le seul site de reproduction connu de cet oiseau marin. La plupart des connaissances sur la biologie de reproduction de l'espèce au Canada sont issues des travaux réalisés au sein de cette colonie dans les années 1970.

Plus récemment, des entretiens sur les connaissances écologiques locales ont été organisés afin de déterminer l'étendue géographique des déclins et de savoir à quel point les résidents du nord admettaient l'existence de ce phénomène. Des relevés aériens ont été réalisés de 2002 à 2006, puis en 2009, afin de visiter à nouveau toutes les colonies connues de Mouettes blanches au Canada (à l'exception de celle qui se trouve loin au nord dans la partie est de l'île d'Ellesmere; figure 3). Ces relevés représentaient les premiers efforts d’envergure visant à évaluer la situation de la population nationale de l’espèce en une seule année. Ils ont révélé des déclins marqués du nombre de colonies et du nombre d'individus au sein des colonies connues (Gilchrist et Mallory, 2005). Ces relevés ont également permis de découvrir un grand nombre de nouvelles colonies et de produire une analyse initiale de la viabilité de la population (Robertson et coll., 2007). De 2005 à 2007, en vertu d’un accord de collaboration, la société Diamondex Resources Ltd. signalait les colonies de mouettes observées sur la presqu'île Brodeur et autorisait la création d'une zone tampon autour de ces colonies afin que les activités d’exploration ne perturbent pas l'habitat de nidification. Le ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien (désormais Affaires autochtones et Développement du Nord Canada), qui délivre les permis et les licences relatifs à l’exploration et à la prospection, a également été sensibilisé à l’éventualité de la présence de sites de nidification; il remet une trousse d'information à tous les demandeurs d'une licence de prospection.

Les principaux éléments du programme de rétablissement de la Mouette blanche au Canada sont indiqués dans le tableau 2.

6.2 Orientation stratégique pour le rétablissement

Tableau 2. Tableau de planification du rétablissement
Les niveaux de priorité sont établis comme suit : élevé – hautement prioritaires;
moyen – nécessaire pour évaluer et orienter les mesures de conservation; faible – utile pour comprendre l'espèce, mais non prioritaire.

Menace ou élément limitatifPrioritéStratégie généraleDescription générale des approches de recherche et de gestion
Activités industrielles; perturbations anthropiques – activités de suivi; pollution par les hydrocarburesÉlevéeInventaire et suivi
  • Réaliser des relevés exhaustifs dans les aires de reproduction connues et potentielles (ces dernières sont déterminées à partir d'étude sur le caractère convenable de l'habitat)
  • Élaborer des approches visant à réaliser un inventaire de la population hivernante
Contaminants; perturbations anthropiques – activités de suivi; pollution par les hydrocarburesÉlevéeRecherche
  • Réaliser des études de suivi par satellite permettant de déterminer les déplacements et l’utilisation de l'habitat, dans le but de désigner l'habitat essentiel qui se trouve loin des sites de reproduction
  • Mener des recherches sur les répercussions des perturbations anthropiques et des contaminants sur l'écologie de la reproduction de la Mouette blanche
  • Procéder à des analyses génétiques afin d’établir s’il existe une distinction entre les populations régionales (p. ex. celle des nunataks par rapport à celle qui niche sur des terrains plats) ou entre les populations régionales et les autres populations à l'échelle internationale
Chasse illégaleÉlevéeProtection de l'habitat; gestion de la population et application de la loi
  • Collaborer avec des partenaires internationaux afin de réduire les prises illégales de Mouettes blanches
  • Poursuivre la collaboration avec le gouvernement du Groenland en matière d'application, à l'échelle locale, de règles empêchant les prises d'oiseaux migrateurs du Canada longeant la côte ouest du Groenland
  • Élaborer une stratégie Canada-Groendland de suivi et de gestion
  • Poursuivre le travail de sensibilisation à Terre-Neuve, au Labrador et au Nunavut afin de diminuer les prises accessoires  de Mouettes blanches par les Autochtones ou autres intervenants.
Prédation des nids; activités industrielles; contaminantsMoyenneProtection de l'habitat; gestion de la population et application de la loi
  • Élaborer et faire observer des protocoles relatifs aux activités se déroulant à proximité des colonies de Mouettes blanches, des corridors de migration et des aires d'hivernage
  • Repérer les sites qui pourraient être protégés et instaurer des mesures d’intendance ou de préservation
TousMoyenne
Faible
Communication et sensibilisation
  • Élaborer et mettre en œuvre des programmes de communication et de sensibilisation, propres aux circonstances et aux possibilités locales et régionales
  • Mener une étude sur les connaissances locales sur la Mouette blanche à Grise Fiord

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6.3 Commentaires à l’appui du tableau de planification du rétablissement

Le rétablissement de la population de la Mouette blanche au Canada est possible mais difficile à mettre en œuvre en grande partie à cause de l’éloignement extrême, des importantes contraintes logistiques et des conditions météorologiques rigoureuses qu'exige le travail à proximité des aires de reproduction ou d'hivernage de l'espèce. Par ailleurs, plusieurs des menaces qui pèsent sur l’espèce ont une portée mondiale (ou sont des problèmes environnementaux dont l’action est ressentie à long terme et qui ne se régleront pas rapidement, comme les changements climatiques). À titre d'exemple, la plupart des prises illégales de Mouettes blanches adultes ont eu lieu au Groenland (COSEPAC, 2006), malgré l’existence de lois qui protègent les oiseaux depuis 1977 dans l'ouest du Groenland (région que les oiseaux provenant du Canada traversent pendant leur migration) et depuis 1988 pour l'ensemble du Groenland (COSEPAC, 2006). La chasse est une activité commerciale et traditionnelle importante au Groenland, et ce pays n'est pas lié par les lois régissant les prises d'oiseaux en Amérique du Nord; il importe donc de poursuivre la collaboration scientifique ainsi que la sensibilisation auprès des collectivités.

