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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l’esturgeon vert au Canada - Mise à jour

Habitat

Besoins en matière d’habitat

L’esturgeon vert occupe une variété d’habitats durant son cycle vital : ruisseaux d’eau douce, rivières et fleuves, estuaires et eaux marines (figure 5). Ses besoins en la matière sont mal connus, mais seraient semblables à ceux de l’esturgeon blanc (Moyle et al., 1992). Il n’existe aucune population reproductrice d’esturgeons verts au Canada, et il est rare qu’on en capture des individus dans les milieux d’eau douce. La prise accessoire par les pêcheurs commerciaux utilisant des chaluts de fond et les pêcheurs de saumons utilisant des filets maillants indique que les environnements marins et estuariens sont les habitats privilégiés par l’espèce au Canada. Cependant, peu de travaux de recherche ont été effectués pour déterminer l’étendue et la nature de sa présence dans les eaux canadiennes, et il se peut que les populations (reproductrices) canadiennes, trop petites, échappent à toute détection, à l’instar de la présence de l’espèce en eau douce. Pour donner une idée globale des besoins de l’esturgeon vert en matière d’habitat sur l’ensemble de son cycle vital, nous présentons ici les besoins en habitat d’eau douce des populations des États-Unis.

La fraye aurait généralement lieu dans des fosses profondes au lit jonché de grosses pierres, mais peut aussi se faire sur fond de sable fin ou sur le lit rocheux du chenal principal d’un cours d’eau à fort courant (Moyle et al., 1992). Les adultes présents dans la rivière Sacramento fraient à des températures de 8 à 14 oC (EPIC, 2001). La température optimale pour la croissance larvaire est d’environ 15 oC (Cech et al., 2000) et la croissance est considérablement réduite à des températures inférieures à 11 oC ou supérieures à 19 oC. Les températures supérieures à 20 oC sont mortelles pour les embryons d’esturgeon vert, et les températures supérieures à 24 oC causent un ralentissement sévère de la croissance larvaire (Cech et al., 2000). Les tolérances de pH minimum et maximum et les besoins en oxygène dissous des œufs et des larves sont inconnus. Les œufs d’esturgeon vert sont collants et sont dispersés au-dessus du substrat de fond; ils se déposent et adhèrent aux irrégularités du substrat (Deng, 2000; Cech et al., 2000). Comme ils ne sont pas enrobés d’un épais manteau gélatineux comme le sont les œufs d’esturgeon blanc, ils adhèrent plutôt mal au substrat (Deng, 2000; Cech et al., 2000). Cette adhérence relativement faible indique qu’une turbidité élevée de l’eau pourrait nuire davantage au succès de la reproduction de l’esturgeon vert qu’à celui de l’esturgeon blanc puisque la turbidité altère l’adhésion au substrat (Moyle et al., 1994; Moyle, 2002). En outre, la grande taille des œufs et le taux de croissance élevé de l’esturgeon vert par rapport à l’esturgeon blanc donnent à penser que les embryons ont besoin de plus d’oxygène pour se développer normalement. Par conséquent, l’esturgeon vert aurait besoin d’eaux plus froides et plus propres que l’esturgeon blanc pour la fraye (USFWS, 1995b).

Au cours de leur résidence en eau douce (de 1 à 4 ans), les juvéniles se dirigent graduellement vers des eaux de plus en plus saumâtres au fil de leur croissance (Beamesderfer et Webb, 2002). À mesure qu’ils grandissent, ils sont de plus en plus tolérants à la salinité et deviennent tolérants à l’eau de mer à l’âge de 7 mois ou moins (Allen et Cech, 2003). Des juvéniles sont souvent capturés dans des habitats à faible débit hors du chenal principal, et dans des estuaires (Nakamoto et al., 1995).


Figure 5. Modèle conceptuel du cycle vital de l’esturgeon vert comprenant les facteurs limitatifs

Figure 5. Modèle conceptuel du cycle vital de l’esturgeon vert.

Beamesderfer et Webb, 2002, utilisé avec permission.


