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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l’esturgeon vert au Canada - Mise à jour

Taille et tendances des populations

 

Aucune étude complète sur la taille et les tendances des populations canadiennes d’esturgeons verts n’a été menée. Le premier rapport de situation du COSEPAC, en 1987, a accordé à l’espèce le statut d’espèce « rare » en raison du manque d’information sur les besoins en habitat, la biologie et la situation des populations de l’espèce (Houston, 1988). Malheureusement, cet état de choses ne s’est guère amélioré. L’information sur l’esturgeon vert au Canada datant d’avant 1996 est avant tout de nature anecdotique, car ce n’est qu’à compter de cette année que les statistiques sur les prises du Ministère des Pêches et des Océans (MPO) ont distingué l’esturgeon blanc et l’esturgeon vert grâce à la mise en œuvre de la politique de surveillance totale par des observateurs pour la pêche au chalut au Canada. Aucune population reproductrice n’est connue au Canada, et il n’y a aucune preuve de leur présence dans le passé. L’absence d’études sur l’esturgeon vert est attribuable avant tout à la rareté de l’espèce, à sa faible valeur commerciale et au fait qu’elle est facilement confondue avec l’esturgeon blanc, beaucoup plus commun. Cependant, l’absence de preuve n’est pas une preuve d’absence; quelques esturgeons verts ont été pris dans des sites où la fraye pourrait avoir lieu. Alors qu’on a échantillonné intensivement l’esturgeon blanc, aucun effort de la sorte n’a été déployé pour l’esturgeon vert, et aucune recherche visant précisément les adultes de l’espèce, et encore moins les alevins et les juvéniles, n’a été entreprise. Selon les travaux d’Israel et al. (2002), il existerait une population reproductrice distincte encore inconnue; on considère comme improbable, mais non impossible, que cette population fraie au Canada, malgré l’absence de preuves à cet égard.

La grande majorité des renseignements concernant les besoins en habitat, la biologie, et la situation et les tendances des populations d’esturgeons verts provient des États-Unis où se trouvent actuellement toutes les populations reproductrices connues.

Évaluation canadienne

Au Canada, les esturgeons verts sont généralement confinés au milieu marin; des données anecdotiques indiquent toutefois qu’ils pourraient déjà avoir utilisé le cours inférieur du fleuve Fraser et des rivières Skeena et Nass (McPhail et Carveth, 1993). En raison de sa similitude avec l’esturgeon blanc, il se pourrait que l’esturgeon vert ait grandement souffert pendant le déclin de la pêche à l’esturgeon blanc non réglementée à la fin du 19e siècle. Un inspecteur des pêches a déclaré en 1902 que l’esturgeon blanc était une espèce « pratiquement disparue sur le plan commercial » (EPIC, 2001). Cette similitude, combinée au chevauchement de son aire de répartition avec celle de l’esturgeon blanc, a probablement fait en sorte que l’esturgeon vert a été pêché de manière accessoire et jeté ou vendu sans que cela ait été enregistré dans les statistiques sur les prises. On ne connaîtra probablement jamais les impacts que cela a pu avoir sur la population, puisque aucune donnée sur les prises historiques ne distingue les deux espèces d’esturgeons. Il se pourrait que l’esturgeon vert ait été protégé d’une certaine manière par son goût désagréable et sa faible valeur marchande. Il est impossible d’évaluer l’impact relatif de la pêche à l’esturgeon blanc non réglementée sur l’esturgeon vert à cause de l’importance des prises en mer, des rassemblements d’été en estuaire et de la possibilité que les pêcheurs, craignant que l’esturgeon vert chasse l’esturgeon blanc de son habitat, aient hésité à rejeter à la mer des individus vivants.

