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Insectes : Carabes

Carabidae - Famille d’insectes de l’ordre des coléoptères. Ces insectes sont généralement prédateurs, de couleur foncée, pourvus de longues pattes et d’antennes filiformes. Les cicindèles (Cicindelidae) constituent une sous-famille des carabes.

Photo d’une Cicindèle des galets, Cicindela marginipennis
Photo: Cicindèle des galets, Cicindela marginipennis © Henri Goulet

En bref

  • Il existe plus de 30 000 espèces de carabes dans le monde, parmi lesquels 934 ont été trouvés au Canada.
  • En excluant les espèces classées comme étant Disparue, Disparue de la région, Indéterminée, Non évaluée, Exotique ou Occasionnelle, la majorité (88%) des carabes au Canada est en sécurité à l’échelle nationale (au niveau du Canada), alors que 6% sont sensibles et 6% sont possiblement en péril à l’échelle nationale. Cependant, il convient de noter que de nombreuses espèces de carabes ont été classées dans la catégorie Indéterminée.
  • Trois espèces ont été classées dans la catégorie en péril suite à une évaluation détaillée du COSEPAC. Ce sont toutes des espèces de cicindèles.
  • On dénombre un total de 54 espèces exotiques parmi les carabes au Canada.
  • La plupart des carabes se trouvent sur le sol. En anglais, leur nom est d’ailleurs « ground beetle », ce qui signifie littéralement « coléoptère terrestre ». Cependant, quelques espèces canadiennes sont souvent observées en train de courir sur les plantes herbacées ou même sur les arbres.
  • De taille minuscule (1,4 mm) ou impressionnante (30 mm), les carabes sont des prédateurs actifs et peuvent courir rapidement. La Cicindèle commune (Cicindela repanda) peut courir à une vitesse de 0,5 m par seconde; compte tenu de la taille de son corps, elle court 10 fois plus vite que les sprinteurs humains les plus rapides!

Contexte

Pour la première fois, toutes les espèces de carabes sont évaluées dans la série Espèces sauvages. Cependant, les cicindèles (Cicindelidae) furent évaluées pour la première fois par le Groupe de travail national sur la situation générale dans le rapport Espèces sauvages 2005. Dans la mesure où la plupart des autorités classent désormais les cicindèles dans la famille des carabes (Carabidae), nous avons inclus la nouvelle évaluation des cicindèles dans la section des carabes du rapport Espèces sauvages 2010.

On observe généralement les carabes de la fonte des neiges du printemps jusqu’aux premières neiges hivernales. On les trouve facilement sous les feuilles et les roches au milieu de l’hiver lorsque l’on retire la couverture neigeuse. Il est un peu difficile de caractériser les carabes adultes en quelques mots. Ils ont de longues pattes et sont d’excellents coureurs. Ils sont généralement pourvus d’antennes filiformes assez longues. Peu de coléoptères terrestres appartenant à d’autres familles présentent ces caractéristiques. Certains ténébrions (Tenebrionidae) ressemblent à des carabes, mais leurs pattes arrière comportent seulement quatre segments tarsaux, alors que les carabes en ont cinq. Les ténébrions sont communs dans les régions sèches, mais sont peu communs au Canada en dehors de ces régions. Mis à part les cicindèles, la plupart des carabes arborent clairement de longues stries sur leurs ailes antérieures (élytres). Chez les adultes, on constate une grande disparité en termes de taille (de 1,4 à 30 mm) et de couleurs, bien que la majorité des carabes soient noirs ou marrons. Étant donné le fait qu’ils ne volent généralement pas et que l’on peut les trouver dissimulés sous des objets durant la journée, ces coléoptères constituent l’un des groupes d’insectes les plus faciles à trouver même dans des conditions météorologiques très inclémentes.

La plupart des carabes sont de bons coureurs. Par exemple, les cicindèles adultes sont des prédateurs voraces, ils visualisent les proies puis les pourchassent au sol à des vitesses pouvant atteindre 53 longueurs corporelles par seconde (environ 10 fois plus rapides que les meilleurs sprinteurs humains!). Mais plutôt que de chasser les proies continuellement, les cicindèles font souvent des pauses temporaires avant de reprendre leur course à pleine vitesse. Les scientifiques pensent maintenant pouvoir expliquer la raison de ces pauses. À la vitesse qu’atteignent les cicindèles lorsqu’elles pourchassent leurs proies, la lumière ne peut pas pénétrer dans leurs yeux assez vite pour former une image de la proie en mouvement; à grande vitesse, la cicindèle devient temporairement aveugle! Faire une pause au cours de la poursuite permet à la cicindèle de relocaliser sa proie, tandis que son incroyable vitesse lui permet tout de même d’atteindre l’objet de sa chasse.

