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L’ours blanc (Ursus maritimus)

Protection

Les ours blancs figurent à l’Annexe II de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction) et ils sont classés « à faible risque : tributaires de la conservation »
dans le Livre rouge de l’UICN. Au Canada, ils sont classés comme une espèce
« vulnérable » par le COSEPAC (Comité sur la situation des espèces en péril au Canada). En vertu de la CITES, toute expédition internationale d’ours blancs ou de parties d’ours blancs doit être effectuée dans le cadre d’un permis.

Lunn et al. (1998) a résumé récemment le règlement concernant la gestion des ours blancs au Canada. Le pouvoir de gestion de cette espèce réside auprès des provinces, des territoires et des conseils de gestion des ressources fauniques établis en vertu de revendications territoriales. Les limites des différentes populations d’ours blancs au Canada (figure 1) ont été déterminées par un repérage d’ourses blanches effectué par satellite, par des études de marquage et de recapture et par le retour des étiquettes des ours blancs des deux sexes capturés par des chasseurs inuits (Taylor et Lee, 1995; Bethke et al., 1996). Plus récemment, des études génétiques utilisant des micro‑satellites ont révélé qu’il existe également une justification génétique de la séparation des populations (Paetkau et al., 1995 et données inédites). Les limites des populations sont examinées chaque année par le Comité technique fédéral/provincial/territorial de l’ours blanc (CTOB) et sont sujets à une révision au fur et à mesure que sortent les résultats d’une nouvelle recherche.

Au Canada, le CTOB effectue une révision annuelle de la situation de chaque population d’ours blancs et de son niveau souhaitable de prises et surveille le tableau de chasse annuel. La capture durable d’ourses blanches autonomes (p. ex. âgées de deux ans et plus) d’une population est estimée à environ 1,6 p. 100 chez la plupart des populations (Taylor et al., 1987a). Des contingents obligatoires sont en vigueur dans les Territoires du Nord-Ouest, au Yukon et au Labrador. Dans la plupart des populations des Territoires du Nord‑Ouest, un système de contingentement souple est actuellement en vigueur et tient compte de la proportion relative des deux sexes dans les prises de chaque année, par population, et ajuste le contingent admissible de l’année suivante pour tenir compte de toute surexploitation éventuelle (Lunn et al., 1998). Dans les Territoires du Nord-Ouest, la saison de chasse était officiellement fermée en été mais elle ouvre dorénavant le 1er août afin que les abattages de défense puissent être légalement autorisés par les organisations de chasseurs et de trappeurs (OCT) et administrées sans enquête du ministère des Ressources, de la Faune et du Développement économique (MRFDE).

Figure 1.  Carte des limites des populations canadiennes d’ours blancs, 1996.

Figure 1.  Carte des limites des populations canadiennes d’ours blancs, 1996. Ces limites ont été fixées à partir d’analyses des déplacements d’ours lors d’études de marquage‑recapture, de retours d’étiquettes d’ours tués par des chasseurs inuks et des déplacements de femelles adultes munies de colliers émetteurs reliés par satellite. Les limites sont assujetties à une révision périodique à mesure que l’on obtient et analyse de nouvelles données de recherche.

Au Manitoba, les ours blancs figurent sur la liste des espèces protégées en vertu de la Loi sur la faune et il n’y a pas de saison de chasse. Par conséquent, les ours dans les tanières et les femelles avec des oursons sont automatiquement protégés. Cette désignation supprime le droit de tuer des ours blancs en vertu des droits ancestraux ou issus de traités des peuples autochtones. Toutefois, la désignation comme espèce protégée ouvre toujours la possibilité d’avoir un contingent récoltable au Manitoba parce que le Ministre peut encore, par voie de permis, autoriser la prise d’animaux d’une espèce ayant été ainsi désignée. Il s’agit d’une distinction importante entre l’absence de saison de chasse en vigueur au Manitoba et en Ontario.

En Ontario, les droits issus de traités ne permettent pas la réglementation de la chasse aux ours blancs mais il y a une entente avec les chasseurs cris sur un contingent annuel admissible de prises. Les rapports sur les prises sont volontaires, mais ils sont considérés comme étant généralement fiables parce que les peaux d’ours blancs ne peuvent pas être vendues tant qu’elles n’ont pas été munies d’un sceau de la province. En Ontario, les ours blancs dans les tanières ne sont pas protégés, mais les tanières le sont. Les femelles avec des oursons ne sont pas spécifiquement protégées en Ontario, mais seules les personnes détenant des droits issus de traités peuvent légalement chasser les ours blancs.

