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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la tortue luth au Canada

Résumé

Tortue luth

Dermochelys coriacea

 

Informationsur l’espèce

La tortue luth (Dermochelys coriacea) est une grosse tortue marine, dont certains spécimens peuvent atteindre 2 m de longueur pour un poids moyen de 500 kg. Au lieu d’être couverte d’écailles, sa carapace est composée d’une couche cartilagineuse ayant l'aspect du cuir. Ses nageoires antérieures en forme de pagaies sont habituellement aussi longues, sinon plus, que la moitié de son corps. La tortue luth a le dos noir ou bleu foncé orné de taches blanches et roses, et le ventre blanc. On peut reconnaître chaque individu à la taille, à la forme, à la couleur et aux motifs de la « tache rose » qu'il porte sur le dessus de la tête. La tortue luth est la seule tortue marine à ne pas avoir d’écailles.

Répartition

La tortue luth occupe un territoire qui s'étend de 70°15’ de latitude nord à 27° de latitude sud, couvrant ainsi les océans Atlantique, Pacifique et Indien. Ses principales plages de nidification sont situées au Mexique, au Costa Rica, à Irian Jaya, en Guyane française, au Suriname et au Gabon. Au Canada, on l'a observée au large
de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick, de Terre-Neuve-et-Labrador et de l’Île-du-Prince-Édouard.

Habitat

On ne sait pratiquement rien des besoins des nouveau-nés et des juvéniles
en matière d’habitat; comme on ne les voit jamais dans les eaux tempérées, on présume que cette tortue n'acquiert une tolérance au froid qu'à mesure qu’elle vieillit, probablement à cause de l’augmentation de sa taille. La tortue luth adulte est hautement migratrice et passe la plus grande partie de sa vie en haute mer.
On l’observe régulièrement le long du plateau continental au large des côtes canadiennes, sans doute parce qu’elle y trouve de fortes concentrations de proies. Elle semble en effet fréquenter les habitats tempérés en fonction de l’abondance
des proies.

Biologie

On n’en sait guère plus sur l’accouplement des tortues luths, que ce soit sur l'endroit ou sur le moment où il a lieu. La femelle niche sous les tropiques, sur des plages ouvertes composées d'un minimum de matériau abrasif. Très maladroite sur la terre ferme, elle préfère les plages dont l'accès est en eau profonde. Après avoir creusé un nid avec ses nageoires postérieures, elle y pond de 50 à 166 œufs, qu'elle recouvre souvent d'un grand nombre d’œufs infertiles. Elle pond en moyenne six couvées par saison, à des intervalles de 8 à 12 jours. Les œufs éclosent après environ 60 à 65 jours. Le rapport des sexes chez les petits est déterminé par la température du nid durant le développement (détermination sexuelle thermodépendante). On note une mortalité élevée parmi les œufs et les nouveau-nés à cause du mauvais choix de l’emplacement du nid et de la prédation. La tortue adulte a peu de prédateurs naturels – seuls les requins et les épaulards s’attaquent à elle.

La tortue luth peut maintenir une température corporelle interne de 18 °C supérieure à la température ambiante, ce qui lui permet de survivre dans les milieux froids. Ses glandes lacrymales spéciales lui permettent également d'excréter le sel en excès qu’elle accumule à cause de son régime alimentaire constitué de méduses. Ses principales proies sont les méduses et autres invertébrés à corps mou, mais elle mange souvent aussi accessoirement d’autres types d'invertébrés. La tortue luth migre vers les eaux tropicales pour nicher, puis se déplace vers les eaux tempérées selon l’abondance des méduses. Elle est attirée par la région du plateau continental et par les zones où la température, la salinité et la couleur de l'eau varient, en raison de leurs fortes concentrations de proies.

Taille et tendances des populations

Les estimations des populations de tortues luths se fondent sur le nombre de femelles nicheuses. D’après les estimations établies en 1982 (115 000) et en 1995 (34 500), il semble y avoir un fort déclin dans la population du Pacifique. La population de l’Atlantique semble plus stable, mais le nombre de femelles nicheuses y varie énormément d’une année à l’autre. On ne possède aucune estimation fiable de la population de tortues luths dans les eaux canadiennes.