Les carabes sont généralement connus comme étant des prédateurs, mais la réalité est un peu plus complexe : leur régime alimentaire est assez vaste. La plupart des prédateurs sont opportunistes puisqu’il n’est pas rare qu’ils se nourrissent également d’insectes morts et de jus de fruits mûrs. La plupart des prédateurs sont généralistes. Cependant, dans quelques groupes, ils se spécialisent dans certains types de proies. Par exemple, les espèces du genre Calosoma se nourrissent exclusivement de chenilles (d’où leur nom commun anglais « caterpillar hunter », chasseurs de chenilles) et celles du genre Scaphinotus se nourrissent uniquement d’escargots et de limaces (d’où leur nom commun anglais « snail beetles », traduit littéralement par coléoptères escargot). Les herbivores sont généralement divisés en deux catégories : ceux qui se nourrissent de graines (diverses espèces de Harpalus) et ceux qui se nourrissent de tissus végétaux (diverses espèces de Amara). De plus, de nombreuses espèces vivant dans les plantes se nourrissent généralement de nectar de fleur. Les espèces vivant dans les plantes peuvent être des prédateurs, mais le nectar de fleur, tout comme les fruits mûrs, peut être très alléchant. Les larves ont généralement un comportement alimentaire similaire à celui décrit ci-dessus, mais les espèces du genre Brachynus (coléoptères bombardiers) sont des parasites externes (« parasitoïdes » est un terme plus approprié puisque la larve tue son hôte) des pupes du genre Gyrinidae, et celles du genre Lebia sont des parasites externes des pupes de chrysomèles (Chrysomelidae). Les carabes sont principalement actifs la nuit. Cependant, une si grande famille comprend des exceptions : de nombreuses espèces (par exemple, certaines espèces des genres Bembidion et Amara) sont diurnes.

Au cours de leur cycle de vie, les carabes passent par quatre stades de développement : l’oeuf, la larve, la pupe et l’adulte. Les oeufs sont pondus un à un dans des sols soigneusement sélectionnés ou même sous des écorces d’arbres, où l’humidité créera l’environnement propice. Une fois les oeufs éclos, les larves sortent de la coquille et se mettent aussitôt à chercher de la nourriture. Les larves des espèces prédatrices ont de très longues mandibules très tranchantes semblables à des aiguilles. Sous réserve que la taille soit adaptée, tout ce qui bouge est une proie potentielle pour les larves, y compris leurs propres fratries. Il est capital que ces larves se dispersent rapidement après l’éclosion des oeufs! Toutes les espèces canadiennes étudiées passent par trois stades larvaires, également appelés instars. Le développement des espèces qui se reproduisent au printemps est rapide et se termine un mois après la ponte des oeufs, tandis que le développement des espèces qui se reproduisent l’été est beaucoup plus long puisqu’elles doivent hiverner avant que leur développement ne soit achevé. À la fin du troisième stade larvaire, la larve cesse de s’alimenter, devient léthargique et construit généralement une logette de nymphose dans le sol. C’est le stade pré-pupal. Lorsqu’elle est prête, la prépupe mue à nouveau, une pupe blanche émerge alors et reste sur son dos. Habituellement, le développement pupal est rapide et le nouvel adulte émerge bientôt de la pupe doté d’une cuticule molle de couleur claire. En quelques jours, la cuticule devient plus dure et plus foncée. Parmi les espèces qui se reproduisent au printemps, les adultes peuvent rester dans la logette de nymphose jusqu’au printemps suivant, ou peuvent sortir pendant quelques semaines au début de l’automne sans se reproduire. Chez les espèces qui se reproduisent durant l’été, les nouveaux adultes sortent immédiatement pour se nourrir et chercher à s’accoupler.