Au Québec, en vertu de la Convention de la baie James, les Inuits se sont vu octroyer une « capture garantie » de 62 ours chaque année. Cela signifie que les
62 premiers ours d’une capture durable estimée seraient réservés à l’usage exclusif des Inuits. Toutefois, ce chiffre est assujetti à des limites de conservation si bien que, si le niveau durable était fixé au‑dessous de 62, le chiffre le plus bas prévaudrait et tous les individus pris seraient « garantis » pour le seul usage des Inuits. Le niveau de « capture garantie » a été déterminé uniquement d’après des statistiques de prises et ne repose pas sur une estimation du rendement durable à partir d’une estimation démographique. La Convention de la baie James a été signée en 1975, avant que l’on se rende compte que les chasseurs inuits du Québec capturaient des ours de trois populations distinctes. Il n’existe pas de contingents actuellement en vigueur au Québec, même si les chasseurs inuits québécois ont convenu de limiter la capture aux niveaux actuels, qui semblent être durables, jusqu’à ce que des évaluations soient faites pour les trois populations dans lesquelles ils prélèvent des ours. Une fois que les évaluations auront été achevées pour ces trois populations et que des prises durables auront été déterminées, on s’attend à voir les Inuits du Québec signer des ententes de cogestion avec d’autres groupes d’utilisateurs qui partagent chacune des populations. Au Québec, les femelles ayant des oursons de moins d’un an et les oursons dans les tanières ne sont pas protégés par la législation (parce qu’aucune disposition n’a été prévue pour cela en vertu de la Convention de la baie James), mais il existe une entente locale avec l’organisme de chasseurs de ne pas chasser ces ours.

Il est compliqué de formuler une politique sur la recherche et la gestion de l’ours blanc au Canada parce qu’il y a sept organismes gouvernementaux concernés : quatre provinciaux, deux territoriaux et un fédéral, plus les conseils de gestion mis sur pied pour le règlement des revendications territoriales. La discussion entre les représentants de tous ces secteurs de compétence en vue de faciliter les décisions de gestion est coordonnée par le Comité administratif fédéral‑provincial de l’ours blanc (CAOB) et le CTOB. Ce dernier comprend les biologistes de chaque secteur de compétence et les experts invités des groupes d’utilisateurs ainsi que d’autres organismes de recherche (comme les universités) qui possèdent une expérience directe avec des connaissances traditionnelles ou des recherches scientifiques sur le terrain portant sur les ours blancs. Chaque année, le CTOB discute des résultats des recherches les plus récentes et formule des recommandations au CAOB, composé des principaux administrateurs de chaque secteur de compétence en plus des groupes d’utilisateurs, qui se réunit également chaque année pour coordonner la gestion des ours blancs sur une base nationale.

À l’échelle internationale, la recherche sur l’ours blanc et sa gestion sont coordonnées en vertu de l’Accord sur la conservation des ours blancs qui a été signé en 1973 et est entré en vigueur le 26 mai 1976 (voir Stirling 1988a). L’Accord exige que les ours blancs soient gérés suivant de « solides techniques de conservation ». En 1997, lors de sa onzième réunion, le Groupe de spécialistes de l’ours blanc (GSOB) de l’UICN a clarifié le fait que, pour être en mesure de maintenir de « solides techniques de conservation », il faut des renseignements précis sur le nombre, l’emplacement, le sexe et l’âge des animaux capturés, sur les limites géographiques des populations d’ours blancs, sur l’effectif et la composition par sexe et par âge de la population et sur les taux de naissance et de décès concernant la population. Même si la responsabilité de la gestion des ours blancs au Canada incombe aux provinces et aux territoires, l’Accord international a été signé par le gouvernement fédéral au nom de toutes les compétences. En vertu des termes de cet Accord, la prise d’ours blancs est limitée aux « peuples locaux » (ce qui est interprété au Canada comme signifiant les peuples autochtones ou les chasseurs sportifs guidés par des Autochtones) qui chassent par des moyens traditionnels et suivant de solides techniques de conservation fondées sur les meilleures données scientifiques disponibles. Au Canada, « moyens traditionnels », lorsque cela s’applique aux guides de chasseurs sportifs non résidents, signifie se déplacer en traîneaux à chiens. Une section particulièrement importante est cette partie de l’article II qui stipule que « chaque partie contractante prendra les mesures appropriées pour protéger les écosystèmes dont les ours blancs font partie... » Cet Accord a été renouvelé indéfiniment en 1981 (réunions consultatives des parties contractantes à l’Accord sur la conservation des ours blancs en 1981).

Au cours des dernières années, plusieurs réserves nationales de faune, parcs nationaux et réserves de parcs naturels sous administration fédérale ont été établis dans le Nord, dont certains accordent une protection aux ours blancs dans des refuges estivaux et des aires de mise bas. Même si cela est une pure coïncidence dans bien des cas, les provinces et les territoires ont pris plusieurs initiatives semblables. L’Ontario a établi le Polar Bear Wilderness Park dans l’angle nord‑est de la province à la jonction de la baie James et de la baie d’Hudson. Au Manitoba, un nouveau parc national (Wapusk) a été détaché de l’aire de gestion de la faune (AGF) de Cape Churchill, qui existait déjà. Le secteur situé le long de la côte du Manitoba, en partant juste au sud de Churchill jusqu’à la frontière de l’Ontario, est situé entièrement à l’intérieur des AGF de Cape Churchill et de Cape Tatnum, établies respectivement en 1978 et en 1973. Par conséquent, l’établissement du Parc national de Wapusk modifie la catégorie de désignation des terres, mais pas le statut protégé qui avait déjà été établi par le Manitoba.

