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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l’esturgeon vert au Canada - Mise à jour

Répartition

Aire de répartition mondiale

ll n’y a aucun consensus quant à la distinction des formes asiatique et nord-américaine de l’esturgeon vert en deux espèces; par conséquent, l’aire de répartition de la forme asiatique (esturgeon de Sakhaline [A. mikadoi]) est incluse ici. L’esturgeon de Sakhaline a disparu du Japon, de la Corée et de la Chine, et son aire de répartition en Russie se limite à la rivière Tummin où la population survit grâce à une alevinière (EPIC, 2001). L’aire de répartition historique de l’espèce s’étendait de la mer du Japon et de la côte sud-ouest de la Corée au fleuve Amour en Sibérie vers le nord, et à la mer de Béring jusqu’en Alaska vers le nord-est (McPhail et Lindsey, 1970). Il faudra faire des études génétiques approfondies sur la parenté des formes asiatique et nord-américaine pour définir l’aire de répartition mondiale.

La forme nord-américaine de l’esturgeon vert est présente dans les eaux de la côte ouest de l’Amérique du Nord, du Mexique au sud-est de l’Alaska. Elle est toutefois rarement observée au sud du 30e parallèle et est le plus abondante entre le 40e et le 60e parallèle (EPIC, 2001; Moyle, 2002; figure 4). Selon Mecklenburg et al. (2002), l’aire de répartition longe le littoral sud de l’Alaska et monte vers le nord jusqu’à la mer de Béring. Cette délimitation est fondée sur une mention datant de 1964 provenant du large de l’île Unalaska, sur d’autres mentions plus anciennes provenant de la mer de Béring, ainsi que sur une mention incertaine de deux individus dans la rivière Copper datant de 1897 (golfe de l’Alaska, nord-ouest de la baie Controller).


Figure 4. Carte de l’aire de répartition de l’esturgeon vert (A. medirostris); l’aire de répartition de la forme asiatique n’est pas illustrée, car celle-ci est confinée à une rivière et la parenté fait l’objet de débats.

Figure 4. Carte de l’aire de répartition de l’esturgeon vert.


On observe encore de grands rassemblements d’esturgeons verts dans les estuaires, mais leurs déplacements en eau douce ont été limités par des barrages sur certains cours d’eau. Par exemple, on observait autrefois des esturgeons verts à des centaines de kilomètres en amont dans la rivière Sacramento et le fleuve Columbia, mais les poissons ne peuvent plus aujourd’hui remonter le Columbia que sur les 60 kilomètres en aval du barrage Bonneville (Moyle, 2002). On ne connaît à l’heure actuelle que trois rivières où a lieu la fraye en Amérique du Nord, toutes situées aux États-Unis : la rivière Rogue en Oregon et les bassins de la Klamath et du Sacramento en Californie (EPIC, 2001; Adams et al., 2002; Moyle et al., 1994). Les populations reproductrices ont disparu des rivières San Joaquin, Eel et South Fork Trinity, et peut-être de la rivière Umpqua (EPIC, 2001).

Aire de répartition canadienne

L’aire de répartition canadienne de l’esturgeon vert couvre toute la côte du Pacifique (Houston, 1988; Scott et Crossman, 1973). Les esturgeons verts sont rarement capturés en eau douce, car ils privilégient les environnements estuariens et marins. Les prises d’esturgeons verts dans le cours inférieur du Fraser et dans les rivières Nass, Stikine, Skeena et Taku sont extrêmement rares, mais on en a quand même enregistrées (FISS, 2003). On ignore dans quelle mesure l’espèce utilise les eaux douces au Canada, mais on estime qu’elle y passe peu de temps, car il n’existe aucune preuve de fraye dans les cours d’eau canadiens.