On trouve les adultes de toutes les espèces pendant une longue période allant de deux à six mois. Les larves des espèces qui se reproduisent au printemps achèvent leur cycle de développement en un mois, tandis que les adultes vivent généralement de deux à cinq ans. Habituellement, les larves des espèces qui se reproduisent pendant l’été mettent un an à achever leur développement et hivernent avant de se transformer. Les adultes de la plupart de ces espèces ne vivent pas au-delà d’une saison de reproduction. Les adultes hivernent généralement sous les roches et autres débris de taille moyenne, sous les feuilles et sous les écorces d’arbres morts, ou en profondeur dans le sol (espèces des genres Calosoma et Chlaenius). Au Canada, l’hivernage constitue une phase d’inactivité particulière et nécessaire pour la plupart des carabes. Cette phase est appelée diapause. Les adultes de la plupart des espèces qui se reproduisent au printemps doivent passer par une diapause avant de commencer à se reproduire. Les larves hivernantes des espèces qui se reproduisent en été doivent passer par la diapause pour pouvoir continuer à se développer. Au printemps, l’élévation des températures met fin à la période de diapause.

État des connaissances

Par rapport à la plupart des groupes d’insectes, les carabes sont bien compris et la majorité des espèces sont connues et décrites. La liste canadienne est relativement stable, bien que l’on découvre parfois de nouvelles espèces et que les classifications fassent occasionnellement l’objet de modifications. De nombreux amateurs et scientifiques ont établi de vastes collections de référence de ce groupe doté d’une grande diversité dans l’ensemble du Canada. Mais ces connaissances sont surtout attribuables à l’extraordinaire travail initié par C. H. Lindroth (de 1961 à 1969), qui publia des ouvrages sur toute la faune de carabes du Canada et de l’Alaska. À l’Université de l’Alberta, George Ball et ses étudiants ont également ajouté de nombreuses révisions significatives pour compléter l’oeuvre de Lindroth. Cependant, même quarante ans après les publications de Lindroth, on est surpris de constater le peu de modifications à apporter à ses concepts. D’autres études, telles que les nombreuses publications d’André Larochelle (par exemple : Larochelle et Larivière, 2003) et plus récemment l’ouvrage de Bousquet (2010), constituent également des travaux importants. Mais reste-t-il de la place pour de nouvelles découvertes? La réponse est clairement positive. L’étude des carabes du Canada a désormais atteint un autre niveau de compréhension. Les espèces non découvertes sont difficiles à déceler et nécessitent des observations et des études attentives afin d’être reconnues. Le premier indice se trouve dans la nature car la plupart des espèces de carabes ont des cycles de vie particuliers et des exigences spécifiques en termes d’habitat. Plus récemment, l’utilisation de nouvelles méthodes génétiques d’investigation ont permis de découvrir des espèces jusqu’alors inconnues.

Même si l’on comprend relativement bien quelles espèces vivent au Canada et comment les reconnaître, il reste beaucoup à découvrir concernant les détails de leur biologie. Sur ce sujet, nous ne disposons que de connaissances élémentaires. Par analogie, nous disposons du dictionnaire des carabes canadiens mais il nous faut à présent explorer au-delà des définitions. Nous devons examiner les détails de leur biologie ainsi que leurs interactions avec d’autres espèces dans divers écosystèmes. On a souvent utilisé les adultes dans divers habitats en tant qu’indicateurs biologiques. En tant qu’espèces indicatrices, nous savons que chaque espèce est sensible aux perturbations et aux modifications d’habitat, à l’utilisation de pesticides et aux espèces introduites. Tous ces facteurs ont un impact considérable sur la composition taxonomique des écosystèmes.

Richesse et diversité au Canada

Les 934 espèces du Canada sont regroupées en 126 genres. Les genres dotés de la plus grande diversité d’espèces sont les suivants : Bembidion (174 espèces), Pterostichus, Agonum, Amara, et Harpalus. Les carabes sont présents dans toutes les provinces et sur tous les territoires, y compris au nord sur l’île Devon (Amara alpina). Plus au sud, la diversité augmente près de la limite des arbres et le nombre d’espèces augmente rapidement dans les zones tempérées froides pour atteindre son maximum dans les régions les plus méridionales de l’Ontario et au sud-ouest de la Colombie-Britannique. Malheureusement, ces dernières régions sont les deux zones les plus touchées par les activités anthropiques.

