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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Noctuelle jaune pâle des dunes (Copablepharon grandis) au Canada

Biologie

On sait peu de choses sur la biologie du C. grandis. Ce papillon nocturne présente une brève période de vol estivale et a rarement été observé en nature. En fait, à l’exception des individus récupérés dans les pièges lumineux, l’espèce n’a pas été observée sur le terrain durant la campagne de piégeage de 2004–2005. Notre compréhension actuelle de sa biologie est fondée sur les observations de Lafontaine (2004), de Fauske (1992), de Seamans (1925) et de Strickland (1920).

Cycle vital et reproduction

D’après toutes les données disponibles, la période de vol du C. grandis s’étend du début de mai au début d’octobre (22 semaines) et atteint son point culminant à la fin de juillet (figure 7). Au Canada, la période de vol est plus brève et dure du début de juillet à la fin d’août (8 semaines). Les deux sexes sont habituellement représentés en proportion égale dans les collections.

Figure 7. Période de vol du C. grandis, telle qu’établie d’après les données d’échantillonnage disponibles. Les barres claires correspondent aux mentions recensées à l’échelle de l’Amérique du Nord, et les barres foncées, aux mentions canadiennes.

Figure 7. Période de vol du C. grandis, telle qu’établie d’après les données d’échantillonnage disponibles

Les œufs sont déjà entièrement formés chez les femelles qui viennent d’émerger, mais l’accouplement et la ponte n’ont jamais été observés. On croit que les œufs sont déposés dans des sols sableux meubles. D’après des observations portant sur une espèce apparentée, le C. longipenne Grote, l’éclosion survient environ trois semaines suivant la ponte.

Les stades larvaire et nymphal du C. grandis n’ont pas été décrits, si l’on fait exception des observations de Strickland (1920) portant sur une chenille du quatrième stade présumée de cette espèce trouvée au début de mai dans un champ de chaume, à Monarch (Alberta). On croit que les chenilles s’alimentent durant la nuit et passent la journée enfouies dans le sable, mais il n’est pas exclu qu’elles se nourrissent sur les racines et les tiges souterraines des plantes hôtes. Le développement larvaire s’amorce en août, avec l’éclosion des œufs, et est vraisemblablement interrompu par l’arrivée du temps froid en octobre. Entre l’automne et le début du printemps, les chenilles subissent probablement une diapause souterraine, mais on ignore à quel endroit et à quelle profondeur elles s’enfouissent. Si l’on extrapole au C. grandis ce qui a été observé chez le C. fuscum Troubr. & Crabo, les chenilles se nourrissent peut-être également au printemps ou au début de l’été avant de se nymphoser. On sait très peu de choses sur le stade nymphal, si ce n’est que la chrysalide est vraisemblablement formée à la fin de juin ou au début de juillet au Canada (5 juillet dans le cas de la chenille capturée par Strickland), à l’intérieur d’une cellule souterraine constituée de particules de sol agglomérées (Strickland, 1920).

Des C.grandis adultes au repos ont été trouvés durant le jour dans des fleurs d’onagre blanche (Oenothera nuttallii Sweet) (C. Schmidt, comm. pers.).

Prédation et parasitisme

On ne dispose d’aucune information sur la prédation, le parasitisme, les maladies ou d’autres facteurs susceptibles de réduire la survie du C. grandis. Des oiseaux chanteurs se nourrissant de C. longipenne adultes ont été observés en juillet 2004 dans les Great Sand Hills et les dunes Burstall (COSEPAC, 2007b). Le C. grandis figure probablement aussi au menu des oiseaux chanteurs.

Physiologie

La période de vol du C. grandis coïncide avec le réchauffement des températures au début de l’été. Le développement larvaire se déroule entre juillet et septembre. Les chenilles passent l’hiver enfouies dans le sable, mais les conditions dans lesquelles s’effectue la diapause (p. ex. profondeur d’enfouissement dans le sable) ou l’hibernation demeurent inconnues. On ignore également de quelle façon les fluctuations des températures saisonnières influent sur les périodes de vol et d’accouplement des adultes et la survie des chenilles.

L’incidence du climat sur la répartition du C. grandis est inconnue. Comme cette espèce atteint au Canada la limite nord de sa répartition, il est possible que sa répartition y soit limitée par des facteurs climatiques. Certains facteurs comme le gel du sol ou l’humidité du sol pourraient jouer un rôle physiologique déterminant. Les facteurs climatiques pourraient également expliquer l’absence de captures dans les réseaux dunaires du sud des Prairies canadiennes.

Des données climatiques sont présentées pour deux régions comprises dans l’aire de répartition du C. grandis au Canada. À Saskatoon [Saskatchewan], la température hivernale moyenne (de décembre à février) est de -14,8 °C et la température estivale moyenne (juin à août) est de 15,7 °C, et les précipitations mensuelles moyennes s’élèvent à 13,8 mm en hiver (95 p. 100 sous forme de neige) et à 47,7 mm en été. À Wainwright (Alberta), la température hivernale moyenne est de -14,3 °C et la température estivale moyenne est de 16,2 °C, et les précipitations mensuelles moyennes s’élèvent à 21,5 mm en hiver (97 p. 100 sous forme de neige) et à 61,7 mm en été.

Dispersion et migration

La capacité de dispersion du C. grandis n’a pas été mesurée. Des observations en nature révèlent que deux autres espèces du genre Copablepharon (C. fuscum et C. longipenne) possèdent un vol puissant (COSEPAC, 2003; COSEPAC, 2007a). Comme les habitats de dunes sont souvent répartis en îlots séparés par des distances de 100 m à 2 km à l’échelle du paysage, la dispersion de l’espèce à une telle échelle apparaît probable, ou à tout le moins occasionnelle. En revanche, sa dispersion entre des régions de dunes séparées par des distances supérieures à 10 km est considérée comme peu probable ou très peu fréquente. La probabilité que l’espèce parvienne à se disperser sur de grandes distances a vraisemblablement décliné depuis que le paysage compris entre les îlots d’habitat sableux favorable a été converti en terres agricoles. Rien ne permet de croire que le C. grandis est migrateur.

Relations interspécifiques

On ne dispose d’aucune information sur les plantes hôtes de l’espèce ni sur les interactions de cette dernière avec d’autres espèces. Strickland (1920) mentionne avoir élevé avec succès une chenille plus âgée sur la luzerne et l’orge. Le C. grandis a souvent été capturé (3 captures sur 4) en compagnie du C. viridisparsa Dod au cours de la campagne de piégeage de 2004–2005, mais on ignore s’il existe une compétition entre les deux espèces.

Adaptabilité

Exception faite des observations se rapportant au cycle vital et aux besoins en matière d’habitat décrites précédemment, on ne dispose d’aucune donnée sur l’adaptabilité du C. grandis.

Strickland (1920) mentionne avoir élevé en laboratoire une chenille du quatrième stade de C. grandis jusqu’au stade nymphal, utilisant comme plantes hôtes la luzerne et l’orge.