Facteurs limitatifs et menaces

Les nids sont soumis à des pressions d’origine naturelle et humaine. Comme la tortue préfère nicher sur les plages ouvertes, les nids sont souvent détruits par la submersion et par l’érosion. Par ailleurs, l’utilisation accrue des plages par les humains la dissuade d’y nicher; si elle y niche quand même, les humains récoltent ses œufs pour les consommer. Comme le rapport des sexes de la couvée est déterminé par la température, certains estiment que le réchauffement planétaire pourrait avoir une incidence sur les caractéristiques démographiques des populations.

La tortue adulte est menacée par les engins de pêche, dans lesquels elle se prend accidentellement, ce qui peut entraîner sa mort par noyade ou lui infliger de graves blessures. Elle confond aussi souvent les déchets flottants (par exemple des sacs de plastique) avec des méduses, et meurt inévitablement après les avoir ingérés.

Importance de l’espèce

La tortue luth est l’une des deux tortues marines que l’on observe régulièrement dans les eaux canadiennes.

Protection actuelle

La tortue luth est classée parmi les espèces en voie de disparition à l’échelle mondiale et au Canada. La CITES la considère comme une espèce en danger critique d’extinction, mais la range dans l’Annexe I ou II, selon le pays. Comme il s’agit d’une espèce migratrice, ces incohérences dans le niveau de protection
posent de sérieux problèmes de conservation. Certaines des plages de nidification essentielles à l’espèce ont été désignées parc national ou réserve dans le but de
les protéger. Plusieurs pays ont également rendu obligatoire l’utilisation de dispositifs qui empêchent les tortues de se noyer après s’être empêtrées dans les engins de pêche.

 
 MANDAT DU COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) détermine la situation, à l’échelle nationale, des espèces, sous-espèces, variétés et populations (importantes à l’échelle nationale) sauvages jugées en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées aux espèces indigènes des groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, amphibiens, reptiles, poissons, mollusques, lépidoptères, plantes vasculaires, lichens et mousses.

COMPOSITION DU COSEPAC

Le COSEPAC est formé de représentants des organismes provinciaux et territoriaux responsables des espèces sauvages, de quatre organismes fédéraux (Service canadien de la faune, Agence Parcs Canada, ministère des Pêches et des Océans et Partenariat fédéral en biosystématique) et de trois organismes non gouvernementaux, ainsi que des coprésidents des groupes de spécialistes des espèces. Le comité se réunit pour examiner les rapports sur la situation des espèces candidates.

DÉFINITIONS

 

EspèceToute espèce, sous‑espèce, variété ou population indigène de faune ou de flore sauvage géographiquement définie.
Espèce disparue (D)Toute espèce qui n’existe plus.
Espèce disparue du Canada (DC)Toute espèce qui n’est plus présente au Canada à l'état sauvage, mais qui est présente ailleurs.
Espèce en voie de disparition (VD)*Toute espèce exposée à une disparition ou à une extinction imminente.
Espèce menacée (M)Toute espèce susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitatifs auxquels elle est exposée ne sont pas renversés.
Espèce préoccupante (P)**Toute espèce qui est préoccupante à cause de caractéristiques qui la rendent particulièrement sensible aux activités humaines ou à certains phénomènes naturels.
Espèce non en péril (NEP)***Toute espèce qui, après évaluation, est jugée non en péril.
Données insuffisantes (DI)****Toute espèce dont le statut ne peut être précisé à cause d’un manque de données scientifiques.
  
*Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu’en 2000.
**Appelée « espèce rare » jusqu’en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.
***Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».
****Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu’en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999.
   

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le comité avait pour mandat de réunir les espèces sauvages en péril sur une seule liste nationale officielle, selon des critères scientifiques. En 1978, le COSEPAC (alors appelé CSEMDC) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. Les espèces qui se voient attribuer une désignation lors des réunions du comité plénier sont ajoutées à la liste.

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Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.