Pleins feux sur Carabus vietinghoffi

Tout le monde pense que les insectes du Nord sont petits, noirs et probablement tous apparentés aux moustiques. L’espèce Carabus vietinghoffi est probablement l’un des carabes les plus joliment colorés du Canada, il est également l’un des plus massifs. Cette espèce est présente tant en Asie qu’en Amérique du Nord, sa répartition étant centrée autour la mer de Bering. Au Canada, cette espèce est recensée à partir du Nunavut occidental (Kugluktut), du Yukon et de l’Alaska, juste au nord de la limite des arbres en descendant au sud jusqu’aux régions centrales de la forêt boréale. L’endroit le plus méridional où sa présence a été relevée est sur les rives de la rivière Pelly, au Yukon, à environ 150 kilomètres au nord de Whitehorse. Les femelles se reproduisent au printemps et semblent associées aux sites modérément drainés peuplés d’arbres ou de buissons. A l’échelle nationale, cette espèce est classée en sécurité.

Pleins feux sur Poecilus lucublandus

Cette espèce, qui n’a aucun nom commun officiel, est assez élégante. Sa tête et son pronotum sont jaune vert et ses élytres sont violettes, le tout recouvert de reflets métalliques. On la trouve partout dans la partie méridionale du Canada à partir des régions centrales boréales. Au printemps, on la trouve habituellement dans les jardins et les gazons, les adultes aimant les sols modérément humides. Les adultes se reproduisent au printemps, le développement larvaire a lieu en été et les nouveaux adultes commencent à courir au début de l’automne mais ne se reproduisent pas. Les adultes hivernent sous les débris et les roches. Les adultes et les larves sont des prédateurs nocturnes; ils consomment probablement des larves de mouches et d’autres invertébrés à corps mous dans le sol. Le jour, on trouve facilement les adultes sous les roches et les morceaux de bois. Lorsqu’ils sont dérangés pendant la journée, ils se réfugient très rapidement dans un endroit sombre, dans une petite crevasse ou un petit trou dans le sol. En raison de leur association avec des habitats humains, on les trouve souvent sur les sites agricoles.

Pleins feux sur la Cicindèle blanche

La Cicindèle blanche (Cicindela lepida) est une petite cicindèle trouvée dans le sable blanc intact des dunes côtières et des rives des lacs ainsi que des dunes et des battures sablonneuses intérieures. Au Canada, elle est présente dans les provinces des prairies, en Ontario et au Québec. La Cicindèle blanche est de couleur pâle, ornée de motifs brunâtres estompés sur les élytres, ce qui la rend difficile à percevoir dans le sable. À l’approche d’un prédateur, la Cicindèle blanche se fige contre le sable et compte sur son camouflage pour se protéger. En fait, son camouflage est tellement efficace que l’ombre du coléoptère est souvent plus facile à percevoir que l’animal lui-même. En anglais, son nom est d’ailleurs « Ghost Tiger Beetle », ce qui signifie littéralement « cicindèle fantôme ». Le cycle vital de la Cicindèle blanche a été décrit comme étant unique, car les larves vivent deux ans, hivernant donc deux fois, alors que l’espérance de vie des adultes n’est que d’un mois!

Bien que la Cicindèle blanche puisse former de vastes populations dans les habitats propices et qu’elle soit probablement en mesure de coloniser assez facilement de nouveaux habitats, les populations locales sont vulnérables à la perte de l’habitat attribuable à l’aménagement anthropique ou à la succession naturelle ainsi qu’à la perturbation par un usage récréatif intensif de leur habitat. À l’échelle nationale, l’espèce est classée sensible.

Résultats de l’évaluation de la situation générale

À l’échelle nationale, une grande partie des 934 espèces de carabes évaluées sont classées en sécurité (545 espèces, 58%, figure 13 et tableau 18). En revanche, 36 espèces (4%) sont possiblement en péril et également 36 espèces (4%) sont sensibles à l’échelle nationale. Trois espèces ont été classées en péril à la suite d’une évaluation détaillée du COSEPAC; toutes sont des espèces de cicindèles.

Enfin, 260 espèces de carabes (28%) ont reçu la classification nationale Indéterminée, et 54 espèces (6%) sont exotiques au Canada.