Des esturgeons verts ont été observés en eau douce au Canada lors d’études de marquage de l’esturgeon blanc. En 1986, dans le cadre d’une telle étude où 500 esturgeons blancs ont été capturés et marqués, 2 esturgeons verts (qui n’ont pas été identifiés formellement, mais qui semblaient « différents » des esturgeons blancs) ont été capturés entre 50 et 90 km environ en amont de l’embouchure du Fraser (Houston, 1988). Une étude semblable, menée de 1995 à 1999 dans une aire chevauchant une partie de l’aire couverte par l’étude précédente, a marqué 414 esturgeons blancs entre Mission (78 km en amont) et l’île Bristol (154 km en amont), mais n’a signalé la présence d’aucun esturgeon vert. Plus en amont, 1 429 autres esturgeons blancs ont été capturés dans le cadre de la même étude, mais aucun esturgeon vert n’a été signalé (Adams et al., 2002). Davantage d’observations d’esturgeons verts sont signalées dans le cours inférieur du Fraser, mais celles-ci demeurent rares. Près de 13 000 esturgeons blancs ont été marqués entre le début de 2000 et juin 2003; de 12 à 15 individus ont été signalés comme pouvant être des esturgeons verts (Nelson, comm. pers.). Au Canada, les esturgeons verts occupent généralement le milieu marin. Les observations en eau douce ont probablement toujours été rares, la plupart des prises se limitant aux navires de pêche commerciale en mer. La première prise d’esturgeon vert enregistrée sur la côte de la Colombie-Britannique remonte à 1954, au large de l’île Spring, près de la baie Kyuquot. Soixante-quinze esturgeons verts ont été capturés d’un coup par un chalut de fond à une profondeur de 78,6 m. La longueur et le poids moyens des individus capturés étaient de 119,4 cm (de 94 à 203 cm) et de 12,7 kg, respectivement (Anonyme, 1954).

Préoccupés par l’absence de données sur la situation de l’espèce et du possible déclin des populations, Slack et Stace-Smith ont effectué, en 1995, un sondage auprès de pêcheurs commerciaux locaux, de pêcheurs à la palangre, de pêcheurs au filet maillant et de pêcheurs récréatifs (Slack et Stace-Smith, 1996), à qui ils ont a demandé de faire état de leurs observations d’esturgeons verts récentes ou passées. Le sondage a pris la forme d’avis affichés sur les quais de pêche à Stevenston et à False Creek, de demandes formulées lors de réunions de pêcheurs et d’une annonce publiée dans le magazine The West Coast Fisherman. Les résultats indiquent qu’au début des années 1980, quelques grands chalutiers ont capturé et remis à l’eau de grandes quantités d’esturgeons verts au large de la côte ouest de l’île de Vancouver. Cependant, on n’a pas relevé de grandes prises entre 1988 et 1995. En outre, depuis 1985, la Pacific Salmon Commission ne signale qu’une seule prise d’esturgeon vert non confirmée dans tous les essais de pêche qu’elle a menés (J. Gable, Racial Identification Group, Pacific Salmon Commission, comm. pers., 2003). Dans le domaine de la pêche au chalut de fond, une importante capture isolée d’esturgeons verts, d’un poids total excédant 9 000 kg, a été signalée en 1960, et des prises de 1 737 à 4 500 kg ont été signalées entre 1989 et 1992. De plus, des esturgeons verts ont été pris de manière accessoire dans des filets maillants à saumon à l’embouchure de grands cours d’eau (tableau 2). En plus des observations figurant au tableau 3, le registre des livraisons à une compagnie de transformation du poisson à Port Hardy fait état de quelques petites prises (de 2 à 6 par navire) entre janvier 1994 et juin 1995, qui ont été vendues au quai ou ramenées à la maison par des membres de l’équipage.