Inventaire et suivi

L'inventaire et les activités de suivi sont nécessaires à la mise à jour de la situation des colonies connues et à la découverte de nouvelles colonies, lesquelles sont des préalables à l'évaluation des menaces qu’exercent les activités industrielles existantes ou éventuelles sur la Mouette blanche. Les colonies connues de Mouettes blanches ont connu un déclin ou ont disparu (Robertson et coll., 2007), mais de nouvelles colonies ont été repérées en 2006 dans la partie est de l'île d'Ellesmere; les régions plus au nord n'ont pas encore fait l'objet de recherches. Il faut procéder à un relevé exhaustif de la zone d’habitat convenable qui aura été définie au terme d’une étude sur l’habitat convenable afin d’obtenir un dénombrement global de l’espèce au Canada. Cette opération doit être effectuée en une seule année afin de tenir compte de la possibilité que les mouettes changent de site d'une année à l'autre. De plus, l’occupation intermittente de certains sites rend nécessaire le relevé régulier de tous les sites connus (p. ex. tous les trois ans) afin de suivre la population reproductrice connue. La colonie de l'île Seymour étant la plus importante et celle pour laquelle le coût des activités de suivi est le plus abordable, on recommande de prévoir un programme de suivi annuel pour ce site. Il est également recommandé d'obtenir des données supplémentaires touchant l'aire d'hivernage, en procédant, par exemple, à une reprise de relevés aériens réalisés en hiver par Orr et Parsons (1982).

Recherche

Les données sur l'écologie de la reproduction de la Mouette blanche dans l’ensemble de l’Arctique circumpolaire sont nettement insuffisantes (Mallory et coll., 2008) et celles qui existent sont périmées. Une étude sur l'écologie de la reproduction de l'espèce fournirait de l’information essentielle à la compréhension des effets éventuels des contaminants, laquelle permettrait d’élaborer des modèles de population, d'améliorer la désignation de l'habitat essentiel et de déterminer des marges de recul pour les activités réalisées à proximité des colonies. Les principaux éléments à cerner sont : 1) la proportion de la population adulte qui se reproduit chaque année; 2) le succès de nidification; 3) le succès d'envol; 4) le recrutement des populations reproductrices.

De même, le suivi de l’espèce pendant tout son cycle annuel permettra de recueillir des données essentielles et inédites sur les sites dont l’espèce a besoin pour les phases de son cycle vital qu’elle passe loin des sites de reproduction. L’étude du moment des déplacements, des sites fréquentés et de la durée du séjour dans les différents sites permet d’obtenir des renseignements essentiels au repérage d'autres aires importantes pour l’espèce (p. ex. aire marine protégée) ou à la désignation de son habitat essentiel.

Protection de l'habitat, gestion de la population et application de la loi

Environnement Canada a élaboré un certain nombre de pratiques de gestion exemplaires visant les activités qui se déroulent à proximité des secteurs où se concentrent les oiseaux de l'Arctique canadien, mais ces pratiques n’ont pas été adaptées à la Mouette blanche. Il s'agit néanmoins d'un bon point de départ pour la réalisation d'activités d'envergure à proximité des colonies connues, surtout dans les secteurs encore sujets à des perturbations anthropiques, comme la presqu'île Brodeur de l'île de Baffin. Il importe de mettre en œuvre des mécanismes d’application adéquats, par exemple des inspections intermittentes des campements associés à des activités d’exploitation minière ou de prospection se déroulant à proximité des colonies connues (p. ex. obtenir les trajectoires de vol).

Les activités d'intendance et éventuellement de préservation sous la forme de nouvelles aires protégées (p. ex. réserves nationales de faune) peuvent être la meilleure option pour certains secteurs, notamment pour les sites regroupés le long de la côte est de l'île d'Ellesmere.

Communication et sensibilisation

Les publications, les consultations, les études sur les connaissances locales, les affiches et les brochures ont permis de bien faire connaître la situation critique de la Mouette blanche dans l'Arctique canadien. Des efforts accrus devront être fournis lorsque les plans sont en place pour mettre en oeuvre les mesures de rétablissement. Il existe une bonne assise de relations de coopération, y compris avec l'industrie, mais il faudra continuer d'adapter régulièrement les stratégies de communication. Des activités de sensibilisation sont nécessaires à Terre-Neuve-et-Labrador afin d’accroître la sensibilisation de la population locale en ce qui concerne le statut de conservation de la Mouettes blanche et afin d’encourager la population locale à signaler toute observation de Mouettes blanches dans leur région.

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