Les Territoires du Nord‑Ouest ne disposent pas, à l’heure actuelle, d’une législation permettant la création de zones protégées. Toutefois, tout l’habitat de l’ours blanc dans les Territoires du Nord‑Ouest est situé à l’intérieur des zones de règlement des revendications territoriales d’Inuvialuit ou du Nunavut. Tant le gouvernement territorial que les bureaux d’administration des revendications territoriales exigent un processus d’examen pour les activités d’exploration, de mise en valeur et de recherche, incluant de prendre en considération l’effet sur les populations d’ours blancs et sur l’ensemble de la faune. En outre, en vertu des règlements des revendications territoriales, la majorité des terres côtières utilisées comme aires de mise bas par les ourses blanches et jouxtant des zones marines d’une grande productivité biologique sont la propriété collective des bénéficiaires inuits. Des études effectuées dans tout l’Arctique continuent d’identifier les zones de mise bas afin qu’elles puissent être prises en considération en fonction des activités industrielles ou humaines (p. ex. Jonkel et al., 1976; 1978; Kiliaan et al., 1978; Prevett et Kolenosky, 1982; Stirling et al., 1978; 1980; 1984; Schweinsburg et al., 1981, 1984; Stirling et Andriashek, 1992; Ramsay et Stirling, 1988).

Lee et Taylor (1994) ont résumé plusieurs aspects concernant l’âge, le sexe et la chronologie des ours blancs capturés dans les Territoires du Nord-Ouest de 1979 et 1980 à 1989 et 1990. Parmi les principaux avantages économiques de la chasse aux ours blancs, citons les recettes tirées de la vente des peaux, les services de guide pour les chasseurs non résidents et, dans certaines régions, également la consommation humaine de la viande. Les peaux vendues par les chasseurs inuits sont utilisées principalement pour confectionner des articles de luxe comme des tapis ou des tentures murales et bon nombre obtiennent de bons prix sur le marché de la fourrure. Des registres de la valeur économique du commerce des peaux d’ours blancs sont disponibles pour certaines années, même si bon nombre des peaux sont vendues localement sans disposer de registres (Smith, 1977, 1978, 1979; Smith et Jonkel 1975a & b; Smith et Stirling, 1976). Le contingent canadien pour 1995 et 1996, incluant les lignes directrices moins sévères pour l’Ontario et le Québec, s’élevait à 605. Le prix actuel des peaux atteint jusqu’à 1 500 $ pour la peau d’un gros mâle en parfaite condition.

Pour la chasse guidée pratiquée par des non‑résidents, le chasseur doit être accompagné par un guide inuk, la chasse doit être effectuée avec l’aide d’équipes de chiens et l’étiquette pour l’ours capturé doit provenir du contingent de l’établissement qui sert de guide. Chaque établissement détermine le nombre d’étiquettes d’ours blancs qu’il souhaite affecter chaque année à la chasse sportive, à même son contingent annuel. Par conséquent, l’attribution d’étiquettes pour la chasse sportive ne résulte pas en une augmentation du contingent. Si la chasse n’est pas fructueuse, l’étiquette ne peut pas être réémise à quelqu’un d’autre, si bien que l’introduction de la chasse guidée aux ours blancs a entraîné une diminution du total des prises annuelles. En 1996, 132 non‑résidents ont participé à des chasses guidées et, de ce nombre, seulement 90 (68 p. 100) ont réalisé une capture. Un autre avantage du programme de chasse guidée pratiquée par des non‑résidents est que la forte proportion des ours capturés sont des mâles (76 sur 90 en 1996).

L’intérêt démontré par les chasseurs inuits pour guider des chasseurs non résidents résulte du revenu supérieur qu’ils peuvent tirer de chaque étiquette, comparativement à la simple vente de la peau. Ceci étant dit, la chasse aux ours blancs demeure une activité importante sur le plan culturel pour les Inuits, si bien que, jusqu’à présent, la majorité des étiquettes émises chaque année sont conservées pour usage local.

En 1994, le gouvernement américain a voté une modification à la Marine Mammal Protection Act de 1972 qui légalisait, pour les chasseur américains, l’importation de peaux d’ours blancs capturés lors de chasses guidées pratiquées par des non‑résidents au Canada, à condition de respecter certains critères. La possibilité d’importer légalement les peaux d’ours blancs capturés du Canada vers les États-Unis a entraîné un regain d’intérêt pour la chasse guidée chez les chasseurs américains. À l’heure actuelle, sept populations se sont qualifiées au Canada pour approbation en vertu du U.S. Fish and Wildlife Service. Le regain d’intérêt n’a pas entraîné une augmentation des contingents de prises.