 

Tableau 2. Résultats du sondage de Slack et Stace-Smith (1996), à l’exclusion des rapports qualitatifs sur la prise d’esturgeons verts.
AnnéeRégionTotal (kg)
Nord-Colombie-Britannique et côte continentale centrale (kg)Côte ouest, Île de Vancouver (kg)Détroit de Juan de Fuca, détroit de Georgia, détroit de Johnston et fleuve Fraser
1960-9 000-9 000
1962--2; filets maillants60
1972 1989--2-3/an; filets maillants60-90
1989-3 600-3 600
1990-4 500-4 500
1991-3 5003; filets maillants3 590
19925081 737-2 245
19938286-294
1994232393; filets maillants352
1995-12 individus (palangre)-360

Les poids représentent les prises isolées par de grands chaluts de fond, alors que les individus signalés ont été pris au filet maillant ou à la palangre. Le poids des individus signalés serait d’environ 30 kg (Houston, 1988).


Le sondage de Slack et Stace-Smith (1996), bien qu’incomplet et de nature anecdotique, est la seule source d’information historique sur la taille des prises d’esturgeon vert avant 1996. Ce sondage semble faire état d’un déclin des prises depuis le début des années 1960. Ces données doivent toutefois être interprétées avec précaution et ont une portée limitée pour l’évaluation de la taille des populations. Elles ne reflètent pas, par exemple, le déclin général des pêches commerciales qui a eu lieu depuis les années 1960. Ce déclin se traduit normalement par une baisse des activités de pêche et donc des probabilités de prise d’esturgeons verts. Il n’existe par ailleurs aucune méthode permettant de vérifier l’exactitude ou la précision de l’estimation du poids des prises, et on ne peut pas savoir si le sondage est parvenu à recenser toutes les prises d’esturgeons verts, puisque les pêcheurs ayant quitté l’industrie ou n’ayant pas répondu n’ont pas fourni de données. Enfin, la standardisation temporelle des activités de pêche est absente. Par conséquent, les statistiques sur les prises colligées par ce sondage qui porte sur des prises isolées d’une importance anormale ne reflètent pas la prise annuelle totale d’esturgeons verts.

Il serait possible d’élaborer une méthode d’estimation des prises historiques d’esturgeons verts en estimant la composition des prises d’esturgeons, toutes espèces confondues, dans les eaux douces et les eaux marines. Étant donné qu’au Canada, de façon générale, les esturgeons verts et blancs occupent respectivement les milieux marins et d’eau douce, il serait possible, en relevant l’emplacement des prises, d’établir une série temporelle de l’historique des prises d’esturgeon vert. Les estimations comporteraient un degré d’erreur, puisque des esturgeons blancs ont été pris en mer et des esturgeons verts en eau douce. En outre, les données ne sont pas disponibles en format électronique, ce qui complique leur compilation (J. Echols, coordonnateur de la pêche sélective, ministère des Pêches et des Océans, Vancouver [Colombie-Britannique], comm. pers., 2003).

Les données quantitatives sur les prises d’esturgeons verts au Canada sont limitées, puisque les statistiques sur les prises du MPO ne distinguent les esturgeons verts et blancs que depuis 1996, année où l’on a adopté la politique de surveillance totale par des observateurs pour la pêche au chalut commerciale au Canada. Les prises d’esturgeons verts sont rares, et la majeure partie de la prise annuelle totale est constituée de grosses prises isolées, comme le démontre la valeur maximale de la biomasse par chalut (tableau 3). En effet, chaque année, une seule prise constitue entre 25 et 52 p. 100 de la prise annuelle totale.