Figure 13. Résultats des évaluations de la situation générale des espèces de carabes au Canada dans le rapport Espèces sauvages 2010.
diagramme à bandes (voir longue description ci-dessous)
Description longue pour la figure 13

La figure 13 montre les résultats des évaluations de la situation générale des espèces de carabes au Canada dans le rapport Espèces Sauvages 2010. Le graphique à barres présente les espèces de carabes disparues, disparues de la région, en péril, possiblement en péril, sensibles, en sécurité, indéterminées, non-évaluées, exotiques et occasionnelles au Canada, dans chaque province et territoire et dans les 4 régions océaniques. Des 934 espèces évaluées au Canada, 3 étaient classées en péril, 36 possiblement en péril, 36 sensibles, 545 en sécurité, 260 indéterminées et 54 exotiques. Des 186 espèces évaluées au Yukon, 5 étaient classées possiblement en péril, une sensible, 126 en sécurité et 54 indéterminées. Des 216 espèces évaluées dans les Territoires du Nord-Ouest, une était classée possiblement en péril, 2 sensibles, 31 en sécurité, 181 indéterminées et une non-évaluée. Des 29 espèces évaluées au Nunavut, 3 étaient classées en sécurité et 26 indéterminées. Des 491 espèces évaluées en Colombie-Britannique, une était classée en péril, 6 possiblement en péril, 9 sensibles, 83 en sécurité, 365 indéterminées et 27 exotiques. Des 400 espèces évaluées en Alberta, 8 étaient classées possiblement en péril, 4 sensibles, 216 en sécurité, 162 indéterminées et 10 exotiques. Des 335 espèces évaluées en Saskatchewan, une était classée possiblement en péril, une sensible, 68 en sécurité, 248 indéterminées, 11 non-évaluées et 6 exotiques. Des 364 espèces évaluées au Manitoba, 3 étaient classées possiblement en péril, une sensible, 76 en sécurité, 279 indéterminées et 5 exotiques. Des 526 espèces évaluées en Ontario, une était classée en péril, 25 possiblement en péril, 28 sensibles, 317 en sécurité, 135 indéterminées et 20 exotiques. Des 475 espèces évaluées au Québec, une était en péril, 3 possiblement en péril, 7 sensibles, 306 en sécurité, 124 indéterminées, 32 exotiques et 2 occasionnelles. Des 328 espèces évaluées au Nouveau-Brunswick, une était classée en péril, 2 possiblement en péril, 221 en sécurité, 75 indéterminées, 28 exotiques et une occasionnelle. Des 290 espèces évaluées en Nouvelle-Écosse, 55 étaient classées possiblement en péril, 50 sensibles, 140 en sécurité, 9 indéterminées, 35 exotiques et une occasionnelle. Des 173 espèces évaluées à l’Île-du-Prince-Édouard, 33 étaient classées possiblement en péril, 33 sensibles, 51 en sécurité, 27 indéterminées et 29 exotiques. Des 193 espèces évaluées à Terre-Neuve et Labrador, 2 étaient classées sensibles, 110 en sécurité, 54 indéterminées et 27 exotiques. Aucune espèce n’était présente dans les régions océaniques.

 

Tableau 18. Classifications nationales des espèces de carabes déterminées par le Groupe de travail national sur la situation générale.
Classification nationale
(Canada)
Nombre et pourcentage d’espèces dans chaque catégorie de rang
0.2 Disparue0 (0%)
0.1 Disparue de la région0 (0%)
1 En péril3 (0%)
2 Possiblement en péril36 (4%)
3 Sensible36 (4%)
4 En sécurité545 (58%)
5 Indéterminée260 (28%)
6 Non évaluée0 (0%)
7 Exotique54 (6%)
8 Occasionnelle0 (0%)
Total934 (100%)

Comparaison avec les rapports Espèces sauvages précédents

Dans la mesure où seules les cicindèles furent évaluées dans un précédent rapport Espèces sauvages, la comparaison sera effectuée uniquement pour les 31 espèces de cicindèles. Depuis 2005, c’est la catégorie en péril qui a connu la plus forte augmentation en termes de nombre d’espèces (tableau 19). Toutes ces espèces étaient précédemment classées dans la catégorie possiblement en péril et ont changé de catégorie à la suite des évaluations détaillées du COSEPAC (tableau 20). Au total, cinq espèces ont changé de catégorie depuis la dernière évaluation. Parmi ces changements, trois espèces sont passées dans une catégorie de niveau de risque supérieur et une espèce est passée dans une catégorie de niveau de risque inférieur. En 2010, une espèce de cicindèle fut également ajoutée à la liste nationale.

