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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Tortue musquée (Sternotherus odoratus) au Canada

Habitat

Espèce très aquatique, la tortue musquée peut occuper tout plan d’eau peu profond où le débit est faible et le substrat meuble (Cook, 1984). Au Canada, on l’a observée dans des lacs, des ruisseaux, des marais, des étangs et des rivières (p. ex. Lindsay, 1965; Brunton, 1981; Chabot et St. Hilaire, 1991; Edmonds et Brooks, 1996; CIPN, données inédites). La tortue musquée préfère les eaux peu profondes et fréquente rarement les plans d’eau dont la profondeur dépasse 2 m (Mahmoud, 1969; Edmonds, 1998). En Oklahoma, la végétation dominante des milieux qu’elle fréquente est composée de plantes des genres Chara et Myriophyllum (Mahmoud, 1969). Une population du district de Parry Sound (Ontario) vit en association avec une végétation variée incluant des graminées (poacées), des cypéracées, des joncacées, des quenouilles (Typha sp.), des ériocaulons (Eriocaulon sp.), des brasénies (Brasenia sp.), des cornifles (Ceratophyllum sp.), des élodées (Elodea sp.), des nénuphars (Nuphar variegatum), des lis d’eau (Nymphaea odorata), des pontédéries (Pontederia cordata), des potamots (Potamogeton sp.), des sagittaires (Sagittaria sp.), des utriculaires (Utricularia sp.) et des vallisnéries (Vallisneria sp.) (Edmonds, 1998). Au Québec, on a observé la tortue musquée en association avec l’Elodea canadensis, l’Hydrocharis morsus-ranae, le Sagittaria lanifolia, le Nymphaea odorata et le Potamogeton ephydrus (Chabot et St. Hilaire, 1991). La tortue musquée a besoin d’un substrat meuble dans lequel elle peut s’enfouir pour hiberner (Ernst et al., 1994).

En général, la tortue musquée ne s’aventure pas sur la terre ferme, sauf les femelles au moment de la ponte. L’habitat de nidification peut varier énormément. Certaines femelles pondent directement sur le sol, tandis que d’autres creusent des nids bien formés pouvant atteindre 10 cm de profondeur. La plupart des nids sont des trous peu profonds aménagés dans des matières végétales en décomposition, du terreau de feuilles, du bois pourrissant (par exemple sous une souche ou une tronc couché), ou des buttes de rats musqués (Ernst et al., 1994). Dans le parc national de la Pointe-Pelée, on a trouvé des œufs de tortue musquée dans une butte de rat musqué; au lac Mellon, on a trouvé 12 œufs dans une pièce de bois pourrissante faisant partie d’un quai (CIPN, données inédites). Dans deux populations du Bouclier précambrien, les nids étaient situés à proximité du rivage dans des crevasses rocheuses peu profondes remplies de gravier ou de terre (Lindsay, 1965; Edmonds et Brooks, données inédites). Ces crevasses se trouvaient dans des surfaces rocheuses directement exposées au soleil. Il se pourrait que ces tortues aient choisi cet habitat de nidification atypique parce que la plupart des matières végétales en décomposition dans la région (Bouclier précambrien) ne sont pas directement exposées au soleil. Sous les latitudes septentrionales, l’ensoleillement direct pourrait être nécessaire pour maintenir une température d’incubation suffisante pour assurer le développement complet de l’embryon (Bobyn et Brooks, 1994). Un manque de sites de nidification assez chauds pourrait donc être un facteur limitatif pour la tortue musquée dans le centre et l’est de l’Ontario.

On trouve un grand nombre d’habitats qui conviennent à la tortue musquée dans tout le Centre-Sud de l’Ontario, particulièrement dans la région du Bouclier canadien. L’urbanisation ne cesse cependant d’empiéter sur bien des milieux humides de la province, surtout à proximité des lacs Ontario et Érié, où vivent (vivaient) certaines populations de tortues musquées. De même, l’aménagement des berges en vue de la construction de chalets et les activités récréatives détruisent des habitats propices à l’espèce dans les régions du Bouclier précambrien où elle est présente.