 

Tableau 3. Sommaire des statistiques sur les prises annuelles d’esturgeons verts par les chalutiers dans les eaux canadiennes du Pacifique (statistiques sur les prises du MPO).
AnnéeNbre de traitsTemps de pêche (h:min.)Biomasse d’esturgeons verts par chalut (kg)Prise annuelle totale d’esturgeons verts (kg)
19961017:556,8 – 127,0460
1997721:4013,6 – 294,8562
19981542:064,5 – 158,8623
1999811:424,5 – 113,4259
20002778:3313,6 – 1 063,73 274
20011229:252,26 – 762,42 832
20023390:450,45 – 952,53 212
Total112292:060,45 – 1 063,711 222


De 1996 à 2002, 171 esturgeons verts ont été pris (poids moyen = 65,6 kg). L’industrie de la pêche a jeté en mer 151 138 traits de chalut pendant cette période, ce qui signifie que des esturgeons verts ont été pris dans seulement 0,07 p. 100 des filets (Levings et Nelson, 2002). Cette faible incidence des prises indique que les prises d’esturgeons verts sont rares. Les données sur les prises ne sont pas standardisées en fonction de toutes les activités de pêche ni de la sélectivité des engins de pêche, qui pourrait avoir changé pendant la période couverte par l’étude, ce qui diminuerait la portée des données présentées ici. Toutefois, la standardisation de ces données serait peu utile pour déterminer la taille et les tendances des populations en raison de la brièveté de la période couverte et de la taille relativement petite et variable des prises. Par conséquent, il est impossible à l’heure actuelle d’avancer une évaluation quantitative raisonnable de la situation et des tendances de l’esturgeon vert dans les eaux canadiennes.

On n’a plus observé de prises uniques atteignant les 9 000 kg ni de multiples prises dépassant les 1 000 kg comme en ont fait état Slack et Stace-Smith (1996) depuis l’instauration de la surveillance totale par des observateurs pour la pêche au chalut au Canada en 1996. Cela pourrait indiquer que la population d’esturgeons verts a subi un déclin au cours des dernières décennies, mais on ne peut l’affirmer avec certitude.

 

Tableau 4. Prises d’esturgeons verts et blancs dans le cadre du programme de marquage de la baie de San Pablo. Les estimations sur les esturgeons verts sont calculées en multipliant le ratio de recapture des esturgeons verts et blancs par l’estimation de la population d’esturgeons blancs (CDFG, 2002, cité dans Adams et al., 2002).
AnnéeEsturgeons blancs capturésEsturgeons verts de > 102 cm capturésPrise verts /prise blancsEstimation de la population de blancsAbondance d’esturgeons verts
1954961170,01811 200198
19671 612260,016114 7001 850
19681 080280,02640 0001 037
197471370,0120 700203
19791 368260,145100 3001 906
19842 551240,009117 6001 106
19852 419190,008107 800847
198798260,00697 800598
1990701150,02175 6001 618
199154690,01672 7001 198
199353420,00446 700175
19945930000
19971 321120,009141 9001 289
19981 46970,005144 400688
2001855600,07120 0008 421

Évaluation américaine

Le National Marine Fisheries Service (NMFS) a mené dernièrement une évaluation de la situation de l’esturgeon vert (Adams et al., 2002), afin de déterminer si l’espèce devrait être désignée « endangered » ou « threatened » en vertu de la Federal Endangered Species Act des États-Unis (EPIC, 2001). L’évaluation a conclu qu’il n’y avait pas matière à désigner comme « endangered » ou « threatened » ni le segment de population distinct (SPD) septentrional ni le SPD méridional à l’heure actuelle (Adams et al., 2002), bien qu’on reconnaisse que le SPD septentrional puisse l’être dans un proche avenir (Adams et al., 2002). Les données les plus fiables semblent indiquer que l’aire de répartition de l’esturgeon vert a subi une réduction substantielle qui a probablement provoqué une baisse importante de l’abondance de l’espèce.

Population asiatique de l’esturgeon de Sakhaline

La population de Sakhaline a disparu du Japon, de la Corée et de la Chine, et son aire de répartition en Russie se limite à la rivière Tummin où la population survit grâce à une alevinière (EPIC, 2001). L’espèce est inscrite à la Liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) comme étant « menacée d’extinction » (IUCN, 2002). La parenté taxinomique entre les formes asiatique (l’esturgeon de Sakhaline) et nord-américaine de l’esturgeon vert est encore indéterminée.