Tableau 19. Changements dans le nombre d’espèces de cicindèles (faisant partie des carabes) dans le temps dans chacune des catégories de rangs déterminés par le Groupe de travail national sur la situation générale.
Classification nationaleAnnées des rapports Espèces sauvages 2000Années des rapports Espèces sauvages 2005Années des rapports Espèces sauvages 2010Changement moyen entre les rapportsChangement total depuis le premier rapport
0 Disparue / Disparue de la région-0
(0%)
0
(0%)
-Stable
1 En péril-0
(0%)
3
(10%)
-+3 espèces
2 Possiblement en péril-5
(17%)
2
(6%)
--3 espèces
3 Sensible-3
(10%)
4
(13%)
-+1 espèces
4 En sécurité-21
(70%)
21
(68%)
-Stable
5 Indéterminée-1
(3%)
1
(3%)
-Stable
6 Non évaluée-0
(0%)
0
(0%)
-Stable
7 Exotique-0
(0%)
0
(0%)
-Stable
8 Occasionnelle-0
(0%)
0
(0%)
-Stable
Total-30
(100%)
31
(100%)
-+1 espèces

 

Tableau 20. Raisons des changements dans la situation des espèces de cicindèles (faisant partie des carabes) entre la dernière évaluation et le rapport actuel.
Nom scientifiqueNom françaisRang national 2005Rang national 2010Raison du changement
Cicindela lepidaCicindèle blanche23(I) Amélioration des connaissances sur l’espèce.
Cicindela marginata--2(I) Nouvelle espèce identifiée.
Cicindela marginipennis-21(C) En voie de disparition selon une évaluation détaillée du COSEPAC en novembre 2008.
Cicindela parowana-21(C) En voie de disparition selon une évaluation détaillée du COSEPAC en novembre 2009.
Cicindela patruelaCicindèle verte à lunules21(C) En voie de disparition selon une évaluation détaillée du COSEPAC en novembre 2009.

Menace envers les carabes canadiens

Les carabes, comme d’autres insectes, sont vulnérables à la perte et à la perturbation de l’habitat attribuables à la succession naturelle, à des modifications du drainage, au contrôle de l’érosion et à la transformation d’habitats naturels à des fins d’activités anthropiques. Cependant, l’utilisation de pesticides constitue une préoccupation plus urgente dans les zones à forte population humaine. En Europe, des études ont montré que tous les types de pesticides ont un impact négatif sur les populations de carabes. Dans notre région, les insecticides agissent rapidement, mais les herbicides ont un impact similaire mais plus lent sur les populations sauvages de nombreuses espèces associées aux terres agricoles et aux pelouses. Autour d’Ottawa et de Montréal, sur une période de dix ou vingt ans, de nombreux sites agricoles ont connu une nette diminution des populations; jusqu’à 60% des espèces ont été touchées. Certaines espèces diurnes, de communes à très communes, qui se reproduisent au printemps, n’ont pas été capturées depuis 25 ans. De plus, même dans les sites où l’on n’utilise pas de pesticides, les herbicides des sites voisins ont clairement eu un impact négatif sur la diversité des carabes. L’effet est tel dans ces zones que la diversité des sites où l’on n’a jamais utilisé de pesticides est similaire à celle des sites où l’on utilise des pesticides.

Une nouvelle source de problèmes est associée à plusieurs espèces exotiques de vers de terre dans les habitats forestiers des régions agricoles de l’Ontario et du Québec. On s’attend normalement à trouver vingt à trente espèces de carabes dans les forêts à feuilles caduques. Dans la plupart des sites, 100% des carabes vivant dans les forêts sont absents ou quasiment absents. Cependant, deux carabes exotiques, Carabus nemoralis et Pterostichus melanarius sont abondants. Les adultes de ces deux dernières espèces se nourrissent de vers de terre (tous sont exotiques dans la région à l’étude) tandis que les espèces indigènes forestières se nourrissent de larves de mouche et probablement d’autres insectes à corps mous. La nourriture d’origine des espèces indigènes a simplement été remplacée par les vers de terre qui compostent la litière forestière en l’espace d’un an, ce qui a entraîné des conséquences désastreuses qui vont bien au-delà de la diversité des carabes.

Conclusion

Il reste encore beaucoup à apprendre sur la biologie et la répartition de nombreuses espèces de carabes. La situation des carabes associés aux régions agricoles du sud (où l’on observait la plus grande diversité) est très préoccupante. On a montré que ces coléoptères constituent d’importants indicateurs de la santé des écosystèmes.

Pour en savoir plus

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