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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le liléopsis de l’Est (Lilaeopsis chinensis) au Canada – Mise à jour

Biologie

Généralités

Le liléopsis de l’Est, herbacée vivace de la famille des Apiacées, est une espèce semi-aquatique des milieux littoraux, où elle occupe la zone intertidale. Elle tolère les eaux saumâtres, mais des expériences en milieu contrôlé ont montré qu’elle pousse bien si on ne lui fournit que de l’eau douce (Affolter, 1985). En Nouvelle-Écosse, on en trouve des populations très denses dans trois localités (Keddy, obs. pers., 1987). Les aspects particuliers de la biologie de l’espèce sont décrits ci-dessous.

Reproduction et physiologie

Le liléopsis de l’Est produit de petites fleurs blanches réunies en ombelles de cinq à sept fleurs qui émergent d’un nœud sur le mince rhizome et s’élèvent à plusieurs centimètres de hauteur. En Nouvelle-Écosse, la floraison a lieu en août et septembre, et la majorité des pieds ont produit leurs graines à la mi-septembre (Keddy, 1987).

L’espèce se multiplie par voie végétative et sans doute par voie sexuée. On pense que la multiplication végétative au moyen du rhizome est le principal mode de reproduction assurant la survie des populations. L’autopollinisation sans manipulation artificielle a été observée en milieu contrôlé (Affolter, 1985). On ne connaît aucun mécanisme de pollinisation croisée.

On ne connaît pas le taux de production de graines du liléopsis de l’Est ni la viabilité et le taux de germination des graines. Cependant, en supposant un taux de production de graines de 100 p. 100, chaque ombelle donnerait cinq à sept graines. Le taux de germination serait vraisemblablement beaucoup moindre, peut-être aux alentours du taux de 28 à 60 p. 100 qu’Affolter (1985) a observé pour l’espèce apparentée L. carolinensis. Toutes les populations de L. chinensis de Nouvelle-Écosse trouvées par Keddy (1987) ou lors des récents travaux de terrain comptaient des sujets en graines. On pense que la germination est épigée (chez la plupart des dicotylédones, et notamment chez le L. carolinensis, les cotylédons (ou les feuilles primordiales) de l’embryon sont soulevés du sol pendant la germination (Affolter, 1985)).

Le liléopsis de l’Est peut pousser dans la vase ou dans un sol couvert de gravier fin. Bien que l’espèce soit adaptée aux milieux semi-aquatiques, où elle se trouve submergée sous plusieurs mètres d’eau parfois durant la moitié de la journée, Affolter (1985) a observé qu’elle peut pousser sur des sols relativement bien drainés, où elle n’est jamais submergée. En milieu contrôlé, on a obtenu une bonne croissance de l’espèce en milieu arrosé d’eau douce, mais on ne connaît pas sa limite de tolérance à la salinité. Le liléopsis de l’Est semble posséder une assez grande plasticité phénotypique, qui dépend du niveau d’éclairement et de la durée de submersion. Ainsi, le nombre, la longueur et la densité des feuilles ainsi que le nombre des fleurs peuvent varier. Cependant, aucun lien n’a été établi entre ces variations et le degré d’adaptation des plantes au milieu (Affolter, 1985). De toutes les espèces de Lilaeopsis sur lesquelles ont porté les expériences d’Affolter (1985), le L. chinensis est celle qui a manifesté la moins grande plasticité.

Survie

D’après les observations du rédacteur, chez le liléopsis de l’Est, le recrutement semble se faire principalement par multiplication végétative; on pense que la plante peut survivre un certain temps même s’il n’y a pratiquement aucune croissance durant une saison de végétation donnée. Il est certain que la reproduction sexuée, notamment par auto-pollinisation, ne jouent pas un rôle primordial dans la survie des populations. La survie des individus est difficile à observer à cause du mode de croissance de l’espèce : les plantes poussent en masses très denses de rhizomes enchevêtrés, de sorte qu’il est très difficile de distinguer les individus. Il serait possible d’augmenter l’effectif et d’agrandir l’aire de l’espèce par une gestion appropriée (transplantation dans des secteurs appropriés) s’il devenait nécessaire de le faire. L’effectif et l’aire des populations s’accroissent peut-être naturellement, mais sans doute lentement et à petite échelle.

Dispersion

La dispersion de l’espèce se produit principalement à l’échelle locale, par croissance végétative des individus, qui peuvent s’étendre de plusieurs décimètres au cours d’une saison de végétation (Affolter, 1985). Cependant, des touffes peuvent être arrachées par les vagues ou le courant et entraînées plus loin, où elles forment de nouvelles populations (Stevenson, 1947). Les graines sont probablement disséminées par les courants et les marées; elles comportent des tissus spongieux qui leur permettent de demeurer assez longtemps à la surface de l’eau (Affolter, 1985). Il est aussi possible que les oiseaux assurent une dispersion à longue distance (Affolter, 1985). Les mécanismes de pollinisation sont encore inconnus.

La rareté du liléopsis de l’Est à la limite nord de son aire donne à penser que les chances que de nouvelles colonies se forment par dispersion naturelle des populations américaines sont faibles. Il serait utile d’étudier plus à fond la reproduction et la dispersion de l’espèce.

Nutrition et relations interspécifiques

On connaît peu de choses sur les besoins en éléments nutritifs du liléopsis de l’Est. Affolter (1985) a toutefois constaté que l’espèce produit plus de feuilles et de fleurs dans les milieux relativement bien drainés et ensoleillés que dans les milieux ombragés où la plante est submergée une partie du temps.

Certains auteurs ont pensé que la compétition interspécifique limite la répartition du liléopsis de l’Est (Stevenson, 1947; Affolter, 1985) à la zone intertidale. Cela ne semble pas tout à fait juste. Keddy (1987) a observé des populations denses de l’espèce tant dans des vasières qu’au sein de peuplements denses de Spartina alterniflora, plante beaucoup plus haute. Dans certains cas, le liléopsis côtoyait non seulement le S. alterniflora, mais aussi jusqu’à trois autres espèces (Glaux maritima, Plantago maritima et Solidago sempervirens). En l’absence de cartes détaillées montrant l’évolution de ces associations en fonction du temps, il est difficile de déterminer si elles sont stables ou si elles représentent une étape transitoire de l’envahissement de l’habitat du liléopsis de l’Est par des espèces de plus grande taille. Cependant, lors des récentes recherches sur le terrain, on a plus souvent observé le L. chinensis en association avec le S. alterniflora que seul, et la santé des feuilles comme la densité des fleurs semblaient les mêmes dans un cas comme dans l’autre.

Adaptabilité

Les relevés antérieurs montrent que le liléopsis de l’Est est capable de résister à des conditions très variables et parfois hostiles. Les vagues, les phénomènes météorologiques récurrents (élévation du niveau des eaux, vents forts, glace, etc.) et les fluctuations de température, d’humidité et de salinité sur une courte ou longue échelle temporelle créent un milieu dynamique et instable dans lequel évolue l’espèce. Dans une des localités de Nouvelle-Écosse, le liléopsis de l’Est a survécu à des modifications anthropiques du débit des eaux et à une perturbation des milieux voisins. Cependant, on ne connaît pas les limites de la tolérance de l’espèce aux perturbations anthropiques.

Des expériences de culture en serre se sont avérées fructueuses (Affolter, 1985), et l’espèce pourrait être cultivée dans ces conditions et transplantée dans le milieu naturel. Aucune expérience de transplantation n’a toutefois été tentée.