L’esturgeon vert aurait toujours été rare dans les eaux douces du Canada (McPhail et Carveth, 1993). Les observations occasionnelles proviennent généralement de pêcheurs sportifs et de chercheurs menant des activités de marquage de l’esturgeon blanc. En 1985 et en 1986, une équipe de marquage a pris deux esturgeons verts (non formellement identifiés) lors du marquage d’environ 500 esturgeons blancs de 50 à 90 km en amont de l’embouchure du Fraser (Houston, 1988). D’autre part, une étude de marquage menée de 1995 à 1999 dans un segment similaire (de 78 à 154 kilomètres en amont de l’embouchure) n’a donné lieu à aucune mention d’esturgeon vert (Adams et al., 2002). Les mentions sont plus nombreuses dans le cours inférieur du Fraser, mais elles demeurent rares. Près de 13 000 esturgeons blancs ont été marqués depuis le début de l’an 2000; Parmi les individus capturés, de 12 à 15 étaient peut-être des esturgeons verts (T. Nelson, Fraser River Sturgeon Conservation Society, Crescent Beach, Colombie-Britannique, comm. pers., 2003).

Des esturgeons verts ont été pris accessoirement par de grands chaluts de fond au large de la côte ouest de l’île de Vancouver, dans le détroit de Georgia et sur la côte nord de la Colombie-Britannique, ainsi que dans des filets maillants à saumon à l’embouchure de rivières sur la côte sud de la Colombie-Britannique (Anonyme, 1954; Slack et Stace-Smith, 1996; Houston, 1988; Echols, 1995).

Le Ministère des Pêches et Océans Canada (MPO) n’a pas produit de cartes détaillées de la répartition de l’esturgeon vert avant 1996, année où le Ministère a commencé à distinguer l’esturgeon vert de l’esturgeon blanc dans ses statistiques sur les prises. Par contre, un pêcheur de la Colombie-Britannique, inquiet du déclin des populations d’esturgeons verts, a mené auprès des pêcheurs de l’endroit un sondage sur l’historique des prises remontant à 1960 (Slack et Stace-Smith, 1996). Les personnes interrogées appartenaient aux secteurs de la pêche commerciale (chalut, filet maillant et palangre) et de la pêche récréative. Le sondage révèle que les observations d’esturgeons verts en eau douce ont toujours été rares, mais que les prises en mer étaient importantes. Par exemple, Hart (1973) signale la prise de 75 individus, pour un poids total de 952 kg, en une journée au large de la baie Kyuquot. Toutefois, comme le taux de réponse était faible et que l’observation la plus ancienne remontait à 1960, le sondage ne rend probablement pas entièrement compte de l’aire de répartition historique de l’esturgeon vert. Les données sur la pêche commerciale au chalut de fond recueillies par le MPO de 1996 à 2002 font état de prises accessoires d’esturgeons verts loin au nord et à l’ouest, soit 54o de latitude nord et 131o de longitude ouest, ce qui correspond à l’aire de répartition historique estimée par Slack et Stace-Smith (1996). L’aire de répartition marine, estimée au moyen des récentes données sur les prises recueillies par le MPO, serait de 12 000 à 30 000 km2, soit de 2,6 à 6,6 p. 100 des eaux territoriales canadiennes du Pacifique (B. Lucas, chercheur biologiste, ministère des Pêches et des Océans, Naniamo, Colombie-Britannique; comm. pers., 2002). Il est difficile d’estimer la zone d’occupation en raison de la rareté de l’information, notamment le petit nombre de prises et la brièveté de la période couverte par les données sur les prises.

Le peu d’observations récentes d’esturgeons verts en eau douce porte à croire que l’espèce est encore rare dans ce milieu au Canada. Les quelques observations historiques et la rareté de l’esturgeon vert ne permettent pas de savoir hors de tout doute si l’aire de répartition a rétréci ou non. L’aire de répartition de l’esturgeon vert ne semble pas avoir diminué de façon importante dans les eaux marines, étant donné que les données récentes du MPO corroborent le relevé sur les prises de Slack et Stace‑Smith (1996). Toutefois, comme le relevé de Slack et Stace-Smith n’a vraisemblablement pas inclus toutes les prises historiques d’esturgeons verts, la possibilité d’une réduction de l’aire de répartition marine ne peut donc pas être entièrement écartée.