Après leur migration de l’eau douce, les esturgeons verts sont capturés autant en mer que dans les estuaires. Les statistiques sur la pêche au chalut de fond recueillies par le Ministère des Pêches et des Océans (MPO) entre 1996 et 2002 révèlent que des esturgeons verts ont été capturés à une profondeur maximale de 610 m (82 m en moyenne). Après avoir passé plus de 15 ans en milieu marins et estuariens, les adultes retournent en eau douce et peuvent remonter les cours d’eau sur une grande distance pour frayer. On a observé des esturgeons verts en fraye à 160 km en amont dans les rivières Klamath et Rogue, et à plus de 300 km en amont dans la rivière Sacramento (Beamesderder et Webb, 2002). Des adultes marqués dans la rivière Rogue ont passé plus de six mois en eau douce, ce qui infirme des informations antérieures selon lesquelles les esturgeons verts adultes passaient peu de temps en eau douce (Erickson et al., 2002). En outre, les esturgeons verts étudiés privilégiaient certains sites profonds (> 5 m), des tronçons de faible dénivellation ou des anses hors du chenal principal. Les esturgeons verts marqués sont retournés vers la mer après la fraye entre la fin de l’automne et le début de l’hiver, alors que les températures descendaient sous 10 °C et que le débit augmentait à plus de 100 m3s-1 (Erickson et al., 2002).

Tendances en matière d’habitat

Au Canada, comme l’esturgeon vert est généralement présent dans les milieux marins et estuariens, la qualité de l’habitat et la liberté de mouvement dans ces milieux sont des sujets fort préoccupants. En effet, les estuaires de la Colombie-Britannique sont utilisés pour l’entreposage des billes de bois et peuvent constituer des puits de polluants d’eau douce. Healey et al. (1994) ont évalué la qualité de l’écosystème du cours inférieur du Fraser entre 1993 et 1994 pour déterminer si l’éventail d’espèces avait beaucoup varié depuis la dernière étude similaire, menée entre 1973 et 1974 par Northcote et al. (1976). L’étude de 1993-1994 a révélé que la densité d’espèces avait augmenté d’un facteur de 2,5 et qu’aucun changement exceptionnel dans l’éventail d’espèces n’avait eu lieu au cours des 21 années séparant les deux études. Le Ministry of Water, Land and Air Protection de la Colombie-Britannique, qui a évalué l’utilisation commerciale et publique de 51 estuaires de la province, a conclu que l’utilisation de l’aire totale évaluée avait augmenté de 2,1 à 4,7 p. 100 de 1986 à 2001. La zone gérée à des fins de conservation a également augmenté de 23 à 69 p. 100 au cours de la même période, 80 p. 100 de cette augmentation étant attribuable aux initiatives de conservation dans l’estuaire du Fraser (MWLAP, 2002). Vu l’intensification de la protection de l’estuaire et compte tenu des conclusions de Healey et al. (1994), la perte d’habitat estuarien susceptible d’avoir une incidence sur l’esturgeon vert n’est probablement pas importante au Canada.

Aux États-Unis, où se trouvent toutes les populations reproductrices connues, l’esturgeon vert a perdu des habitats de fraye à cause des mauvaises pratiques d’utilisation des terres et de l’altération de l’habitat par des projets de gestion des eaux (EPIC, 2001). Ces facteurs ont causé une dégradation de la qualité générale de l’eau dans certains secteurs en augmentant la sédimentation et en éliminant les fosses profondes fréquentées par l’espèce. En outre, les barrages aménagés sur les cours d’eau peuvent bloquer l’accès à des frayères auparavant accessibles, perturber le régime d’écoulement naturel, réduire la superficie des refuges thermiques et modifier les propriétés de transport de sédiments dans les cours d’eau, ce qui aurait un effet de cascade qui toucherait l’esturgeon en modifiant la structure des communautés de l’écosystème (EPIC, 2001).

Les esturgeons verts ont encore accès à des habitats d’eau douce au Canada, puisque aucun barrage n’a été construit dans le bas des cours d’eau de leur aire de répartition historique. Il se pourrait que certaines zones aient été rendues inutilisables par la pollution agricole et industrielle. Entre 1993 et 1994, on a noté une mortalité massive des esturgeons blancs dans le Fraser où 34 individus de grande taille, surtout des femelles, ont été trouvés morts (MELP, 1997). On a invoqué la pollution, le choc thermique et la consommation de saumon sockeye en décomposition pour expliquer cette hécatombe. Bien qu’aucun esturgeon vert n’ait été mentionné parmi les victimes, certains pourraient avoir été touchés puisqu’il est peu probable que tous les esturgeons touchés aient été trouvés.

Protection et propriété

L’esturgeon vert est protégé en vertu de l’article 35 de la Loi sur les pêches du gouvernement fédéral, qui interdit la détérioration, la perturbation et la destruction de l’habitat du poisson.